00:00Mathilde Munoz, le 5-16.
00:04Il est 6h21, c'est l'autre débat budgétaire du moment, celui de la Sécurité Sociale.
00:08L'examen du texte a commencé hier en commission à l'Assemblée Nationale et il n'y a pas
00:12moins de tensions de sujets crispants que pour le budget de l'Etat.
00:15La preuve, notre invité ce matin qui s'inquiète du financement des maisons de retraite.
00:19Bonjour Jean-Christophe Amarantinis, vous êtes le président du SINERPA, première
00:23confédération des acteurs privés du grand âge, vous représentez 2000 EHPAD privés.
00:28Qu'est-ce qui vous préoccupe dans ce projet de loi ?
00:30Écoutez, d'abord merci pour votre invitation, ce qui nous préoccupe c'est pas mal d'absences
00:37en termes de financement que nous attendions et que nous espérions depuis plusieurs mois,
00:42à la fois pas de financement massif en direction des dotations-soins d'établissements qui
00:48sont donc soumises à une inflation galopante depuis 3 ans, un certain nombre de mesures
00:53rabots qui nous inquiètent sur des exonérations de charges et pas de mesures de revalorisation
01:00salariale conséquente alors que, vous le savez, notre secteur est en grande peine pour
01:05recruter et fidéliser des salariés.
01:07Et si cette austérité se confirme, là on est encore qu'au stade de projet, comment
01:10ça pourrait se traduire dans le quotidien des maisons de retraite ?
01:13En fait, ces établissements sont en difficulté économique croissante de par ces trois dernières
01:21années d'inflation, donc avec une absence d'investissement aujourd'hui sur l'aménagement
01:26de leurs locaux, la rénovation de leurs locaux et ça se traduirait également par une non-possibilité
01:33pour eux de mettre des mesures sociales en vigueur pour pouvoir créer un choc d'attractivité
01:39que nous appelons de nos voeux depuis des années.
01:41Ça veut dire que sans argent public, le modèle des EHPAD privés ne tient pas ?
01:45Il ne tient pas pour la bonne et simple raison qu'une partie des recettes des établissements
01:51sont des recettes administrées, tarifées par l'assurance maladie et par l'État et
01:56sur lesquelles les établissements n'ont pas la main, ce ne sont que des boîtes aux
01:58lettres, ils reçoivent une subvention de l'argent et cet argent est refléché en
02:04direction des salariés et des différentes dépenses et si cet argent n'est pas suffisant
02:09pour couvrir les charges de l'établissement, malheureusement l'établissement se retrouve
02:13en difficulté et c'est donc le cas aujourd'hui depuis trois ans.
02:16Pour dire les choses clairement, combien il vous faut ? Est-ce que vous avez chiffré
02:19le montant de l'enveloppe que vous souhaitez ? Ou dont ont besoin les EHPAD privés ?
02:23Les EHPAD privés, d'ailleurs ce ne sont pas les EHPAD privés, c'est la totalité
02:28des EHPAD de France.
02:29Mais vous, c'est les privés que vous représentez.
02:30Mais en fait, j'interviens pour la totalité du secteur, une enveloppe massive de plusieurs
02:36milliards d'euros pour arriver à renflouer la totalité du parc d'établissements qui
02:42est en grande difficulté.
02:43Mais le problème c'est que le trou de la sécu devrait dépasser les 18 milliards d'euros
02:47cette année.
02:48J'ai même vu 28 milliards l'an prochain.
02:49Donc on fait comment ? On continue de le creuser ? Tant pis.
02:52On essaie de faire confiance aux professionnels que nous sommes puisque nous avons énormément
02:57de solutions pour faire des économies à l'assurance maladie en modifiant la réglementation.
03:02Par exemple, en créant des postes d'aides-soignantes la nuit.
03:07C'est un exemple tout bête.
03:09Une aide-soignante la nuit permet de réduire considérablement le nombre de journées d'hospitalisation
03:14en renforçant les pôles pour personnes âgées désorientées.
