00:00Le PDG de Doctolib est l'invité d'On n'arrête pas l'écho pour continuer cette discussion sur la santé des français.
00:06Bonjour et bienvenue Stanislas Njoksjato !
00:09Bonjour Alexandra, bonjour à tous !
00:11Doctolib, c'est la plateforme de prise de rendez-vous que vous avez créée il y a un peu plus de 10 ans,
00:15connue et utilisée par quasiment 9 français sur 10, valorisée autour de 6 milliards d'euros, c'est toujours à peu près ça ?
00:23Vous êtes un acteur privé dans la santé, on a écouté le reportage ensemble.
00:27Vous avez quel regard sur ce sujet de la financiarisation du secteur ?
00:31Pour moi il y a deux choses qui sont différentes, la financiarisation et le privé.
00:34Pour moi la santé ce n'est pas un secteur comme un autre.
00:37Donc dans la santé, quand on travaille dans la santé, qu'on soit dans le privé ou dans le public,
00:42ce qui compte c'est la qualité de vie au travail des soignants et la santé des patients.
00:46Et c'est plus important que les chiffres de rentabilité.
00:50Et donc moi évidemment je suis contre cette financiarisation du système de santé,
00:54par contre le privé, aujourd'hui on a des médecins libéraux, des dentistes libéraux, des kinés libéraux, des infirmières libérales,
01:01on a des docteurs libres, on est en entreprise à mission, et donc qu'est-ce qu'on peut être ?
01:06Entreprise à mission il faut dire ?
01:07Entreprise à mission, ça fait depuis deux ans que dans nos statuts,
01:11on a comme objectif d'améliorer le quotidien des soignants, l'accès aux soins et la santé des patients.
01:16Et donc oui je pense qu'on peut être un entrepreneur, être dans le privé et servir à l'intérêt général dans la santé.
01:22Alors ce matin, vous êtes venu nous parler d'innovation, une innovation que vous allez généraliser mardi,
01:28je crois que pour l'instant on n'est pas encore pris la parole pour expliquer le projet.
01:32Que voulez-vous faire avec l'intelligence artificielle ? C'est de cela qu'il s'agit dans les cabinets des médecins.
01:37Écoutez, la santé c'est probablement le secteur qui va le plus être transformé positivement par l'intelligence artificielle.
01:44L'intelligence artificielle dans la santé ça existe depuis des années,
01:47mais majoritairement dans des dispositifs médicaux, notamment en imagerie,
01:52et aussi dans la recherche.
01:54Mais il n'y avait pas d'intelligence artificielle dans le quotidien des patients et des soignants.
01:58Et les progrès sur le traitement naturel du langage, sur la capacité des modèles fondationnels,
02:02depuis quelques trimestres, années, ils changent tout.
02:06Donc on va pouvoir mettre de l'intelligence artificielle dans le quotidien des patients et des soignants
02:10pour que les données de santé des patients et la connaissance médicale soient plus accessibles et actionnables.
02:17Ça va être extraordinaire à ce que vous ayez en tête.
02:20Nous, on va déployer nos modèles d'intelligence artificielle, entraînés en français,
02:24dans les cas d'usage des patients et des soignants, et ça va permettre de transformer nos solutions
02:31pour les rendre de plus en plus pertinentes et personnalisables.
02:34Et deux, on va lancer des produits impensables jusqu'alors.
02:38On peut peut-être parler du premier produit qui est un assistant de consultation.
02:43Cet assistant de consultation est utilisé par 350 médecins avec lesquels on a co-créé ce produit.
02:48Ça permet de faire quoi ? Ça permet de, pendant la consultation avec votre médecin,
02:53notre assistant prend des notes pour le médecin, il retranscrit la consultation,
02:59il fait une synthèse, interrogatoire, examen, diagnostic, il codifie les données,
03:03il complète votre dossier patient.
03:05Le médecin n'a plus qu'à la fin de la consultation à relire et à compléter, valider.
03:11Les résultats sont spectaculaires, c'est-à-dire que le soignant, il ne passe plus de temps devant son ordinateur,
03:16il y a beaucoup moins de fatigue, de charge mentale, les dossiers patients sont plus complétés.
03:20Les résultats sont spectaculaires pour les patients.
03:23Je me souviens, j'étais avec un médecin généraliste hier qui me disait que ses patients lui disaient
03:28« Mais maintenant, je vois ton regard ».
03:33Après dix ans, ça m'a fait vraiment quelque chose que je n'avais pas eu depuis plusieurs années.
03:39Est-ce qu'au bout du bout, l'intelligence artificielle va écouter le patient, noter pendant qu'il parle à son médecin
03:46et puis elle fera des recommandations sur le diagnostic et prescrira l'ordonnance ?
