00:00Et avec nous en studio ce matin, Arnaud et Jean-Marie Larieux, bonjour à tous les deux.
00:09Bonjour.
00:10Votre nouveau film « Le roman de Jim » sort en salle demain, adapté du livre du même
00:14nom de Pierrick Bailly aux éditions POL, avec au casting notamment Karim Leclou, Laetitia
00:19Doche, Sarah Giraudot ou encore Bertrand Belin.
00:22Alors c'est une histoire de paternité, de paternité disputée, je vais essayer de la
00:26résumer en quelques mots.
00:28Aymeric, le personnage principal, retrouve une ancienne connaissance, Florence, alors
00:32qu'elle est enceinte de 6 mois, à la naissance de son fils Jim, il en devient le père de
00:37substitution.
00:38Tout se passe pour le mieux, jusqu'à ce que le vrai père, le père biologique, débarque
00:43des années plus tard, et à partir de là, tout va doucement mais sûrement se détraquer.
00:48Est-ce qu'on peut le dire comme ça ? Doucement mais sûrement ?
00:51Doucement, se détraquer, oui, c'est très bien, mais disputer sans violence, c'est
00:57quand même l'originalité du roman et du film.
00:59On va y revenir, justement, sur cette douceur entre guillemets qui transparaît dans le film,
01:04c'est une chronique familiale sur plusieurs décennies, on voit cet enfant grandir jusqu'à
01:07devenir un jeune homme, et à travers son histoire, un grand questionnement, c'est
01:12quoi être père finalement ? Arnaud Larieu ?
01:16Oui, être père c'est ne pas l'être, par contre c'est créer un lien avec une
01:22personne qui s'appelle un enfant, c'était ça l'intérêt du sujet, c'est-à-dire
01:26de se dire, tiens, rassemblons quelqu'un qui va adopter un enfant, mais sans le dire
01:35ni à l'enfant ni à lui-même, et ça crée un lien qui s'appelle la paternité, et
01:39la paternité c'est ça, et c'est pas autre chose.
01:41Pas forcément parce qu'on a semé la petite graine.
01:44Exactement.
01:45Oui, on ne n'est pas père, on le devient, et puis au fond, est-ce que tout père doit
01:50pas adopter l'enfant qui arrive ? On pourrait peut-être le dire des mères, mais bon, le
01:55sujet du film c'est la paternité.
01:57C'est donc une adaptation je le disais d'un livre sorti en 2021 signé Pierrick Bailly,
02:03l'initiative elle est venue de qui ? De lui je crois, c'est lui qui vous contacte ?
02:07Ou via la maison d'édition P.O.L, oui, un jour on nous a envoyé le livre, je ne sais
02:13plus si c'était par mail ou par papier, et puis on a compris ensuite que c'était
02:17Pierrick qui avait fait une liste de réalisateurs possibles, et on était en tête parce qu'il
02:22connaissait nos films.
02:23Et qu'est-ce qui vous attire à ce moment-là dans cet ouvrage ? Parce que j'ai lu que
02:26vous aviez dit qu'a priori la paternité traitée comme un sujet de société, ce n'est
02:30pas pour nous.
02:31A priori, oui, on n'est pas sociologues, non, c'est la manière dont les personnages
02:36étaient traités, on aime beaucoup comment ils avancent à vue, ils ne calculent pas,
02:40ils n'ont pas des projets, et il nous semblait que c'était un réalisme qu'on aime beaucoup
02:45qu'on retrouve, on avance tous à vue dans nos vies, et ce livre touche la manière de
02:53voir les personnages.
02:54Et puis ça se déroule sur 25 ans, donc c'est un roman romanesque, ce qui n'est pas si
03:00évident que ça.
03:01Nous, c'est ce qui nous a plu, c'est-à-dire, nous, au niveau de la forme, on avait fait
03:06une comédie musicale, on avait fait un polar, on avait fait… Et là, le romanesque, vraiment,
03:12ça nous a attirés.
03:13C'est-à-dire les ellipses, 25 ans qui passent, et je pense que l'émotion vient de ça
03:17en réalité dans le film, plus que le sujet de la paternité.
