00:00RTL Soir. Yves Calvi et Agnès Bonfillon.
00:03Il est 18h18, bonsoir Patrick Klugman.
00:05Bonsoir.
00:06Merci de nous rejoindre, vous êtes avocat et on connaît vos combats contre le racisme et l'antisémitisme.
00:10Le chiffre est étourdissant, plus de 3600 actes racistes et antisémites ont été recensés à l'école sur l'année scolaire 2023-2024.
00:19Ce sont des chiffres officiels du ministère de l'éducation nationale et c'est trois fois plus que l'année précédente.
00:25Quelle est votre réaction ?
00:27Ma réaction c'est que c'est un mouvement qui va depuis 20 ans.
00:31Et il y a 20 ans on avait vu l'école, le collège, le lycée devenir le théâtre d'affrontements intercommunautaires, interreligieux.
00:40Et on avait vu d'ailleurs à ce moment-là très nettement les petits juifs, par exemple, déserter l'école publique.
00:47Mais pour autant, là ce qu'on a vu ça n'a plus rien à voir, nous voyons que nos écoles, nos collèges, nos lycées sont le théâtre d'affrontements.
00:56C'est même pas que le conflit se serait déplacé dans les établissements.
01:01C'est quelque part, il y a... Moi j'avais, quand j'étais leader étudiant juif, j'avais dit il y a une intifada des campus.
01:07Là il y a vraiment une intifada des cours de récré.
01:11Mais ce qui est peut-être le plus désastreux, c'est qu'il y a eu quand même quelques personnes pour allumer cette mèche-là.
01:18Vous savez quand vous avez des blocages de lycées qui sont organisés avec des députés, notamment à Paris,
01:25au nom de cris pas très agréables, pour les sionistes.
01:31Et donc vous avez des lycéens, à Paris, mais c'est pas qu'à Paris, qui rentrent dans l'établissement en étant désignés comme des sionistes, donc comme des assassins.
01:39Qu'est-ce que vous pensez qu'il se passe derrière l'enceinte, une fois que la cloche a sonné ?
01:44Donc cela a été organisé, et vraiment, on a un vrai sujet de ces affrontements,
01:50qui ont maintenant leur cœur dans des établissements, là où précisément on devrait avoir des sanctuaires.
01:56Alors je précise que vous venez quand même de faire allusion tout simplement à la France Insoumise, qui a accompagné ces mouvements, je l'essaye parce que c'est une réalité.
02:03A la Une de l'Express cette semaine, un an de flambée antisémite.
02:06Je ne pensais pas retrouver sur un hebdomadaire ce type de Une. Comment réagissez-vous là aussi ?
02:14Non mais je réagis, c'est que de toute façon, Yves Calvi, on a dénombré cette année le plus grand nombre d'actes antisémites en France depuis qu'on les compte.
02:24Vous vous rendez compte ce que cette phrase veut dire ? Ce drame, cet échec ?
02:29Et vous en avez fait des émissions, et on en a eu des alertes et des prises de conscience tout au long de ces années.
02:35Mais là, on est dans l'innombrable, l'indénombrable.
02:38Et évidemment, aujourd'hui, on s'intéresse aux pendants scolaires.
02:42Ce qui est intéressant quand même sur les écoles, c'est que c'est le seul lieu, et je veux le dire ici,
02:48où la prévention veut dire encore quelque chose.
02:51Après l'école, il n'y a que la sanction qui soit réellement efficace.
02:56Donc ça n'est pas que la responsabilité de la France Insoumise ?
02:58Bien sûr !
02:59Ça veut dire que de grands acteurs de la vie sociale du pays, notamment à l'école, ne font pas leur boulot dans ce cas-là ?