03:50Sur le diagnostic, non. Par contre, elle aide le soignant à avoir zéro temps administratif
03:56et à avoir les bonnes données au bon moment, la bonne connaissance médicale au bon moment.
04:01Le diagnostic, bien sûr, le soignant reste maître du diagnostic et de l'accompagnement du patient.
04:06Mais clairement, si vous prenez un pas de recul, un soignant, c'est un archéologue de la donnée.
04:10Il prend des données de santé du patient, il prend les données de connaissances médicales
04:15et il essaie d'extraire en dix minutes une prise de décision.
04:18Or, les technologies modernes, notamment d'intelligence artificielle, ça lui permet d'avoir les données au bon moment,
04:25la connaissance médicale au bon moment pour prendre la décision et donc ça les rend plus accessibles et actionnables.
04:30Mais on imagine, Stanislas Niok-Château, qu'à un moment donné, pas maintenant, ce n'est pas ce que vous proposez, j'ai compris,
04:35mais dans, je ne sais pas, deux ans, l'IA va dire au médecin « tiens, et si tu prescrivais ça ? »
04:40Alors, qu'il y ait des aides à quelques questions posées, les risques pour identifier les risques,
04:45parce que quand il y a un patient polypathologique qui arrive voir un médecin généraliste,
04:48c'est très compliqué en dix minutes, quinze minutes de prendre une décision.
04:52C'est sûr que l'intelligence artificielle et les technologies modernes vont nous permettre de faire ça.
04:56Et d'ailleurs, on a lancé depuis quelques années un logiciel médical pour les soignants,
05:02plusieurs milliers de soignants qui nous rejoignent tous les mois en ce moment.
05:05Au-delà de ce qu'on avait prévu. Pourquoi ? Parce que, historiquement,
05:09les technologies que les soignants utilisaient, c'était un fardeau.
05:12C'était une charge administrative de plus.
05:14Et on a transformé ça depuis dix ans pour permettre à ces technologies
05:19de redonner du confort de travail aux soignants, de redonner des moyens de prendre en charge des patients différemment.
05:24Allez, j'avance. Autre innovation que vous allez proposer, bientôt, quand on appellera le cabinet pour prendre rendez-vous,
05:31c'est une intelligence artificielle qui va nous répondre ?
05:33Exactement. Le soignant pourra mettre en place un assistant téléphonique virtuel.
05:37Déjà, en Allemagne, près de 3000 cabinets de médecins généralistes,
05:42une technologie développée avec l'Université de Berlin et des chercheurs allemands
05:47qu'on va apporter en France à partir de 2025, qui va permettre d'avoir un assistant téléphonique virtuel.
05:53On va permettre aussi d'avoir un assistant financier pour le soignant,
05:57pour que le soignant puisse facturer en un clic, avoir des codes de facturation
06:02et qu'il ne passe pas de temps sur cette charge administrative.
06:03On va aussi lancer, avec l'intelligence artificielle, un outil de codification de la donnée
06:07pour que toutes les données des soignants, qu'il collecte lui-même ou qu'il collecte par d'autres,
06:14elles soient intelligibles par lui.
06:17Alors, ces données, justement, vous connaissez l'angoisse des utilisateurs par rapport à leurs données.
06:22Elles sont normales.
06:23En tant que patient, est-ce qu'on aura le droit de dire, non, je ne veux pas que l'IA se mêle de mon dossier ?
06:29Et qu'est-ce que vous faites des données ?
06:31La grande question, c'est toujours, est-ce que vous les vendez ?
06:33Alors, bien sûr que non.
06:35Notre seul modèle économique, c'est les soignants qui payent pour les logiciels qu'on a créés pour eux depuis dix ans.
06:40Et les patients, aujourd'hui, ne payent pas l'accès aux soins.
06:43Bien sûr, les données, elles sont sécurisées et protégées avec le plus haut niveau de standard européen.
06:49Et si je ne veux pas de l'IA ?
06:51Aujourd'hui, en fait, vous pouvez décider les solutions que vous utilisez ou pas.
06:54Et l'IA, en fait, c'est qu'un moyen technologique de plus pour améliorer les solutions qu'on offre.
07:00Vous savez, depuis dix ans, on a créé des nouveaux moyens de communication entre les patients et les soignants et entre les soignants.
07:05On a donné aux patients la capacité d'être plus autonome.
07:09On a mis des technologies modernes pour les soignants.
07:11Et l'IA, en fait, c'est qu'un moyen d'amplifier tout ça.
07:14Mais chacun est libre d'utiliser ou pas ces technologies.
