00:00Vous écoutez Culture Média sur Europe 1 9h30 11h avec Thomas Hill et votre invité ce matin Thomas.
00:05Oui je reçois ce matin le comédien Melville Poupeau pour une série qu'on attend depuis très longtemps
00:10et qui démarre mercredi sur France 2, l'adaptation du livre « Dans l'ombre » signé de l'ancien Premier ministre
00:15et désormais candidat à la présidentielle de 2027, Édouard Philippe et de son bras droit Gilles Boyer
00:21qui sont aussi co-scénaristes d'ailleurs de la série. Ils étaient même, paraît-il, parfois présents au tournage, Melville Poupeau ?
00:28Oui, ils sont venus une fois, Édouard Philippe est venu une fois avec son fils qui est curieux de cinéma, qui est assez cinéphile.
00:34Après c'est toujours gênant quand on a un invité sur un plateau parce que pour peu qu'il soit dans votre regard
00:38ou que voilà c'est des présences extérieures qui peuvent être gênantes, du coup je pense que lui-même s'est rendu compte que ce n'était pas sa place.
00:43Oui ça met une petite pression supplémentaire.
00:44Mais par contre ce qui était intéressant pour nous c'était qu'il était investi dans l'écriture du scénario, dans les dialogues
00:48donc c'est vrai que c'est une série parfois un peu technique, assez précise, en tout cas très véridique, très vraisemblable
00:54sur le monde de la politique et sur les coulisses d'une campagne.
00:56Et moi c'est exactement ce que j'ai aimé dans cette série.
00:59Alors évidemment si tout est fictif quand on regarde cette série, on ne peut pas s'empêcher de chercher des ressemblances
01:04et alors vous Melville Poupeau, comme vous jouez un candidat de droite à la présidentielle avec une barbe teintée de blanc,
01:10on se dit ah lui ok c'est Édouard Philippe, mais en fait très vite on se rend compte que pas du tout.
01:15Bah il a plus la barbe déjà lui.
01:16Et voilà que lui il a plus la barbe et puis c'est une vraie fiction.
01:20Je crois que c'est l'intérêt de la série, c'est qu'on est au-delà de la petite anecdote ou du côté contemporain,
01:26c'est plus universel, c'est comme disait Gilles Boyer, des archétypes de la politique.
01:29D'ailleurs il y a même des résonances avec la campagne présidentielle américaine qu'il y a eu en ce moment.
01:33Je ne vais pas développer mais moi j'étais à New York cet été et j'ai suivi de près cette campagne,
01:39il y a toujours des rebondissements, en fait c'est un moment de la vie de tous les citoyens et a fortiori des équipes de campagne
01:44très exaltante, pleine de péripéties, qui est en fait feuilletonné aussi par les médias
01:48donc c'est un sujet idéal pour faire une série palpitante et avec un côté thriller dans celle-ci.
01:54Plein de tensions évidemment dans ces moments-là, puis c'est une fourmilière une campagne, on se rend compte.
01:59C'est vraiment comme si on était une souris et qu'on avait accès aux coulisses auxquelles on n'a pas accès d'habitude,
02:03donc la préparation des interviews, préparation des grands meetings, comment réagir à l'actualité,
02:09surtout dans ce monde d'aujourd'hui qui est quand même surmédiatisé avec les réseaux sociaux,
02:13est-ce qu'il faut réagir à chacun des faits divers, des polémiques, des petites phrases,
02:19donc c'est vraiment tout ça qu'on voit de l'intérieur.
02:22Et votre personnage de Paul Frankeur, il paraît qu'il est plutôt inspiré d'un ancien ministre allemand,
02:26en l'occurrence Wolfgang Schauble qui était en fauteuil roulant,
02:30et vous aussi dans la série vous êtes en fauteuil suite à un accident de voiture,
02:34mais c'est assez anecdotique dans la série, ce n'est pas du tout au centre de la série,
02:39mais ça pose quand même une vraie question sur le handicap,
02:42parce que moi je n'avais jamais vu par exemple un candidat à la présidentielle comme ça,
02:45en fauteuil roulant, haranguer la foule comme vous le faites dans un meeting,
02:49et ça c'est assez intéressant à voir.
