00:00Alors que l'invité du jour, la porte-parole du gouvernement, arrive sur ce plateau, bonsoir Maude Bréjon.
00:07Bonsoir Benjamin Duhamel.
00:09Merci d'être avec nous ce soir dans Tout le monde veut savoir.
00:11On va parler dans un instant de ce qui a été annoncé par le Premier ministre hier.
00:14Beaucoup de choses sont encore très floues à préciser sur les impôts sur l'immigration,
00:17mais d'abord sur la situation internationale au lendemain de l'attaque iranienne sur Israël.
00:21L'Elysée a fait savoir hier soir que la France avait mobilisé des moyens militaires au Moyen-Orient
00:25pour parer la menace iranienne.
00:28Est-ce que ça signifie concrètement que la France a intercepté des missiles, a envoyé des avions pour aider Israël à se défendre ?
00:34D'abord la France a redit sa ferme opposition et a condamné de façon unanime et sans équivoque les attaques de l'Iran contre Israël.
00:43Et moi je vous le dis, il faut que ces attaques cessent.
00:46L'Iran se rend coupable de l'escalade dans la région.
00:50Les pertes civiles sont dramatiques et la France et le Président de la République, le chef de l'État,
00:55se placera toujours du côté de la désescalade.
00:58On ne renie pas et on affirme le droit d'Israël à se défendre.
01:01On sera à ses côtés pour les détails concernant les moyens armés.
01:04Mais donc vous aidez Israël ?
01:06Je vous renverrai vers le ministre des Armées Sébastien Lecornu.
01:09Et c'est de sa responsabilité de se prononcer et de s'exprimer sur la question.
01:14Moi ce que je veux vous dire, c'est qu'on se place du côté de la désescalade et du dialogue politique.
01:20Vous savez la diplomatie, c'est difficile, c'est exigeant.
01:24Ça ne fonctionne pas toujours, on l'a vu.
01:25Parfois on a fait des appels au cessez-le-feu qui n'ont pas été entendus.
01:29Mais c'est la seule voie de sortie possible.
01:31Il n'y a pas d'avenir dans la région si on continue dans cette escalade-là.
01:35Vous dites la diplomatie, c'est difficile.
01:37Je voudrais qu'on s'arrête un instant sur la façon dont la diplomatie française
01:40a réagi à la suite de l'élimination du leader du Hezbollah, Hassan Nasrallah, par Israël.
01:45La vérité, c'est qu'il n'y a pas eu de réaction française.
01:47Là où le président américain, Joe Biden, a parlé d'une mesure de justice.
01:50Là encore, une question très précise.
01:52Est-ce que vous, comme porte-parole du gouvernement,
01:53vous portez la voix de la France dans les médias ?
01:56Est-ce que vous vous félicitez de l'élimination du leader du Hezbollah par l'État d'Israël ?
02:03Mon rôle n'est pas de nous féliciter.
02:06Mon rôle, c'est de dire que la France ne nie pas le rôle qui a été celui du Hezbollah
02:12de façon extrêmement délétère, ne nie pas les attaques…
02:16Délétère, notre région, le mot est faible.
02:18Ne nie pas les attaques terroristes qui ont été perpétrées par la branche armée du Hezbollah,
02:23qui ont fait souffrir certains de nos concitoyens
02:26et qui ont fait profondément du mal, notamment au Liban.
02:29Mais ce n'est pas notre rôle de se féliciter ou de ne pas se féliciter.
02:32Quand le président américain dit que c'est une mesure de justice,
02:34est-ce que vous considérez que c'est une mesure de justice
02:36que le leader du Hezbollah qui a fait couler du sang français
02:39les attentats du Draka ait été éliminé ?
02:42Encore une fois, on ne met pas sous le tapis la responsabilité du Hezbollah dans la région.
02:48Ce que je vous dis, c'est que le rôle du chef de l'État,
02:50c'est de tout faire pour travailler à la désescalade dans la région.
02:53Et qu'il n'y ait pas un mot sur l'élimination d'Assad Nasrallah de la diplomatie française,
02:56est-ce que c'est normal ?
02:56Notre rôle, c'est de tout faire pour assurer la désescalade
03:00parce que derrière, ce sont des civils, ce sont des civils,
03:03ce sont des femmes et des hommes qui meurent là-bas.