03:04Ça veut dire cela aussi, mais je veux dire par là qu'il y a un effort pédagogique à faire,
03:09un effort aussi de formation des maîtres, formation des enseignants, de l'encadrement,
03:13pour ne pas avoir peur de ces questions,
03:15et reprendre un gamin qui insulte son petit camarade,
03:19ce n'est pas encore un antisémite forcené,
03:23c'est peut-être un gamin qui dit une connerie qu'il a entendue chez lui,
03:26ou en regardant des députés à l'Assemblée Nationale porter des mots,
03:30ce jeu de mots un peu facile, mais malheureusement il a un peu de réalité.
03:32Ce que je veux dire par là, c'est qu'on peut encore faire quelque chose,
03:35mais les maîtres sont terrorisés, les académies sont terrorisées,
03:40et il faut aussi prendre cette dimension en compte.
03:43Vous savez, la Shoah, il y a des académies, on n'ose plus l'enseigner,
03:50c'est un fait majeur de notre histoire,
03:53et pourtant vous avez des profs qui disent
03:55« moi je ne vais pas risquer ma vie pour enseigner à des gamins qui ne sont pas capables d'entendre cela ».
03:59Vous avez des exemples, vous dites qu'on ne peut plus parler de la Shoah aujourd'hui dans nos établissements scolaires.
04:04Yves Calvi, depuis le rapport Aubin en 2003,
04:07donc là je vous parle de quelque chose de très officiel,
04:09c'est largement documenté.
04:11Les témoignages d'enseignants, les témoignages de proviseurs sont nombreux,
04:15là je ne vous parle même pas d'élèves,
04:17c'est une situation archi-documentée, et parfois par académie entière.
04:21Donc vous avez des héros, et partout.
04:24Par exemple, je me souviens en Seine-Saint-Denis de proviseurs
04:27qui vraiment prenaient sur eux pour être très volontaires,
04:31pour faire travailler les classes,
04:33Mérieux Films, les héritiers,
04:35sur ce qui s'est passé pendant la Shoah.
04:37Donc vous avez des héros, vous avez des serviteurs de l'enseignement et de la nation qu'il faut saluer,
04:42et puis, par ailleurs, vous avez des endroits où ce n'est plus possible,
04:45où les profs n'osent plus y aller,
04:47et l'un est le pendant de l'autre.
04:49L'explosion de la violence antisémite, de l'insulte antisémite,
04:52avec le fait aussi que l'enseignement sur ces questions-là
04:55recule, est pétrifié,
04:57et puis, ça va à la même chose avec l'enseignement de la laïcité,
05:01avec les risques qu'encourent les enseignants et les maîtres.
05:03On camoufle Sakipa aujourd'hui dans les rues de Paris,
05:05on enlève les mezzousas, la porte de l'appartement.
05:07Évidemment, ça c'est une réalité incroyable.
05:10On change son nom sur Deliveroo,
05:12on change son nom sur Interphone,
05:14on enlève la mezzousa devant sa porte,
05:17et évidemment les enfants, même dans les familles religieuses,
05:19ne mettent plus Sakipa dans la rue,
05:21ou dans les transports en commun.
05:24Mais bon, c'est plus grave encore,
05:29parce que parfois on enlève Sakipa,
05:31même dans des lieux où on est censé en avoir une,
05:33dans la rue, moi personnellement, ça ne me choque pas.
05:35Mais en l'occurrence,
05:37c'est tous ces signes de visibilité,
05:39d'une possibilité d'appartenance à la communauté juive,
05:41qu'on enlève. Vous vous rendez compte ?
05:43Changez votre nom,
05:45ou ne plus apparaître sous votre nom,
05:47sous une application, ou chez vous.
05:49C'est quand même majeur, des gens qui enlèvent des mezzousas.
05:52Je n'ai même pas de témoignages que ça ait eu lieu
05:54pendant la guerre.
05:56Patrick Le Gman, on ne va pas mettre les enfants juifs
05:58tous dans les mêmes écoles pour les protéger.
06:00Excusez-moi, je vais au bout de la logique
06:02de notre conversation.
06:04Cette question est posée ?
06:06Cette question se pose dans tous les foyers.
