00:00On accueille tout de suite notre invitée, Nada Makouran Attala.
00:03Bonjour à vous, vous êtes journaliste franco-libanaise,
00:06vous travaillez pour le quotidien de National News.
00:08Merci de prendre quelques instants pour répondre à nos questions sur France 24.
00:12Nada, depuis trois semaines maintenant,
00:13Beyrouth et sa banlieue sont bombardées.
00:16Puis-je d'abord vous demander comment vous, vous vivez cette situation ?
00:20Merci beaucoup pour votre invitation.
00:23C'est une situation extrêmement angoissante.
00:26Je suis franco-libanaise, donc forcément le Liban c'est extrêmement personnel pour moi.
00:31J'ai de la famille ici, donc il y a vraiment l'impression à Beyrouth,
00:34maintenant qu'aucune rue n'est en sécurité.
00:38Il y a deux jours, il y a 48 heures,
00:42la plus grosse, l'attaque la plus meurtrière dans la capitale à Beyrouth
00:46qui a tué 22 personnes, c'était à deux kilomètres de chez moi,
00:49c'est à quelques kilomètres de là où ma femme est réside,
00:51donc forcément, on a un sentiment d'angoisse permanente pour nos familles.
00:57Avec un sentiment, vous savez, c'est un peu la roulatrice,
00:59on ne sait jamais où est-ce que le bombardement pourrait arriver.
01:03Il y a aussi, moi, ma famille elle vient de la banlieue sud,
01:05elle l'a quittée il y a longtemps, mais ils disent que voir
01:08les rues où ils ont grandi être réduites en poussière,
01:12c'est un sentiment dévastateur pour eux.
01:15Et puis, vous savez, j'ai l'impression qu'on a un peu normalisé presque,
01:18et c'est extrêmement triste à dire,
01:20mais un degré de violence extrêmement élevé maintenant à Beyrouth.
01:23Vous savez, on entend les drones en permanence,
01:25les bombardements le soir comme si c'était quelque chose de normal,
01:28alors que c'est une situation qui est extrêmement violente et difficile à vivre.
01:35Et c'est aussi, vous savez, couvrir à Beyrouth,
01:37c'est aussi au Liban, de manière générale,
01:40c'est toute la journée entendre des témoignages extrêmement poignants
01:43de gens qui sont restés des heures sous les décombres,
01:46de gens qui ont perdu toute leur famille,
01:48des gens qui ont été blessés, des gens qui ont perdu leur maison,
01:51qui ont passé des années à construire.
01:53C'est aussi quelque chose d'extrêmement pesant,
01:56mais on sent aussi qu'on a un devoir de donner une parole
02:00à ces histoires humaines, en fait, de dévastation,
02:04tout en ayant en tête aussi que ça reste un danger.
02:07Demain, ça fera un an que Issam Abdallah a été tué par une frappe israélienne
02:11et que Christina Assy a été grièvement blessée
02:13alors qu'ils faisaient leur devoir et qu'ils couvraient dans le sud du Liban.
02:17L'attaque a été dénoncée par des groupes de défense de l'homme
02:21devant être enquêtée comme un crime de guerre.
02:25On a toujours un peu en tête cette attaque meurtrière
02:28contre nos confrères et en se disant que, potentiellement,
02:31nous, en tant que journalistes, en faisant notre devoir,
02:33on est aussi potentiellement ici.
02:35Et on sait, Nada, qu'il y a un peu plus d'un million de Libanais
02:39qui ont dû être déplacés en raison, justement, de ces frappes.
02:42Est-ce qu'à un moment, vous vous êtes vous-même posé la question de partir ?
02:45Vous disiez à l'instant qu'il était essentiel pour vous de faire votre métier,
02:48mais quand il est question de sa propre sécurité,
02:50quelle décision on prend dans cette situation ?
02:53On a bien sûr pensé à des plans B, des plans potentiellement d'évacuation.
02:58Moi, mon quartier est, pour l'instant, très en sécurité.
03:03Je pense que c'est l'un des endroits le plus safe de Beyrouth,
03:06c'est un quartier chrétien qui n'a pas été touché.
03:09Je suis plus en tête pour ma famille qui, eux, sont dans des zones où on nous trappe.
03:12Mais pour l'instant, ce n'est pas une question qui se pose.
03:16Mais bien sûr, on a des plans potentiellement d'aller plus loin dans la montagne,
03:19des zones qui n'ont jamais été touchées, même pendant la guerre de 2006.
03:23Et après, j'ai de la chance d'avoir un passeport qui me permettrait d'aller en France, bien sûr.
03:27Mais ce n'est pas préhensant du tout à l'ordre du jour.
