00:00Après l'ado à Poitiers, mort hier, 15 ans, ce nouveau drame collatéral des règlements de comptes,
00:06vraisemblablement lié au narcotrafic.
00:08Nicolas, 22 ans, tué à Crépole, tout comme Thomas il y a un an.
00:13Ils étaient tous les deux camarades dans le même club de rugby.
00:16Votre collègue de l'intérieur à propos du drame de Poitiers, Bruno Rotaio,
00:20indique que nous sommes à un point de bascule et qu'il faut soit une mobilisation générale,
00:25soit ce sera la mexicanisation du pays.
00:29Est-ce que vous êtes d'accord avec lui ?
00:30D'abord, je veux dire toutes mes pensées qui vont vers ces deux jeunes gens.
00:37Moi, je suis la mère d'enfants de 13 à 22 ans,
00:40donc je me projette évidemment dans ces drames qui sont terribles
00:44et dire qu'en la matière, il faut faire preuve de fermeté.
00:48Ça, c'est très clair.
00:49Ensuite, on le voit,
00:52beaucoup des faits divers qui ont émaillé ces dernières semaines et ces derniers mois
00:57sont liés au narcotrafic.
01:00Et c'est également un constat,
01:04ce narcotrafic s'est renforcé,
01:07s'est professionnalisé d'une certaine manière et devenu très international.
01:11C'est la première cause de criminalité en France actuelle.
01:13Voilà, et ce qui est assez frappant d'ailleurs,
01:15c'est que lorsqu'on regarde les statistiques de crimes,
01:19on a une baisse depuis 20 ans de 50 %, ce qui est significatif.
01:25Mais en revanche, il y a une augmentation de la violence
01:28autour de tout ce qui est trafic de drogue.
01:30Et donc, il faut agir.
01:31Et agir très fermement,
01:33c'est ce qu'avait porté Éric Dupond-Moretti,
01:37si vous vous en souvenez,
01:38qui était une loi très, je dirais, structurante, transformante
01:44sur la lutte contre le narcotrafic,
01:47qui crée un statut de repenti,
01:49qui crée un parquet spécialisé,
01:52comme on l'a fait pour la lutte antiterroriste,
01:55avec la même fermeté et des magistrats professionnels,
02:00spécialisés en la matière,
02:03et qui allait jusqu'à considérer que
02:06même un règlement de compte de nature crapuleux,
02:09et qui souvent est traité par des juges non professionnels,
02:14donc des jurés sur lesquels on peut faire pression,
02:17devait remonter au niveau de ce parquet professionnel,
02:20parce que ces petits règlements de compte, en fait,
02:23participent de trafics beaucoup plus organisés,
02:28qui d'ailleurs, pour certains, viennent nourrir,
02:30viennent financer le terrorisme,
02:32et que donc, effectivement, il faut mettre le paquet.
02:34Et moi, je soutiens la mise en œuvre de cette loi qui est prête aujourd'hui.
02:39Est-ce qu'on craint une mépriscanisation du pays ?
02:40Est-ce que vous êtes d'accord avec cette image
02:42utilisée par votre collègue de l'intérieur ?
02:44Je pense que surtout, il faut agir.
02:46Moi, je ne me paye pas de mots.
02:48Je suis pour l'action.
02:49Je suis pour qu'on ait des résultats,
02:51et c'est clairement ce qu'attendent les Françaises et les Français.
02:54Mais la bonne action présuppose de bons diagnostics.
02:56Vous avez utilisé le terme « faits divers »
02:58pour parler de ces événements.
02:59Bruno Retailleau, je me fais preuve de revenir sur ce terme,
03:01utilise le mot « méxicanisation ».
03:03On ne décrit pas la même situation
03:05s'il s'agit d'une accumulation de faits divers,
03:06ou s'il s'agit d'une guerre.
03:08C'est exactement ce que je disais, Mathieu Bocquete.
03:10C'est-à-dire que les faits divers
03:12doivent être reliés de manière plus spécifique
03:15au narcotrafic, de manière à traiter l'intégralité
03:18de ce sujet.
03:20Il ne faut pas traiter un fait divers
03:23qui met en jeu un trafic de stupéfiants
03:25comme un fait divers normal.
03:27Précisément parce qu'il participe
03:29d'un trafic qui est plus important,
03:31où, en gros, il faut aller chercher les gros poissons.
03:33Je pense que tout le monde le comprendra.
03:35Si on veut être efficace, il faut remonter la filière.
03:38C'est ce qu'a fait l'Italie avec la lutte contre la mafia.
03:41C'est qu'à un moment, elle a mis en place
03:44une loi qui a permis de traiter les repentis,
03:47d'avoir un parquet spécialisé
03:49et de systématiquement prendre tous les faits
03:52petits ou plus importants
03:54pour les rattacher à cette lutte
03:56contre un phénomène qui gangrénait
03:58à l'époque l'Italie.