00:00Je fais la sieste moustique, arrête un peu ta musique, ne sois pas antipathique, ne me pique pas.
00:12Voilà, petit extrait d'une chanson, pour évoquer les moustiques, sans l'honneur.
00:15Il y a le moustique du Cotoner aussi, vous connaissez la chanson ?
00:17Ah non, je ne la connais pas celle-là.
00:18Vous regarderez.
00:19Frédéric Simard, directeur de recherche à l'IRD de Montpellier, est notre invité ce matin, Guillaume.
00:23Bonjour Frédéric Simard.
00:24Bonjour.
00:25Merci d'être venu nous rejoindre.
00:26Alors, l'IRD, à ne pas confondre avec l'EID, on va expliquer la différence.
00:29Vous, l'IRD, c'est l'Institut de Recherche pour le Développement.
00:32Absolument.
00:33C'est à Montpellier.
00:34L'EID, c'est l'Entente Interdépartementale pour la Démoustication.
00:38Absolument.
00:39Nous sommes des collègues, on travaille ensemble.
00:40Oui, vous travaillez ensemble, notamment quand il s'agit de moustiques, évidemment.
00:43Absolument.
00:44Et à l'IRD, vous venez de publier une étude très intéressante qui évalue le coût du moustique,
00:49alors du moustique, de deux espèces de moustiques bien particulières sur la planète,
00:55coût sanitaire, coût économique depuis 1975.
00:58Et les chiffres donnent le vertige.
01:01C'est ça.
01:02Et il s'agit d'un minimum.
01:03C'est les coûts, effectivement, rapportés.
01:05C'est une fouille de données qu'on a faite sur ce que ces deux moustiques particuliers,
01:10donc le moustique tigre qu'on a ici dans les rots depuis une quinzaine d'années maintenant,
01:14et son cousin, l'Aedes égyptique, qui est en zone intertropicale uniquement,
01:19ces deux moustiques transmettent des virus qui provoquent des maladies.
01:24La dengue, le chikungunya, le zika, ces maladies sont en expansion dans le monde.
01:29Et on a essayé de savoir un petit peu ce que ça avait coûté jusqu'à présent.
01:33Et on arrive à une somme astronomique de 95 milliards de dollars sur la période de 1975-2020.
01:40Ça, c'est pour la planète.
01:42Et pour la France, le chiffre, alors il est moins important que ça,
01:46mais il est quand même assez considérable.
01:48549 millions d'euros.
01:50C'est ça.
01:51Alors France, pas que métropolitaine, outre-mer aussi beaucoup j'imagine, essentiellement outre-mer.
01:57Surtout puisque la plupart de ces coûts qui sont rapportés,
02:00ça touche les dommages et les pertes liées à la transmission des maladies.
02:05On a le moustique ici, on n'a pas encore la maladie de façon endémique,
02:09mais les coûts rapportés pour la France, c'est 550 millions d'euros essentiellement dans les DOM.
02:16La Réunion, la Caraïbe, la Guyane.
02:19Donc ça, ce coût, il est rapporté à quoi ? Il est rapporté aux pertes humaines, à la prévention aussi,
02:25qu'on essaie de mettre en place pour lutter contre ces deux espèces très invasives ?
02:29Exactement. Et au total, on s'aperçoit que c'est essentiellement des dommages et des pertes
02:34liées aux soins, à la prise en charge des cas, aux arrêts de travail.
02:38Quand vous êtes malade, vous n'allez pas travailler.
02:41Donc tout ça, ça a été chiffré à différents endroits.
02:44C'est ça qu'on a pu retrouver.
02:47Et puis également, ce qui est investi dans la prévention.
02:49Les gens vont acheter des répulsifs, par exemple,
02:52et puis les communautés vont financer de la recherche, par exemple.
02:55Et on s'aperçoit, au total, qu'on a moins de 10% de ces coûts globaux
03:01qui sont investis dans la prévention.
03:03Et les 90 autres pourcents, c'est essentiellement des dommages et des pertes.
03:06C'est-à-dire que si on faisait plus de prévention et si on y accordait plus d'argent,
03:10ça ne coûterait pas aussi cher, en fait ?
