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  • il y a 1 an

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Technologie
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00:00:00Bonjour à toutes et tous. Je vous laisse, chers amis, prendre place. On a un peu de
00:00:06retard et l'IA va nous aider sans doute à bien gérer le conducteur de cet après-midi.
00:00:10C'est un réel plaisir de vous retrouver cet après-midi. Effectivement, quand on a
00:00:17lancé il y a quelques mois avec mon camarade Benoît la mission autour de l'IA, on a souhaité
00:00:23naturellement se concentrer en priorité sur les enjeux du recours à l'IA dans les
00:00:30domaines de la création. Vous savez que cette création joue un rôle absolument moteur
00:00:35et central au sein de l'ARCOM au travers de deux boussoles intangibles, la promotion
00:00:43et la protection de la création. De tout cela, nous allons parler cet après-midi.
00:00:47Un grand merci à nos quatre invités d'avoir accepté de venir en parler très concrètement
00:00:54cet après-midi et de façon très pragmatique. Marianne Carpentier, tout d'abord. Bonjour
00:00:59Marianne, directrice de l'innovation chez Neuwen Studio. Nous avons également en duplex
00:01:05avec nous. Il faut que ça marche parce que si le duplex ne marche pas alors qu'on parle
00:01:09d'IA, je suis un petit peu dans une situation compliquée. Solène Chalbon-Fioritti. Est-ce
00:01:14que Solène, vous nous entendez bien ? C'est bon ? Donc là, j'ai un petit moment de solitude
00:01:24que vous partagez avec moi. Donc Solène qui est grand reporter, réalisatrice, le président
00:01:32en parlait du documentaire Nous, jeunesse d'Iran, documentaire pré-sélectionné pour
00:01:39le prix Alberlon dans la catégorie prix audiovisuel. J'espère que ça va marcher dans une minute
00:01:44parce qu'on va ouvrir avec Solène. David El Sayegh. Bonjour, merci d'être là, cher
00:01:49David. Tu es là et on entend ta voix. Directeur général adjoint de la SACEM et puis Samuel
00:01:55Kaminka. Bonjour Samuel, président de Samka Group et d'Animes France. Alors, je vous propose
00:02:02mais je voudrais quand même tester avant si ça marche. Solène, est-ce que vous nous
00:02:08entendez ? Allo, allo ? Allo, allo, est-ce qu'on peut mettre le son plus fort ? Ça marche
00:02:27ou pas ? Allo ? C'est parfait. Chère Solène, est-ce qu'on va vous entendre dans quelques
00:02:40instants ? On vous voit. Alors, je vous préviens, en fait, Solène, je peux me permettre de
00:02:45le dire, a un petit test positif au Covid et donc ce qui fait qu'elle n'est pas avec
00:02:50nous. Et donc, merci d'être en duplex. Et donc, on vous voit, chère Solène, mais je
00:02:55voudrais juste savoir si on vous entend. Bon, on avait fait des tests tout à l'heure
00:03:04et je vais donc... Allo, allo ? On va se laisser une minute. Je suis absolument désolé. Allo ?
00:03:16Bon, on va essayer de rétablir la connexion. Je vous remercie de me prévenir si jamais
00:03:27ça remarche. Merci à nouveau, Solène, si vous pourriez rester encore quelques moments
00:03:32avec vous puisqu'on voulait effectivement parler de ce doc qui permet de parler là
00:03:35encore très concrètement de l'intelligence artificielle pour justement flouter le visage
00:03:46de témoins et puis les protéger et finalement renforcer la force de frappe du propos au
00:03:51niveau éditorial. Alors, du coup, Samuel, je vais me tourner vers vous. Pour commencer,
00:03:59j'aimerais bien qu'on puisse s'intéresser à un secteur qui est au fond, au niveau international
00:04:05le plus impacté au niveau du recours à l'intelligence artificielle. C'est bien entendu l'animation.
00:04:12Ma première question finalement, c'est avec votre double casquette patron d'une boîte
00:04:17de production et président d'Animes France et puis en même temps au regard de votre
00:04:23expérience, c'est-à-dire toutes ces révolutions technologiques et numériques qui ont bien
00:04:27été gérées par le secteur de l'animation. Au fond, ma première question, c'est comment
00:04:32vous percevez cette révolution ou cette mutation de l'IA dans l'animation ?
00:04:38Cher Antoine, merci. Je m'apprête à enchaîner avec le propos de Solène en disant que l'intelligence
00:04:46artificielle, c'était à la fois le meilleur et le pire et que c'est comme toutes les
00:04:53grandes innovations depuis l'imprimerie jusqu'à l'électricité. Finalement, c'est le meilleur
00:04:59selon ce qu'on en fait et c'est le pire selon ce qu'on en fait. Et plus les outils sont
00:05:04puissants, plus finalement ils nous renvoient à notre responsabilité collective et politique.
00:05:10Dans le secteur de l'animation, bien sûr, ça suscite des craintes mais on voit très
00:05:18très bien les opportunités aussi que ça peut représenter. Si on fait un petit pas
00:05:24de recul, on a connu dans le secteur de l'animation des grandes révolutions technologiques ces
00:05:3030 dernières années. Et en fait, ce qu'on constate, c'est qu'à chaque fois, il y a
00:05:34cette peur de la machine, le logiciel, vont-ils remplacer l'être humain ? Systématiquement,
00:05:40la réponse est non. C'est en tout cas le retour d'expérience des 30 dernières années.
00:05:45Ça modifie profondément la façon de travailler. Mais ce qu'on a constaté avec notamment
00:05:51la révolution numérique, c'est que finalement, tous ces progrès technologiques qu'on a
00:05:57vu ont toujours été in fine au service de la relocalisation du travail en France, d'une
00:06:03plus grande maîtrise artistique et d'un grand progrès dans la production value des
00:06:08œuvres. Donc finalement, on peut voir dans l'intelligence artificielle un vecteur de
00:06:13progrès très important. Alors évidemment, il ne faut pas se voiler la face sur les risques
00:06:20encourus. Il faut avoir des objectifs très clairement en tête. Mais enfin, néanmoins,
00:06:26aujourd'hui, on voit l'intelligence artificielle depuis longtemps dans nos métiers. Je prends
00:06:30quelques exemples simples. La gestion des particules, par exemple, ou quand vous avez
00:06:36des personnages, une grande quantité de personnages qui dévalent une colline, on n'anime plus
00:06:41depuis déjà très longtemps les personnages un par un. On les traite comme des particules
00:06:45qui sont auto calculées par la machine. On voit aujourd'hui, c'était d'ailleurs la
00:06:49petite slide était très précise précédemment, à toutes les étapes de la production, on
00:06:55voit des premiers outils d'IA arriver de manière relativement efficace, peu utilisés
00:07:02par les studios pour des raisons diverses, soit de clarté des droits et de risque sur
00:07:08les droits, soit d'inadaptation à notre secteur, puisqu'en fait, il faut du temps pour adapter
00:07:15ces outils à nos besoins. Mais je pense, par exemple, aux outils de traduction par
00:07:23intelligence artificielle. C'est un vecteur de communication plus grand. On travaille
00:07:27beaucoup en animation sur la coproduction internationale. Ça fluidifie énormément
00:07:32les échanges que de pouvoir utiliser l'IA, par exemple, au quotidien dans les traductions.
00:07:36Mais néanmoins, on en touche extrêmement vite la limite, c'est à dire que dès lors
00:07:40qu'on en vient en fait à des notions assez fines de compréhension, puisqu'une phrase
00:07:45est un objet complexe et une image est un objet extrêmement complexe, pétri de beaucoup
00:07:50d'intentions, de beaucoup d'informations différentes qui nécessitent non seulement
00:07:54des capacités cognitives, mais aussi l'appel au corps, la mémoire, des choses que l'intelligence
00:07:59artificielle ne possédera jamais, même si elle peut en simuler certains aspects. On
00:08:04voit bien que, par exemple, à l'étape du scénario et de la continuité dialoguée,
00:08:09rien, à mon avis, même si l'IA continuera de faire des progrès, ne remplacera un traducteur
00:08:16de qualité ou un auteur de qualité dès lors qu'on est sur des tâches véritablement
00:08:22très créatives.
00:08:23Donc ça veut dire que quand on reprend la slide de tout à l'heure où on a bien vu
00:08:27avec Benoît dans nos auditions que l'IA était vraiment présentée à ce stade comme
00:08:33utilisée comme une aide et dans une logique d'humains augmentés, ce que vous pouvez
00:08:39nous dire, fort des expériences que vous avez y compris sur des coproductions internationales,
00:08:44pour le moment, on en est à cet état de l'art là et que rien ne viendra remplacer
00:08:50finalement le génie de l'intelligence humaine avec un I et un H et non pas un I et un A.
00:08:56On peut en tout cas espérer que la bêtise humaine ait beaucoup d'avenir comparé à
00:09:00l'intelligence artificielle.
00:09:01Mais effectivement, ce qu'on peut voir dans les séances entre scénaristes, par
00:09:06exemple, et on le vit tant dans l'animation que dans la fiction, il y a des binômes,
00:09:10souvent des binômes d'auteurs qui se renvoient des idées, qui partagent des
00:09:18savoirs et aujourd'hui qui se font des propositions.
00:09:22L'un, quand l'un est fatigué, l'autre prend le relais et aujourd'hui, on voit
00:09:25beaucoup d'équipes d'auteurs qui sont composées d'un binôme humain et d'une
00:09:30IAG qui, elle, ne se fatigue pas, a une mémoire forcément plus grande, peut
00:09:37avoir, quand elle est dirigée de manière très précise, une capacité de
00:09:40proposition qu'ensuite, les auteurs vont traiter, choisir, questionner beaucoup
00:09:47plus en profondeur et vont faire un tri que l'intelligence artificielle ne
00:09:54pourra pas faire.
00:09:54Je ferai néanmoins un petit distinguo tout de même entre, ici, on est entre
00:09:58gens très en pointe sur le terrain de la création, c'est-à-dire que par
00:10:03définition, on travaille sur des oeuvres prototypiques.
00:10:07On est incapable de prédire le succès et je pense qu'on ne sera jamais
00:10:11capable de prévoir le succès parce qu'il est composé d'une dose
00:10:15d'imprévus, de surprises, de transgressions interdites qu'aucun
00:10:19système artificiel, je pense, ne sera capable de prédire et d'inventer.
00:10:24Néanmoins, il va y avoir, par exemple, des secteurs de la création,
00:10:29comme par exemple, je pense, pour des séries d'animation.
