00:00On va soumettre un cas concret à un spécialiste de ces choses-là, Jean Garrigue.
00:04Je me tourne vers vous. Alors, je vais prendre un cas très concret.
00:07Il est question, en ce moment, que la Corée du Nord envoie l'équivalent d'une division
00:13se battre en Ukraine aux côtés de la Russie. On parle de 15 000 hommes, vous voyez ?
00:16Donc ça, évidemment, ça change un peu la donne peut-être sur le plan strictement militaire.
00:19On sait que Jordan Bardella refuse l'envoi de troupes au sol français,
00:22ce que souhaite le Président de la République, en tout cas qu'il ne l'exclue pas.
00:25Qu'est-ce qui se passe concrètement si, demain,
00:28j'ai un Jordan Bardella à Matignon face à Emmanuel Macron à l'Élysée
00:32et qu'on se retrouve dans cette configuration politique ?
00:35Il se passe que le Président de la République est le chef des armées,
00:39mais que le Premier ministre dispose des forces armées.
00:42Et qu'en dépit de la doctrine du domaine réservé,
00:46qui finalement a beaucoup fonctionné au moment des trois autres cohabitations,
00:51qui ont été des cohabitations plutôt réussies d'ailleurs,
00:55en dépit de cette doctrine-là, en réalité,
00:58le dernier mot revient toujours au Premier ministre en période de cohabitation
01:03parce qu'il peut s'appuyer sur sa majorité parlementaire
01:06et contourner, par le domaine de la loi, la volonté présidentielle.
01:12Je ne vais pas entrer dans les détails.
01:13Ce qui s'est passé dans les précédentes cohabitations,
01:16c'est que sur les enjeux majeurs de politique internationale
01:19ou de politique de défense, ce dont on parle là,
01:22il y avait un accord entre les deux grands partis d'alternance.
01:27On arrivait à avoir une concordance,
01:31notamment par le truchement des secrétaires généraux de l'Elysée
01:36et des directeurs de cabinet du Premier ministre
01:38qui souvent étaient en parfaite harmonie.
01:42Ça s'est produit à plusieurs reprises.
01:44J'ai étudié ça dans un livre.
01:45Et ce qui se passerait là, en revanche, si vous voulez,
01:50c'est qu'on a, mais vous l'avez souligné,
01:52on est en présence avec le Rassemblement national
01:55d'un personnel politique qui n'a jamais été au pouvoir,
01:59qui a des positions a priori assez radicales
02:03sur un certain nombre de questions,
02:05notamment sur les rapports avec la Russie de Vladimir Poutine
02:09et sur la question de l'Ukraine.
02:11Et donc, à mon sens, on risque d'avoir des tensions extrêmes.
02:16Et ces tensions, elles ont été résolues dans la pratique
02:21précisément par cette capacité de convergence, de synthèse
02:25qui s'est faite du temps de Mitterrand, de Chirac, de Jospin
02:30et encore de Chirac.
02:32Mais aujourd'hui, il y aura forcément une crise.
02:36Il y aura une crise, je ne sais pas si ce sera une crise de régime,
02:40mais il y aura des tensions très très fortes
02:42et c'est très compliqué.
02:45Demandez aux constitutionnalistes,
02:47aucun n'est capable de vous dire ce qui pourrait en sortir précisément,
02:51qui finalement pourrait avoir le dernier mot a priori.
02:55Il n'y a pas de notice, il n'y a que des rapports de force.
02:57C'est intéressant.
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