00:00Merci beaucoup d'être avec nous pour la suite de Culture Média, dans un instant, c'est Patrick Timsit qui va nous rejoindre.
00:06On va parler un petit peu de théâtre, mais on est toujours avec le grand Michel Deniso.
00:10On va se replonger, Michel, dans votre carrière avec quelques-uns des grands génériques qui l'ont jalonné. Voici le premier.
00:24Vous vous souvenez évidemment de ce générique du JTTF à l'époque Yves Mourouzi
00:28parce que vous avez co-présenté Le Trésor avec lui pendant deux ans, deux ans et demi,
00:32et vous dites que c'est la rencontre la plus importante de votre carrière. Pour quelles raisons ?
00:36Professionnellement, oui. D'abord, je n'ai pas fait d'école de journalisme, j'ai débuté sur le TAD,
00:40dans des journaux locaux à Châteauroux, puis les stations régionales, la radio, puis les télés régionales.
00:45Donc j'apprenais au fur et à mesure en regardant ceux qui étaient au-dessus.
00:49Et puis après je suis venu à Paris, j'ai démarré en bas de l'échelle à Cognac à l'époque,
00:56et puis j'ai fait un reportage, deux reportages, j'étais au démarrage de la troisième chaîne aussi,
01:02qui s'appelait Troisième Chaîne Couleurs, c'est pour vous dire qu'on sortait du noir et blanc.
01:07Et après, quand il y a eu la création de TF1, qui s'appelait avant Première Chaîne je sais pas quoi,
01:12qui était encore du service public, donc il y a eu une nouvelle direction, c'est la direction de la 3 qui est arrivée,
01:17et c'est Yves Mourouzi qui a présenté Le Trésor, et moi je faisais le journal télévisé sur cette Troisième Chaîne Couleurs,
01:23et donc j'ai été son numéro 2 pour co-présenter avec lui Le Trésor.
01:29Et avec lui j'ai appris à regarder l'actualité à 360 degrés, c'est-à-dire que jusque-là les journaux télévisés,
01:37c'était très hiérarchisé, la politique, le social, l'international, et puis la météo, et éventuellement le sport.
01:45Et lui, il a ouvert à tout, c'est-à-dire qu'on a vu Iggy Pop sur le plateau, on a vu Freddie Mercury sur le plateau, etc.
01:52Et donc j'ai appris aussi une certaine façon de créer des liens avec les gens qui font l'actualité,
02:01sans pour autant se compromettre avec eux.
02:03Ce qui faisait qu'il avait, le matin il arrivait et il disait
02:07« Qui ne peut-on pas avoir aujourd'hui et qu'on va avoir ? »
02:10C'était ça le jeu, c'était même une forme de jeu, de challenge tous les jours,
02:14et puis une forme d'impertinence aussi élégante.
02:17Ça c'est quelque chose que j'ai beaucoup apprécié chez lui,
02:20c'est-à-dire de sans en avoir l'air, d'avoir l'air toujours charmant, de quand même faire un boulot plutôt marrant.
02:28Et finalement ce mélange des gens, c'est ce que vous avez appris après.
02:30C'est ce que j'ai appris, vu par lui, c'est lui qui l'a créé en France, le mélange des gens.
02:35Alors c'est un mélange très difficile, qu'on ne réussit pas souvent, mais qu'on recherche tout le temps.
02:39Allez, prochain générique.
02:45Téléfoot.
02:46Téléfoot, absolument.
02:47Téléfoot, ouais.
02:48Une époque où on s'autorisait à faire des génériques d'une minute.
02:51C'était extrêmement dangereux.
02:53Mais non, il n'y avait pas de concurrence.
02:54C'est ça, c'était pratique à l'époque.
02:56On pouvait faire ce qu'on voulait.
02:57Et vous évidemment, grand passionné de foot, vous présentiez Téléfoot,
03:00vous commentiez les grandes rencontres de foot.
03:02On a parlé de Didier Rousteing tout à l'heure.
03:04C'est vous qui avez commenté aussi le premier match du PSG diffusé à la télé.
03:08Et puis vous deviendrez patron du PSG quelques années plus tard.
03:12Pas mal d'années plus tard.
03:14Téléfoot, ça reste un bon souvenir.
03:15Il y a des hasards.
03:16Je dis toujours que je n'ai pas de diplôme,
03:18mais que j'ai réussi seulement quelques concours de circonstances.
03:21Et donc, c'est vrai que quand j'étais à la station de Poitiers,
03:24c'était le premier match du PSG.
03:26Je l'ai commenté.
03:27Vous allez savoir pourquoi.
03:28Contre Poitiers, ça a démarré comme ça.
03:30Et puis ensuite, quand j'ai fait les premiers sujets pour les journaux télévisés,
03:33j'ai fait le sujet sur l'inauguration du Parc des Princes.