00:10:32Je pense que tout ce qui est oeuvre extrêmement à haute valeur ajoutée
00:10:37créative, il n'y aura peu ou il n'y aura pas plus que de l'assistance
00:10:44à la création de la part de l'intelligence artificielle sur des
00:10:47oeuvres beaucoup plus à formule dont les écritures sont d'ores et déjà
00:10:52algorithmées.
00:10:53Là, effectivement, l'intelligence artificielle va avoir un impact plus
00:10:58fort.
00:10:59Je pense à des programmes qui sont des spin-off de programmes très
00:11:01créatifs.
00:11:02On va pouvoir, sur la base de formules assez simples, fabriquer probablement
00:11:07des programmes courts tirés de programmes qui seront en fait des
00:11:12produits dérivés de programmes, eux, hautement créatifs.
00:11:15Donc, ce que vous dites, c'est que pour tout ce qui concerne des
00:11:19programmes à très haute intensité de production et à très fort impact
00:11:24artistique, vous êtes vraiment optimiste quand on se projette par
00:11:28rapport à l'importance de l'humain, si on comprend bien.
00:11:33Oui, absolument.
00:11:34Je pense que je faisais le clou en disant que la bêtise humaine avait
00:11:38de beaux jours devant elle, mais par bêtise humaine, dans les bêtises
00:11:41qu'on peut dire en séance entre auteurs, pour se faire rire,
00:11:46pour s'amuser, pour se surprendre et d'où viennent les idées imprévues
00:11:50qui font la grande qualité des oeuvres.
00:11:52Et de ce point de vue là, je ne crois pas qu'il y aura un saut qualitatif
00:11:58intrinsèque de ce qu'une intelligence artificielle est capable de faire.
00:12:01Je pense qu'une intelligence artificielle nous surclassera et nous
00:12:04surclasse déjà dans la résolution de problèmes spécifiques.
00:12:08En revanche, sur apporter une réponse adaptée à des situations
00:12:13particulières et sur la capacité à capter un certain air du temps
00:12:19et être surprenant, je pense que rien ne surpassera jamais l'être humain.
00:12:24Et on voit très bien d'ailleurs aujourd'hui, les IA sont très
00:12:27pertinentes dès lors qu'on leur demande de faire de la parodie et de recréer
00:12:33des choses qui existent déjà.
00:12:35Dès lors qu'il s'agit d'innover, l'IA est perdue et par définition,
00:12:40puisqu'on lui demande de se baser sur quelque chose qui n'existe pas.
00:12:44Et dans un contexte aussi concurrentiel que celui de l'animation
00:12:49aujourd'hui à l'international, vous êtes bien en phase avec l'idée
00:12:54que le recours à l'IA, même partiel, sur un certain nombre de tâches
00:12:59assez répétitives, à ce stade, il n'est pas plus négociable.
00:13:05Aujourd'hui, je veux dire que ça ne sert à rien d'essayer d'arrêter
00:13:07le train où il va nous passer dessus.
00:13:10On l'utilise par exemple, il y a d'ores et déjà des logiciels,
00:13:14par exemple, qui servent à créer des décors que nos artistes utilisent
00:13:19et certaines fonctions d'IA sont d'ores et déjà intégrées et permettent
00:13:22de calculer, par exemple, les marges d'un certain pourcentage de marge
00:13:27autour de l'image.
00:13:28D'ailleurs, ça dit bien ce que c'est, c'est-à-dire que c'est de la création
00:13:31marginale par rapport à l'acte de création qu'est capable de faire
00:13:35l'artiste.
00:13:36L'artiste dessine 90 % de son image, l'IA vient compléter les 10 % restants
00:13:41sur les bords.
00:13:42C'est un gain de temps, c'est un gain de productivité et honnêtement,
00:13:45même pour l'artiste, le 15 % de bord tournant sur la marge de l'image
00:13:51n'est pas la partie qui est intéressante à créer et qui sollicite le plus
00:13:55son imaginaire.
00:13:56Et ce type d'outils, je pense que le pari qu'on peut raisonnablement
00:14:00prendre au vu des 30 dernières années des usages, c'est que ça va nous aider
00:14:05à pousser la créativité plus loin et à pousser la production value.
00:14:10Merci Samuel, je reviendrai à vous tout à l'heure.
00:14:13Alors, je vais faire un autre test.
00:14:15Ne riez pas s'il vous plaît.
00:14:17Avec Solène, je crois que cette fois-ci, ça marche.
00:14:21Oh là là, c'est brillant.
00:14:23Merci Solène.
00:14:24On va faire comme si on ouvrait la table ronde, mais Samuel Kaminka
00:14:27était parfait.
00:14:28C'est vrai qu'on voulait absolument, en montant ce débat, commencer
00:14:34à planter le décor finalement du recours de l'IA dans la création
00:14:39au travers d'un cas pratique et d'un programme exemplaire à tout point
00:14:43de vue.
00:14:44Et je mesure mes mots et je veux bien entendu parler de votre documentaire
00:14:47Nous, jeunesse d'Iran, diffusé en avril dernier sur France 5.
00:14:52Est-ce que vous pourriez, Solène, j'ai deux trois petites questions
00:14:56et après on vous l'hébère, mais comme on vous a, on vous garde.
00:15:00Pourriez-vous peut-être dans un premier temps revenir au fond sur la
00:15:03jeunesse de ce projet et sur ces réflexions menées avec votre équipe
00:15:10qui vous ont amené à vous dire il faut qu'on fabrique des visages
00:15:13en ayant recours à l'IA pour mieux protéger nos témoins et sans doute
00:15:20peut-être pour renforcer la puissance de votre récit.
00:15:26D'accord, merci Antoine d'abord, j'espère que vous m'entendez,
00:15:30que vous me voyez tous.
00:15:31C'est parfait.
00:15:32C'est moi, d'accord.
00:15:33Je vous présente mes excuses de ne pas être là.
00:15:35Je suis malade.
00:15:36J'ai d'ailleurs la voix en haut et si je tousse, je me demande pardon
00:15:40par avance si c'est disgracieux.
00:15:42C'est vrai qu'en fait, c'est vrai que la jeunesse de ce projet,
00:15:48c'est une jeunesse sans intelligence artificielle.
00:15:51Moi, je suis grand reporter.
00:15:53J'ai habité dix ans en Afghanistan.
00:15:55J'ai toujours fait ce métier pour le terrain et je n'avais aucune raison.
00:16:00En fait, à distance, dans un tournage dans lequel je n'étais pas
00:16:03impliqué de passer par les moyens de l'IA, en fait, ça s'est fait par accident.
00:16:07Et c'est un gros accident, même au départ, qui nous conduit
00:16:11vers l'IA.
00:16:12Donc, je suis d'autant plus bien placée pour dire que l'IA, dans mon cas,
00:16:16a été un vrai cadeau, en réalité.
00:16:18En fait, c'est un film qui se monte au moment du soulèvement
00:16:21femme d'une liberté où moi, je suis en Afghanistan à ce moment-là.
00:16:25J'arrive, je demande un visa à l'État iranien qui me le promet,
00:16:31qui donne au même moment des visas à d'autres de mes frères et de mes
00:16:34courseurs sur des périodes très courtes.
00:16:36Et en fait, la répression s'emballe.
00:16:38En quelques jours, il y a des dizaines de milliers de jeunes qui sont
00:16:40mis en prison.
00:16:41Ce sont des images, je pense, qui vous sont à tous familières.
00:16:45Et en fait, il y a 17 000 jeunes qui finissent en prison.
00:16:49La moyenne d'âge, c'est 19 ans.
00:16:50Et donc, moi, finalement, mon visa m'est refusé.
00:16:53Et en fait, le visa m'est refusé alors que j'ai déjà sur place des
00:16:55gens avec qui je sais que je peux tourner.
00:16:58J'ai identifié des familles, à la fois chez les gens dits modernes,
00:17:01chez les religieux, chez les éconos, chez les LGBT.
00:17:05J'avais déjà mis en place un gros travail de préparation.
00:17:08Et donc, à ce moment-là, je me dis que c'est des situations,
00:17:12malheureusement, qui arrivent.
00:17:14J'ai moi-même grandi dans une dictature.
00:17:15Je sais très bien ce que c'est que de travailler sous la contrainte
00:17:18et avec l'obsession de la protection des sources,
00:17:21qui est vraiment, dans mon cas, ce qui a motivé en premier lieu l'IA.
00:17:25Ensuite, comme vous l'avez bien expliqué, c'est devenu vraiment
00:17:27un propos presque politique, en réalité.
00:17:31Mais d'abord, c'était une question de protection des sources.
00:17:33Pourquoi ?
00:17:33Parce qu'en fait, en post-prod, quand vous faites des documentaires
00:17:37qui sont un peu calibrés, qui ont un peu de place, un peu de budget,
00:17:40on peut faire des très, très jolies choses avec le frottage.
00:17:42On peut faire des films légers.
00:17:44On n'est pas obligé de mettre un paquet de beurre,
00:17:46vous voyez, sur les visages des gens.
00:17:47Mais moi, là, j'avais plein de problèmes parce que, d'abord,
00:17:49je n'étais pas plus sur place pour filmer.
00:17:51Tous les cadres noirs étaient en prison.
00:17:53Ça veut dire que j'avais un tournage extrêmement peu professionnel,
00:17:57avec des mecs qui filment avec des téléphones.
00:17:59Ça mouche, c'est moche.
00:18:00Donc, mine de rien, les plans que vous faites quand vous voulez
00:18:02canoniser les gens qui sont un peu jolis, en jouant sur les flous,
00:18:06les contre gens, etc., là, il fallait le plier.
00:18:08Et ensuite, les flous légers, en me mettant moi-même en lien
00:18:12avec des hackers iraniens, tout au départ, parce que j'avais besoin
00:18:15de ces types pour intégrer certains milieux, en fait, ils m'ont montré
00:18:19que, désormais, avec des flous légers, dans des pays qui mettent
00:18:23le paquet sur la cybersurveillance, attention, l'Iran, ce n'est pas
00:18:26encore la Russie ou Israël, mais ça le devient, en fait,
00:18:30les flous légers se décroisent.
00:18:33Et finalement, ils m'ont d'ailleurs très, très bien montré,
00:18:35quand vous avez un flou léger, il suffit que le jeune,
00:18:38qu'il ait été mis en prison, fiché une seule fois,
00:18:40vous matchez les deux images et vous retrouvez un usage.
00:18:43Donc, les flous, ce n'était même plus une possibilité pour moi.
00:18:46Et là, ma chance, c'est qu'en fait, j'ai vu un film extraordinaire
00:18:50que je vous recommande à tous, qui s'appelle Welcome to Chechnya,
00:18:53qui est un film américain qui a été prémié au Emmy Awards
00:18:56le 19 mars 2021 et qui raconte l'excitation de jeunes
00:19:00mougais tchétchènes par un groupe de militants russes.
