00:00 pour soigner la maladie d'Alzheimer.
00:02 C'est bizarre mais on va avoir quelques explications
00:04 avec Philippe Rondard qui est notre invité ce matin.
00:06 Guillaume Roland.
00:07 Bonjour Philippe Rondard.
00:08 Bonjour.
00:08 Merci d'être venu nous rejoindre.
00:10 Vous faites partie de l'équipe
00:11 Neuro récepteurs dynamiques et fonctions
00:14 à l'Institut génomique fonctionnel de Montpellier.
00:17 En 10 secondes, l'Institut...
00:19 C'est pas facile ce que je vous demande.
00:20 L'Institut génomique de Montpellier.
00:22 Génomique, génome.
00:24 Vous travaillez sur le génome et la génétique, c'est ça ?
00:26 C'est ça en fait.
00:27 L'Institut génomique fonctionnel
00:28 c'est en fait l'étude de l'ensemble des gènes
00:30 et de leurs fonctions.
00:31 Oui.
00:32 C'est un terme assez général.
00:33 Et vous faites partie, Philippe Rondard,
00:35 des quatre projets de recherche
00:38 qui ont été retenus, sélectionnés
00:41 par la FRM, la Fondation pour la Recherche Médicale,
00:43 ce qui n'est pas rien,
00:44 soutien financier parce que
00:46 vous êtes en train de travailler
00:48 sur la possibilité d'utiliser
00:51 les anticorps de l'ama, l'animal,
00:53 pour traiter, soigner, peut-être même guérir
00:56 la maladie d'Alzheimer, c'est ça ?
00:58 Oui, c'est ça.
00:59 C'est une approche extrêmement innovante
01:01 et on cherche avec ces anticorps
01:03 à agir sur les marqueurs
01:04 de la maladie d'Alzheimer dans le cerveau.
01:06 Que sont les protéines amyloïdes
01:09 qui s'accumulent à l'extérieur des neurones
01:11 et les protéines taux qui s'accumulent
01:13 à l'intérieur des neurones.
01:15 Donc on cherche à agir sur ces deux marqueurs
01:17 en les réduisant,
01:18 pour réduire les symptômes.
01:19 Vous allez nous expliquer grosso modo
01:21 comment ça marche.
01:22 Deux mots d'Alzheimer, c'est important
01:24 parce que d'abord, aujourd'hui,
01:25 c'est la journée mondiale de lutte
01:26 contre la maladie d'Alzheimer.
01:28 Il y a trois chiffres que je voudrais donner.
01:29 900 000 personnes atteintes aujourd'hui
01:31 par la maladie d'Alzheimer.
01:33 Plus de 3 millions de personnes
01:34 directement impactées.
01:36 Et on englobe les aidants là-dedans.
01:38 Et puis, on estime que 2 millions
01:40 de personnes supplémentaires
01:42 pourraient être atteintes par cette maladie
01:44 d'ici 2040.
01:46 Donc c'est demain.
01:47 Donc la recherche sur Alzheimer,
01:49 c'est très important aujourd'hui.
01:51 Extrêmement important, effectivement.
01:53 Les chiffres, moi j'ai des chiffres
01:55 supérieurs à 1,2 million de personnes
01:57 atteintes en France.
01:58 Avec 150 000 nouveaux cas chaque année.
02:00 Et effectivement,
02:02 c'est une maladie neurogénérative
02:04 qui touche même aussi des personnes
02:06 qui ont moins de 60 ans.
02:08 Et donc, il faudrait...
02:10 Il faut qu'on trouve des marqueurs,
02:12 qu'on arrive à détecter la maladie d'Alzheimer
02:14 le plus vite possible.
02:16 Pour ensuite pouvoir traiter
02:18 en amont les patients.
02:20 Et...
02:22 D'où notre recherche.
02:25 - Alors comment vous avez été amené
02:27 à vous rendre compte, effectivement,
02:29 que ces anticorps de lama
02:31 pouvaient éventuellement jouer un rôle
02:33 très efficace contre cette maladie ?
02:35 Comment vous avez arrivé à ça ?
02:37 - Effectivement, c'est un petit peu surprenant.
02:39 C'est ce qu'on appelle l'immunothérapie.
