00:00Avec nous, Michel Fournier, président de l'Association des maires ruraux de France.
00:09Vous êtes le maire des Voivres dans les Vosges.
00:11Merci d'être en direct dans Première Édition ce matin.
00:14Nicolas Dose nous accompagne ainsi que Néla Latrousse, chef du service politique de BFM TV.
00:19D'abord un mot, Néla, toujours pas de fumée blanche, la nuit s'est bien passée ?
00:23Toujours pas de fumée blanche, les discussions sont poursuivies jusque tard dans la nuit.
00:27Autour de qui ?
00:28Autour du nom de Michel Barnier. Alors, Michel Barnier, pour les plus jeunes, c'est un ancien ministre de gouvernement de droite.
00:35Il a été ministre de l'agriculture, de la pêche, il a été ministre des affaires européennes,
00:39il a été ministre de l'environnement, il a été commissaire européen.
00:42Quatre fois ministre, deux fois commissaire européen, négociateur du Brexit.
00:45Absolument, l'homme des négociations difficiles.
00:47Ça coche un certain nombre de cases intéressantes, ça, non ?
00:49Oui, parce que d'abord, Emmanuel Macron cherchait un profil de droite qui ne remette pas en cause son bilan.
00:54Donc, pas la réforme des retraites, pas la réforme de l'assurance-chème.
00:57Il ne remettrait pas en cause la réforme des retraites, Michel Barnier ?
00:59Disons que Michel Barnier, il a un peu moins de risques de les remettre en cause qu'une figure de gauche.
01:04Donc, disons qu'Emmanuel Macron cherchait plutôt quelqu'un de droite,
01:07parce que, aussi, les députés de droite ne veulent pas remettre en cause la réforme des retraites.
01:11Donc, de ce point de vue-là, ça coche plutôt les cases.
01:13Et puis, surtout, il correspond à peu près aux lignes rouges fixées par le Rassemblement national,
01:18puisque c'est Marine Le Pen qui peut faire chuter ou non un gouvernement.
01:23Et Michel Barnier, il n'a pas de passif avec le Rassemblement national.
01:27Pourquoi est-il donc plus compatible avec le RN que Xavier Bertrand ?
01:32D'abord, il y avait une animosité personnelle forte entre Marine Le Pen et Xavier Bertrand,
01:35qui se sont rencontrés dans des élections, notamment régionales, dans les Hauts-de-France.
01:39Et puis, Xavier Bertrand ne mâche pas ses mots vis-à-vis du Rassemblement national, l'inverse est vrai.
01:43Marine Le Pen a dit que ce serait une insulte envers nos 11 millions d'électeurs si jamais Xavier Bertrand était nommé.
01:47Ce n'est pas du tout le cas avec Michel Barnier, il n'y a pas d'historique,
01:51il n'y a pas d'enjeu géographique sur une terre d'élections.
01:55Et puis, attention, Michel Barnier avait par ailleurs radicalisé son discours.
01:59Il a un profil centriste un peu modéré.
02:01Lors de la dernière primaire LR pour désigner le candidat à l'Élysée, c'était en 2021.
02:05Sur quel sujet ?
02:06Immigration.
02:07Alors, justement, permettez qu'on réécoute, justement, ce qu'il disait à cette époque-là.
02:11D'abord, il faut donner le signal que le monde entier n'est pas le bienvenu chez nous,
02:16qu'il y a des règles à respecter.
02:17Bien sûr, nous avons toujours le souci d'accueillir des étudiants.
02:21Nous continuerons de protéger des personnes qui sont menacées au titre du droit d'asile,
02:26mais pour le reste, nous devons pouvoir choisir,
02:28et ce sera d'ailleurs l'objet d'une des questions du référendum proposé aux Français,
02:33si je suis élu, que le Parlement puisse décider chaque année des quotas de personnes
02:38au titre de l'immigration choisie que nous voulons accueillir chez nous.