06:08Cette question se pose dans tous les foyers juifs.
06:10Où est-ce qu'on scolarise nos enfants ?
06:12Vous avez différentes stratégies.
06:14Vous avez ceux qui optent pour l'école confessionnelle juive,
06:16il y a ceux qui optent pour l'enseignement confessionnel catholique,
06:18et il y a ceux qui veulent,
06:20ou peuvent,
06:22choisissent l'enseignement public,
06:24évidemment, et ils sont encore nombreux.
06:26Mais, dans aucun cas,
06:28Yves Calvi, je tiens à le dire,
06:30parce que moi, je suis un parent aussi,
06:32et c'est un choix facile.
06:34Et vous savez,
06:36quand il y a eu, après l'attentat de Mohamed Merah,
06:38en 2012,
06:40quand vos enfants partent à l'école le matin,
06:42vous avez l'estomac qui se serre.
06:44Et je vous rappelle qu'il y a eu Merah,
06:46mais ce qu'on a appris des attentats de janvier 2015,
06:48c'est qu'on a un attentat contre une autre école juive,
06:50qui a été évitée de justesse,
06:52à Montrouge, grâce à l'héroïque
06:54Clarissa Jean-Philippe.
06:56Donc, même quand vous mettez vos gamins
06:58à l'école juive,
07:00vous vous dites
07:02peut-être que je les mets
07:04en danger de mort.
07:06Et quand vous les envoyez à l'école publique,
07:08vous vous dites, peut-être qu'ils vont se faire emmerder
07:10à la cour de récré, qu'ils auront une scolarité épouvantable
07:12à cause de cela. Ce que je veux dire par là,
07:14c'est qu'en France, qui est peut-être le pays qui a le plus
07:16accueilli, le plus aimé
07:18sa communauté juive,
07:20être un juif ou être un parent juif
07:22n'est pas une chose facile,
07:24ni gratuite, et c'est un peu
07:26triste,
07:28pas seulement pour les juifs, mais pour l'idée
07:30que nous faisons de notre pays, de notre nation,
07:32de notre société. Et pour autant,
07:34je veux le dire, avant qu'on finisse cette interview,
07:36nous savons aussi qu'il n'y a pas
07:38un pays en France, y compris aujourd'hui,
07:40en 2024, qui rejette
07:42plus massivement l'antimétisme que la France.
07:44Mais les quelques-uns,
07:46les quelques énervés,
07:48produisent des multiplicités d'actes que nous commentons
07:50ce soir, mais la France,
07:52ce n'est pas un pays antimétiste, et nous le savons
07:54de toutes les manières possibles.
07:56Le demi-million de juifs français attend-il une action plus importante
07:58de la République française et du gouvernement ?
08:00Il vous reste 30 secondes, excusez-moi,
08:02mais je vous le signifie. Alors en 15 secondes,
08:04dans l'éducation nationale, dans les
08:06écoles, oui, il faut
08:08une action volontaire.
08:10Il faut prendre les profs à bras-le-corps,
08:12les profs eux-mêmes prennent ce sujet à bras-le-corps,
08:14sans aucune hésitation. Et sans peur,
08:16si je vous ai bien compris. Et sans peur, mais il faut les aider à ne plus avoir
08:18peur et leur donner les moyens. Merci infiniment,
08:20d'avoir pris la parole ce soir sur RTL.
08:22Dans un instant, le journal de 18h30,
08:24bien entendu, et ensuite dans RTL Inside,
08:26notre spécialiste Christophe Bourroux nous présente
08:28la grande star du prochain salon de l'auto,
08:30c'est un modèle mythique, la nouvelle R5,
08:32toute électrique, un vrai coup
08:34de cœur. Et puis à 18h45,
08:36faut-il une nouvelle loi immigration, comme l'a demandé
08:38ce matin le ministre de l'Intérieur sur RTL,
08:40le directeur de l'Office français de l'immigration
08:42et de l'intégration, lui répond et il sera
08:44avec nous.
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