02:51C'est ce qui m'avait fait peur au début, je m'étais dit comment je vais m'incarner,
02:54je n'avais jamais fait d'homme politique, je n'avais pas vraiment fait ce genre de rôle très autoritaire, charismatique,
03:00et je me suis dit en plus ce rôle-là difficile, mais en fauteuil roulant c'est encore plus un challenge.
03:04Une catarine supplémentaire, oui.
03:06Et bizarrement, très rapidement sur le tournage, je me suis rendu compte qu'en fait ça imposait le respect,
03:11et que ça me donnait une sorte de charisme, quelque chose d'assez inédit, de très fictionné,
03:15et pendant les meetings, le fait de ne pas pouvoir se lever, de ne pas pouvoir reporter la scène,
03:19finalement ça me donnait aussi la force de développer quelque chose de plus intérieur, de plus profond,
03:25et finalement au bout d'un moment je me suis rendu compte que j'imposais le respect,
03:28et que le vrai pouvoir il vient de l'intérieur, il ne vient pas de ses gesticulations ou de sa volonté,
03:32il vient de quelque chose qui émane de vous naturellement.
03:35Et alors votre personnage, il affronte dans une primaire de la droite d'abord une candidate qui est plus à droite que lui,
03:40qui est jouée par Karine Villard, alors on dit qu'elle s'est un peu inspirée de Rachida Dati,
03:44moi j'ai plutôt vu une ressemblance avec le style d'une Nadine Morano par exemple,
03:48en tout cas ça montre vraiment cette série quand politique, vos pires ennemis, ils sont dans votre camp, c'est ça qu'elle dit.
03:55L'intérêt de la série c'est ça, c'est les tractations, jusqu'où on peut aller,
03:58jusqu'à quelle concession on est capable de faire, à quel point on se trahit,
04:02est-ce qu'on est vraiment digne de confiance, le suspense est là-dessus,
04:06je pense pour le spectateur aussi bien que pour l'équipe, parce que c'est aussi une équipe de campagne qu'on suit,
04:11c'est pas un candidat, c'est surtout son conseiller d'ailleurs,
04:13mais aussi l'équipe de Com, Swan Harlow évidemment,
04:19Eveline Brochu qui joue ma conseillère en communication,
04:21donc c'est jusqu'à quel point on a raison de suivre cet homme-là,
04:25est-ce qu'il est aussi droit qu'il en a l'air, ou est-ce qu'il faut se méfier,
04:29est-ce qu'il a caché des choses, est-ce qu'il dit la vérité,
04:31donc ça donne lieu à beaucoup de séquences,
04:33et puis moi j'avais envie aussi que mon personnage soit trouble,
04:35que ce soit pas le super président, le super héros absolu,
04:38et qu'on l'aime du début à la fin, mais qu'on doute de lui par moments.
04:42Il est subtil, on sait pas trop d'ailleurs.
04:43Voilà c'est ça, et d'ailleurs en plus ça a développé quelque chose chez moi dont j'avais pas conscience avant,
04:47l'idée que le vrai pouvoir c'est aussi de faire confiance,
04:51c'est-à-dire qu'on dit quelque chose, et comme je dis à maman, à Swan Harlow mon conseiller,
04:55je lui dis maintenant t'en sais assez, je te dirai pas plus, c'est à toi de me faire confiance,
04:58et si t'as pas confiance tu vas ailleurs, la force de quelqu'un,
05:01et son pouvoir c'est aussi de développer cette croyance quelque part.
05:04Allez, un petit extrait du premier épisode où vous vous affrontez avec Karine Villard,
05:09tous les deux dans un restaurant.
05:10Marie-France, tu ne crois tout de même pas que je vais te laisser construire ma majorité à l'Assemblée ?
05:14Nos électeurs ne veulent pas des centristes.
05:16Pas des centristes, ce sont des épongements.
05:18Oui, et en me choisissant,
05:20ils ont décidé qu'ils ne voulaient pas qu'on dévie vers les extrêmes.
