00:00La France n'a toujours pas de gouvernement.
00:02Une situation qui dure depuis un temps bientôt record pour notre pays,
00:05puisque le dernier plus long gouvernement démissionnaire
00:08a duré 38 jours en 1953 sous la 4e République.
00:12Ça vous paraît long ? Trop long peut-être ?
00:15Mais relativisez et pensez plutôt au Belge,
00:18médaille d'or en la matière, avec 541 jours de crise politique.
00:23On vous raconte.
00:24Un gouvernement d'affaires courantes, la Belgique connaît bien.
00:27Dans son histoire récente,
00:28elle a plusieurs fois dépassé les 100 jours sans nouveau gouvernement nommé,
00:32avec en attendant un gouvernement démissionnaire,
00:35chargé de tenir les rênes du pays et de s'occuper du quotidien,
00:38en attendant ses remplaçants.
00:40Mais en 2010, la Belgique connaît une crise d'une durée inédite
00:43qu'aucun pays au monde n'a égalée.
00:45A l'époque, les tensions entre les partis politiques flamands et wallons
00:48sont à leur comble,
00:50au point que la coalition gouvernementale vole en éclats
00:52avec le départ du parti flamand Open VLD.
00:55Le premier ministre Yves Leterme se retrouve donc sans majorité parlementaire
00:59et remet sa démission au roi Albert II,
01:02qu'il accepte le 22 avril 2010,
01:04avant de convoquer des élections législatives anticipées pour le 13 juin.
01:08Le gouvernement d'Yves Leterme se met donc en affaires courantes,
01:11sans savoir qu'il est encore loin de faire ses cartons.
01:14En effet, les résultats des élections législatives
01:17fracturent un peu plus le paysage politique belge.
01:20En Flandre, c'est le parti nationaliste, le NVA de Bart de Wever, qui l'emporte.
01:25En Wallonie, c'est le parti socialiste d'Elio Di Rupo qui est vainqueur.
01:29Flamands, bruxellois et wallons,
01:33nous devons avoir le courage de conclure un accord équilibré.
01:38La Belgique est coutumière des compromis et des coalitions gouvernementales.
01:42Mais cette fois-ci, tout accord semble impossible
01:44entre deux partis aux idées diamétralement opposées.
01:47Très vite, les négociations échouent
01:49et le risque d'éclatement de la Belgique devient réel.
01:52Les Belges ne savent plus quoi faire pour dénoncer le statu quo.
02:00L'acteur Benoît Polvord appelle les Belges à ne plus se raser.
02:04Une sénatrice décrète une grève du sexe.
02:07Et artistes et étudiants lancent la Révolution des frites,
02:10un mouvement qui consiste en gros à manger des frites
02:12et boire de la bière pour promouvoir l'unité du pays.
02:15Mais les électeurs en ont ras-le-bol, et le roi Albert II aussi.
02:19J'aurais aimé me réjouir avec vous de la prestation de serment
02:25d'un nouveau gouvernement fédéral de plein exercice.
02:33Nous n'en sommes hélas pas là, et je le déplore.
02:40Le souverain tente de trouver une solution en nommant des médiateurs,
02:44mais les jours passent et la crise est si longue
02:46que le gouvernement d'Yves Le Therme se retrouve à gérer
02:49bien plus que les affaires courantes.
02:51Pendant les 541 jours de vacances du pouvoir, le budget 2011 est bouclé,
02:55la Belgique prend la présidence du Conseil de l'Union Européenne,
02:58et le pays se décide même à prendre part à la guerre en Libye.
03:02Finalement, le 6 décembre 2011, un accord gouvernemental est trouvé,
03:06sans le parti nationaliste flamand qui a quitté les négociations,
03:09et c'est le socialiste Elio Di Rupo qui devient Premier ministre.
03:13L'unité de la Belgique est préservée,
03:15mais l'épisode laisse des traces, ce qui n'empêchera pas le pays
03:18de retomber dans une situation similaire.
03:20En décembre 2018, c'est le Premier ministre libéral
03:23et conservateur Charles Michel qui démissionne,
03:25mais il reste aux manettes de son gouvernement démissionnaire
03:28pendant 493 jours.
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