03:21Vous vous aventurez aussi pour la première fois dans le mélodrame, vers le mélodrame.
03:25Oui, du coup, le mélodrame, c'est-à-dire, il y a un attachement et un arrachement, et
03:29tout ça sur 25 ans.
03:30Alors, on ne dira pas la fin, parce que ça finit…
03:32Non.
03:33Et puis, c'est vrai, aussi, il y avait le portrait d'un garçon, d'un homme dont
03:38il était peut-être aussi tendre de le faire apparaître dans les écrans, dans les représentations.
03:43Un peu un anti-héros, si je puis dire, ce personnage incarné par Karim Leclou, parce
03:47que c'est un gentil, qu'on pourrait même qualifier de manière un peu négative, mais
03:52c'est injuste, de passif face à ce qui lui arrive.
03:55Il ne se révolte pas, vous le dites, c'est une histoire d'arrachement, donc il s'est
03:58attaché à cet enfant qui n'est pas le sien, mais dont il est devenu le père, et
04:02on lui arrache cet enfant, et il ne réagit jamais violemment.
04:05Oui, mais vous l'avez dit, comme si la définition du héros, c'était celui qui réagissait
04:10avec violence.
04:11Or, là aussi, je pense, dans nos vies, on passe beaucoup plus de temps à encaisser
04:14des coups, des situations, que de réagir comme la représentation le fait d'ailleurs.
04:20C'est pas dans la vie, heureusement, je pense que...
04:22Oui, on ne réagit pas tous en cassant des assiettes.
04:25Voilà, et ça c'était très intéressant, c'était très bien développé dans le livre.
04:30Après, il fallait l'incarner, et ça c'est la rencontre avec Karim Leclou.
04:34Avec Karim Leclou, qui est bouleversant, qui est vraiment impressionnant de justesse dans
04:36votre film.
04:37Les gentils au cinéma, à Nolaryoi, n'ont pas assez la cote ? Vous voulez les réhabiliter
04:41avec ce film ?
04:42Non, il y a une tradition quand même, surtout dans le cinéma américain.
04:46J'ai pas tous les titres qui me sortent tout de suite, il y a une photo ce matin, mais
04:51non, c'est une vraie tradition.
04:52Mais en général, c'est le personnage qui se fait avoir, mais qui gagne toujours à
04:56la fin.
04:57Puisque le but, c'est que le spectateur s'identifie à quelque chose, et le gentil, en nous, on
05:01l'a.
05:02Après, qu'est-ce que la fiction, qu'est-ce que la dramaturgie lui fait vivre ? Mais on
05:06est capable de s'identifier aussi à des gentils.
05:08Jack Lemmon, c'est Jack Lemmon qui nous vient comme ça.
05:11Il y en a eu, il y en a eu.
05:12On va entendre un petit avant-goût, un tout petit avant-goût extrait de la bande-annonce
05:17du roman de Jim qui sort en salle demain.
05:18Je l'aime beaucoup, tu m'entends ?
05:20T'es gentil.
05:21Qui va s'en occuper de l'oustique ?
05:23Bah, moi, avec celui qui sera là quand il sortira.
05:26Pourquoi t'appelles même non que maman et moi ?
05:28On a décidé de pas faire comme tout le monde.
05:30Bonsoir.
05:31C'est Christophe.
05:32Attention.
05:33Il faut laisser la possibilité à Christophe de faire connaissance avec son fils.
05:36Son fils ?
05:37Il va falloir que j'appelle aussi papa, Christophe ?
05:40Non, t'es obligé à rien.
05:42Allô ?
05:43C'est toi mon vrai papa.
05:47C'est un film très émouvant, mais plutôt réaliste.
05:50En tout cas, plus ancré dans le réel que vos films précédents.
05:54Qui étaient plutôt dans la fiction, voire l'hyper-fiction.
05:57Pourquoi cette fois, vous vous êtes dit, Banco, on tente le coup sur un sujet, on le
06:01disait, un peu sociétal aussi ?
06:03Le livre nous portait ?
06:05C'est vrai que le fait...