03:06Et nous avons perdu des ressortissants français sur place.
03:09Vous le savez, vous en avez probablement parlé.
03:11Notre rôle, c'est de travailler à cette diplomatie sur place.
03:16Vous savez, le chef de l'État, Emmanuel Macron,
03:18est aujourd'hui le seul à pouvoir parler avec toutes les parties dans la région.
03:23On a un rôle…
03:24Dans l'Hezbollah ? C'est parce que la France parle d'Hezbollah
03:26que vous n'avez rien dit sur l'élimination d'Assad Nasrallah ?
03:29Ce n'est pas ce que je dis.
03:30Ce que je dis, c'est que la France a un rôle central sur place en matière de diplomatie
03:34et que c'est ça qu'on joue aujourd'hui.
03:36Maud Bréjon, on en sait désormais un peu plus sur l'effort pour redresser les finances publiques.
03:40Le gouvernement qui a annoncé que l'indexation des retraites sur l'inflation
03:44sera reportée du 1er janvier au 1er juillet.
03:46Très concrètement, ça veut dire que les pensions de retraite
03:48ne seront pas indexées pendant six mois.
03:51C'est donc les retraités qui vont payer pour les économies ?
03:54Pourquoi ? Ce sont des privilégiés, les retraités ?
03:56Non, les retraités ne sont pas des privilégiés.
03:59Vous les faites payer ?
04:00Pardonnez-moi, regardons deux petites secondes la situation.
04:04On a une situation budgétaire qui n'est pas inquiétante, qui est grave.
04:09On va dépasser les 6% de déficit.
04:11C'est-à-dire qu'on est le deuxième plus mauvais élève de l'Europe après l'Italie.
04:15On a le choix.
04:16Soit on accepte d'avoir un budget de redressement et de redressement massif,
04:22soit on laisse filer le déficit.
04:24Moi, je pense qu'on est tous d'accord pour dire aujourd'hui qu'il y a urgence à agir.
04:28Et je voudrais dire deux mots sur ce qui se passerait si on ne fait rien.
04:32Oui, mais Maud Bréjon, je sais que l'exercice de porte-parole
04:34est un exercice compliqué, en particulier dans la situation.
04:36Mais là, ma question très précise est sur la question des retraités.
04:39Ceux qui nous regardent ont appris aujourd'hui,
04:41les retraités qui nous regardent, que leur pension de retraite
04:43ne serait pas indexée pendant six mois.
04:45Je vais vous répondre.
04:46Pas indexée sur l'impression.
04:47Je vais vous répondre, Benjamin Duhamel.
04:48Comment expliquez-vous le fait que vous faites porter à ces retraités
04:51une partie du poids des économies qui sont à faire ?
04:53Ce que je vous dis, c'est que le premier levier qu'on utilise,
04:56c'est la réduction des dépenses.
04:58Vous l'avez vu, on est à expliquer que l'effort nécessaire total,
05:03c'était d'économiser 60 milliards.
05:0560 milliards.
05:06Sur ces 60 milliards, 40 milliards passeront par une réduction des dépenses.
05:09Et vous savez, ce sera difficile,
05:11parce que ce n'est pas évident de réduire les dépenses.
05:12Et donc, les retraités ?
05:13Ensuite, on demandera à certaines catégories de population des efforts.
05:19On ne désindexe pas, c'est très important,
05:22on ne désindexe pas les retraites sur l'inflation.
05:24D'ailleurs, c'était une promesse de campagne
05:27que nous avons formulée auprès de nos électeurs.
05:28Pendant six mois, ces pensions ?
05:30Nous décalons, nous décalons effectivement de six mois
05:33l'indexation des retraites sur l'inflation.
05:35Pardon, mais ça veut dire que pendant six mois,
05:38elles n'augmenteront pas avec l'inflation ?
05:39On demande des efforts à tout le monde.
05:41On ne peut pas uniquement…
05:42Et donc, ça veut dire qu'un retraité qui touche 1200-1300 euros par mois,
05:47pendant six mois, sa pension ne sera pas indexée sur l'inflation.
05:51Est-ce que vous considérez que dans la justice des efforts réclamés
05:54aux uns et aux autres, il est juste que les retraités,
05:56notamment les plus modestes,
05:58soient en quelque sorte touchés par ces efforts que vous demandez ?