03:36C'est drôle.
03:37Avec Michel Droquet, on était deux à faire ce sujet.
03:42Et puis après, je me suis retrouvé président du PSG en 1991.
03:47Et puis après, il y aura les grandes années Canal.
03:55Bonjour à toutes et à tous pour la première télévision du matin
03:58sur la première chaîne privée en France.
04:01On entend que votre micro n'était pas bien allumé à cette époque.
04:05C'était le 4 novembre 1984, l'ouverture de la chaîne.
04:08J'ai fait la première télé du matin.
04:11Quand j'entends le générique, j'ai l'impression que je suis encore en pyjama
04:14parce que je me levais quand même à quatre heures.
04:16Les gens savaient ici ce que c'est que faire des matinales,
04:18mais je n'en avais jamais fait.
04:19Donc, les faire à la télé, en plus, il faut soigner un peu les apparences.
04:23Il y a un peu de maquillage.
04:25On ne peut pas se lever au dernier moment.
04:26Bref, c'est un travail.
04:28Donc, j'ai démarré la télé du matin, 4 novembre 1984.
04:30La chaîne démarrait dans des conditions...
04:32Devant pas grand monde, 186 000 abonnés au début.
04:35Oui, et puis techniquement, ça ne marchait pas.
04:38Je me souviens, la veille de l'ouverture,
04:40Philippe Ramon, qui était le directeur de la chaîne à l'époque,
04:45était dans le bureau d'André Rousselet,
04:47le président fondateur à qui on doit tout,
04:49et qui a construit cet immeuble où on est.
04:52Et donc, le directeur dit à André Rousselet,
04:55Président, il ne manque aucun bouton de guêtre.
04:57Et Rousselet dit, oui, mais je ne suis pas sûr qu'on ait les guêtres.
05:00Donc, ça ne marchait pas.
05:02Ça a mal démarré.
05:03Et c'était très critiqué.
05:04Personne n'y croyait.
05:05Vous, vous arriviez à y croire quand même ?
05:07Nous, on était convaincus, en tout cas, qu'on allait vivre une histoire
05:10dont on ne connaissait pas du tout l'issue.
05:12Évidemment, c'était très incertain.
05:14On était de la même génération.
05:15On avait tous autour de 30...
05:17Entre 35 et 40 ans.
05:19On s'était choisis les uns les autres.
05:21Pierre Lescure m'avait appelé.
05:23J'ai la deuxième personne qui l'ait appelée après Alain De Greff.
05:25Il y avait Charles Biettry, il y avait Jean-Luc Burga.
05:28On se connaissait tous.
05:30Et donc, on n'y est...
05:33On ne savait pas où on allait.
05:34On n'y est pas allé pour autre chose que pour une aventure professionnelle.
05:37Et puis après, il y a eu notamment cette grande émission.
05:48Vous vous souvenez de ça, Alissa ?
05:49La Grande Famille.
05:50La Grande Famille, bien sûr.
05:51Le talk du midi sur Canal+.
05:53Là aussi, on était dans Le Mélange des Genres.
05:55Et c'est une émission que vous avez laissée à Jean-Luc Delarue.
05:58Comme plus tard, vous laisserez Télé Dimanche à Marc-Olivier Faugiel.
06:01Puis, le Grand Journal à Antoine Decaune.
06:04C'est assez rare de transmettre comme ça autant de flambeaux.
06:07Oui, écoutez, tout ça s'est fait naturellement, évidemment.
06:12J'ai transmis La Grande Famille à Jean-Luc Delarue
06:15parce que je suis devenu président du PSG.
06:17Et Jean-Luc était chroniqueur dans mon émission.
06:19Il me remplaçait de temps en temps.
06:22C'est le cas de Faugiel aussi.
06:23Et il a développé le concept de l'émission encore mieux que moi.
06:27Marc-Olivier Faugiel travaillait avec moi aussi dans Télé Dimanche.
06:30Quand j'ai arrêté, il a pris le relais avec TV Plus.
06:33Je ne vais pas donner de conseils à des directeurs de chaîne.
06:38Mais je crois que quand on veut continuer une émission,
06:40qu'on change celui qui est l'identifiant,
06:43c'est bien de prendre quelqu'un qui y est déjà.
06:45C'est vous qui, à chaque fois, avez choisi vos successeurs.
06:48Ça n'a pas été le cas pour Antoine Decaune.
06:50Comment ?
06:51Ça n'a pas été le cas pour Antoine Decaune.
06:52Et c'est pour ça que vous pensez que derrière, ça a moins bien fonctionné ?
06:55Je ne veux pas refaire l'histoire.
06:58Il y avait peut-être d'autres.
06:59Enfin bref, c'est fait comme ça.
07:00Je ne veux pas refaire l'histoire maintenant.