00:19:04Et en fait, ces hommes-là ont en Tchétchénie des faux visages,
00:19:08exactement comme dans mon film.
00:19:09Et quand ils sortent des Tchétchénies, quand ils sont exclutrés,
00:19:12ils retrouvent leur visage.
00:19:13Et en fait, et là, j'ai compris que la magie de l'IA pour les visages,
00:19:19c'est que ce n'est pas ça.
00:19:20En fait, ça agit comme un masque, mais vraiment comme un masque,
00:19:23un masque un peu magique, en fait, parce que je ne sais pas si,
00:19:27parmi vous, on n'a pas passé un extrait du film,
00:19:29mais on aurait pu voir, en fait, le visage qu'on va vous apposer.
00:19:32Il permet d'épouser les expressions de votre visage originel.
00:19:36Donc, si j'occline de l'œil, si je passe au loin de mon visage,
00:19:39si j'ai un demi-sourire, si je marque l'épreuve, la surprise, etc.
00:19:43En fait, mon masque, il va faire exactement la même chose.
00:19:47Donc là, en fait, c'est là que je dis que c'était un cadeau.
00:19:50C'est parce que tout d'un coup, la contrainte et la protection
00:19:53des sources devient une façon d'emvisager quelqu'un sans le révéler.
00:19:59Et donc, quand on a compris ça, c'est là qu'après, on a vu le paquet
00:20:02et quasiment tous les témoins du film sont passés à l'intelligence artificielle.
00:20:08Et est-ce que pendant tout au long du processus de réalisation
00:20:12et de production, comment ça s'est passé avec vos différents partenaires
00:20:15et notamment France Télévisions ?
00:20:18Est-ce que vous avez quand même senti à un moment donné,
00:20:20puisque c'était quand même une grande première sur le marché français,
00:20:24des craintes de leur part qu'on aurait pu tout à fait comprendre ?
00:20:28Donc, comment vous avez réussi à convaincre finalement l'ensemble
00:20:32de vos partenaires de jeu sur ce documentaire ?
00:20:38En fait, j'ai tout entendu.
00:20:40J'ai tout entendu, mais j'ai tout entendu de tout le monde.
00:20:43D'abord, je vous écoutais tout à l'heure quand vous présentiez,
00:20:47c'est-à-dire que l'intelligence artificielle, moi, ce que j'entends
00:20:50maintenant, c'est l'intelligence.
00:20:51L'intelligence, on le sait tous, elle est maléfique ou elle encourage du bien.
00:20:56Et donc là, dans notre cas à nous, c'était dans mon cas à moi,
00:20:59ça a été de convaincre tout le monde, c'est-à-dire que ma productrice,
00:21:02Béatrice Schoenberg, qui m'avait suivie sur plein de films très,
00:21:05très compliqués en Afghanistan, etc., elle aussi, elle a fait vraiment
00:21:09une drôle de tête.
00:21:10France Télé a aussi vraiment demandé à voir les images tout de suite.
00:21:16Et en fait, en regardant les images, il y a quand même une sorte de,
00:21:20je pense qu'il y a quelque chose qui s'explique tout seul,
00:21:24en fait, qui s'illustre tout seul.
00:21:27C'est une idée qui fait peur.
00:21:28Il y avait le côté robotique, il y avait le côté,
00:21:30on ne s'ouvre pas la boîte de Pandore.
00:21:32Évidemment, avec France Télé, il y a eu des allers-retours,
00:21:34il y a eu...
00:21:35Par moments, il n'a vraiment pas lu explicité, mais en fait,
00:21:38moi, je me suis toujours défendue sur le principe sur deux choses.
00:21:44La première, c'est que j'ai toujours pensé que nous tous,
00:21:49autant que nous sommes, quand on regarde la télévision
00:21:51et qu'il y a quelqu'un qui est flouté avec une voix derrière,
00:21:53personne n'interroge la véracité de cette scène-là.
00:21:58Personne ne se dit, mais attends, peut-être que le son et l'image
00:22:02ont été pris différemment.
00:22:03On ne se dit jamais ça, je ne sais pas si vous avez remarqué.
00:22:06On est toujours persuadé que la voix qui émane du floutage,
00:22:11c'est la voix de la personne qui parle.
00:22:13Eh bien, en fait, on n'a aucune raison d'y croire.
00:22:16En montage, on fait ce qu'on veut, on le sait tous dans la pièce.
00:22:19Donc, en fait, on le croit.
00:22:20Pourquoi ?
00:22:21On le croit parce qu'on a confiance.
00:22:24Donc, d'où la charte de confiance ?
00:22:27D'où ? Et là, c'est vrai que France TV est arrivé avec une charte
00:22:30qui n'était pas encore, honnêtement, qui n'était pas encore élaborée,
00:22:32mais le projet donnait la possibilité, justement, d'une jurisprudence.
00:22:37Et là, ils ont tenu à ce que, vous avez vu, c'est siglé
00:22:41avec vraiment un gros carton rouge en permanence.
00:22:43C'est énoncé par l'héroïne du film elle-même qui commence le film
00:22:47en disant, désolée, les gars, je ne vais pas vous montrer mon vrai visage.
00:22:49On a dégozifié l'intelligence artificielle pour ma sécurité.
00:22:53Mais vous avez vu, je me suis choisie très jolie.
00:22:55En fait, on en rigole.
00:22:56On revient dessus dans le film.
00:22:58Et c'est vrai que du début à la fin, l'IA, ce n'est pas l'histoire,
00:23:01n'a rien à voir même avec l'histoire, mais elle nous accompagne du début
00:23:06à la fin du film.
00:23:07Et elle est effectivement un des éléments de cette histoire.
00:23:10Effectivement, vous l'avez évoqué, ce qui nous a beaucoup frappé
00:23:12au moment de la sortie du documentaire.
00:23:16En amont, c'est-à-dire vos prises de parole, le dossier de presse,
00:23:19tous les éléments de langage autour du doc.
00:23:22Effectivement, beaucoup de pédagogie vis-à-vis des professionnels
00:23:27et du grand public.
00:23:28Et puis, vous l'avez évoqué, la diffusion avec une insertion très
00:23:33importante et à plusieurs reprises dans le film, de synthés et de panneaux
00:23:39pour bien signifier que les visages en question avaient été générés par l'IA.
00:23:42Donc, comment vous avez géré ça ?
00:23:45Mais aussi, et je rebondis sur ce que vous venez de dire, quand même,
00:23:47en gérant le risque, peut-être, malgré tout, que la forme,
00:23:53c'est-à-dire le recours à l'IA, prenne un petit peu le pas sur le fond.
00:23:59D'abord, vous l'avez dit, en prenant le risque, c'est-à-dire que je ne
00:24:02pouvais pas le savoir.
00:24:03Je remarque finalement qu'il y a beaucoup de gens qui sortent du film
00:24:07en disant, qui sont sortis du film en disant, j'ai oublié l'IA dans le film.
00:24:12Parce que ça reste un film en sous-marin, dans une société iranienne,
00:24:17alors qu'aucune meuf ne sort de l'Iran.
00:24:19Donc, c'est vrai qu'à un moment, je crois, moi, je suis objective.
00:24:22Et à un autre, je pense qu'effectivement, c'est l'histoire qui vous emporte.
00:24:25Et puis les visages, que ce sont des visages qui sont très, très proches
00:24:28de visages qui pourraient être existants, même si, vous avez vu,
00:24:30ils sont un peu robotisés, ils sont un peu esthétisés,
00:24:34si je peux me permettre ce terme très moche.
00:24:36Mais en fait, je pense qu'on est quand même pris par l'histoire.
00:24:39On a pris le risque, on a pris le risque sans trop savoir.
00:24:44Je me souviens même, France Télé, au moment de la diffusion du film,
00:24:48ils avaient quand même des craintes de la réception.
00:24:52D'abord, des craintes de la part de la critique, je pense.
00:24:55Moi-même, je connais mes confrères et mes consorts.
00:24:58Je sais qu'il y a des réactionnaires.
00:25:00Je sais qu'il y a des gens plus ouverts.
00:25:03Je sais qu'à très juste titre, l'IA suscite de très grandes peurs,
00:25:08parfois de grands fantasmes, mais des peurs tout à fait légitimes.
00:25:10Donc, on avait peur de tout le monde et en fait, ça s'est fait.
00:25:12En fait, ça s'est fait vraiment step by step.
00:25:14C'est-à-dire, d'abord, on a eu beaucoup de chance
00:25:16puisqu'on a eu une très, très belle promo avec des critiques superbes.
00:25:19Ensuite, ils avaient même demandé ce qu'on prenait d'un huissier, France Télé.
00:25:23Tellement, ils avaient, je pense, vraiment la crainte
00:25:26qu'on se fasse attaquer sur le côté, mais si ça, c'est fake,
00:25:29qu'est-ce qu'ils nous disent que le reste n'est pas fake ?
00:25:31Et vous voyez, en fait, on s'était prémunis
00:25:34pour finalement très, très, très peu de problèmes.
00:25:38Et je dirais même, en fait, que c'était une surprise pour moi
00:25:43parce que je pensais vraiment que j'aurais plus de problèmes,
00:25:48j'aurais plus d'embrouilles,
00:25:49ne serait-ce que sur un point que vous n'avez pas mentionné,
00:25:52mais qui est un point, je pense, qui n'est pas assez considéré
00:25:55par les diffuseurs et qui est vraiment un point de journaliste.
00:25:59Le problème, c'est quoi ?
00:26:00C'est que quand on fait, comme je l'ai fait là, des visages,
00:26:03on invente, on génère des visages à l'intelligence artificielle,
00:26:06évidemment que moi, je ne sais pas générer des visages à l'intelligence artificielle.
00:26:11Évidemment, je n'ai pas cette compétence.
00:26:12Évidemment que le gars qui l'a fait pour moi n'est pas un journaliste.
00:26:16C'est là qu'il y a un vrai problème.
00:26:17En fait, pour moi, c'était là, en tout cas,
00:26:19mon principal frein et la raison pour laquelle j'ai eu beaucoup de mal
00:26:22même à mener ce projet à bien,
00:26:24c'est parce que tout à coup, vous allez appeler un mec
00:26:26qui fait des pubs pour Quartier ou Calvin Klein,
00:26:30parce que c'est un des seuls gars en France qui sait utiliser
00:26:34la technique qu'on a utilisée pour les visages de l'IA dans le film.