05:22Oh non, s'il te plaît, arrête, et ne recommence pas avec ça.
05:25Décaler les investitures ?
05:26Tu réalises que c'est un casus belli ?
05:28Marie-France, je ne vais pas te laisser le volant et l'écrou du cagnon.
05:31Et tu le sais très bien, tu fais une grossière erreur.
05:35On se casse.
05:37Et voilà, elle s'en va.
05:39C'est la première fois, vous l'avez dit, que vous incarnez un homme politique.
05:42Melville Poupeau, moi j'ai trouvé que ça vous allait vraiment bien.
05:45Est-ce que ça vous a donné des envies ou des velléités de rejoindre la politique ?
05:50Non, moi je ne suis pas très branché politique.
05:54Je n'ai pas toujours voté, je l'avoue,
05:56parce que je n'aime pas voter pour quelqu'un en qui je ne crois pas vraiment,
05:58donc des fois je m'abstiens.
05:59Et ensuite...
06:01Voilà, ce n'est pas mon rayon.
06:02Mais vous avez découvert des choses avec ce rôle, sur tout ce qui pouvait se passer
06:05dans les bas-fonds de la politique ?
06:07Oui, beaucoup de choses, parce que je ne suis pas spécialiste.
06:09J'ai découvert aussi que c'était une façon de jouer la comédie.
06:14Sauf que moi, en tant que comédien, je suis capable de changer de rôle,
06:16alors qu'eux, ils sont obligés de rester dans le même rôle toute leur vie.
06:20Et moi, c'est ce qui m'ennuierait a priori,
06:22parce que ce que j'aime bien, c'est pouvoir faire un homme politique,
06:24de droite ou de gauche,
06:25et puis après faire un scientifique abducté par les extraterrestres,
06:29et puis après un serial killer.
06:30Enfin, je veux dire, c'est ça qui me plaît dans mon métier.
06:32Et eux, ils sont obligés d'être toujours un peu sur la même ligne.
06:34Et alors, ce n'est pas simple de porter la politique à l'écran.
06:37Beaucoup s'y sont cassés les dents avec des fictions
06:39qui sont parfois beaucoup trop caricaturales.
06:41Et là, franchement, c'est réussi, c'est fin.
06:44Votre personnage, pour une fois, ce n'est pas l'homme politique purement cynique
06:48qu'on voit dans beaucoup de fictions.
06:51Il est plus subtil que ça.
06:52Et il faut dire que c'est réalisé, cette série, par Pierre Scholler.
06:55C'est sa première série.
06:56Mais c'est à lui à qui on doit l'exercice de l'État.
06:59Vous vous en souvenez, Julien Pichenay.
07:01Avec Michel Blanc.
07:02Avec Michel Blanc, qui avait eu un César, exactement.
07:05Et c'était sur l'avis d'un cabinet ministériel.
07:07Film qui avait reçu même trois Césars au total.
07:10Et on sent, évidemment, sa patte.
07:12Ça ressemble à plusieurs longs-métrages, finalement.
07:15Bien sûr. Et ce qui est intéressant, c'est que c'est adapté d'un livre,
07:18donc des deux auteurs,
07:19mais dans le livre, ils n'avaient pas défini le parti du candidat.
07:22Et je pense que là, pour des raisons visuelles,
07:25Pierre Scholler s'est dit que ce n'était pas possible de ne pas dire
07:27quel parti de ce candidat.
07:29Donc il a choisi un parti de droite.
07:31Mais je pense qu'on peut tout à fait se retrouver,
07:32même les hommes de gauche ou de droite,
07:34dans ce personnage et dans cette campagne.
07:36Parce que ça dépasse les clivages.
07:37Et que c'est plus sur la technique, sur la politique
07:39et sur le suspense, voilà,
07:41de comment on organise une campagne.
07:43Dans l'ombre, c'est à voir mercredi 30 octobre à 21h10 sur France 2.
07:48Et les six épisodes sont d'ailleurs déjà disponibles sur la plateforme.
07:52France.tv
07:53France.tv, c'est bien ça.
07:55Restez avec nous, Melville Poupeau, pour suivre l'actu des médias dans un instant.