07:17Stanislas Njok-Château, vous parlez des moyens de communication.
07:20Alors, il y a quand même un sujet.
07:22Il y a une messagerie sur Doctolib entre les patients et les labos, on reçoit les résultats, les ordonnances.
07:28Et il y a aussi la même chose sur mon espace santé.
07:30Ça, c'est le public, le carnet de santé numérique.
07:33Là, vous êtes en train, vous, l'acteur privé, de faire concurrence au public.
07:38En fait, nous, aujourd'hui, notre messagerie patients-soignants est utilisée depuis des années.
07:42Puisque prendre un rendez-vous, en fait, c'est laisser un message à un soignant.
07:46On a ouvert cette messagerie patients-soignants qui est utilisée par 40 000 personnes.
07:5040 000 soignants aujourd'hui, des millions de messages tous les mois, des millions.
07:55Pourquoi ? Pour améliorer la continuité des soins.
07:58Pour améliorer les soins préventifs.
07:59Et donc, aujourd'hui, moi, je pense que public, privé, ce n'est pas important.
08:03Ce n'est pas très lisible. Il y a deux canaux de communication.
08:06Au contraire, en fait, moi, j'ai pour objectif que tout ce qui est dans mon espace santé aujourd'hui puisse s'intégrer dans l'application Doctolib.
08:13L'application Doctolib qui est une application du quotidien des Français.
08:15Vous l'avez dit en début d'interview, 9 Français sur 10 utilisent Doctolib au quotidien.
08:20On a été élu pour la troisième année consécutive, l'entreprise qui a pu s'améliorer le quotidien des Français.
08:25On en est très fiers. Une petite entreprise française créée avec quatre personnes il y a dix ans.
08:29Et donc, nous, tous les services qu'on peut faire pour que les Français aient accès à la santé plus facilement et rapidement et qu'ils soient en meilleure santé, on le fera.
08:36Qu'on soit privé, public, ça n'a peu d'importance.
08:39Jeudi, c'était la journée mondiale de la santé mentale.
08:42Alors, vous connaissez bien les statistiques.
08:44Vous avez une vision globale sur la santé mentale des Français.
08:47Les femmes françaises, ça ne va pas fort.
08:49Les jeunes non plus. C'est ça que vous lisez ?
08:5112 millions de Français ont des troubles psychiques tous les ans.
08:5512 millions.
08:56L'OMS qui dit que la santé mentale, ça va devenir la première cause de handicap au monde.
09:01Et oui, aujourd'hui, prévalence chez les femmes, deux tiers.
09:05Prévalence chez les jeunes sur Doctolib, sur les 8 millions de rendez-vous de psychologues sur les neuf derniers mois.
09:11Près de la moitié ont été pour des patients jeunes de moins de 35 ans.
09:16Et la santé mentale, il y a une inégalité très forte, une inégalité territoriale.
09:21De répartition des psychologues psychiatres.
09:24Inégalité financière, parce qu'aujourd'hui, les psychologues sont non remboursés en France.
09:28Inégalité de connaissances, aussi beaucoup d'enjeux autour de la prévention santé mentale,
09:33qui reste un sujet tabou pour beaucoup d'entre nous.
09:37Et on est un des pays du monde qui médiquent le plus,
09:39dans lequel la pharmacologie est la plus importante dans la santé mentale,
09:43alors qu'on devrait avoir une juste mesure plus forte entre la pharmacologie et la psychologie.
09:48Donc moi, je suis ravi que ce soit une des grandes causes du gouvernement.
09:53Je pense qu'on aurait dû le faire d'ailleurs depuis des années.
09:55Et qu'améliorer la santé mentale est le bonheur de tous.
09:58C'est un objectif pour nous tous.
10:01Une toute dernière question, Stanislas Neuchâtel, semaine du budget.
10:04On en a parlé au moment où vous êtes assis dans le studio.
10:07Vous dites là, il y a un budget d'efforts sur les entreprises, sur les particuliers.
10:11Votre conviction, vous, en tant que chef d'entreprise ?
10:13Peut-être un peu surprenant, mais moi je crois en une redistribution.
10:19Je pense que c'est bien quand on gagne de l'argent, qu'on redistribue
10:23pour que nos écoles, nos hôpitaux, nos cabinets marchent bien.
10:28Et donc moi, je suis fier d'être en France,
10:30entrepreneur français, avoir créé 3000 emplois et OK pour participer.
10:36Allez fort !
10:37OK pour participer et OK pour essayer de continuer d'améliorer le quotidien des gens.
10:41Stanislas Neuchâtel, le PDG de Doctolib.
10:44Merci d'avoir accepté l'invitation.
10:45Merci pour l'invitation.
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