00:00Il est 18h42, bonsoir Manon Aubry, vous êtes Eurodéputée France Insoumise, merci de nous rejoindre sur RTL
00:08puisque vous interpellez la présidente de la Commission Européenne sur l'accord qui pourrait lier l'Union avec le Mercosur.
00:14A 18h15, nous recevions un maire rural qui s'inquiétait lui aussi, vous évoquez vous un possible désastre, un possible désastre ?
00:22Oui, un désastre pour notre agriculture, pour notre santé, pour la planète.
00:27Un désastre pour l'agriculture d'abord parce qu'on va inonder le marché européen de centaines de milliers de tonnes de bœuf, de volaille, de miel, de soja,
00:36comme si on n'était pas capable de le produire en France, en plus posant une concurrence déloyale pour nos agriculteurs
00:43parce que ce bœuf, cette volaille, etc. seront produites avec des hormones de croissance, des OGM, des pesticides qui sont interdits dans l'Union Européenne.
00:52Rendez-vous bien compte, 30% des pesticides qui sont autorisés au Brésil sont interdits dans l'Union Européenne.
00:59Donc moi je ne suis pas prête à manger des choses qu'on interdit dans l'UE mais qui viennent de l'autre bout du monde.
01:04Et c'est le dernier désastre, c'est le désastre pour la planète.
01:07Pourquoi importer de l'autre bout du monde ce qu'on sait produire ici, en plus avec des agriculteurs qui font leur travail de manière formidable en France et en Europe ?
01:14Vous nous parlez de concurrence déloyale sur le plan sanitaire, donc pas simplement économique ?
01:20Non, pas simplement économique. D'abord, la France, l'Union Européenne a largement les moyens agricoles de produire, de répondre à nos besoins.
01:28Donc moi, ça me semble toujours aberrant d'aller chercher à l'autre bout du monde ce qu'on peut produire ici.
01:33Mais en plus, évidemment, ce ne sont pas les mêmes règles.
01:35Et aujourd'hui, ni la France ni l'Union Européenne ne sont capables de garantir ces mêmes règles.
01:40Je vais vous donner juste un seul exemple de ça, c'est la Commission Européenne elle-même.
01:44J'aime bien citer la Commission Européenne pour démonter leurs arguments.
01:47La Direction Générale de la Santé, qui a pondu un rapport qui est sorti il y a quinze jours,
01:52qui a dit qu'elle était incapable de garantir que le boeuf importé du Brésil ne comportait pas de l'oestradiol, qui est une hormone de croissance, interdite dans l'Union Européenne.
02:01Si on est incapable de le garantir, ils sont incapables de garantir des mesures miroirs comme nous fait espérer Emmanuel Macron.
02:09La réalité, c'est qu'Emmanuel Macron, il a une responsabilité majeure dans ce désastre-là.
02:15Depuis des années, il n'a rien fait pour mettre un terme au mandat de négociation.
02:19Ce qui fait qu'aujourd'hui, on est dos au mur avec cet accord qui, en plus, est en train d'être imposé par un coup de force antidémocratique.
02:27Il faut bien mesurer ce qui est en train de se passer.
02:29Un coup de force antidémocratique ?
02:30Oui, je pèse mes mots.
02:31Vous savez, je suis la première vice-présidente de la Commission des Affaires Commerciales au Parlement Européen qui traite les accords commerciaux.
02:37Je suis la rapportrice pour mon groupe spécifiquement sur l'accord avec le maire Caussour.
02:41Cet accord va être signé d'ici quelques semaines. Je n'ai toujours pas accès au texte.
02:45Est-ce que vous trouvez ça normal qu'on ne puisse pas avoir un débat démocratique sur la base des derniers éléments de négociation ?
02:51Pire encore, la seule chose qu'ils ont bien voulu nous proposer, c'est une réunion à huis clos.
02:57Qui dit huis clos ? En théorie, vous n'êtes pas censé raconter ce qui s'y passe.
03:01Oui, avec vous, je pense qu'il n'y aura pas de problème.
03:02C'était mal me connaître en effet.
03:04Mais s'ils veulent cacher ce texte, ils sont même allés jusqu'à me menacer de sanctions pour raconter ce qui se passe dans ces réunions à huis clos.
03:11S'ils veulent cacher ce texte, c'est qu'ils ne veulent pas qu'un débat démocratique s'engage dans notre pays et en France,
03:17mais aussi partout ailleurs dans l'Union Européenne.
03:20Parce que ça aura des conséquences sur les agriculteurs belges, sur les agriculteurs polonais, irlandais, etc.
03:25Et que ce sera un accord qui sera perdant pour l'Union Européenne, comme pour le maire Caussour d'ailleurs.
03:30Vous dites que dans quelques semaines, cet accord sera signé.
03:33Pour vous, c'est plié ? Il n'y a aucune chance que la France puisse peser ?
03:37Ou ne serait-ce que le ministre italien aujourd'hui de l'Agriculture qui a dit qu'en l'état, cet accord n'est pas acceptable ?
03:43On est sur les derniers moments de négociations.
03:46Le G20 qui se déroule actuellement au Brésil est l'occasion pour les dirigeants européens d'avoir des derniers échanges sur l'accord.
03:54Il y a un sommet du maire Caussour qui aura lieu début décembre.