03:30Nada Makourantallah, j'aimerais vous faire réagir aux propos tenus par le Premier ministre israélien,
03:35Benhamin Netanyahou a menacé le Liban, je le cite,
03:37de destruction et de souffrance comme celle que nous voyons à Gaza
03:39si les Libanais ne se libèrent pas du Hezbollah.
03:43Comment vous, vous avez reçu ces mots ?
03:46Je pense que moi et beaucoup d'autres personnes ont analysé une volonté du côté israélien
03:53d'enduire, de retourner un peu les divisions communautaires et professionnelles au Liban.
04:03Parce qu'il y a des divisions au Liban, une guerre civile bien sûr dévastatrice
04:08dont les plaies sont encore béantes.
04:10Il y a des grandes divisions par rapport à la question du Hezbollah, bien sûr, encore dans la société.
04:14Donc pour moi c'était une volonté d'utiliser et d'exploiter ces divisions professionnelles
04:19pour que les Libanais se retournent contre le Hezbollah.
04:23Mais j'ai parlé à beaucoup de Libanais en leur demandant
04:25mais pour vous, qui est le responsable de cette guerre ?
04:29Pourquoi est-ce qu'on est dans cette situation-là ?
04:31Et j'ai l'impression que les Libanais ne tombent pas dans le panneau,
04:34même si au-delà des divisions, à propos de la question du Hezbollah,
04:38les Libanais répondent à l'unisson, c'est Israël qui est en train de bombarder le Liban, le Soud-Liban
04:44et de détruire notre pays.
04:45Donc ce que vous dites, Nada, c'est que l'unité au Liban est toujours maintenue ?
04:49Pour l'instant, après c'est très difficile de faire des prédictions aussi.
04:52Il y a un risque que les divisions professionnelles prédominent
04:58et soient ravivées, que les plaies encore béantes se réouvrent.
05:06Forcément c'est un risque, c'est une possibilité
05:09et je pense que les compagnies israéliennes, c'est quelque chose qui est su et qui est potentiellement exploité.
05:14Depuis une dizaine de jours, un mot circule dans les médias locaux
05:18et je pense que vous le savez encore mieux que moi,
05:19un blocus total serait en préparation, en tout cas une partie des Libanais en est convaincue.
05:24Est-ce que vous en savez plus là-dessus ?
05:26Sur un blocus total par rapport à…
05:29Écoutez, pour l'instant on n'en est pas là, heureusement.
05:31Déjà l'aéroport fonctionne à minima, il n'y a plus que les vols de la ligne Zulis.
05:37Pour l'instant heureusement on n'est pas là, j'avais parlé au ministre de l'économie
05:41qui me disait qu'on a plus ou moins trois mois de réserve de nourriture,
05:47trois mois de réserve de fuel, donc la situation est plus ou moins sous contrôle.
05:51Mais bien sûr que c'est aussi un élément de guerre psychologique,
05:54forcément ça sème la peur, ça pousse les gens à faire des réserves,
05:59ça augmente cette guerre psychologique, vous savez, c'est comme les drones en permanence,
06:04c'est comme aussi le mur du son, les jets israéliens qui franchissent le mur du son
06:12et qui sème la peur au-dessus de Beyrouth dont ça participe à ce stress permanent.
06:18Le Premier ministre libanais, Najib Mikati, a appelé plusieurs fois une résolution
06:22aux Nations unies pour obtenir un cessez-le-feu.
06:25Est-ce que vous avez espoir et comment envisagez-vous les prochains jours ?
06:32Je pense qu'il faut toujours avoir espoir.
06:34Voilà, enfin, Mikati, le Premier ministre,
06:37a dit que des contacts diplomatiques sont en cours,
06:41qu'il y a des négociations qui sont sur la table.
06:44Bon, il ne faut pas oublier que la dernière fois qu'on avait aussi de hautes négociations,
06:50elles ont été arrêtées lorsque le Premier ministre israélien avait décidé de tuer Hafez Nasrallah.
06:56Donc il n'y a pas beaucoup d'espoir non plus sur un cessez-le-feu au Liban à l'heure actuelle,
06:59étant donné l'historique, on va dire, du coup de l'an dernier.
07:03Et aussi, ces discussions du cessez-le-feu, on a un peu l'impression,
07:08vous savez, elles viennent alors que les États-Unis affirment leur soutien
07:13pour l'invasion terrestre israélienne au Liban,
07:17tout en disant qu'ils sont pour des négociations diplomatiques.
07:20Donc on a l'impression qu'Israël tente de continuer ses attaques autant que possible,
07:25et autant qu'ils ont ce flux vert américain qui est affiché.
07:29Merci beaucoup Nada Makoura-Attala.
07:31Merci d'avoir pris le temps de répondre à nos questions sur France 24.
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