00:00Alors bonjour, vous l'avez dit, non seulement je suis tenu par le secret de l'instruction,
00:03mais je suis encore plus tenu par le secret professionnel,
00:05donc j'aurai des difficultés à vous raconter ce que m'a dit mon client, évidemment.
00:10En revanche, pourquoi est-ce que j'étais heureux d'accepter votre invitation ce matin,
00:14c'est que je ne peux pas être plus le porte-parole que mon client
00:18en vous disant que, précisément, je porte sa voix lorsqu'il demande à son frère Kevin
00:24et à sa belle-sœur Christina, dans la ligne droitée d'ailleurs,
00:28de ce qu'a demandé le procureur de la République de Bobigny,
00:32de ramener Santiago, de se rendre ou pas, mais en tout cas de déposer Santiago
00:38dans un hôpital afin que ce dernier puisse recevoir des soins adaptés
00:42et que cette histoire prenne fin au plus vite.
00:45Toute la famille demande aujourd'hui, lance un appel général
00:49pour que ces deux parents ramènent Santiago dans un hôpital, quel qu'il soit ?
00:54Bien sûr, et c'est bien la preuve que les quelques informations
00:58qui ont pu circuler ces derniers jours, qui laissaient entendre
01:01que c'était une espèce d'enlèvement en bande organisée,
01:04avec une préparation, avec un soutien familial, etc.,
01:07il n'en est absolument rien.
01:09Au-delà des questions juridiques sur la question de l'enlèvement,
01:11mais ça on pourrait éventuellement y revenir,
01:13si vous voulez, c'est un coup de folie parfaitement irrationnel
01:16de parents vis-à-vis de leur enfant, de frères vis-à-vis de leur frère et de leur fratrie
01:21et qui n'ont absolument pas réalisé, au moment où ils le faisaient,
01:25les potentielles conséquences du fait de partir avec cet enfant
01:30et évidemment qu'il aura fallu très peu de temps pour que mon client,
01:34notamment parce que c'est en son nom que je parle ce matin,
01:37prenne conscience de la nécessité que tout ça s'arrête au plus vite
01:40et que Santiago puisse retrouver un hôpital et des conditions de soins adaptées.
01:45Question de Vincent Lantingan.
01:47Oui, bonjour Maître, vous parlez de coup de folie.
01:49À quel moment concrètement votre client a réalisé que ce voyage en Belgique
01:55au milieu de la nuit, ça avait été vraiment une très mauvaise idée ?
01:59Est-ce qu'il s'en est rendu compte en rentrant en région parisienne dans la foulée
02:02le lendemain quand il a été interpellé ?
02:04À quel moment il a pris conscience, comme vous dites,
02:06que c'était un coup de folie cette histoire ?
02:11Je dois reconnaître qu'un placement en garde à vue pour un enlèvement
02:15en banque organisée a pas mal aidé évidemment à sa prise de conscience
02:18et c'est pour ça que sans aller avant sur ses déclarations en garde à vue,
02:22je peux simplement vous indiquer qu'il a fait de son mieux pour pouvoir
02:26concourir à l'enquête et au fait qu'on retrouve Santiago,
02:30ce qui est par définition la démonstration qu'il a réalisé
02:33que cette espèce de soutien familial et cette envie d'aider et de ne pas perdre
02:37un enfant qui était sur le point d'être placé et qui ne l'avait pas encore été à ce stade,
02:41je le rappelle, c'est extrêmement important, était quelque chose d'irrationnel
02:47et qu'il était temps d'y mettre fin plus vite.
02:49Ce coup de folie, le déclencheur, c'est quoi ?
02:53C'est la peur, comme vous le disiez à l'instant, que Santiago soit placé.
02:56Il y avait eu des discussions a priori avant entre le personnel de l'hôpital et les parents.
03:00Il n'y avait pas encore de placement mais il y avait eu des discussions.
03:03Ils ont peur qu'on leur enlève leur enfant ?
03:06Évidemment. Qui n'aurait pas peur qu'on enlève son enfant ?
03:10Je ne vous dis pas que ça justifie la réaction.
03:12Je ne vous dis pas que ça explique absolument l'alpha et l'oméga de la manière dont tout s'est passé.
03:16Mais ce que je veux dire par là, c'est que le mobile originel,
03:20c'est précisément cette peur de perdre son enfant.
03:23C'est d'ailleurs ce qu'expliquait mon client qui lui-même,
03:27alors ce n'est pas pour faire pleurer dans les chauvières,
03:29lui-même n'a jamais connu ses parents, a été élevé dans des conditions
03:32qui sont extrêmement précaires et, si vous voulez, a vu là une opportunité
03:37d'aider son frère et sa belle-sœur à conserver leur enfant
03:44et à ne pas le perdre au préjudice d'un placement,
03:47ce qu'eux ont considéré comme suffisant pour faire ce qu'ils ont fait ce jour-là.
