Pascal Praud revient pendant deux heures, sans concession, sur tous les sujets qui font l'actualité. Aujourd'hui, il reçoit Sonia Mabrouk à l'occasion de son nouveau livre « Et si demain tout s'inversait ».
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00:04Sonia Mabrouk est avec nous et si demain tout s'inversait, je pense que je vais éternuer.
00:10A vos souhaits Pascal.
00:12Je suis désolé, je ne peux même pas dire que ce soit à la clim parce qu'il n'y a pas de clim aujourd'hui.
00:15Mais en revanche, je suis sûr que vous allez...
00:17Parce que quand ça commence comme ça, ça se termine malgénéralement.
00:20Résistance ou allégeance, l'heure des croisades est-elle venue ?
00:24C'est un livre qui est sorti il y a quelques jours.
00:26Et le pitch, si j'ose dire, c'est que si l'Occident devait quitter ces pays pour aller là où il n'est pas attendu.
00:36Une inversion totale des flux migratoires.
00:38C'est-à-dire que demain, le migrant, le déplacé, l'exilé, c'est l'européen, c'est l'occidental.
00:44Obligé, Pascal, de traverser la Méditerranée à l'aune d'une guerre qui s'est propagée sur le continent européen
00:50et qui fait face à la douleur de l'exil, qui fait face à la vie dans les camps
00:54et qui fait face aussi aux préjugés des populations locales.
00:57Donc ce qui m'a intéressé, c'est d'inverser complètement le regard sur des thématiques que nous abordons quotidiennement.
01:02Celles de l'immigration, de l'assimilation et puis évidemment de l'appartenance à la nation.
01:07Avec ce mot assimilation d'ailleurs, qui est parfois remise en cause et qui est toujours remise en cause.
01:12Et qui était le modèle français ?
01:14Qui n'est même plus prononcé, la notion a été détricotée, elle a été totalement dévouée.
01:20Effectivement, quand vous dites que c'était le modèle français, les premiers à avoir été assimilés étaient les français eux-mêmes, les bretons, les normands.
01:26Et puis petit à petit, les antiracistes, les indigénistes se sont emparés, ont pris en otage, même si je n'aime pas cette expression,
01:33cette notion, pour en faire un concept teinté de racisme.
01:37Or, qu'est-ce qu'il y a de plus beau, me semble-t-il, que de dire à l'autre qu'il peut vous ressembler,
01:41non pas pour devenir un clone culturel, mais pour partager, je sais pas, les mêmes gloires, les mêmes héros,
01:46le même panthéon imaginaire, la même fierté d'un pays.
01:49Et j'ai voulu inverser les rôles pour montrer que de l'autre côté de la Méditerranée,
01:53ces pays-là ne s'embarrassaient pas de préjugés pour demander, parfois, à marche forcée, l'assimilation.
02:00Mais oui, à marche forcée, parce que cette assimilation ne se faisait pas sans heure, même sur le territoire de France.
02:05C'est-à-dire que c'est l'histoire française, c'est le centralisme français,
02:09mais les bretons n'étaient pas très contents lorsqu'ils ne pouvaient plus parler breton, et puis pareil pour les corses.
02:14Alors, c'était à marche forcée l'histoire de France, l'histoire de la monarchie de France,
02:20parce que c'était plus facile, sans doute, parce que ça permettait de vivre ensemble, bien évidemment,
02:24parce qu'il y avait une culture partagée, une langue partagée.
02:27Il y avait une homogénéité culturelle, une homogénéité sur le plan de la religion, de l'histoire.
02:32Aujourd'hui, nous sommes face à un défi qui est énorme, et il faut le constater,
02:35il y a un fossé de plus en plus important entre l'identité et la nationalité.
02:40Nous avons sur notre sol des individus qui sont français, parfois depuis 3 ou 4 générations,
02:45ils sont donc naturalisés, mais pas acculturés.
02:48Il me semble que c'est le problème le plus important aujourd'hui.
02:51Vous savez, Pascal, pour avoir souvent, et vous-même, on a interrogé de nombreux responsables politiques,
02:55à la question, comment vous faites aujourd'hui pour réduire ce fossé ?
02:59Parce que ces personnes sont françaises, elles sont là depuis 3-4 générations, il n'y a pas de réponse.
03:04Et je trouve que c'est abyssal.
03:06C'est-à-dire, on nous dit qu'il faut arrêter les flux migratoires.
03:08Bien, en supposant que vous y arriviez, alors que l'immigration zéro est un leurre ou un mythe,
03:13comment vous faites ?
03:14C'est une société qui est nouvelle, c'est une société multiculturelle qui se met en place,
03:18ce n'est pas le modèle français, mais on devine que déjà c'est le cas,
03:22et qu'effectivement, il n'y a pas forcément de solution.
03:25Vous avez raison, malheureusement, il n'y en a pas parce qu'on ne s'en donne pas les moyens,
03:29parce qu'on a dit, venez comme vous êtes, parce qu'on a mis de côté l'assimilation,
03:33parce qu'on est passé de l'assimilation à l'intégration, à la société inclusive,
03:37parce qu'on n'ose pas, non pas exalter une histoire,
03:40mais tout simplement prôner la préservation d'une unité culturelle.
03:43Et dans ce livre, je dis que les pays de l'autre côté de la Méditerranée,
03:46ce n'est pas du tout un modèle, parce que la manière dont ils traitent les migrants,
03:49il faut le dire, est à condamner.