00:26:38Et cet homme-là ne veut pas être connu,
00:26:41ne veut pas donner son nom, ne veut pas montrer son visage
00:26:44parce qu'il a peur, à très juste titre, d'être poursuivi
00:26:49dans le cas où les Iraniens, les Russes se rendent compte
00:26:53qu'il y a une personne en France qui a des images extrêmement sensibles
00:26:57sur son serveur et que ce type-là n'est pas protégé, comme moi,
00:27:01par une grosse machine de prog
00:27:02où on fait extrêmement attention à sécuriser nos données.
00:27:05Du coup, ça, c'était très compliqué.
00:27:06Et c'est là aussi que les charts,
00:27:07c'est là-dessus aussi que les charts, elles doivent aller.
00:27:09Ce n'est pas simplement la signalétique à la diffusion,
00:27:12c'est aussi comment est-ce qu'on fait intervenir
00:27:14dans une machine journalistique de vraiment très, très haute sécurité.
00:27:20C'est-à-dire que le cadre-leur principal de ce film,
00:27:21il a été pourchassé par les bases d'Arabes,
00:27:23envoyé par les agents de la Révolution islamique.
00:27:26C'était très dangereux de filmer en Iran.
00:27:28Et bien, comment est-ce qu'on fait intervenir quelqu'un
00:27:30qui n'est pas journaliste, qui est un geek, un technos, en fait ?
00:27:33Comment est-ce qu'on fait intervenir dans un process comme ça ?
00:27:36Comment on le clire ? Comment on le sécurise ?
00:27:38Moi, je n'avais aucune façon, en fait, de savoir si ce type,
00:27:40il était...
00:27:42Voilà, s'il était essic ou pas.
00:27:45Et en fait, ce que j'ai fait, c'est que je me suis reposée
00:27:47sur des collègues, les fameux collègues
00:27:49dont je vous parlais, les Américains,
00:27:50qui ont fait ce film 2 ans plus tôt.
00:27:52Je me suis reposée sur leur réseau.
00:27:53Mais à terme, il va falloir quand même qu'on identifie
00:27:573, 4 personnes, 3, 4 boîtes qui sont, voilà,
00:28:01qui sont capables de le faire pour nous
00:28:02dans de très bonnes conditions de sécurité.
00:28:05Merci.
00:28:06Merci beaucoup d'ouvrir aussi sur cet aspect formation,
00:28:12nouvelles compétences au sein de la filière.
00:28:14Et puis, on parlera aussi de ce sujet dans la table ronde
00:28:17tout à l'heure avec Benoît sur l'info.
00:28:20Solène, on va poursuivre.
00:28:22Mais n'hésitez pas à rester encore quelques minutes.
00:28:25Merci de ce témoignage et ce partage d'expérience.
00:28:28Vous l'avez vu, ça permet aussi de mettre sur la table
00:28:31une de nos préoccupations importantes
00:28:32dans le cadre de la mission qu'on a conduite.
00:28:34Aujourd'hui, vous avez évoqué la notion de chartes
00:28:36de bonne pratique en évoquant le sujet des compétences
00:28:41et aussi la signalétique.
00:28:42C'est-à-dire qu'à un moment donné,
00:28:43ce qu'on s'est dit aussi dans la mission,
00:28:45quand un contenu utilise de façon très importante
00:28:50l'IA pour servir son propos,
00:28:52il faut faire comme vous l'avez fait,
00:28:54accompagner le public pour ne pas le fouer.
00:28:57A tout à l'heure, Solène,
00:28:59je me tourne vers vous, Marianne Carpentier,
00:29:02chez Newen Studios, parce qu'il se trouve, je crois,
00:29:06que chez Newen Studios et peut-être chez Capa,
00:29:09vous avez eu aussi un certain nombre d'expérimentations
00:29:13sur des docs avec de l'IA.
00:29:14Donc, est-ce que vous pourriez nous en dire quelques mots
00:29:17et puis nous partager avec nous, de la même manière que Solène,
00:29:20quelques partages d'expérience ?
00:29:22Oui, alors je suis ravie qu'on ait eu le témoignage de Solène
00:29:25parce que pour nous, il a été très inspirant.
00:29:28Alors, j'ai deux choses qui me viennent en tête.
00:29:31D'abord, un tout petit peu avant,
00:29:34elle disait tout à l'heure, Solène,
00:29:36que l'usage qu'on en fait, il est soit bienveillant, soit malveillant.
00:29:40En France, les usages sont arrivés parce qu'on est bienveillant.
00:29:43Et sinon, on avait des stops, en fait.
00:29:46Moi, avant que le confinement arrive,
00:29:48ça faisait déjà presque une année
00:29:50que j'avais envie de jouer avec des deepfakes.
00:29:53Donc, deepfake, pour ceux qui connaissent pas,
00:29:54c'est on remplace le visage de quelqu'un
00:29:56par le visage de quelqu'un d'autre,
00:29:58voire de quelqu'un qui n'existe pas.
00:30:01Et je n'ai pris que des stops de tout le monde,
00:30:04de la prod, des réalisateurs, des directeurs artistiques.
00:30:08Personne ne voulait en faire
00:30:09parce que c'était une technologie de pirate.
00:30:12Et donc, c'était très, très mal vu.
00:30:14Et donc, il était hors de question
00:30:16que j'aie le droit de jouer, de faire mumuse,
00:30:18même sur un POC, pas question de faire quoi que ce soit.
00:30:21Bon, ça ne nous empêchait pas, en off,
00:30:24dans les salons de post-production
00:30:27de certaines de nos séries qui tournent constamment,
00:30:31d'essayer des choses
00:30:32et de regarder un petit peu ce que ça a donné.
00:30:34Quand est arrivé le confinement,
00:30:36on a une actrice sur une de nos quotidiennes
00:30:38qui est tombée malade rapidement.
00:30:40Et les quotidiennes, on les a pas arrêtées
00:30:41pendant le confinement. Nous, on tournait en confinement.
00:30:44Donc, elles ont continué de tourner très longtemps.
00:30:47Et donc, cette actrice est tombée malade.
00:30:50Donc, on a eu le choix soit d'arrêter la prod pendant 15 jours,
00:30:53le temps que... C'était le protocole à l'époque.
00:30:56C'était 15 jours qu'elles reviennent,
00:30:58ce qui coûtait extrêmement cher,
00:31:00soit de lever la main et de dire ça tombe bien,
00:31:02on avait testé des petites technologies rigolotes
00:31:05de remplacement de visage.
00:31:07Et cette actrice, comme sur ses quotidiennes,
00:31:09on tourne les épisodes 10 par 10, tout mélangé dans le désordre.
00:31:12Il lui restait une séquence à tourner ou deux, je crois,
00:31:15pour boucler un épisode.
00:31:17Et donc, on avait le choix soit d'arrêter le tournage,
00:31:20soit de remplacer l'actrice dans toutes les autres séquences.
00:31:22Donc, j'ai pu 14, je crois, sur un épisode.
00:31:25Donc, de retourner 12 séquences avec une autre actrice
00:31:29et donc de la sortir de la série, cette pauvre actrice.
00:31:32Et donc, là, on s'est dit non, en fait,
00:31:33on va faire tourner une autre actrice
00:31:35qui n'a jamais tourné dans la série,
00:31:37qui ressemble à peu près à la première,
00:31:39en tout cas, qui avait les mêmes cheveux.
00:31:41Il y avait un peu de contraintes techniques.
00:31:43Et on va changer son visage par celui de l'actrice originale.
00:31:47Les deux actrices étant d'accord,
00:31:49j'allais dire consentantes, mais c'est pas le bon mot,
00:31:52étant d'accord, on a signé un cachet
00:31:54avec la deuxième actrice.
00:31:56Donc, elle, elle a été payée pour tourner deux séquences.
00:31:58Elle était toute contente. Elle est arrivée sur la série.
00:32:01Et en plus, elle a eu l'occasion ensuite de retourner
00:32:04dans un autre rôle vu qu'on voyait pas son visage à l'écran.
00:32:07Donc, elle a été castée grâce à ça
00:32:09et elle est restée sur la série sur un autre rôle.
00:32:11Donc, tout le monde était super content.
00:32:13Et en fait, est arrivé ce cas d'usage.
00:32:15Et au final, ça s'est même pas vu.
00:32:18Personne n'avait rien vu du tout à l'écran.
00:32:20Il y a eu un peu de communication là-dessus
00:32:22parce que sur des séries comme ça,
00:32:24qui sont low cost, entre guillemets, pas low quali,
00:32:27mais low cost, qui ne coûtent pas cher à la production,
00:32:30on a toujours tendance à croire qu'on n'a pas de budget,
00:32:33on ne peut pas faire des choses chouettes.
00:32:35Mais en fait, c'est là qu'on innove le plus en France, en fiction.
00:32:38Celles sur ces séries-là qui sont sous contraintes très fortes.
00:32:42Et donc, en fait, c'est parce qu'on avait ce cas d'usage
00:32:44qui était bienveillant,
00:32:45qui n'était pas du tout fait pour extraire une actrice,
00:32:48mais au contraire, lui préserver son emploi,
00:32:51que ça s'est passé.
00:32:53Donc c'était un peu la même manière que c'est arrivé.
00:32:56Et ensuite, 2e chose,
00:32:58le travail de Solène a inspiré les équipes de Kappa
00:33:02qui avaient une problématique similaire.
00:33:04C'était très peu de temps après la sortie de son documentaire.
00:33:09Ils travaillaient, eux, sur un docu
00:33:10avec des interviews de gens de la DGSE.
00:33:14Il n'y avait que des interviews dans le docu,
00:33:16et c'était impossible de montrer leur visage,
00:33:19même deepfaké.
00:33:22Il était hors de question de montrer leur visage,
00:33:24donc on n'avait que les voix.
00:33:26Et on ne pouvait pas non plus utiliser leur voix.
00:33:28Et donc, on était en train de se dire,
00:33:30est-ce qu'on peut vraiment faire ce docu ou pas ?
00:33:33Parce qu'avoir que des voix robotisées, transformées, modifiées
00:33:37pendant une heure, ça ne va juste pas être possible.
00:33:39En fait, ça va donner quelque chose de pas digérable.
00:33:43Et donc, on a utilisé la même technologie que Solène.
00:33:47On n'a pas utilisé de transformation de voix.
00:33:51Donc, on a utilisé un modèle de sécurisation des témoins plus forts.
00:33:55On a utilisé des voix générées par de l'intelligence artificielle
00:33:59qui sont capables de conserver les émotions,
00:34:02et donc qui, quand même, apportent un humanisme,
00:34:05même si on sent que c'est robotisé.
00:34:07Je ne veux pas dire que c'est très, très humain.
00:34:09On sait que c'est transformé, mais on conserve les émotions.