03:12Il y a un vrai effet levier qu'il va falloir pouvoir balancer,
03:16c'est-à-dire investir plus dans la prévention
03:20pour éviter d'avoir à payer les dommages après.
03:22Parce que tout cet argent qui est payé dans les dommages
03:26est perdu quelque part.
03:28Comment vous avez réussi à arriver à un résultat comme celui-là ?
03:31En fait, vous avez recuni les données.
03:33Alors je crois que j'ai 166 pays, c'est ça ?
03:35C'est ça.
03:36Qui vous ont fourni leurs données,
03:38par rapport à la propre estimation de leurs coûts à eux, c'est ça ?
03:41Alors c'est un travail plus vaste,
03:43qui se met en place dans l'initiative Invacost,
03:47qui est pilotée par l'université de Paris,
03:50par Franck Courchamp, qui est un des auteurs du papier.
03:53Et le but, c'était d'estimer les coûts des espèces envahissantes.
03:57Donc il y a eu un gros, gros travail, justement,
04:00de pêche aux données, dans les articles scientifiques,
04:03d'aller vérifier ces données, vérifier les sources,
04:06de remonter jusqu'aux sources,
04:08de dédoublonner.
04:09Ça vous a pris combien de temps, cette étude, du coup ?
04:11Ça fait plus de 5 ans qu'on est dessus, sur l'aspect global,
04:14et en regardant ça, on s'est aperçu que
04:17les espèces envahissantes qui nous coûtaient le plus cher,
04:19c'était ces deux moustiques-là.
04:21Et avec ce papier, on est allé plus loin dans le détail,
04:24pour aller chiffrer ces coûts.
04:27Alors sur ces deux espèces,
04:29il y en a une qui est présente ici, dans notre région,
04:31c'est ce qu'on appelle le moustique-tigre,
04:33le Aedes albopictus.
04:35Très bien.
04:37C'est écrit, j'ai aucun mérite.
04:39C'est une réalité,
04:41dans notre région,
04:44sur notre territoire,
04:45donc l'idée, c'est de dire que, attention,
04:47elle est encore minoritaire, cette espèce.
04:50Elle est bien présente,
04:52en ville et dans les villages.
04:54Donc ça veut dire que pour éviter que ça coûte trop cher,
04:56encore une fois, il faut essayer de s'en prémunir.
04:58Il n'y aura pas de transmission de virus
05:00s'il n'y a pas ce moustique.
05:01Là, on est en train de construire un risque
05:04de transmission de virus sur notre territoire.
05:06Et ça arrive.
05:07Chaque année.
05:08En 2022, il y a eu 65 cas
05:10de dengue autochtone.
05:12C'est des gens qui n'ont pas bougé,
05:13mais qui ont attrapé la dengue.
05:15Où ça ?
05:16Au National.
05:17Au National, en France ?
05:18Au National, en France.
05:19Métropolitaine ?
05:20En France, hexagonale métropolitaine.
05:22Donc ça veut dire que ça arrive.
05:24L'année dernière, on avait 45 cas.
05:26Chaque année, on importe des cas.
05:28Les gens se font infecter en zone tropicale.
05:31Une fois qu'on est infecté, qu'on est piqué par un moustique,
05:34qui a le virus,
05:36on a le virus dans le sang pendant une semaine.
05:38Pendant cette semaine-là,
05:39si vous vous faites piquer par un autre moustique,
05:41vous allez infecter le moustique.
05:43Et lui, ensuite, va pouvoir retransmettre.
05:45C'est ce qui se passe ici.
05:48Maintenant qu'on a le moustique,
05:49les gens qui arrivent en zone tropicale avec le virus,
05:52s'ils se font piquer par un moustique,
05:54ils peuvent infecter ce moustique
05:56qui va pouvoir retransmettre.
05:57Ça veut dire que la dengue, la fièvre jaune,
05:59tout ça, c'est plus seulement l'affaire des Outre-mer ?
06:02Ça se passe ici, maintenant.
06:04Et de plus en plus.