03:57Il est possible que l'accord soit signé à ce moment-là, d'où l'alerte, d'où la nécessité de se mobiliser.
04:02Et on voit que petit à petit, le débat grandit en Europe, et c'est bienvenu, et notamment la position du ministre italien.
04:08Mais je veux quand même vous alerter sur le « en l'état ».
04:11Parce que qu'est-ce qui va se passer ?
04:12La stratégie d'Emmanuel Macron, comme des quelques rares alliés qu'il a au niveau européen,
04:17c'est d'ajouter quelques annexes pour faire joli, en disant « regardez, on s'est battu jusqu'au bout »,
04:24mais quand même de nous imposer de force cet accord de libre-échange.
04:28Et nous nous disons clairement, et nous sommes d'ailleurs le seul groupe à le dire,
04:31qu'en tout état de cause, nous ne pouvons pas accepter un accord de libre-échange
04:35dont le but est d'importer massivement des denrées agricoles que nous produisons déjà en France et en Europe.
04:41Point barre. Point barre.
04:43Et c'est la raison pour laquelle j'ai écrit à la présidente de la Commission européenne une lettre ouverte
04:48qui a été signée par plus de 130 députés dans 13 pays différents,
04:51ce qui montre aussi que ce n'est pas qu'un sujet franco-français,
04:54ce qu'on le présente beaucoup comme ça depuis ce matin.
04:56La mobilisation, c'est peut-être le pays où elle est la plus forte,
04:59mais on doit mener la bataille à tous les niveaux,
05:02et notamment pour faire en sorte que la Commission européenne
05:06ne contourne pas la validation des parlements nationaux et l'unanimité des États membres.
05:11Là aussi elle essaie de passer en force, et c'est la première étape de la bataille à mener.
05:15Il y a des questions à caractère climatique.
05:17Je rappelle que selon le GIEC, l'agriculture est responsable de 22% des émissions de gaz à effet de serre.
05:22Oui, vous avez tout à fait raison de le noter.
05:24L'impact de l'accord de libre-échange avec le Mercosur, il est multiple sur le climat.
05:29D'abord, le fait de produire massivement, notamment au Brésil, va participer à la déforestation.
05:35Et alors même que la semaine dernière au Parlement européen a été voté le report d'un texte sur la déforestation,
05:40précisément pour que l'accord avec le Mercosur soit signé le plus rapidement possible.
05:45Je le mentionne parce que je vois tous ces hypocrites qui viennent sur les barrages, j'ai vu François-Xavier Bellamy et d'autres,
05:51dire qu'on soutient les agriculteurs, etc.
05:53Ils sont les premiers à avoir voté le report de ce texte sur la déforestation,
05:56qui est fait précisément pour que l'accord de libre-échange soit adopté le plus rapidement possible.
06:01Donc oui, cet accord de libre-échange aura un impact sur le climat, sur la déforestation,
06:06mais aussi, tout le monde peut le comprendre, si vous produisez n'importe quel denrée alimentaire
06:11et que vous la mettez sur un bateau cargo pour traverser l'Atlantique depuis le Brésil à la France,
06:15ça a évidemment un impact climatique.
06:17Moi, je ne sais pas vous, mais je préfère avoir du bœuf ou du miel qui est produit dans le champ d'à côté.
06:22Quand on entend tous ces arguments, comment expliquer que cet accord de libre-échange soit signé,
06:28comme vous le dites, dans quelques semaines ?
06:30Parce qu'il y a en Europe des ayatollahs du libre-échange qui n'ont toujours pas compris que ce modèle économique est dépassé,
06:37qu'il consiste à abaisser les barrières douanières à l'infini et à s'échanger aux quatre coins du monde des marchandises.
06:42Je pense qu'aucune leçon n'a été tirée des erreurs des années précédentes,
06:46et je me souviens même d'Emmanuel Macron, vous voyez, je cite beaucoup mes adversaires,
06:49qui avait dit, délégué à d'autres, notre capacité à produire notre alimentation est une folie.
06:54Et c'est le rare moment de lucidité peut-être d'Emmanuel Macron.
06:57Il avait raison, sauf qu'il n'en a pas tiré toutes les conséquences.
07:00Et moi, je pense qu'il est temps de reconstruire notre économie au service de nos besoins,
07:04pour produire en France et en Europe ce dont nous avons besoin.
07:07C'est vrai pour l'agriculture, mais c'est aussi vrai pour l'industrie.
07:10En ce moment, il y a énormément de plans sociaux dans l'industrie,
07:12et pour moi, ces deux questions sont extrêmement liées,
07:14mais on a des dirigeants européens qui vivent à un autre siècle, à un autre temps,
07:18et ce modèle économique, c'est le modèle du passé.
07:20Au vu des impératifs sociaux et écologiques, il est temps de produire ici ce dont nous avons besoin.
07:25Merci beaucoup Manon.
07:26Merci à vous.
07:27La députée européenne France Insoumise, vous venez d'adresser une lettre à Ursula von der Leyen
07:30pour dénoncer un éventuel accord entre le Mercosur et l'Europe.
07:33Dans un instinct, un homme qui lui ne représente aucun danger,
07:36au contraire, il est même sans risque.
07:38Marc-Antoine Lebray, c'est le Breaking News.
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