00:34:14Donc, c'est quand même beaucoup plus agréable de sentir la peur
00:34:17et de sentir ce petit genre de choses.
00:34:20Après, on a joué avec plein de voix différentes.
00:34:22Donc, on a réussi à ramener un peu de créativité dans un documentaire
00:34:26qu'on n'aurait pas pu faire sinon.
00:34:28Et en plus, avec cette couche de protection,
00:34:30c'est-à-dire que c'est vrai sur les visages,
00:34:32mais c'est vrai sur les voix aussi.
00:34:34Si je transforme juste avec un, je ne sais même pas comment ça s'appelle,
00:34:38un transcodeur, n'importe quel pirate aujourd'hui
00:34:41peut le retourner et retrouver la voix source.
00:34:44Donc, ce n'est pas super protégé.
00:34:46Utiliser une autre voix qui n'a rien à voir.
00:34:49Et donc, on ne peut pas remonter jusqu'à la source
00:34:51parce qu'elle n'est même pas derrière la voix qu'on pose.
00:34:55Donc, ça, c'était un cas d'usage.
00:34:57Ensuite, le documentaire,
00:35:00c'était hyper intéressant de commencer d'abord sur de la fiction low cost
00:35:04et ensuite sur du documentaire parce que deux choses,
00:35:06ce sont deux économies sous contraintes fortes.
00:35:11C'est-à-dire que c'est des budgets très limités.
00:35:13Et donc, comme souvent,
00:35:15c'est là où il y a le plus de créativité dans les outils qui sont utilisés.
00:35:18Et donc, comme en animation, en fait,
00:35:21on va chercher à trouver comment bypasser les contraintes techniques.
00:35:26Et donc, c'est souvent là qu'il y a le plus d'innovation.
00:35:28Et donc, le documentaire, ils se sont vite saisis de ces outils-là.
00:35:31Alors, comme tout le monde,
00:35:34on a des vrais questionnements sur les droits d'auteur,
00:35:38y compris comment les moteurs ont été entraînés
00:35:42et qui est propriétaire des images qui sont générées.
00:35:45Donc ça, moi, j'ai bypassé direct en disant,
00:35:48si on veut pouvoir jouer avec ces outils-là,
00:35:50utilisons-les pour la partie prépa et pas pour la production.
00:35:54On est en France, on sait très bien fabriquer
00:35:58des séries, des docus, de l'animation d'ailleurs.
00:36:00Donc par contre, ce qui commence à devenir très compliqué,
00:36:03là, c'est de les vendre et de les financer.
00:36:05Donc réfléchissons en amont comment on va aller trouver le financement
00:36:09pour fabriquer ces contenus après.
00:36:11Et donc, utilisons ces outils sur de la préparation,
00:36:14sur des documents qui nous aident à financer et à vendre ces programmes.
00:36:18Et là, le documentaire, ils ont vraiment sauté dessus
00:36:21en disant, oui, c'est génial, en fait.
00:36:23Si je peux faire l'affiche de mon documentaire
00:36:25avec un semblant de ce à quoi ça va ressembler
00:36:28une fois qu'il va être fini,
00:36:30évidemment que ça va être beaucoup plus facile à pitcher.
00:36:33Et donc, ils sont allés très vite dans cette voie-là
00:36:35pour, oui, là, le dernier exemple en date,
00:36:38c'est un docu sur les catacombes
00:36:40où on a généré des images avec de l'intelligence artificielle
00:36:43qui donne une idée de à quoi va ressembler le documentaire,
00:36:47de l'ambiance colorimétrique qu'on veut qu'il y ait en post-prod,
00:36:49y compris de l'étalonnage final.
00:36:51Donc, on va assez loin, en fait, très, très en amont,
00:36:54alors qu'il n'y a même pas une ligne du docu qui est encore écrite.
00:36:57Et avec ça, on est capable d'aller vendre le projet aujourd'hui
00:36:59à une chaîne ou une plateforme.
00:37:01Et je reviens sur la fiction.
00:37:03Donc, ce que vous dites, c'est que vous déployez
00:37:06une gouvernance en mode projet avec une charte éthique
00:37:10où vous testez des choses, vous en parlez avec les équipes,
00:37:13vous tirez des enseignements avant d'envisager la suite.
00:37:15Est-ce qu'au travers d'un exemple complémentaire en fiction,
00:37:19vous pourriez répondre à cette question ?
00:37:21Oui. Alors, voyant ces cas d'usage arriver,
00:37:25dès 2023, en fait, on a mis en place un comité de pilotage
00:37:29chez Newen puis chez TF1 pour encadrer tous les usages
00:37:32et ne pas les freiner, mais les encadrer.
00:37:36Et donc, être au courant de tout ce qui se faisait sur le terrain,
00:37:40voire parfois le déclencher un peu, aller planter des graines.
00:37:44Et puis, cadrer chaque usage en disant, non, ça, ce n'est pas possible.
00:37:49Là, oui, typiquement, tu veux générer une image...
00:37:55Je vais prendre l'exemple de Cat's Eye,
00:37:57parce que c'est la tendance en ce moment.
00:38:00Ça sera bientôt à l'antenne sur TF1.
00:38:04Cat's Eye, c'est un projet qui est arrivé chez Newen très, très tôt.
00:38:07Puisqu'on était partenaire, on a pris la distribution de ce projet.
00:38:11Il n'était pas encore écrit.
00:38:12Donc, on a mis beaucoup d'argent en amont de la production de ce projet.
00:38:16Et rapidement, on a eu envie de faire des pré-ventes.
00:38:19Et on n'avait rien, pas de script, pas de visuel, rien du tout.
00:38:23Et là, pour rire, on a dit aux distributeurs,
00:38:27viens, regarde, on prend 1000 journées et on génère un visuel.
00:38:30Tu voudrais quoi comme affiche ?
00:38:31Et il nous dit, je voudrais trois filles sur les toits de Paris
00:38:34qui regardent la Tour Eiffel dans des costumes un peu moulants.
00:38:36Sans Céline Dion.
00:38:38Sans Céline Dion, mais non, il n'y avait pas encore.
00:38:40C'était bien avant.
00:38:42Et on lui a généré le visuel.
00:38:44Et au final, le visuel...
00:38:47Alors, on a fait des tests.
00:38:49C'est un visuel qui nous a servi à financer la série,
00:38:53à aller la pré-vendre dans certains pays,
00:38:55à aller chercher des partenaires coproducteurs
00:38:58et pas du tout qui ne sera pas exploité.
00:39:00Puisque le visuel qui est utilisé aujourd'hui,
00:39:03qu'on voit un peu dans la presse,
00:39:04c'est le même visuel,
00:39:06sauf que c'est un visuel qui est issu des images du tournage.
00:39:10Donc, en fait, on s'est affranchi des problèmes de droit comme ça.
00:39:15C'est-à-dire que ce qu'on exploite commercialement,
00:39:17on le tire de ce qu'on a filmé, de ce qu'on a vraiment tourné.
00:39:21En revanche, très, très vite, on a eu du matériau
00:39:25pour aller financer des projets qui ne sont pas encore du tout développés.
00:39:29Donc ça, c'est super intéressant.
00:39:31Après, on n'en est plus là.
00:39:32Ça, c'était l'année dernière.
00:39:33Donc là, on est un petit peu plus avancé dans les usages.
00:39:39En fiction, il y en a partout.
00:39:45Alors après, c'est ce que je disais, il y en a partout.
00:39:47Donc on cadre à mort, en fait.
00:39:48Aujourd'hui, si vous allez sur le terrain,
00:39:52vous allez voir vos équipes de prod.
00:39:53Votre chef déco utilise des outils diagénératifs.
00:39:57En post-prod, ils en utilisent partout.
00:40:00Depuis longtemps, les effets spéciaux,
00:40:02tu le disais tout à l'heure, Samuel.
00:40:03Oui, la génération des particules, du feu, dans les images qu'on voit à l'écran,
00:40:08c'est fait par de l'IA depuis déjà presque dix ans, je pense.
00:40:12Donc ce n'est pas du tout nouveau, ça.
00:40:15Maintenant, ce qu'il faut cadrer, c'est quand on crée vraiment des concepts,
00:40:20en fait, ou des personnages complètement from scratch.
00:40:23Ça, on ne peut pas s'autoriser à le faire, nous, aujourd'hui.
00:40:25Donc on met vraiment un cadrage fort là-dessus.
00:40:28Mais c'est vrai que ça ouvre aussi des possibilités d'exploitation
00:40:35en aval de la production.
00:40:37Donc là, je vous ai donné des cas d'exemple sur l'amont,
00:40:40mais en aval sur de l'exploitation de catalogues anciens
00:40:44et, par exemple, le documentaire,
00:40:45qui n'est pas un secteur économique qui amène beaucoup d'argent.
00:40:49Donc nous, on n'exploitait plus des catalogues de documentaires français
00:40:54qu'on a produits depuis les années 70, je pense, chez Capa.
00:40:58On a des docus super qualis qu'on n'exploite pas
00:41:02parce que ça nous coûterait trop cher de les faire doubler
00:41:05dans l'angle étrangère, donc on ne les exploite pas.
00:41:08Ils ont été vendus dans des pays à l'étranger,
00:41:10mais depuis, on a récupéré les droits et on n'en fait rien.
00:41:12Et en fait, l'IA nous a permis de les réexploiter,
00:41:15de créer une chaîne entière, de la doubler en anglais.
00:41:19Alors c'est du docu, c'est de la voice-over,
00:41:22donc c'est un doublage très spécifique, c'est juste une voix.
00:41:25Il n'y a pas trop de calage, de lip-sync dessus.
00:41:29On sent un peu que c'est robotisé, mais ce n'est pas très grave.
00:41:32Et on peut, encore une fois, mettre plusieurs voix différentes,
00:41:36utiliser des voix de personnes âgées, de jeunes.
00:41:39Donc en fait, ça amène une autre dimension au documentaire.
00:41:42Et ça permet de faire de l'exploitation qu'on n'aurait jamais faite avant.
00:41:45De mieux exploiter, effectivement, et valoriser un patrimoine.
00:41:48Je mets un gros warning sur cette partie-là,
00:41:51puisque je sais déjà qu'il y a plein de personnes
00:41:54qui sont en angoisse sur ce sujet-là.
00:41:56Sur de la fiction traditionnelle, on ne fera pas ça.
00:41:59Sur du cinéma, on ne fera pas ça.
00:42:03La fiction et le jeu d'un comédien sera toujours plus forte
00:42:06que ce qui est fait avec de l'IA.
00:42:08Et là-dessus, je rejoins Samuel.
00:42:10Les intentions humaines, que ce soit sur du dessin ou sur de la voix
00:42:14ou sur du jeu de comédien, ça se sent, ça se voit.