06:07C'est comme si l'écrivain nous avait...
06:09Mais ça n'arrive qu'une fois, ça n'arrive pas tout le temps.
06:12On avait l'impression qu'il nous avait passé commande.
06:15Il savait plus que nous que c'était nous.
06:18Non mais sur ce sujet-là...
06:21D'ailleurs, il nous en racontait, il l'a écrit lui parce qu'il en avait assez.
06:25Ses amis lui disaient, on sait bien ce que t'écris, mais on aimerait bien comprendre
06:28un peu tes histoires.
06:29Et c'est comme ça qu'il s'est lancé dans le roman des Jim.
06:32Il nous arrive un peu la même chose en réalité.
06:34On s'est dit, peut-être que là, on va être bien compris.
06:36Rien de mieux qu'une bonne histoire familiale complexe.
06:39Peut-être, mais qui est pleine de nuances.
06:41Encore une fois, c'est un réalisme qu'on aime beaucoup.
06:43Les ouvriers remontent le soir à la montagne.
06:45Ils ne sont pas violents, ils ne sont pas alcooliques.
06:47Ils tombent amoureux de profs qui aiment l'électro.
06:50C'est une espèce de réalité pure.
06:52Et cette douceur, toujours dans le film, douceur aussi des décors.
06:55Je voudrais qu'on dise un mot des paysages du Jura.
06:58Qui sont magnifiques, sublimés dans votre film.
07:00Ça, c'était une évidence pour vous de tourner là où l'écrivain,
07:03lui-même, Pierre-Yves Bailly, avait campé son histoire
07:05dans le Haut-Jura, autour de Saint-Claude.
07:07Oui, tout à fait.
07:09Les premières fois qu'on s'est rencontrés,
07:11évidemment, il pensait qu'on allait délocaliser ça
07:13dans nos Pyrénées.
07:15Entre guillemets, parce que c'est pas du tout nos Pyrénées
07:17et on voyage beaucoup.
07:19Et on lui a dit, non, non, pas du tout.
07:21Ce qui nous intéresse, c'est d'aller dans le Jura,
07:23là où tout ce qui est décrit dans le roman
07:25et tous les premiers repérages, on les a fait avec lui.
07:27C'est-à-dire qu'en réalité,
07:29tout ce qu'on voit, c'est les décors du roman.
07:32Mais peut-être qu'il faut rappeler que la montagne,
07:34plus globalement, dans vos films,
07:36c'est quasiment indispensable
07:38voir un personnage du film.
07:40Les Pyrénées, votre région de Lourdes,
07:42il y a eu les Alpes aussi.
07:44Disons que c'est un paysage
07:46qu'on aime filmer
07:48avec des acteurs au milieu, qu'on délocalise
07:50plus souvent.
07:52Mais il y a aussi une géographie précise
07:54et dans le Jura, justement,
07:56c'est des endroits où il y a eu
07:58une industrie, parce que là,
08:00il y a l'industrie,
08:02mais les gens peuvent faire
08:04des allers-retours entre la montagne,
08:06les usines en bas,
08:08les fermes au milieu.
08:10C'est toute une sociologie particulière
08:12et dont le livre parle très bien.
08:14Vous avez l'habitude de tout faire ensemble.
08:16C'est un peu votre marque de fabrique,
08:18de l'écriture jusqu'à la promo.
08:20Sauf les vacances.
08:22Heureusement, je parlais d'un point de vue professionnel.
08:24On s'est mis à dire
08:26les frères Larrieux, comme on a dit,
08:28les frères Dardenne. Deux frères qui font un film
08:30sur deux paires.
08:32Il n'y a peut-être pas de hasard.
08:36Oui, on a fini par
08:38on dit qu'on
08:40continue à travailler ensemble
08:42parce que précisément,
08:44on n'est plus dans la fusion
08:46fraternelle liée au lien du sang
08:48mais parce qu'on a appris à devenir collègues.
08:50Karim Leclou, il a trouvé ça très mignon
08:52sur le plateau de tournage.
08:54Il l'a dit à des confrères journalistes
08:57que vous mangez ensemble le midi
08:59mais que ce n'était pas du tout excluant pour les autres.