02:41Si je suis élu à l'époque, évidemment, président de la République,
02:43c'était dans la course à l'investiture républicaine.
02:46Il avait perdu, mais il avait aussi marqué les esprits avec des propositions, par exemple,
02:50de déroger certains engagements européens,
02:52certaines décisions de la Cour de justice européenne ou de la CEDH,
02:56de la Cour européenne des droits de l'homme, pardon.
02:58Donc, ça le rendrait plutôt compatible.
03:00Les cadres du RN aujourd'hui disent qu'il ne faut pas qu'ils méprisent le Rassemblement national
03:04et il faut évidemment qu'ils soient fermes sur l'immigration.
03:07Donc, c'est le RN qui choisit le Premier ministre ?
03:09Donc, c'est le RN qui, par défaut, peut dire qu'il y a droit de vie ou de mort, en fait,
03:13sur le futur gouvernement.
03:14Et de ce point de vue-là, Emmanuel Macron, il y a une partie de son camp qui lui dit
03:18« Mais attends, on n'a pas pu faire le front républicain pour aujourd'hui être dans la main du RN. »
03:21Alors que les mêmes ont tout fait pour empêcher le RN.
03:24Au moment de l'élection.
03:25On est d'accord.
03:26Et une partie de ces troupes qui le lui disent, lui, est plutôt sur une ligne pragmatique
03:30de faire durer le gouvernement le plus longtemps possible.
03:33Bon, Michel Barnier, Xavier Bertrand, Bernard Cazeneuve.
03:36C'est un Michel Fournier, président de l'Association des maires ruraux de France
03:39et maire des Voivres dans les Vosges.
03:40Vous en parle, vos habitants, de ce feuilleton sans fin du Premier ministre ?
03:46Oui, bonjour à vous.
03:48Oui, pourquoi pas Michel Fournier ?
03:51Pourquoi pas ?
03:53Il a l'humour.
03:54On a dit Michel Barnier, pas Fournier.
03:57Oui, j'ai bien compris, j'ai bien compris.
03:59Mais je dis cela parce que c'est une plaisanterie, certes.
04:04Mais il est vrai aussi qu'il faut un Premier ministre qui puisse rassembler parce que ce
04:12qu'attendent les gens chez nous, en fait, ils s'en fichent un peu du nom du Premier
04:17ministre.
04:18Je vous le dis.
04:19Ce n'est pas cela qui les intéresse.
04:20Ce qui les intéresse, c'est qu'enfin, le Parlement se montre un peu plus majeur et
04:27se dise, aujourd'hui, on est dans une situation difficile.
04:30Eh bien, nous devons au moins nous rassembler sur certains points et notamment sur des
04:35services qui ne sont plus d'actualité dans des territoires ruraux comme les nôtres,
04:40notamment la santé.
04:41Et c'est ça, les premières préoccupations des gens chez nous.
04:45Ce n'est pas forcément cette cuisine un peu politicienne qui, finalement, intéresse
04:55un peu, comme quand on s'intéresse, vous savez, à ce qui peut se passer dans la principauté
05:02de Monaco ou chez le roi d'Angleterre.
05:06Voilà.
05:07C'est intéressant ce que vous nous dites, M. Fournier, parce que ça nous ramène, en
05:11fait, aux préoccupations quotidiennes que tout le monde a un peu oubliées, évidemment,
05:16depuis deux mois.
05:17Mais très concrètement, est-ce qu'il y a, par exemple, chez vous, des projets qui n'avancent
05:21plus parce qu'on gère les affaires courantes dans les ministères ?
05:25Vous savez, j'ai une fonction nationale et dans cette fonction nationale, pratiquement
05:30toutes les semaines, j'étais à la rencontre d'un ministre ou de plusieurs ministres.
05:34Aujourd'hui, ce n'est plus le cas depuis les fameux 50 jours.
05:38Et pourtant, on a des dossiers qui sont chauds.
