00:00L'édito politique sur Europe 1 avec Le Figaro, bonjour Vincent Trémolet de Villers.
00:04Bonjour Dimitri, bonjour Anissa, bonjour à tous.
00:06Alors Vincent, vous avez regardé le long clip intitulé « Non pas sa rane »
00:09qui réunit pendant plus de dix minutes des rappeurs qui chantent contre le Rassemblement National.
00:15Avant de vous donner la parole, Vincent, on va en écouter un très court extrait.
00:18CROP LE RASSEMBLEMENT !
00:19Un pays de facettes, le revers de la médaille sur toute la longueur de la ascède.
00:23Faut qu'on rembobine la cassette, la menace vient droit des cités.
00:27Ma gueule, on vote contre les poches.
00:29Un crap très agressif, très violent.
00:31Que nous révèle, Vincent, cette « initiative citoyenne » ?
00:35Il n'a rien de citoyen ce clip, c'est l'exact contraire, c'est l'école de la haine.
00:40On y trouve tous les éléments qui mènent au pire.
00:43L'appel au meurtre d'abord, « Jordan t'es mort », chantent les rappeurs.
00:46Mais aussi, « Si les faches passent, je vais sortir avec un big calibre ».
00:51L'appel au viol, avec cette injonction, « Baise la mer à Bardella ».
00:55La laideur misogyne, puisque les chanteurs s'en prennent,
00:58ajouvent les guillemets « Marine et Marion, c'est chienne en rute ».
01:00Dans ce clip, le complotisme est décomplexé,
01:03on entend que tout est de la faute des francs maçons,
01:05qui se nourrissent de sang, entre guillemets.
01:07On y trouve aussi la forme antisioniste de l'antisémitisme.
01:12Les chanteurs s'en prennent à « Chetaniaou » comprendre Netaniaou,
01:15et veulent une Palestine distille de la Seine au Jourdain.
01:18Le tout dans un imaginaire limité au cannabis,
01:20à l'équipe de France de foot et aux rodéos dans les cités.
01:23On notera aussi, au milieu de cette chanson,
01:26un appel à voter Nouveau Front Populaire,
01:28qui devrait faire honte à cette coalition.
01:30Dans une démocratie normale,
01:32l'intégralité du personnel politique s'élèverait contre ce torrent de haine.
01:36Mais sur le site de France Info,
01:37on nous explique que les rappeurs posent les rimes
01:40et multiplient les punchlines.
01:42On attend le sociologue tout juste réveillé de nuit debout,
01:44qui viendra comparer cette chose avec le gorille de Brassens,
01:47ou l'inoubliable où est-ce que j'ai mis mon flingue de Renault.
01:50Mais comparer ces borborygmes à Brassens et à Renault,
01:52c'est confondre la poubelle d'un McDo
01:54et le déjeuner sur l'herbe de Claude Monet.
01:56Il y a une tradition de la chanson anti-RN,
02:00il y avait la chanson anti-FN avant,
02:01c'est vieux comme le Front National tout ça.
02:03Eh bien on dira que même l'anti-l'eupénisme en chanson,
02:06c'était mieux avant.
02:08Les Beruriers Noirs, la Manonégra, Noir Désir,
02:09les Fatals Picards, on aimait ou pas,
02:11moi j'aimais bien certaines choses,
02:13mais en tout cas c'était audible.
02:14Ce morceau de rap, c'est une torture pour les oreilles,
02:18et il est une preuve supplémentaire
02:19que l'antifascisme est devenu complètement fou.
02:22La lutte contre le RN
02:24autorise celui qui l'amène à s'affranchir
02:25de toutes les règles qui font une société,
02:28le travail, la rigueur, la loyauté, la civilité.
02:31On le voit d'ailleurs dans la valse des désistements
02:33et des ralliements auxquels on assiste.
02:35Une candidate s'insoumise,
02:36le parti anti-flics se retire
02:38pour permettre l'élection de Gérald Darmanin,
02:40le ministre des flics.
02:42On le voit aussi dans un certain traitement médiatique
02:44du phénomène RN.
02:45Plutôt que de chercher les causes
02:47de la progression insensée de ce parti en quelques années,
02:50on fait la liste des coupables
02:52qui refusent de nier les défis de l'immigration
02:56ou de l'insécurité.
02:57Au Danemark, les sociodémocrates
02:58se sont attaqués aux problèmes de l'immigration,
03:00et le parti équivalent du RN est passé de 20% à 2%.
03:04En France, on a nié les problèmes d'immigration
03:07et le RN est aux portes du pouvoir.
03:09Cela devrait faire réfléchir nos ligues de citoyens vigilants,
03:12mais dans ces moments comme celui nous vivons,
03:14la réflexion elle-même est suspecte,
03:16c'est la pulsion émotive qui emporte tout,
03:19c'est l'exact inverse de la délibération démocratique.
03:21Ce morceau de rap comme les appels de célébrités,
03:25cela montre quand même que le RN est encore très mal accepté
03:27par une partie de la population, Vincent.
03:29Oui, mais c'est aussi le signe, il me semble,
03:31de la fracture grandissante entre deux Frances
03:33qui ne se comprennent pas,
03:34et pire encore, qui ne se connaissent pas.
03:36Ce morceau de rap, ce n'est pas seulement une insulte
03:38pour les représentants du RN,
03:40c'est une insulte, un crachat même,
03:42sur les millions d'électeurs qui ont choisi
03:43de soutenir le mouvement de Marine Le Pen.
03:45Cette technique de la diabolisation,
03:47de l'invectif, de la menace,
03:48n'est pas seulement honteuse,
03:50elle est contre-productive.
03:52La diabolisation, ce n'est pas une digue
03:55contre le RN,
03:57mais c'est le marche-pied qui va lui permettre
03:59d'accéder au pouvoir.
04:00Si Jordan Bardella, dimanche soir,
04:01a la majorité absolue,
04:03les rappeurs de Nopasaran
04:04n'y auront pas été pour rien.
04:05Voilà, il précise que les revenus générés
04:08par ce morceau seront reversés
04:10à la Fondation Abbé Pierre.
04:12À des belles âmes.
04:13Merci beaucoup Vincent Trémolet de Villers,
04:15l'édito politique sur Europe 1.
04:16Et je signale la une du Figaro ce matin,
04:18qui est une question.
04:19Les électeurs appliqueront-ils
04:20les consignes de vote contre le RN ?
04:22Vous mentionnez les 200 désistements
04:25dans le camp de la gauche et du camp macroniste.
04:27Reste à voir si ces consignes seront
04:29suivies sur le terrain dimanche prochain.
04:30Merci beaucoup Vincent, bonne journée.
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