03:18Médicaliser les établissements en transférant, sans trop rentrer dans le détail, l'enveloppe
03:24ambulatoire qui est aujourd'hui dépensée par des dépenses ambulatoires.
03:29Elle est transférée dans les établissements, donc les établissements salariés du personnel
03:34soignant gèrent les enveloppes médicales et donc permettent, en étant médicalisés,
03:39de réduire considérablement les dépenses d'assurance maladie.
03:42Parmi les autres pistes, il y a des sénateurs qui proposent de supprimer un jour férié,
03:46d'en faire une journée de solidarité, donc travailler mais non payer, comme ça a été
03:50fait pour le lundi de Pentecôte.
03:51Bonne idée ou pas ?
03:52C'est une excellente idée et on y est favorable à 200%.
03:56Faut-il encore que cette nouvelle journée de solidarité soit fléchée à 100% directement
04:03et de façon pérenne sur le fonctionnement des établissements.
04:06Il ne faut pas que deux, trois ans après, on se rende compte que 20, 30, 40% de l'enveloppe
04:11est retiré et réfléchit sur d'autres dépenses.
04:15Je vous parlais de ces sénateurs qui proposent de supprimer un jour férié.
04:19Vous, vous avez été auditionnés hier par le Sénat, qu'est-ce que vous leur avez dit ?
04:23On les a remerciés de nous auditionner et en fait, on leur a dit qu'on était très
04:27inquiets puisque notre secteur est encore une fois en grande difficulté, à la fois
04:30économique et à la fois en termes d'attractivité.
04:33On leur a également indiqué que notre pays serait soumis à ce qu'on appelle un tsunami
04:39démographique à horizon 2030, avec plus de 50% de personnes âgées de 75 ans, entre
04:4575 ans et 85 ans, donc avec un besoin massif de soins, d'accompagnement de la dépendance
04:50et surtout une nécessité de recruter 400 000 salariés supplémentaires à horizon 2030.
04:58Donc ça va être difficile avec le peu de moyens qui est octroyé dans le cadre de ce PLFSS 2025.
05:06Vous avez évoqué la crise économique, la crise de recrutement, il y a aussi une crise
05:09de confiance, vous avez moins de résidents qu'avant, avant le Covid, vos établissements
05:12affichaient complet, 100% de taux d'occupation, ce n'est plus le cas aujourd'hui, il y a eu
05:17effectivement la gestion de la crise du Covid dans les maisons de retraite, il y a aussi
05:20le livre enquête sur le réseau Orpea, est-ce que vous vous êtes remis en cause après
05:24toutes ces crises ?
05:25Alors fort heureusement, il est vrai que l'activité de ces établissements s'est considérablement
05:31réduite jusqu'en septembre 2023, depuis septembre 2023 il y a une remontée des taux
05:37d'occupation et donc aujourd'hui les taux d'occupation ne sont pas revenus à leur
05:40taux historique, mais il y a une progression entre septembre 2023 et septembre 2024 de
05:45l'ordre de 10%, donc les taux d'occupation sont à 95% et pour répondre à votre question
05:49oui, nous nous sommes remis en question, à la fois en interne, en n'obligeant nos adhérents
05:55à être beaucoup plus transparents et à publier un certain nombre d'indicateurs dans le cadre
06:00de la charte d'engagement que nous avons déployée dans notre Confédération, en fait la charte
06:05d'engagement c'est une manière d'aller au-delà des exigences réglementaires, ça c'est le
06:09premier point et le deuxième point bien sûr, en 2022 nous avons demandé aux pouvoirs publics
06:15de déclencher des contrôles massifs dans l'ensemble de notre parc d'établissements,
06:20ces contrôles aujourd'hui sont en phase d'achèvement, on est à 85% d'établissements contrôlés
06:25avec des résultats qui sont très positifs et donc on en est très satisfait.
06:29Merci Jean-Christophe Amarantinis, président du SINERPA, la première confédération des
06:32acteurs privés du grand âge.
06:34Merci.
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