05:41En ce qui concerne ce que nous représentons, les maires ruraux, plus de 13 000 communes
05:45rurales adhérentes à notre association, c'est le statut de l'élu, la réforme du
05:50statut de l'élu, la réforme du système électoral en vue de 2026 pour les élections
05:58communales, pour les communes de moins de 1 000 habitants, etc.
06:02La parité.
06:03On est dans beaucoup de dossiers qui doivent se conclure cette année.
06:10Sinon, la Constitution ne le permet plus.
06:15Et tout ça était prêt.
06:17La dissolution pour nous, c'était aussi ce choc-là, parce que les planètes étaient
06:24un peu alignées entre le Sénat et l'Assemblée et on allait obtenir, effectivement, satisfaction
06:30par rapport à ce besoin-là.
06:32Autre chose, on parle, ce fameux ministre qui vient d'évoquer les dépenses des collectivités,
06:42quand c'est comme ça, il faut balayer devant sa porte, parce que ça, il faut être gonflé
06:46quand même pour faire ce genre d'annonce comme quoi les collectivités, c'est elles
06:51qui participent aux déficits, là, il faut être gonflé.
06:54Mais dans ce cadre-là, nous avons, nous, une notion d'espace que nous défendons et
07:01cette notion d'espace, elle donne droit à une valorisation des territoires que nous
07:06représentons.
07:07C'est 88 % du territoire français et c'est quand même 23 % de la population.
07:13Donc, ce qu'on comprend, et Naila Latrousse, hier, a dressé la liste des dossiers en
07:17suspens pour nous du côté des ministères, mais les entreprises aussi, Nicolas Doze,
07:22sont confrontées à une forme d'impatience parce que plus rien ne bouge depuis deux mois.
07:27Quand vous n'avez plus de visibilité, vous faites pause.
07:29Alors, effectivement, ce à quoi on assiste, c'est qu'aujourd'hui, tous les projets
07:33sont soit abandonnés, soit sur pause.
07:35Donnez quelques exemples.
07:37Je n'ai pas d'exemple, là, tout de suite.
07:39Si il y a eu des projets d'usines qui ont été mis sur pause, je n'ai pas des noms,
07:43là, en tête, à vous donner.
07:44J'avais surtout regardé les textes de loi qui étaient sur pause et le Medef considère
07:48qu'on est en train de perdre un trimestre d'activité.
07:50Voilà, c'est à peu près ça.
07:51Il ne faut pas que ça dure trop longtemps parce qu'à un moment, si vous n'investissez
07:53plus, il n'y a plus de croissance et quand il n'y a plus de croissance, ça finira par
07:55avoir des conséquences sur l'emploi.
07:57Ça, c'est l'avis des entreprises.
07:58Après, sur le terrain législatif, il y avait quand même, on va dire, les trois grands
08:02textes très attendus qui n'existent plus.
08:05C'est la crise la plus aiguë que nous avons.
08:10J'ai l'impression qu'ils ne font pas une rentrée très joyeuse, les agriculteurs, et on attendait
08:14le choc de simplification qui ne verra pas le jour.
08:16Sans compter que ça, c'est à l'arrêt et on s'apprête peut-être à faire marche arrière
08:20cette fois-ci sur les retraites et la fameuse réforme de l'assurance-chômage qui est partie
08:23dans les limbes également.
08:25Pourquoi on parle d'un trimestre à l'arrêt ? Parce que ça correspond au chiffre des
08:28100 jours que l'on met.
08:29Les 100 jours au ralenti, ça correspond aux 50 jours qu'il y a entre la dissolution et
08:33aujourd'hui.
08:34Mais souvenez-vous qu'avant cela, enfin plutôt à la démission du gouvernement et aujourd'hui,
08:37mais avant cela, il y avait la période de réserve, il y avait les européennes, on
08:39les a un peu oubliées.
08:40Et en fait, ça fait depuis le 27 mai, depuis le début de la période de réserve, que la
08:45France tourne au ralenti 100 jours un trimestre.
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