00:00Yves Calvi et Agnès Bonfillon, RTL Soir.
00:04Il est 18h42, bonsoir Denis Labelle.
00:06Bonsoir.
00:07Merci de nous rejoindre dans RTL Soir.
00:09Vous êtes l'un des rares médecins à avoir confié publiquement,
00:12à avoir aidé des malades à mourir.
00:13Et je renvoie d'ailleurs à votre livre,
00:15Le médecin, la liberté et la mort paru chez Plon.
00:18Un texte sur la fin de vie était prêt donc avant la dissolution.
00:21Faites-vous confiance à Michel Barnier pour aller à son terme.
00:24Hélas, ce qu'il a dit devant l'Assemblée Nationale
00:28ne nous rend pas très optimistes.
00:29Pourquoi ouvrir le dialogue ?
00:31Là-dessus, madame Yalponde-Pivet a tout à fait raison.
00:34Suffit l'héterogéversation.
00:36Écoutez, très rapidement, quelques dates.
00:398 avril 2021, les députés votent majoritairement l'article 1 du projet Falorni
00:46qui crée l'admédicalement.
00:48Seulement voilà, c'était une niche parlementaire,
00:504000 amendements et à minuit c'était terminé.
00:53196 députés demandent au premier ministre de l'époque,
00:57Jean Castex, une nouvelle ouverture du parlement.
01:00Réponse négative.
01:02Le président de la République crée la convention citoyenne.
01:06En mars 2023, 75% de ceux qui ont participé à cette convention disent
01:13on veut, on est d'accord pour la création d'une loi
01:17autorisant l'aide à mourir.
01:20Ensuite, on a ce débat à l'Assemblée Nationale
01:23et à huit jours près, la loi allait passer
01:26et on nous dit maintenant qu'il faudrait rouvrir le dialogue.
01:28Non, c'est pas sérieux.
01:29Deux choses d'une, ou le premier ministre ne connaît pas bien le dossier,
01:32ce que je ne peux pas accepter,
01:34ou alors il est contre, mais qu'il laisse alors le parlement faire son travail.
01:39Je pense qu'avec cette loi, il aurait peut-être une seule fois
01:43la possibilité d'avoir une majorité à l'Assemblée Nationale.
01:45Pardonnez-moi, vous pensez qu'il se dissimule par rapport à ses convictions ?
01:48Parce que c'est ce que vous venez de nous suggérer là, c'est ce que j'ai entendu dans votre réponse.
01:53Le premier ministre serait hostile à ce projet et il essaie de gagner du temps ?
01:59Exactement, je pense que c'est cela.
02:01Étant donné qu'il n'y avait aucune raison de rouvrir le dialogue,
02:04il suffit de demander au parlement de poursuivre son travail
02:07et de reprendre le projet de loi tel qu'il avait été voté en partie
02:12au mois de juin dernier 2024.
02:16Même en disant, et en donnant rendez-vous finalement, début 2025, vous pensez qu'il gagne ?
02:22Non, il a dit pas seulement début 2025, il a dit on rouvre le dialogue.
02:25Ça veut dire quoi le dialogue ? Qu'il laisse le parlement faire son travail.
02:29Il y a des élus qui représentent le peuple.
02:31Alors, on sait que ce choix, ce désir de changer la loi,
02:35est partagé par un grand nombre de députés de tous bords.
02:39Bon, peut-être pas le Front National qui a manifesté toujours son opposition,
02:43qui est toujours pour le peuple, sauf quand le peuple donne son avis contraire à son avis.
02:47Donc, laissons le parlement ouvrir le débat.
02:51Pourquoi est-ce si difficile en France ?
02:54On le voit dans certains pays voisins, chez nos voisins,
02:57ce droit existe, ce droit à choisir, le moment de sa mort.
03:01Pourquoi en France c'est tellement long et si compliqué ?
03:05Tous les pays autour de nous, en Europe, ont évolué, tous.
03:08Même les pays avec une influence catholique marquée.
03:12C'est ce que j'allais vous demander, quelle que soit leur imprégnation religieuse.
03:15Oui, l'Espagne, le Portugal.
03:17Mais en France, c'est surprenant.
03:19On est très satisfait de soi, on estime que les gens meurent très bien,
03:23sauf que personne ne vient chez nous pour mourir, c'est une évidence.
03:26Et on est très conservateur, il faut dire les choses telles qu'elles sont.
03:29Et on ne laisse pas le parlement travailler.
03:31Après tout, c'est au parlement de faire la loi.
03:33C'est pas seulement au gouvernement de dire voilà ce qu'il faut faire.
03:36Mais vous pensez que notre nouveau Premier Ministre est en train de gagner du temps,
03:39qu'il ne veut pas prendre, on va dire, à rebrousse-poil son électorat de droite d'imprégnation religieuse ?