00:42:17Alors peut-être qu'un jour, ce ne sera plus le cas.
00:42:19Mais aujourd'hui, il est hors de question qu'on touche à ça.
00:42:22Et encore une fois, on travaille avec des talents, en fait,
00:42:26des auteurs, des comédiens, des artistes, des réalisateurs.
00:42:30Ces gens-là, ils ont un talent artistique.
00:42:32C'est avec eux qu'on travaille.
00:42:34Si ces personnes-là ont envie d'intégrer de l'IA
00:42:38dans leur méthodologie de travail, on est ouvert à ça.
00:42:41On ne leur impose pas du tout de le faire,
00:42:44mais on est ouvert à ça et on les aidera à cadrer les usages
00:42:46de ce qu'ils font avec.
00:42:48Merci Marianne.
00:42:49David, on se tourne vers vous maintenant, un peu dans le prolongement
00:42:55de ce qu'on a dit tout à l'heure sur l'animation.
00:42:56Le secteur qui, depuis 20 ans, a su s'adapter à toutes les révolutions
00:43:01technologiques et au numérique, c'est bien entendu celui de la musique.
00:43:05Donc, on aimerait bien peut-être avoir votre réaction par rapport
00:43:09à ce qui s'est dit jusqu'à présent dans cette table ronde,
00:43:12pour que vous puissiez un petit peu nous donner votre point de vue
00:43:15par rapport à tout ça.
00:43:16Est-ce qu'au fond, l'IA, c'est une mutation de la même intensité
00:43:21que le numérique que je viens d'évoquer ?
00:43:23Ou est-ce qu'on est encore dans une mutation de plus grande ampleur ?
00:43:27Et comment, vous, au sein de la SACEM, vous vous adaptez à tout cela ?
00:43:34C'est une très bonne question.
00:43:35J'ai 4 heures pour dissérer.
00:43:393 minutes.
00:43:40Écoutez, moi, je pense qu'il y a deux questions importantes.
00:43:43Il y a la première que vous évoquez.
00:43:44Est-ce qu'on est face à un simple progrès technique ou une rupture ?
00:43:49Et vous savez qu'en matière de prédiction, ce qui est compliqué,
00:43:52c'est le futur.
00:43:53Donc, on verra bien.
00:43:54Mais on voit que quand même, les choses évoluent énormément.
00:43:57En matière musicale, l'intelligence artificielle,
00:43:59ce n'est pas simplement des fonctions techniques qui existent déjà.
00:44:03Le mixage, le mastering, la création d'instruments de musique.
00:44:07On sait aussi que la technologie joue un rôle majeur.
00:44:10Je pourrais évoquer le cas du sampling.
00:44:12Je vous invite tous à regarder le documentaire sur DJ Mehdi qui est
00:44:16disponible sur Arte.
00:44:17Vous voyez comment un artiste est né de la technologie, comment il a
00:44:20façonné son art.
00:44:22Et on sait très bien que l'IA offre aujourd'hui des possibilités,
00:44:25comme ça a été évoqué, encore plus fortes.
00:44:28Et puis, vous avez aussi un enjeu très important, c'est celui de la
00:44:33découvrabilité, parce que les contenus musicaux sont fabriqués
00:44:36simplement.
00:44:37Aujourd'hui, beaucoup de barrières ont sauté.
00:44:40À une ancienne époque, vous alliez dans un studio d'enregistrement,
00:44:43ça vous coûtait cher.
00:44:44Il y a quelques années, les logiciels ont remplacé les
00:44:47logiciels d'aide à la création, ont remplacé pour la production.
00:44:49Vous avez énormément de ce qu'on appelle des bedrooms produceurs,
00:44:52des personnes qui, chez eux, produisent de la musique de qualité.
00:44:55Et on sait qu'avec l'IA, ça va s'accentuer de manière vraiment
00:45:00significative.
00:45:01Juste une donnée, aujourd'hui, il y a plus de 100 000 titres nouveaux
00:45:05qui sont mis tous les jours à disposition sur les plateformes.
00:45:09Et on sait très bien que l'intelligence artificielle va accélérer ce
00:45:11processus.
00:45:12Donc l'enjeu de découvrabilité, de distinguer les oeuvres créées par
00:45:16des vraies personnes des contenus générés par l'IA, et même au sein
00:45:20de ça, de faire le tri, va être un véritable enjeu de
00:45:24découvrabilité.
00:45:26À tous les stades de la création, l'IA est présente pour les
00:45:31instruments de musique, pour les aspects techniques, pour l'aide
00:45:33à la composition.
00:45:34Aujourd'hui, on a beaucoup d'outils qui permettent justement, par
00:45:37allier, de créateurs augmentés.
00:45:39C'est le cas.
00:45:40Mais bien évidemment aussi la distribution.
00:45:43Et face à ça, le positionnement de l'ASSEM, il est assez simple.
00:45:47Il est, quand il y a une évolution technologique, il faut l'épouser,
00:45:51il faut l'embrasser, il faut essayer de préserver les intérêts de ceux
00:45:53qui nous ont confié la gestion de leurs droits.
00:45:56Et donc, pour nous, quelqu'un l'a dit tout à l'heure, je crois que
00:45:59c'est vous Monsieur, à ce stade, l'IA parodie énormément.
00:46:04Mais j'ajouterais un point important, c'est qu'il n'y a pas d'IA
00:46:07performant sans base d'entraînement constituée par des vraies oeuvres.
00:46:11L'IA s'alimente d'une multitude d'oeuvres.
00:46:15Alors bien sûr, il y a des dispositifs qui bénéficient d'une
00:46:18certaine autonomie, d'une certaine capacité d'adaptation, d'une
00:46:21possibilité de déclinaison dans des applications.
00:46:24On voit que la phase d'apprentissage est renforcée, mais sans oeuvres
00:46:28sur lesquelles l'intelligence artificielle s'entraîne, il n'y a
00:46:31pas d'IA pertinente.
00:46:32Et si demain, on se passe le créateur, non seulement on va mettre
00:46:35des gens au chômage, on va leur faire perdre leur emploi, leurs
00:46:38ressources, ce qui n'est pas une bonne chose, mais même l'IA ne sera
00:46:41pas très intéressante.
00:46:42Elle va tourner rapidement.
00:46:44Vous n'arriverez pas à améliorer les dispositifs si ces dispositifs
00:46:48ne sont pas alimentés en amont par des vraies créations, par des gens
00:46:50qui, justement, poussent les limites de la création en regard
00:46:53critique, même d'un point de vue esthétique, pas simplement social.
00:46:57On a vu tout à l'heure la journaliste, mais il y a aussi d'un point
00:46:59de vue purement créatif.
00:47:01Et donc, pour moi, l'IA a besoin de s'alimenter de vraies oeuvres,
00:47:05de vrais auteurs.
00:47:06Et face à cela, je dirais qu'il y a d'abord un problème d'équité.
00:47:11C'est que si ces IA utilisent des oeuvres préexistantes, des
00:47:16interprétations d'artistes, il faut rémunérer toutes ces personnes
00:47:19qui ont permis d'enrichir l'IA.
00:47:21Il y a un deuxième aspect qui est très important, qui a été évoqué
00:47:25dans la présentation de l'ARCOM, c'est pour moi le souci de
00:47:28transparence.
00:47:29Et je pense que la nouveauté pour nous, vraiment en tant qu'organisme
00:47:33de gestion collective, c'est qu'avant, on avait des évolutions
00:47:35technologiques.
00:47:36On a eu la radio, la télévision, l'Internet, les sites UGC.
00:47:41Mais in fine, on était en capacité d'identifier nos oeuvres.
00:47:44Il y avait peut-être des problématiques de responsabilité
00:47:46juridique, des problématiques de modèle économique.
00:47:49Mais vous alliez sur le service en ligne, vous pouviez identifier
00:47:52vos oeuvres et dire ça, ça m'appartient.
00:47:55Et bon, monsieur YouTube, venez négocier une licence avec moi
00:47:58puisque vous utilisez les oeuvres de mon répertoire.
00:48:00Il est donc logique que vous me rémuneriez pour ça.
00:48:03Aujourd'hui, on est face à une boîte noire parce que ce qui sort
00:48:06de l'IA est par définition différent de ce qui a été ingéré par
00:48:09la machine.
00:48:10Et sans transparence, on ne va jamais réussir à aller négocier
00:48:15des accords de licence avec les outils d'intelligence artificielle.
00:48:19Alors le régulateur a essayé d'anticiper cette problématique,
00:48:23notamment avec le règlement sur l'intelligence artificielle.
00:48:25Je n'entrerai pas dans le détail des dispositions techniques,
00:48:29mais in fine, l'objectif, il est double.
00:48:32Il y a d'une part d'assurer un certain niveau de transparence
00:48:35pour permettre aux créateurs ou à ceux qui les représentent d'aller
00:48:38sourcer leurs oeuvres pour pouvoir dire à certaines IA, vous avez
00:48:43utilisé nos oeuvres, donc venez négocier avec nous.
00:48:45Et puis le deuxième volet, c'est que comme l'a très bien expliqué
00:48:48quelqu'un tout à l'heure, c'est qu'on est dans un environnement
00:48:50complètement mondialisé.
00:48:52D'ailleurs, j'observe qu'il n'y a pas de nouveaux acteurs.
00:48:54Les acteurs ont déjà été préemptés par les CAFA, sont complètement
00:48:57liés par ces entités et qu'il va bien falloir créer des dispositifs
00:49:02qui ne soient pas contournés en vertu de législations qui sont
00:49:06beaucoup plus souples.
00:49:07Et ça existe.
00:49:08Ce n'est pas des hypothèses d'école quand on sait, par exemple,
00:49:10que la fouille de données est totalement libre à Singapour,
00:49:13au Japon ou dans des pays comme Israël.
00:49:15On se doute bien que ces technologies qui peuvent être créées
00:49:19dans ces pays peuvent être déversées sur le marché européen.
00:49:22Et donc, il est très important aussi d'être imaginatif et de ne pas
00:49:26se laisser complètement contourner d'avoir créé une ligne Maginot,
00:49:29un dispositif sophistiqué, mais inapplicable à ceux qui utilisent
00:49:33et siphonnent les oeuvres pour créer des outils parfois utiles,
00:49:36parce qu'on n'est absolument pas contre l'intelligence artificielle.
00:49:39Donc voilà nos deux enjeux.
00:49:41C'est un enjeu de transparence et un enjeu d'équité.
00:49:44Et normalement, le régulateur nous a douté d'outils, mais on verra
00:49:48bien.
00:49:49Est-ce que ces outils sont suffisants ?