09:01Arnaud Larrieux.
09:03C'est vrai, on est côte à côte.
09:05Parce qu'on a des petits trucs à se dire.
09:07On a parté.
09:09Ça se passe à la cantine.
09:11Votre film, il sort dans un contexte
09:13un peu particulier, au cœur de la torpeur
09:15estivale, juste après les JO.
09:17Est-ce que ça vous fait peur, ce calendrier de sortie ?
09:19Écoutez,
09:21on fait confiance aux gens qui ont décidé de cette date
09:23et qui ont investi de l'argent.
09:25Merci à Pyramid Distribution.
09:27Donc c'est eux qui prennent un risque financier.
09:29C'est eux qui choisissent la date.
09:31Donc on leur fait confiance.
09:33Je pense qu'ils attendent un peu.
09:35Il y a eu la sélection à Cannes,
09:37les premières avant-premières.
09:39Ils attendent de voir comment ça se passe un peu,
09:41comment ça réagit avec le public,
09:43pour vraiment décider la date.
09:45Et là, ils se sont lancés sur le 14 août.
09:47Pour revenir en salle de cinéma,
09:49franchement, je pense
09:51que c'est le bon film.
09:53C'est surtout le bon film.
09:55On rigolait hier soir à l'avant-première,
09:57on se disait quelles seraient les épreuves
09:59de JO dans laquelle
10:01le clou brillerait.
10:03Parce qu'il en passe des épreuves.
10:05Il en passe beaucoup, beaucoup, beaucoup.
10:07C'est l'épreuve de l'échelle.
10:09Et il y a une fameuse épreuve de l'échelle en plein vide.
10:11À la fin du film,
10:13dans une Via Ferrata,
10:15au-dessus d'un lac,
10:17paysage magnifique en effet.
10:19Et il s'en sort plutôt bien.
10:21Mais on n'en dira pas plus.
10:23À propos des JO, je ne sais pas si vous avez suivi ces jeux,
10:25en tant que spectateur.
10:27Quel regard on peut avoir en tant que cinéaste
10:29sur cette quinzaine qui était aussi pleine
10:31d'images fortes, qui étaient très esthétiques.
10:33En termes d'images,
10:35que ce soit la cérémonie d'ouverture,
10:37que ce soit les sites, des jeux.
10:39Est-ce que c'était des jeux artistiques ?
10:41On a une petite remarque,
10:43mais on ne veut pas se mêler.
10:45Les épreuves sportives,
10:47il y a une longue expérience des gens qui les filment.
10:49Il y a toujours des très beaux moments.
10:51Ce qui était plus compliqué,
10:53c'est la cérémonie d'ouverture.
10:55C'est-à-dire la hauteur.
10:57Il a manqué un peu de cinéma
10:59pour filmer ce qui était mis
11:01en scène.
11:03Il y avait une difficulté supplémentaire.
11:05Je pense qu'il aurait fallu peut-être une sorte d'intervenant.
11:07Mais Dieu sait que c'est compliqué.
11:09En même temps, il y avait un mélange des genres
11:11qu'on aime bien.
11:13Après le sport, ce qui est fascinant,
11:15même par rapport au cinéma,
11:17on écrit des scénarios, on fait des découpages.
11:19Des centaines de gens se mettent autour d'un truc.
11:21Le sport, c'est ça.
11:23Il y a des lignes partout.
11:25Il y a des chronomètres de tous les côtés.
11:27Pendant 4 secondes, il se passe de l'inattendu.
11:29Je pense que c'est ça que les gens adorent.
11:31En réalité, on ne sait pas ce qui va se passer.
11:33Il y a des règles gigantesques, mais on ne sait pas ce qui va se passer.
11:35Merci beaucoup à tous les deux.
11:37Le roman de Jim tiré du livre de Pierrick Bailly
11:39est en salle demain.
11:41C'est un film France Inter qu'on vous recommande chaudement
11:43pour revenir au cinéma.
11:45Après, Légio, Arnaud, Jean-Marie Larieux.
11:47Merci à tous les deux.
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