03:53C'est important ce que vous nous dites là.
03:55Est-ce que vous pouvez nous en dire plus sur cette famille ?
03:59Alors, ce que je peux vous dire simplement sur cette famille,
04:02c'est que c'était jusque-là une famille qui avait eu quelques difficultés avec la justice
04:08mais qui n'ont absolument rien à voir avec les choses qu'on lui reproche à ce stade-là
04:12et que, sur le reste, c'est une famille qui est précaire,
04:15c'est une famille qui a eu énormément de difficultés,
04:18qui ont eu des conditions d'existence, si vous voulez, qui sont difficiles
04:22et comme souvent, quand on est dans la précarité, dans des conditions qui sont celles-ci,
04:26ça développe une forme de solidarité extrêmement forte
04:29dans lesquelles les membres se soutiennent les uns les autres
04:32et il est bien évident que lorsque son frère est venu le voir en lui demandant de l'aide
04:37parce qu'il risquait de perdre, je mets évidemment des guillemets sur ce terme, son enfant,
04:42mon client n'a pas réfléchi très longtemps.
04:45Quelle est la suite de la procédure pour votre client ?
04:48Il a été mis en examen hier soir.
04:51Vous m'indiquiez, avant ce direct, que vous aviez demandé un débat différé
04:56devant le juge des libertés et de la détention.
04:58On sait que le parquet de Bobigny a requis son placement en détention provisoire.
05:01Pourquoi avoir demandé ce débat différé ?
05:04Pourquoi avoir demandé un petit délai pour préparer sa défense ?
05:07Alors, il faut savoir qu'en fait, quand on est présenté devant le JLD,
05:11on a effectivement ce droit de demander un délai de quatre jours
05:14pour pouvoir préparer la défense de son client.
05:18En l'occurrence, il m'apparaissait pour le moins essentiel, évidemment,
05:21de laisser quatre jours de plus aux enquêteurs belges et français,
05:25notamment pour essayer de retrouver Kevin et Christina,
05:30mettre évidemment toutes les chances de notre côté,
05:33et j'espère que les parents m'entendent ce matin
05:36pour qu'eux-mêmes ramènent Santiago et puissent se présenter avec lui.
05:40Et vous imaginez bien que les conditions d'un débat qui portera sur le fait de savoir
05:44si mon client doit partir en détention seront pas tout à fait les mêmes
05:46si Santiago est en bonne santé dans les bras d'un médecin
05:49ou si on ne l'a toujours pas retrouvé.
05:51On sait évidemment l'urgence dans cette affaire.
05:54Vous le disiez, une fois la prise de conscience des proches des parents de Santiago,
05:59est-ce qu'ils ont collaboré, sans évidemment nous en dire plus,
06:02mais est-ce qu'ils ont participé activement à tout faire
06:05pour qu'on puisse retrouver cet enfant ?
06:08Alors, vous me parlez des parents de Santiago ?
06:11De l'oncle que vous représentez.
06:14Oui, c'est ce que je vous disais tout à l'heure.
06:17Lui, il n'était pas du tout dans une logique de mettre des bâtons dans les roues de l'enquête,
06:20naturellement, loin de là.
06:23Et c'est pour ça que lui, précisément, il aimerait qu'on puisse le retrouver.
06:27Et c'est pour ça aussi que vous imaginez bien que si aujourd'hui,
06:31je parle en son nom devant vous, c'est parce qu'il le cautionne
06:35et parce qu'il veut que son frère et sa belle-sœur entendent son appel
06:39à rendre Santiago à l'hôpital.
06:42De ce qu'il vous dit, est-ce que vous avez le sentiment que les parents de Santiago
06:45sont très déterminés, par amour pour leur enfant,
06:48à partir le plus loin possible pour le garder avec eux ?
06:52Je n'en sais rien. Je ne vais pas partir sur des hypothèses
06:56qui sont dans les reins et les cœurs de ces deux parents.
07:00Je n'en ai aucune idée. Je n'ai évidemment pas eu de contact avec eux
07:03et donc j'ignore totalement l'état d'esprit dans lequel ils sont actuellement.
07:06Donc là-dessus, je ne pourrais pas vous répondre.
07:08Pour terminer, peut-être mettre l'essentiel ce matin,
07:12c'est le message que vous passez, c'est cet appel des proches, des parents,
07:15à rendre Santiago au plus vite dans un hôpital.
07:19Exactement. C'est exactement ça.
07:22Qu'ils comprennent bien que la réponse judiciaire
07:27qui leur sera appliquée sera significativement différente
07:31selon qu'ils se rendent et que Santiago reçoive les soins adaptés
07:35ou selon que l'issue de cette affaire connaisse un dénouement plus dramatique, évidemment.
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