00:49:52C'est ça la vraie question pour l'amont, pour comment régler le rapport
00:49:57entre les outils d'intelligence artificielle et ceux qui oeuvrent
00:50:00auprès de la création.
00:50:01C'est le véritable pari.
00:50:03Et moi, j'ai quand même certains doutes.
00:50:05On commence à entrer en discussion avec des entreprises d'intelligence
00:50:09artificielle.
00:50:10La plupart d'entre elles se situent hors de France.
00:50:12Elles nous expliquent déjà, mais à quel titre vous venez revendiquer
00:50:16une régulation européenne alors que tout se passe ailleurs qu'en
00:50:20Europe ?
00:50:21Il y a un premier problème.
00:50:22Puis il y a un deuxième problème, c'est qu'elles nous disent qu'il
00:50:24faut les croire sur parole.
00:50:26Mais écoutez, moi, j'entraîne mon intelligence artificielle sur
00:50:29un nombre incalculable d'oeuvres.
00:50:31Je ne pense pas qu'il y ait des oeuvres qui vous appartiennent.
00:50:33Elles ne savent pas quelles sont nos oeuvres, mais elles l'affirment.
00:50:36Et si c'était le cas, si par extraordinaire c'était le cas,
00:50:39venez nous indiquer très clairement quelles sont vos oeuvres.
00:50:43Et ne vous inquiétez pas, puisqu'on s'entraîne sur une multitude
00:50:46d'oeuvres.
00:50:47En bas, on vous déréférencera et il n'y aura pas de problème.
00:50:48On continuera à développer notre business.
00:50:51Et là, moi, je pense qu'on a un problème éthique.
00:50:53Je vais terminer par ça parce que c'est quand même très différent.
00:50:55Ça, c'est l'attitude que pouvaient adopter les hébergeurs il y a 20
00:51:00ans.
00:51:01Ça a été d'ailleurs corrigé par la directive sur le droit d'auteur.
00:51:03Mais on pouvait encore comprendre à la rigueur le positionnement des
00:51:08hébergeurs parce qu'ils se considéraient comme passifs.
00:51:10Ils hébergeaient des contenus qui étaient diffusés par des tiers
00:51:14pour d'autres personnes.
00:51:16Donc, ils étaient un intermédiaire technique dans le cadre d'une chaîne
00:51:19complexe.
00:51:20Mais là, les outils d'intelligence artificielle, ils sont tous sauf
00:51:22passifs.
00:51:23Ils proposent aujourd'hui des services qui visent directement à concurrencer
00:51:27des gens qui créent des oeuvres avec leurs petites mains, leurs petits
00:51:30instruments de musique ou leurs petits logiciels.
00:51:33Donc, on n'est pas du tout dans un cas de figure où on a des acteurs
00:51:36qui sont passifs.
00:51:38On est face à des gens qui veulent, qui prétendent.
00:51:40C'est ça la promesse de l'intelligence artificielle.
00:51:42On verra si elle sera tenue.
00:51:43Moi aussi, j'ai des doutes sur cette capacité.
00:51:46J'ai même des doutes sur la pertinence des modèles économiques qui sont
00:51:49aujourd'hui déployés par les outils d'intelligence artificielle.
00:51:51On pourra y revenir.
00:51:52Mais c'est bien là le problème.
00:51:54Peut-être, David, vous êtes quand même confiant au-delà des logiques
00:51:58d'opt-out.
00:51:59Et on est en train de teaser la keynote d'Alexandra Ben Samoun tout à
00:52:03l'heure, mais on va être en mesure de concilier toutes ces problématiques
00:52:07de protection de la création et en même temps, la nécessité que ces
00:52:11outils puissent aussi refléter toute la richesse de nos créations
00:52:17francophones.
00:52:18Il y a un enjeu de diversité, comme vous le soulignez.
00:52:22Je suis confiant, mais je reste très prudent.
00:52:26Je reste très prudent sur la volonté d'entités qui sont là pour
00:52:30développer un business.
00:52:31Et ce n'est pas un mal en soi de vouloir vraiment respecter les règles
00:52:36du droit d'auteur, les règles des droits de la personnalité.
00:52:39Je pense que ça ne va pas se faire sans friction.
00:52:42Et pour corriger l'asymétrie, je suis désolé, il y a une véritable
00:52:47asymétrie parce que tout se passe dans une boîte noire.
00:52:49Et aujourd'hui, les oeuvres sont utilisées comme des matières premières
00:52:52dont on exprès la substantifique moelle pour en faire quelque chose
00:52:55d'autre.
00:52:56Alors ce quelque chose d'autre, je ne sais pas s'il a une vraie
00:52:58pertinence.
00:52:58C'est difficile.
00:53:00Il y a des cas où l'art est très exigeant et on se doute bien que ça
00:53:04ne va pas remplacer des vraies oeuvres.
00:53:06Mais dans la musique, il ne faut pas se cacher non plus.
00:53:08Parlons sans hypocrisie, il y a beaucoup de musiques qui sont
00:53:11fonctionnelles.
00:53:12Quand vous utilisez de la musique pour des documentaires, vous utilisez
00:53:16souvent des librairies musicales, l'empreinte de la personnalité
00:53:20de celui...
00:53:21Il y a un savoir-faire, je ne conteste pas, ce sont des vraies oeuvres.
00:53:24Mais l'empreinte de la personnalité, vous avez quand même du mal à
00:53:27identifier le créateur de cette musique de sonorisation et vous
00:53:33avez beaucoup de cas de figure où il y a des créateurs qui vivent de
00:53:36cette musique, ils ont le droit d'en vivre, qui sont menacés.
00:53:38Il y a des pans entiers de la création qui sont questionnés par
00:53:42l'intelligence artificielle.
00:53:43Je passe la parole à Samuel Kaminka qui voulait d'une part réagir à
00:53:48ce que vient de dire David.
00:53:49Et au-delà de ça, Samuel, est-ce que vous pouvez...
00:53:52Je sais qu'il y a eu beaucoup de discussions ces derniers mois au
00:53:55niveau des syndicats de producteurs audiovisuels, cinéma, de la
00:53:59ProciRep ou encore de la SACD.
00:54:01Est-ce que vous pourriez nous en dire quelques mots en off et pourquoi
00:54:04pas en exclu ?
00:54:05Qu'est-ce que vous en êtes de ces discussions, notamment sur le
00:54:08volet des pratiques contractuelles en matière d'utilisation de l'IA ?
00:54:12En fait, je pense que là, il y a une question absolument capitale
00:54:15qui vient d'être posée.
00:54:17On voit bien que le monde de la création et de la production s'empare
00:54:20déjà et va s'emparer des aspects positifs que l'IA met à disposition.
00:54:27Maintenant, je pense que là, le propos essentiel, c'est de se dire
00:54:32qu'on est aujourd'hui face à des entreprises gigantesques qui
00:54:36concentrent des efforts importants et qui transforment un matériau
00:54:41de base et un matériau humain.
00:54:42Et ils sont aujourd'hui dans une position un peu idéale.
00:54:45C'est une industrie transformatrice qui ne paye pas sa matière
00:54:48première.
00:54:49Donc, je veux dire honnêtement, beaucoup d'industries de l'agro
00:54:53alimentaire pourraient en rêver.
00:54:55Quel boulanger ne paye pas sa farine ?
00:54:57Donc, il y a un moment donné, il va falloir rentrer dans cette
00:55:01logique là et les y contraindre.
00:55:03D'ailleurs, on voit très bien qu'avec la logique de l'application
00:55:07non pas du pays de consommation versus celui d'émission,
00:55:11on arrive à imposer des contraintes fortes au GAFAN.
00:55:14Et dans cette enceinte, on sait très bien qu'on peut diriger
00:55:20des investissements et créer des obligations d'investissement
00:55:24à l'intérieur d'un système pour le rendre vertueux.
00:55:27Il n'y a pas de raison fondamentale intellectuellement que ce monde
00:55:31là échappe à la régulation.
00:55:33Ils s'en défendront.
00:55:34Ils se battront contre.
00:55:36Ils ont des moyens colossaux pour le faire.
00:55:37Certains sujets se traiteront à Bruxelles, mais là dessus,
00:55:41il faut qu'on soit extrêmement proactif.
00:55:44Et d'ailleurs, vous en parliez, mais il y a des premiers accords.
00:55:49En fait, ça va être une fusée à plusieurs étages.
00:55:52Un premier rack, un premier étage de la fusée vient d'être
00:55:55enclenché avec un certain nombre de clauses type qui sont en cours
00:56:00de rédaction et qui, entre les auteurs et les producteurs,
00:56:06nous donnent un droit d'information et d'autorisation réciproque
00:56:09sur les outils d'intelligence artificielle.
00:56:11On doit mutuellement s'informer et mutuellement s'autoriser dans
00:56:15certains cadres précis à utiliser ces outils.
00:56:18Un deuxième étage de la fusée, c'est effectivement, on vient
00:56:22d'évoquer entre les lignes l'opt-out, mais se dire finalement
00:56:26ce qu'on produit comme matériaux a une valeur.
00:56:29Le travail des créateurs a une valeur et il faut contrôler l'accès
00:56:34aux machines qui viennent puiser ces valeurs pour se nourrir.
00:56:39Elles viennent les puiser sur nos sites quand nous, on les expose,
00:56:43mais aussi beaucoup et essentiellement sur les sites des éditeurs de services.
00:56:47Donc, je veux dire, c'est une question qui nous englobe,
00:56:49nous producteurs, mais dans lesquelles il faut aussi mouiller les éditeurs
00:56:52de services, puisque sinon, nous, les barrières et les barrages
00:56:56qu'on pourra mettre à l'entrée seront totalement inopérants.
00:56:59On va faire une ligne Maginot absolument somptueuse si on n'inclut
00:57:02pas les éditeurs de services là-dedans.
00:57:04Une fois qu'on aura réussi à contrôler l'accès à nos contenus,
00:57:11va se poser ensuite la question de comment on monneille de manière
00:57:16équitable la valeur de ces contenus.
00:57:18On sait très bien qu'aujourd'hui, une image en IAG, ils sont capables
00:57:21de dire de quelles images elle est constituée.
00:57:23Je veux dire, pour bonne partie, malgré les écrans de fumée qui sont
00:57:27faits, c'est une capacité.
00:57:28Et on peut imaginer demain matin un système un peu plus sophistiqué
00:57:32que la copie privée, mais qui obéisse au même mois.
00:57:35On a bien noté d'ailleurs, et je vais, Alizée-Marienne.
00:57:39Non, mais je rebondis parce que...
00:57:40Il nous reste 7 minutes.
00:57:42Les éditeurs de services, les pauvres, je prends un tout petit peu
00:57:45leur défense là.
