00:00Petit à petit, le sujet de la Syrie est vraiment délaissé, comme si une guerre en chassait une autre.
00:04Le premier invisible qui m'a intéressé, c'est évidemment cette histoire de Syriens qui luttent pour la justice internationale.
00:11Je commence à entendre parler de chasseurs de preuves, qui sont donc des Syriens en Syrie,
00:16qui, dans l'idée qu'un jour il puisse y avoir une question de justice, locale ou internationale,
00:21se disent qu'il faut collecter des preuves qu'il y a eu de la torture.
00:24Donc ils essaient de garder des photos, des témoignages de fossoyeurs, des témoignages de gens qui sont passés par les prisons,
00:31pour prouver que Bachar el-Assad a bien utilisé la torture contre son propre peuple.
00:34Au-delà de ça, le film c'est aussi le portrait d'un homme, le portrait d'Amid,
00:38et j'avais envie de raconter à travers lui un autre invisible, c'est-à-dire celui du trauma.
00:42Une fois qu'on est arrivé dans le pays visé, soit la France, l'Angleterre, l'Allemagne,
00:48en fait on transporte en soi des traumas dont on met des mois ou des années à se remettre.
00:53Et donc il y a toujours une injonction de « mais regarde ici, on va t'aider, il va y avoir de l'argent, de la possibilité de travailler, une possibilité de vie meilleure. »
01:00Mais en fait quand ces traumas ne sont pas écoutés, soignés, aidés,
01:05et bien malgré tout, ces exilés transportent en eux, on appelle ça la mémoire de la douleur, des espèces de nébuleuses de nerfs,
01:11qui fait qu'un son, une situation, un mot, redéclenchent immédiatement un trauma,
01:19c'est-à-dire toutes les images absolument insoutenables auxquelles ces gens ont été confrontés,
01:24que ce soit encore une fois des deuils dans le pays d'origine ou la dureté de la violence de la route.
01:30J'ai voulu m'emparer de ça pour raconter à quel point l'arrivée dans un pays n'est pas la fin de toutes les problématiques.
01:37Et c'est aussi ce qui m'intéresse, c'est de pouvoir raconter à quel point ce n'est pas une histoire qui ne se passe que dans le lointain,
01:41mais qu'on est tous partie prenante dans le fond de cette histoire.
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