03:50Mais, eh bien, il faut comprendre leur droit à vouloir rester eux-mêmes.
03:54Thierry est avec nous, et Thierry va pouvoir vous interroger.
03:57Bonjour Thierry, vous nous appelez d'où ?
03:58Bonjour Pascal, bonjour Mme Abrouk, Charente, côté d'Angoulême.
04:03Vous êtes le Thierry de Charente qui appelle régulièrement.
04:06Le fameux Thierry de Charente.
04:08Bon, peut-être une question, une analyse.
04:10D'abord, est-ce que vous écoutez souvent Sonia Mabrouk ?
04:13Oui, bien sûr.
04:14Bien sûr qu'elle est très posée en plus dans ses paroles,
04:18et c'est très instructif.
04:20Après, je ne partage pas forcément toutes ses idées.
04:22Après, c'est ce qui est normal.
04:24Bien sûr.
04:25Chacun a les siennes.
04:27Mais pour revenir au sujet du jour,
04:31pour la jeune fille qui s'est faite tuer,
04:36je n'ai pas les mots,
04:37parce que c'est toujours des faits d'hiver qui me révulsent,
04:40qui me mettent un peu hors de moi.
04:41Surtout la base du fait d'hiver,
04:43c'est la fameuse OQTF.
04:45Ça n'engage que moi ce que je vais dire.
04:47Beaucoup tirent sur la justice,
04:49mais sauf, à l'heure de ma part,
04:50et je pense que Mme Abrouk va pouvoir sûrement m'informer plus que ça,
04:53la justice, elle fait son travail.
04:55Ce qui est derrière, c'est l'application de la décision de justice qui est compliquée.
04:58Et la justice, j'ai l'impression qu'elle ressemble un peu aux mille feuilles administratives qu'on a en France.
05:02C'est-à-dire qu'un juge, il dit à cette personne,
05:04elle doit quitter le territoire français,
05:06elle va remplir le formulaire,
05:07qui va partir dans le service truc,
05:09qui doit envoyer au machin bidule,
05:12qui doit revenir,
05:13qui a précoché la bonne case,
05:15tout s'arrête et plus personne ne sait ce qu'il doit faire.
05:17Alors que le juge, à la base,
05:19il a rendu une décision de justice.
05:21Donc c'est l'application.
05:22C'est-à-dire que quelque chose qui pourrait être entre guillemets simple,
05:25c'est-à-dire la personne doit quitter le territoire français,
05:27on la met dans un avion,
05:28puis elle va dans le pays duquel elle vient.
05:30Eh ben non.
05:31Pour des raisons administratives ou qui me dépassent,
05:33ou peut-être par manque de connaissances,
05:35eh ben on sait pas.
05:36– Thierry, vous avez entièrement raison.
05:39Vous avez entièrement raison.
05:40– Et ça, ça me met hors de moi.
05:43Moi, je suis un autre pays.
05:44J'ai une obligation de payer mes impôts.
05:46Si demain je ne les paye pas,
05:47je vous garantis qu'ils ne vont pas mettre six mois pour me retrouver,
05:49pour me les faire payer.
05:50– Mais je voudrais réagir à ce que vous dites.
05:52Je crois qu'on a tous partagé l'envie de hurler
05:54quand on a d'abord appris évidemment le meurtre de Philippines,
05:56et puis les circonstances et le profil du suspect.
05:59Envie de hurler d'abord son émotion par rapport à la famille,
06:02envie de hurler sa colère par rapport aux failles.
06:05Je veux dire, c'est un fossé de ce système vérolé.
06:08Est-ce que vous permettez que je vous raconte une anecdote personnelle,
06:11parce que ça m'a renvoyée à un parcours,
06:14et sans doute je pense que beaucoup de nos auditeurs
06:17qui ont été naturalisés, qui ont eu de la nationalité,
06:19qui sont là depuis un certain temps,
06:21peut-être qu'ils ont ressenti la même chose.
06:23Je me suis posé comme tous la même question.
06:25Je me suis dit comment cet individu qui a été condamné pour viol,
06:28et qui est sous le coup d'une OQTF,
06:30a pu rester sur le sol français ?
06:32Alors vous parlez des failles,
06:33et moi je me suis dit, je me suis rappelé mon parcours,
06:35je me suis dit, pour avoir eu la...
06:37J'ai été naturalisé il y a...
06:39quinzaine d'années.
06:41Et je vous assure, ça a été un parcours
06:43du combattant et de la combattante en l'occurrence.
06:45J'étais à l'époque, je me souviens, inscrite
06:47en thèse de doctorat.
06:50C'était très compliqué d'avoir les places,
06:52elles étaient très chères pour les non-français,
06:54pour les non-européens.
06:55Et j'avais réussi, je me rappelais de l'émotion,
06:57de la fierté de ma mère.
06:59Et je...
07:01Et j'étais munie de tous mes papiers.
07:03Plus j'approchais, plus mon tour approchait,
07:05plus une angoisse m'a saisie.
07:07J'espère que j'ai tous mes papiers, je les vérifie.
07:09Frénétiquement, j'ai tout.
07:11J'ai une inscription en thèse, je me dis, pour moi c'est...
07:13entre guillemets, je me suis dit, c'est la voie royale.