00:57:46Je pense que techniquement, ce n'est pas faisable.
00:57:49Aujourd'hui, tout le monde sait que tout le monde est piraté.
00:57:52Donc, je ne vois pas bien comment ils peuvent, même s'ils s'opposaient
00:57:55à ça, en fait, comment ils peuvent empêcher que ça arrive.
00:57:59Je trouve ça plus pertinent de se pencher plutôt sur la question
00:58:03de qu'est-ce qu'on régule après, une fois que ça a été fait,
00:58:06qu'avant.
00:58:07Parce qu'avant, techniquement, moi, je ne vois pas bien comment
00:58:10qui que ce soit peut aller regarder ce qu'il y a dans les moteurs
00:58:14et comment ils ont été entraînés.
00:58:16Comme vous l'avez dit tout à l'heure, ce sont des boîtes noires.
00:58:19Et puis, ils sont allés chercher leur contenu tout seuls sans rien
00:58:21demander à personne.
00:58:22Et je ne vois pas bien comment on va empêcher ça demain.
00:58:25En revanche, ce qui est arrivé dans la musique va arriver dans l'image.
00:58:28Il va y avoir pléthore de contenus, mais pléthore de contenus comme
00:58:32dans la musique, pas forcément super quali.
00:58:34Donc là, moi, je trouve que le rôle des éditeurs de services,
00:58:37ça va plutôt être de ne pas mettre en ligne du contenu dégueu.
00:58:43En fait, soyons clairs, typiquement, je vais prêcher pour ma maison,
00:58:47mais nous, notre rôle, c'est de diffuser du contenu éditorialisé,
00:58:51produit qui raconte des choses, soit le monde, si c'est des news,
00:58:55soit des histoires, si c'est de la fiction.
00:58:57Mais ce n'est pas du contenu au kilomètre carré pour générer juste
00:59:01des écrans pub et faire de l'argent sur rien.
00:59:05En fait, ce qui peut se passer dans la musique, c'est un peu la même
00:59:09chose.
00:59:10Et donc, c'est un très bon exemple que de suivre ce que fait la musique.
00:59:12Ils ont toujours à peu près deux, trois ans d'avance sur l'audiovisuel.
00:59:16Donc, c'est une super idée de les suivre, mais je vois pas bien comment
00:59:19on va pouvoir aller mettre le nez dans les boîtes noires ou les empêcher
00:59:22de faire ce qu'ils veulent.
00:59:23Juste, Marianne, il va falloir qu'on conclue dans une ou deux minutes.
00:59:28Si j'apprends à Ben Samoun, je ne sais pas ce qu'elle va faire.
00:59:33Non, Marianne, pendant que je vous tiens, on a vu quand même l'importance
00:59:39de la fiction chez Noën, les feuilletons quotidiens, des séries
00:59:43de rendez-vous.
00:59:44Il y a beaucoup de scénaristes qui travaillent sur ces sujets.
00:59:47Donc, on a vu quand même le risque avec la grève aux Etats-Unis l'an dernier.
00:59:51Donc, comment vous gérez quand même ce risque par rapport à la fiction
00:59:55au sein de Noën et plus globalement, comment vous choisissez d'accompagner
01:00:01ces métiers-là et plus globalement vos fournisseurs, votre écosystème
01:00:06pour faire en sorte qu'on laisse personne au bord de la route dans
01:00:09cette mutation de l'IA ?
01:00:11Alors, je suis hyper contente que vous me posiez cette question-là,
01:00:14parce que je vais le dire bien haut et fort.
01:00:16En fait, il y a plein d'auteurs dramaturges qui ont décidé que dans
01:00:22les quotidiennes, principalement parce que c'est de la production en mode
01:00:26industrialisé, ce qui est vrai.
01:00:28Pour autant, notre rôle, c'est de faire en sorte que ce soit de plus
01:00:32en plus beau à l'image.
01:00:33Et c'est en ça que les technologies nous servent.
01:00:36Alors, deux choses, il n'y a aucun projet de remplacer les auteurs
01:00:40par des machines.
01:00:41Jamais ça n'a été même ne serait-ce qu'évoqué.
01:00:44Je pense que tous les producteurs de toutes les quotidiennes de France,
01:00:47y compris chez France Télé, je suis persuadée que c'est le cas,
01:00:50sont en PLS à l'idée qu'on puisse imaginer deux secondes de plus
01:00:53travailler avec des auteurs.
01:00:54Point 1. Point 2, hyper important, quand on est allé rencontrer
01:00:58nos auteurs pour discuter du sujet avec eux, en fait, ce sont eux
01:01:02qui utilisent à fond les intelligences artificielles.
01:01:05Mais comme ça a été mentionné tout à l'heure, ils ne les utilisent
01:01:07pas du tout pour écrire, ils les utilisent pour les accompagner,
01:01:10pour les challenger.
01:01:11Il y en a un qui a développé un chatbot maléfique pour le challenger
01:01:15sur toute idée qui sort.
01:01:17Il le donne à son chatbot pour qu'il lui dise non, c'est nul,
01:01:19tu devrais plutôt faire ci, faire ça.
01:01:21En fait, ils se sont créés des compagnons de travail.
01:01:23Moi, j'ai trouvé ça super rigolo.
01:01:25Donc plutôt là-dessus, on a été plutôt estomaqués de voir
01:01:29qu'ils utilisaient tous.
01:01:30En fait, c'est pas compliqué.
01:01:32Il n'y en a pas un qu'on a rencontré qui n'utilisait pas un moteur
01:01:36d'intelligence artificielle pour faire mumuse avec, mais pas pour écrire.
01:01:40Pas pour générer des dialogues.
01:01:43En fait, ils l'utilisent vraiment.
01:01:44Et pour doubler.
01:01:45Par exemple, sur une quotidienne, trouver une thématique sur une quotidienne
01:01:49qui a plus de 6000 épisodes, ça devient compliqué.
01:01:51En fait, on les a déjà toutes traitées dix fois.
01:01:53Et donc là, avoir une intelligence artificielle qui est capable de nous
01:01:57dire oui, on a déjà parlé de l'écologie dans Plus belle la vie,
01:02:00275 fois dans 12 épisodes, on va parler peut-être d'autre chose
01:02:05ou d'une autre manière.
01:02:06Mais ça, c'est intéressant parce que c'est plutôt de l'analyse de données.
01:02:09Pour le doublage, le doublage, ben non, mais pour le doublage,
01:02:15je reviens à ce que je disais tout à l'heure, le doublage.
01:02:17Une voix humaine sera toujours mieux qu'une voix robotisée parce que
01:02:23les émotions qui passent à travers une voix humaine sont humaines.
01:02:28Et de deux, sur les quotidiennes, en fait, on ne double pas parce
01:02:30qu'on ne les vend pas à l'étranger.
01:02:32Mais typiquement, c'est un cas intéressant parce qu'on se dirait
01:02:37qu'on se dit qu'on pourrait les diffuser à l'étranger, par exemple,
01:02:40de manière un peu plus poussée.
01:02:42Mais je pense que plutôt que de les doubler, on les sous-titrait.
01:02:45Parce que, par exemple, Plus belle la vie à New York,
01:02:48c'est une série qui est utilisée pour apprendre le français.
01:02:51Moi, je préfère qu'il y ait cette utilité là.
01:02:53En revanche, si ça pouvait être sous-titré dans 15 langues et que je
01:02:57puisse la diffuser comme ça dans 15 langues différentes en face TV,
01:03:01je trouve ça plutôt intéressant économiquement.
01:03:03Merci.
01:03:05Pardon, on aurait pu prolonger encore une demi-heure,
01:03:09mais il faut que je rende l'antenne.
01:03:12Merci d'avoir dialogué, d'avoir partagé toutes ces expériences.
01:03:16Simplement, je vous rappelle, dans le cadre de notre mission,
01:03:19finalement, nos points cardinaux sur tous ces enjeux et c'est mieux
01:03:23en les rappelant.
01:03:24On l'a évoqué, c'est la transparence vis-à-vis du public avec notamment
01:03:28ce qu'on a évoqué sur la signalétique.
01:03:30C'est les questions d'accompagnement et de formation des équipes et de
01:03:34la préservation et l'enrichissement des emplois et des savoir-faire
01:03:38essentiels.
01:03:39Sans pour autant, effectivement, brider l'innovation.
01:03:42Oui, là-dessus.
01:03:43Pardon, Antoine.
01:03:44Non, je ne peux pas.
01:03:45C'est vraiment sur le doublage.
01:03:46C'est hyper important parce que c'est touchy, c'est quelque chose
01:03:48que je voulais dire.
01:03:49On accompagne beaucoup nos prestataires.
01:03:51En fait, nous, parce qu'on travaille avec des prestataires,
01:03:54des grosses sociétés qui font du doublage et du sous-titrage depuis
01:03:57parfois 90 ans.
01:03:58Et en fait, on les accompagne pour qu'eux, ils intègrent cette
01:04:02technologie-là dans leur métier, qu'ils accompagnent la transformation
01:04:05de leur métier, de leurs salariés et des gens avec qui ils travaillent
01:04:09parce que c'est eux qui ont le savoir-faire de la technicité
01:04:12de leur métier.
01:04:13Ce n'est pas nous, producteurs ou distributeurs ou diffuseurs qui
01:04:17avons ces savoir-faire-là.
01:04:18Donc, on les accompagne plutôt en fonction de choses qu'on voit
01:04:21arriver.
01:04:22Et c'est mieux en le disant.
01:04:23C'est le respect du droit d'auteur.
01:04:25Et je vais tiser Alexandra et du code de la propriété intellectuelle.
01:04:28C'est l'encouragement.
01:04:30On l'a beaucoup évoqué, des bonnes pratiques et des modèles
01:04:33vertueux en matière d'utilisation de l'IA par les acteurs et groupes
01:04:37régulés par l'art.
01:04:38Comme pourquoi pas par la filière qui a été annoncée au niveau
01:04:41transversal au dernier festival de la fiction de La Rochelle.
01:04:45Et c'est aussi, et je regarde Bénédicte Lesage, la prise en compte
01:04:48de l'utilisation de l'IA.
01:04:50On n'a pas eu le temps de développer ce point dans la problématique
01:04:53globale et d'intérêt général de l'éco-production.
01:04:57Ça, on le met en gras en Police 25.
01:04:59Merci.
01:05:00Je passe tout de suite la parole à Alexandra Ben Samoun qui va partager
01:05:03avec nous une keynote au nom de l'IA, partenaire de la création
01:05:09et de l'information.
01:05:10Merci beaucoup.
01:05:11Il y aura des questions réponses après.
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