07:02Est-ce que d'ailleurs, à chaque fois, c'est vous qui avez décidé d'arrêter
07:04ou ce sont vos patrons qui vous l'ont demandé ?
07:06Pour tout, oui, j'ai décidé.
07:09Parce qu'il y avait d'autres possibilités, c'est ça.
07:11Moi, j'ai travaillé très longtemps.
07:15Je travaillais plus de 50 ans largement.
07:18Je suis à jour de cotisation.
07:20Et je continue de bricoler.
07:23Mais j'ai eu cette chance.
07:24C'est une chance.
07:26Mais effectivement, j'ai envie de tellement de choses.
07:29Je suis curieux de tellement de choses.
07:30Et en même temps, je ne suis pas spécialiste de grand-chose.
07:32Donc, j'ai envie de faire autre chose avec des gens qui m'entourent.
07:35Tout ce qui a marché, c'est parce que j'étais bien entouré.
07:38Mais d'ailleurs, quand on regarde votre CV, Michel Deniso,
07:40vous avez eu tous les postes à Canal+, à part celui de Boss.
07:43Est-ce que c'est un regret ?
07:44J'étais vice-président du groupe.
07:45Ce n'était pas forcément une bonne idée, mais je l'ai fait.
07:47On refuse rien quand on a un peu d'ego.
07:50Vous auriez aimé être le président ?
07:52Non, je pense que je n'aurais pas été très heureux là-dedans.
07:55Personnellement, déjà.
07:57C'était bon pour vous ?
07:58Oui, oui, non.
07:59Ceux qui l'ont fait étaient mieux que moi.
08:01Et puis évidemment, pour finir, comment passer à côté de ce générique,
08:04qui est désormais culte ?
08:12Il y a eu une petite dizaine de versions de ce générique qui a beaucoup évolué.
08:16Oui, c'est pour ne pas payer les droits à See You Under.
08:18Ah, c'est ça ?
08:19Mais oui, mais oui.
08:21C'est Superstition, c'est ça ?
08:23Oui, c'est Superstition.
08:24Voilà, ça c'est l'original.
08:26Ah oui, vous n'avez pas payé les droits.
08:28Je crois.
08:29Enfin, ce n'est pas moi qui payais les droits.
08:31L'émission que vous avez présentée pendant neuf ans sur Canal+,
08:35est-ce que ça restera la plus belle expérience télé de votre carrière, Michel ?
08:38Oui, c'est celle qui est la moins loin dans les souvenirs.
08:43Donc, effectivement, elle était très forte.
08:47Vous avez reçu absolument tout le monde.
08:49Est-ce qu'il y a une personne que vous n'avez pas reçue et que vous regrettez de ne pas l'avoir reçue ?
08:52Oui, oui, il y en a quelques-uns.
08:54Mais enfin, le Pape.
08:57Le Pape, oui, c'est ça.
08:58Parce que même Prince, vous l'avez vu quatre fois sur votre plateau.
09:01Il paraît que c'est le seul qui vous intimidait vraiment.
09:03Au début, oui, parce que je suis vraiment un fan quasi...
09:06Enfin, je suis un grand, grand fan de Prince.
09:09Et voilà, me retrouver face à lui, c'est vraiment le seul qui m'a...
09:14On doit faire abstraction dans notre métier,
09:16on doit interviewer tout le monde de la même façon.
09:18Quelqu'un qui est dans l'actualité, mais qui n'est pas célèbre.
09:21Et quelqu'un qui est célèbre, c'est pareil.
09:23On doit les interviewer pareil.
09:25Ce n'est pas toujours évident, mais on doit faire ça.
09:26On doit se comporter de la même façon.
09:28Et donc, on prend l'habitude.
09:31Au bout d'un moment, j'ai fait à peu près 15 000 interviews,
09:33donc au bout d'un moment, on est rodé à ça.
09:35Mais Prince, c'était différent pour moi.
09:37Il est venu quatre fois.
09:40La première fois, pas d'interview.
09:41Il m'a dit bonjour de loin.
09:43Et puis après, quand il m'a dit OK pour une interview,
09:46j'avais évidemment préparé mon interview.
09:48Et au moment de commencer, je ne savais plus rien.
09:50C'est la seule fois où ça m'est arrivé.
09:52Donc j'ai dit, j'ai l'impression d'être devant Dieu.
09:54Et en plus, il était témoin de Jéhovah, donc c'était compliqué.
09:57Moi aussi, j'ai essayé de faire abstraction ce matin,
10:00de l'admiration que je vous porte, Michel Denisot.
10:02Merci beaucoup d'avoir été là ce matin sur Europe 1.
10:04Vous êtes le président d'honneur de cette première édition.
10:06Pour voter, il y a trois semaines, il faut faire molotov.tv
10:14Et vous allez donner vos votes.
10:16C'est ouvert jusqu'au 26 septembre.
10:18Merci Michel.
10:19Merci beaucoup.