06:05Et le moyen de mieux prévenir ça,
06:08c'est justement d'empêcher les moustiques
06:10de pulluler tel qu'ils le font.
06:12On les connaît, les conseils ?
06:14L'idée, justement,
06:16ou Altopictus également,
06:18qui interviennent dans la région,
06:22donnent des directives par rapport à ça.
06:24Vous connaissez, vider vos coupelles, tout ça.
06:26C'est pas de la blague.
06:27Il faut le faire.
06:28Il y a un vrai risque, déjà, de nuisance.
06:30Si vous ne le faites pas,
06:31vous allez vous en apercevoir vite fait.
06:33Le moustique, quand il est là, il vous pique,
06:34il fait mal.
06:35Là, pour l'instant.
06:36Et alors, vous me disiez,
06:37avant qu'on rentre dans ce studio,
06:38on discutait un peu,
06:39vous me disiez, en plus,
06:40le fameux moustique-tigre,
06:41le Aedes albopictus,
06:42il aime particulièrement l'homme,
06:44contrairement à d'autres espèces
06:45moins invasives de moustiques.
06:47Absolument.
06:48Il est invasif.
06:49Pourquoi ?
06:50Parce qu'il a suivi l'homme.
06:51C'est nous qui l'avons importé.
06:52On a importé les moustiques,
06:54on importe les virus,
06:56on fait n'importe quoi,
06:57en quelque sorte.
06:58Et il faut peut-être percuter à un moment
07:00que tout ça, c'est de notre faute.
07:02Dernière chose,
07:03qui n'est pas très rassurante,
07:04Frédéric Simard,
07:05vous me disiez aussi tout à l'heure,
07:06il a beaucoup plu, là,
07:07pendant le printemps,
07:08on a eu un printemps absolument pourri.
07:09Donc là, toutes les conditions sont réunies
07:11pour qu'il y ait vraiment
07:12beaucoup de moustiques-tigres cet été.
07:13Vous avez dit, là, les...
07:14Je ne sais plus l'expression que vous avez,
07:15enfin, il m'est dit,
07:16il y a du lourd.
07:17Il y a des munitions derrière.
07:18Il y a des munitions qui sont là,
07:19absolument.
07:21Absolument.
07:22Il y a eu beaucoup d'eau.
07:24Il faisait encore un peu frais,
07:26pour l'instant,
07:27mais les températures augmentent,
07:28comme vous l'avez rappelé tout à l'heure,
07:30et on va...
07:32Voilà, ça va,
07:33il va y avoir du moustique cet été,
07:34ça, c'est sûr.
07:36Absolument.
07:39Pour se protéger,
07:40mais ça, c'est une fois que le mal est fait.
07:41Et puis, invitez-moi,
07:42parce qu'en général,
07:43je me fais piquer à la place des autres.
07:44C'est vrai ?
07:45Oui, j'attire les moustiques.
07:46Donc, il aime bien les hommes,
07:47mais certains, plus que d'autres, quand même.
07:48Ah ben, moi, je suis tranquille.
07:49On attire...
07:50Peut-être que vous les sentez moins,
07:51parce que c'est une réaction,
07:53c'est une réaction aussi à la salive
07:55qui vous injecte pendant qu'il vous pique.
07:57Ah oui ?
07:58Donc, il y a des gens qui répondent
07:59plus ou moins à la piqure,
08:00elle est plus ou moins douloureuse.
08:02Ça veut dire que Vivian,
08:03il gaspille trop de salive, alors,
08:04si j'ai bien compris, non ?
08:05C'est pas sa salive à lui,
08:06c'est la salive de la femelle moustique
08:08qui est en train de le piquer.
08:09Et vous réagissez,
08:11et vous attirez plus ou moins, effectivement.
08:13Ça dépend aussi de votre état physiologique.
08:15Merci.
08:16Merci Frédéric Simard,
08:17directeur de recherche
08:18à l'Institut Recherche pour le Développement
08:20de Montpellier,
08:21d'être venu nous parler de votre étude
08:23très intéressante ce matin.
08:24Merci.
08:25Merci à vous, bonne journée.
08:26Vous pouvez réécouter l'interview
08:27en allant sur France Blog.
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