06:01D'abord, je considère que c'est très difficile
06:04et que c'est un budget qui sera à bien des égards très difficile.
06:07Il y aura ensuite d'autres sujets.
06:08Ensuite, ce que je voudrais vous dire, c'est qu'en France,
06:11l'année dernière, les pensions de retraite ont augmenté
06:15davantage que le salaire des actifs.
06:18Les pensions de retraite ont été revalorisées en début d'année dernière,
06:22enfin en début 2024, de 5,3%.
06:26D'accord ? 5,3%.
06:28C'était la revalorisation en début de cette année.
06:31En moyenne, les salaires ont augmenté de 4,2% dans 70% des entreprises.
06:36Donc vous dites que les retraités sont déprivilégiés
06:37et c'est pour ça qu'on les fait payer.
06:39Non, je vous dis, mais n'essayez pas de me faire dire
06:41des caricatures que je ne pense pas.
06:43J'essaie de traduire ce que vous dites.
06:44Je vous dis que c'est d'abord un rééquilibrage
06:47entre l'augmentation qu'on observe des pensions de retraite
06:50et l'augmentation du salaire des actifs.
06:51Et ensuite, je ne peux pas faire autre chose
06:54qu'assumer que c'est un budget qui sera très difficile.
06:59Vous ne pourriez pas par exemple épargner les retraités les plus modestes ?
07:01On aura l'occasion de discuter, encore une fois, je vais vous dire.
07:03Donc c'est une piste ?
07:05La méthode Barnier, c'est qu'on assume de ne pas arriver
07:08avec des solutions qui soient fixées, figées,
07:11sur lesquelles nous n'accepterions aucune discussion.
07:14La méthode Barnier, c'est l'écoute, c'est la lucidité et c'est le pragmatisme.
07:18C'est aussi le respect du Parlement.
07:20On dit rarement d'une méthode qu'elle n'écoute pas,
07:22qu'elle n'est pas lucide et qu'elle n'est pas pragmatique.
07:23Il y aura un débat qui se fera au sein du projet de loi de finances
07:27et c'est normal que le Parlement ait ce débat,
07:29c'est complètement constitutionnel.
07:31Mais encore une fois, j'en reviens à ce qu'est aujourd'hui la situation française
07:36avec plus de 3 000 milliards de dettes
07:39et le risque, pardonnez-moi, en deux mots,
07:42qui est qu'on devienne la Grèce de 2010.
07:44Et donc, vous demandez des efforts aux Français.
07:47Et donc, on va demander des efforts.
07:48Je voudrais qu'on avance, mot de Bréjon,
07:49pour vous interroger sur une autre annonce de Michel Barnier hier
07:52qui annonce la hausse du SMIC de 2% au 1er novembre.
07:55Est-ce que vous savez qui a dit la chose suivante ?
07:56Pourquoi seulement 2% d'augmentation du SMIC
07:59sans augmenter à 1 600 euros position irresponsable de la gauche extrême ?
08:02Nous pourrions demander de faire plus en discutant avec le patronat.
08:05Ouvriers, employés, salariés doivent être davantage soutenus.
08:07Oui, c'est Gérald Darmanin, je le sais.
08:08Je crois savoir que vous étiez proche politiquement de Gérald Darmanin.
08:13Bon, ce n'est pas un gauchiste, Gérald Darmanin.
08:14Là, il est en train de dire que 2%, franchement, ce n'est pas assez.
08:17Vous savez, moi, j'adorerais annoncer qu'on augmente le SMIC de 10%,
08:20Benjamin Duhamel.
08:21Je vous promets que ce serait plus facile.
08:23Vraiment.
08:24J'aimerais qu'on ne touche pas aux pensions de retraite.
08:26J'aimerais qu'on ne touche pas aux plus fortunés.
08:27J'aimerais qu'on ne touche pas aux entreprises,
08:29qu'on puisse ne pas réduire la dépense.
08:31Mais on a une situation qui est face à nous aujourd'hui.
08:35Et donc, qu'est-ce qu'on fait, en fait ?
08:38Là, c'est les entreprises qui payent le SMIC, ce n'est pas l'État.