03:44Que c'est une attitude profondément politique ?
03:47Son parti a en grande partie été opposé à la loi lorsqu'elle a été discutée,
03:53et le Front National qui tout de même fait partie des soutiens.
03:57Donc il y a des opposants au sein même du gouvernement ?
04:00Oui, bien sûr. Bien sûr.
04:02Mais je crois qu'il manque une occasion de faire l'ouverture,
04:06puisqu'on parle d'ouverture, de rupture.
04:08Pour la première fois, il aurait une loi qui passerait avec une majorité de gens de droite, du centre, de gauche.
04:14Ça serait une première en France.
04:16Alors qu'il laisse le parlement travailler.
04:19Il faut reprendre l'examen du texte là où il a été interrompu, c'est ce que vous dites ?
04:24Oui, absolument.
04:25Écoutez, à huit jours près, la loi allait être votée.
04:28Une loi qui n'était pas parfaite, mais qui était une porte ouverte justement,
04:32une ouverture importante et on se remettait au même niveau que nos voisins.
04:34Non mais les députés ont changé, ça ne vous a pas échappé ?
04:37Absolument.
04:38Et le rapport de force n'est pas le même ?
04:41Non, c'est ça qu'on va voir.
04:43Écoutez, tentons, jouons la carte de l'ouverture.
04:46Moi je suppose que le parlement exerce son pouvoir.
04:49Dites-moi, vous qui vous êtes engagé très tôt et en prenant des risques,
04:53ça fait combien de temps que dure ce débat ?
04:56Pardonnez-moi, mais j'ai l'impression que moi ça fait 25 ans que je vous interview sur ces questions
05:00et que ça n'évolue toujours pas en France.
05:03Vous avez raison, je crois que les premières demandes d'aide médicale à mourir dans la dignité
05:08datent de 40 ans, que depuis 20 ans,
05:11toutes les enquêtes d'opinion montrent que plus de 80% des Français souhaitent un changement de la loi,
05:17que moi-même, puisque vous me posez la question, ça fait 20 ans, plus de 20 ans,
05:20qu'il me semble logique que le malade choisisse.
05:23Voilà, c'est tout ce qu'on demande, c'est tout de même pas le Pérou.
05:26Et ça n'avance pas.
05:28Ça n'avance pas, c'est extraordinaire.
05:29On nous sort à chaque fois une loi insuffisante.
05:312005, la loi Netti.
05:322016, la loi Claes Leonetti.
05:34On a vu que ce n'était absolument pas satisfaisant,
05:36que ça ne répondait pas à la demande.
05:38Il y a une forme de lobby religieux ?
05:40Il est considérable.
05:41Moi, je dirais qu'il est très important.
05:43Vous savez, j'ai été au repas de l'Elysée,
05:45où il y avait toutes les religions monothéistes,
05:48et pour une fois, elles étaient toutes d'accord sur ce sujet.
05:50C'était formidable.
05:51C'est la première fois que j'entendais toutes les religions monothéistes se mettre d'accord.
05:55Elles étaient contre moi, mais j'étais fier d'avoir contre moi l'opinion monothéiste.
06:00Ça n'avance pas côté politique, c'est ce que vous dites,
06:02et chez les médecins ?
06:04Parce que vous vous le dites, vous l'avez toujours dit,
06:06vous avez aidé des patients à choisir le moment où ils souhaitaient partir,
06:11parce que ça devenait trop compliqué.
06:13Est-ce que vos confrères avancent sur cette question également ?
06:17Vous savez, les médecins belges l'ont intégré dans leur pratique depuis plus de 20 ans.
06:21Pareil pour les néerlandais, pareil pour d'autres.
06:24Je ne crois pas qu'on soit très différents des médecins belges.
06:27Et puis ensuite, le problème, c'est que les médecins ont deux épées de daphnéoclès sur la tête.
06:32La justice républicaine, et deuxièmement, le conseil de l'ordre des médecins,
06:36qui deux jours au lendemain peut vous supprimer votre travail.
06:39Plus de salaire, plus rien.
06:40Donc les gens, vous savez, ils ne sont pas plus courageux que les autres dans le milieu médical.
06:44Le jour où il y aura une loi, je suis certain que 60% des médecins,
06:48au bout de cinq ans, auront intégré le processus et feront des soins palliatifs,
06:52et également de l'aide médicale à mourir.
06:54Merci beaucoup docteur Denis Labelle d'avoir pris la parole ce soir,
06:57une fois de plus sur l'antenne d'RTL.
06:58Et je rappelle votre livre, Le médecin, la liberté et la mort, édité chez Plon.
07:03Dans un instant, on se détend, on respire avec Marc-Antoine Lebray.
07:06C'est le Breaking News.
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