00:00Nous en France, on a un budget à adopter au Parlement, avec évidemment les dissensions qu'on connaît.
00:07Faut-il vous rappeler qu'après la dissolution et les élections législatives anticipées,
00:12nous avons trois couloirs de nage, avec un gouvernement qui a été fait, j'allais dire de briquet de broc,
00:20mais pas tant que ça, puisque Michel Barnier essaye de garder le cap,
00:23et essaye de sauver une situation qu'il a appelée très grave de nombreuses fois.
00:29Alors comment faire passer ce budget ?
00:30Peut-être par cet article 49.3 qui a le mérite d'exister dans la Constitution.
00:35Alors on a dit pas de 49.3, mais suite au Conseil des ministres et au debrief,
00:41ou plutôt au débrief de la porte-parole du gouvernement, Maude Brejon,
00:45on a bien compris qu'il était quand même plausible, possible, probable que ce 49.3 existe.
00:53Le gouvernement, en faisant ce choix, celui de laisser les débats se poursuivre,
01:00accepte aussi des votes qui n'iront pas nécessairement dans le sens de notre copie budgétaire initiale.
01:08Mais c'est ça le respect du Parlement.
01:10On ne peut pas dire d'un côté qu'on veut respecter le parlementarisme,
01:13et en même temps refuser des votes souverains, puisqu'ils viennent des parlementaires,
01:18qui n'iraient pas dans notre sens.
01:20C'est aussi la beauté du débat, et des fois sur des amendements on gagne, et des fois on perd.
01:24Mais à la fin, c'est aussi ça le fonctionnement de la démocratie.
01:27Alors, est-ce que c'est ça le fonctionnement de la démocratie, Louis Oselter ?
01:31Non, mais vous l'avez dit, c'est dans la Constitution.
01:33Alors après, Michel Barnier a très peur d'une chose, c'est de l'étiquette de M. 49.3.
01:38Souvenez-vous d'Elisabeth Borne, c'est Mme 49.3.
01:40Alors elle s'en lamente beaucoup dans son nouveau livre en expliquant que c'est injuste,
01:43mais de fait, elle a dû dégainer une dizaine de 49.3 à chaque budget,
01:47puisqu'à chaque lecture devant l'Assemblée, c'est comme ça,
01:50il faut activer l'article pour éviter le vote,
01:54et derrière ça déclenche la discussion des motions de censure à chaque fois,
01:58parce que la gauche la dépose à chaque fois.
02:00Et c'est ce que Michel Barnier aimerait éviter.
02:01Donc hier, quand il a réuni, comme tous les mardis matins,
02:04les cadres de sa majorité, qui n'en est pas une, on va dire de sa coalition,
02:09il a expliqué que le but c'était quand même de laisser se dérouler les débats jusqu'au plus tard possible.
02:17Et alors son espoir se crée, c'est assez peuploside, mais c'est un espoir,
02:21c'est que finalement, le budget tel qu'il est présenté par le gouvernement
02:25soit tellement amendé par la gauche qu'il devienne un budget du gauche,
02:27comme en Commission des Finances, qu'il devienne un budget de Nouveau Front Populaire,
02:31qu'ensuite il y ait un vote, qu'il soit rejeté,
02:33et dans ce cas, qu'est-ce qui se passe ?
02:35Eh bien, il part au Sénat, et puis là, le Sénat, qui est à droite,
02:37se chargera de remettre les choses dans le bon ordre.
02:40Ça, c'est le bon plan pour Michel Barnier,
02:42parce qu'il y a un vote, l'Assemblée vote, donc la démocratie est là,
02:45il n'a pas besoin d'activer le 49-3,
02:47et puis derrière, c'est le Sénat qui fait le sale boulot, entre guillemets.
02:49C'est le fameux débat sans vote.
02:50Voilà, en remettant le budget sur les morailles.
02:54Bon, à la fin des fins, il faudra faire un 49-3 quand même,
02:56parce que là, le Sénat le voudra pas,
02:59et puis que voilà, sinon, ça risquerait de nous manquer, Pierre, on est d'accord.
03:03Mais voilà, ça, c'est la stratégie espérée, voulue.
03:06C'est pas très plausible, parce que la discussion du budget
03:09pourrait quand même alléger, alourdir, pardon, la facture d'impôts
03:12en plusieurs dizaines de milliards d'euros.
03:14En tout cas, c'est ce qui s'est passé lors de la discussion en commission.
03:17Mais voilà, c'est le mince espoir, le trou de souris
03:19auquel se rapproche le Premier ministre
03:21pour éviter d'avoir cette étiquette infamante.
03:23Gabrielle Cluzel.
03:24Non, mais le 49-3, ça a été créé
03:27pour éviter l'instabilité de la 4e République.
03:30En fait, ça se révèle être, pour la 5e République,
03:33le déambulateur d'une 5e République un peu en soins palliatifs.
03:37Ou alors, c'est le fouet, vous savez, sur le vieil Yann,
03:39qui ne veut pas avancer, pour le faire avancer quand même un tout petit peu.
03:42Et c'est vrai, je crois que, sur le plan communication,
03:46ça a quand même un effet dévastateur, il faut se rendre compte.
03:48Nous avons une séquence qui donne aux Français l'impression
03:52d'un simulacre de démocratie.
03:54C'est une simulacrocratie.
03:56Et là, c'est une nouvelle étape.
03:59C'est-à-dire, ah bon, on cause toujours, tu m'intéresses,
04:01les députés discutent, mais finalement, à la fin,
04:04on va arriver avec le 49-3 pour siffler la fin de la récréation.
04:07Je crois que, bon, c'est toujours plaisant
04:10de discuter avec des gens, entre journalistes, constitutionnalistes,
04:13tout ce que l'on veut, mais l'effet est quand même très dévastateur.
04:16Encore une fois, après la séquence où on a eu un sentiment
04:20un peu d'hold-up des élections.
04:22C'est encore une séquence, à mon avis, assez délétère.
04:25Pour l'instant, on ne l'a pas encore, le 49-3.
04:28On va voir comment va réagir Néo dans Matrix.
04:31Vous avez bien vu le Figaro, Pierre.
04:33Un de vos interlocuteurs vous a décrit Gabriel Attal, c'est ça ?
04:38Oui, comme Néo dans Matrix.
04:40Aux yeux des militants Renaissance, je précise.
04:42Pas aux yeux de tout le monde.
04:44Pas aux yeux de Pierre, où il doit avoir une autre icône, peut-être.