08:39Est-ce qu'on choisit de redresser la barre
08:44ou est-ce qu'on choisit de laisser filer le déficit ?
08:46Là, ça reviendra avec le déficit, le SMIC,
08:47puisque c'est les entreprises qui payent si le SMIC augmente.
08:49Mais on demande des contributions à tout le monde.
08:51Et je pense que les Français, pour le coup, trouvent ça parfaitement normal.
08:55Et en même temps, on ne fait pas des promesses
08:57qu'on ne saurait pas tenir de main
08:58ou qui entraîneraient le pays dans un chaos économique.
09:01C'est aussi ça, la responsabilité.
09:02Vous savez la grande force de Michel Barnier ?
09:05C'est qu'il n'a rien à gagner, qu'il n'a rien à perdre.
09:07Michel Barnier, il a 73 ans, il aurait pu rester chez lui.
09:10Il décide de relever le gant.
09:11Il le fait, je crois, avec un style qui est à lui,
09:15qui fait du bien et il fait preuve de courage.
09:19Alors, un style qui fait du bien.
09:21Je ne suis pas sûr que Gabriel Attal,
09:22le président de groupe d'Ensemble pour la République,
09:25pense exactement la même chose.
09:26Regardez cet échange, c'était hier à l'Assemblée nationale,
09:29en fin de journée, après les discours à l'Assemblée nationale.
09:31Écoutez.
09:33Monsieur Attal, je serai très attentif à vos propositions d'économie supplémentaire.
09:41Très attentif pour faire face à un déficit
09:47que j'ai trouvé en arrivant.
09:50Sympa. Bonne ambiance, comme disent les jeunes.
09:53Vous dites, le style Barnier, c'est formidable.
09:55Vous pensez que Gabriel Attal pense la même chose ?
09:56Je pense que Michel Barnier prend le temps d'écouter
10:00et de respecter l'ensemble des groupes parlementaires.
10:03Après, on va se dire les choses.
10:05Il y a un tacle à votre bilan.
10:06Vous étiez parlementaire avant votre gouvernement.
10:08Michel Barnier dit quelque chose de très factuel.
10:10Il dit qu'il est Premier ministre depuis une vingtaine,
10:15et qu'il a à gérer une situation budgétaire.
10:18Il insiste sur le déficit qu'il a à gérer et que Gabriel Attal lui a laissé.
10:21Il propose à la famille politique dont je fais partie de faire des propositions.
10:27Je vous assure que le groupe EPR, je n'ai aucun doute là-dessus,
10:31sera amené à faire des propositions.
10:33Vous voyez bien la pique.
10:35Je vais faire un peu de langue de bois,
10:37mais là vous voyez bien que ce n'est pas un mot extrêmement sympathique de la part de Michel Barnier.
10:41Je ne vais pas commenter les échanges les uns avec les autres.
10:43Après, vous avez raison sur une chose,
10:45c'est que la colocation avec les Républicains,
10:49elle n'est pas évidente et elle n'est pas limpide.
10:53Parce qu'on a besoin, on a besoin,
10:55on a besoin d'apprendre à s'apprivoiser en fait.
10:59Vous savez, ça fait sept ans maintenant qu'on s'affronte lors des élections,
11:04qu'on a des divergences, qu'on n'est pas d'accord surtout au sein de l'Assemblée nationale.
11:07Parfois on est d'accord, parfois on n'est pas d'accord.
11:09Et donc, il y a un temps de rodage.
11:11Vous savez, je regardais, vous avez sorti un sondage, si je ne me trompe pas,
11:15je peux en parler en plateau, il est public,
11:17et là pour BFMTV,
11:19qui disait que plus d'un Français sur deux était satisfait des premiers pas de Michel Barnier
11:24et que presque neuf Français sur dix,
11:28au sein des électeurs de Renaissance et des Républicains,
11:31étaient également satisfaits des premiers pas de Michel Barnier.
11:33Ça veut dire quoi ?
11:34Ça veut dire exactement ce qu'on entend dans nos circonscriptions,
11:36à savoir que les gens veulent que ça marche et qu'on s'entende.
11:40Merci beaucoup Maude Bréjon, porte-parole du gouvernement,
11:42d'avoir été l'invité de Tout le monde veut savoir.
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