02:41 Et alors, avant de l'appliquer
02:43 à la maladie d'Alzheimer,
02:45 c'est ce qu'on fait actuellement,
02:47 on l'a appliqué à la schizophrénie.
02:49 Et on s'est rendu compte que ça marchait très bien.
02:51 Dans le cas de la schizophrénie,
02:53 on cible des récepteurs du glutamate
02:55 qui sont dans les zones de contact
02:57 entre les neurones, qu'on appelle les synapses.
02:59 Et on sait...
03:01 Ce sont des résultats
03:03 qu'on est en train de publier à très haut niveau.
03:05 On est les seuls dans le monde à avoir ce type de résultat.
03:07 Quand on injecte
03:09 ces anticorps de lama
03:11 dirigés contre ces récepteurs du glutamate
03:13 sous la peau de la souris,
03:15 on arrive à restaurer la cognition,
03:17 la mémoire des souris qui sont déficientes.
03:19 - C'était une découverte
03:21 qui s'est faite totalement par hasard ?
03:23 Ou il y avait des...
03:25 Comment dirais-je ? Les anticorps de lama
03:27 avaient des propriétés, des vertus qui étaient déjà connues
03:29 du monde scientifique ?
03:31 - Pourquoi les anticorps de lama ?
03:33 Parce que ces anticorps peuvent être extrêmement petits.
03:35 On peut les miniaturiser.
03:37 On arrive à les rendre
03:39 dix fois plus petits que les anticorps classiques.
03:41 Ce qui fait qu'ils peuvent facilement rentrer dans le cerveau
03:43 un organe qui est
03:45 protégé par la barrière,
03:47 la barrière hémato-encéphalique
03:49 qui nous protège des infections.
03:51 Il est donc difficile en général de faire rentrer des anticorps
03:53 dans le cerveau.
03:55 - C'est parce qu'ils sont petits qu'ils sont efficaces ?
03:57 - C'est parce qu'ils sont petits. Extrêmement petits.
03:59 - Et alors ces anticorps-là
04:01 auraient éventuellement la possibilité
04:03 de lutter contre eux ?
04:05 Parce qu'en fait, Alzheimer, c'est quoi ? C'est une dégénérescence
04:07 des cellules
04:09 de notre cerveau.
04:11 Et ces anticorps-là auraient la possibilité
04:13 d'empêcher cette dégénérescence ?
04:15 - Comme je l'ai expliqué juste avant,
04:17 on a des dépôts dans le cerveau
04:19 et en agissant sur les récepteurs
04:21 du glutamate, qui est le
04:23 neurotransmetteur le plus important dans notre cerveau,
04:25 on pense qu'on doit
04:27 pouvoir limiter l'accumulation de ces dépôts.
04:29 - D'accord.
04:31 - Par contre, il serait nécessaire probablement d'agir
04:33 assez tôt, c'est-à-dire d'avoir des
04:35 diagnostics des patients
04:37 le plus tôt possible pour que les patients
04:39 puissent prendre ensuite ces anticorps.
04:41 - Donc manifestement, vous nous le disiez,
04:43 la COVID-19 a déjà produit
04:45 des effets en ce qui concerne le traitement
04:47 de la schizophrénie,
04:49 et vous avez bon espoir que ça puisse aussi marcher
04:51 sur Alzheimer, voire d'autres
04:53 maladies du cerveau ou d'autres
04:55 maladies dégénératrices ? - Exactement.
04:57 Nous voulons les appliquer pour un ensemble de maladies
04:59 du cerveau. Alors que
05:01 là, pour la maladie d'Alzheimer,
05:03 le stade où nous en sommes,
05:05 nous avons déjà une collection d'anticorps
05:07 et nous sommes en train de les évaluer
05:09 sur des cellules souches provenant
05:11 de malades d'Alzheimer, à partir
05:13 de la peau de ces patients,
05:15 et nous sommes en train de les évaluer
05:17 pour voir ceux justement
05:19 qui vont limiter l'accumulation de ces protéines
05:21 toxiques. Et quand on aura
05:23 sélectionné les plus puissants,
05:25 nous allons les étudier
05:27 dans des modèles de souris
05:29 Alzheimer. On en a deux au laboratoire,
05:31 un modèle agressif,
05:33 où la souris peut développer
05:35 Alzheimer sur 4-5 mois,
05:37 et un modèle beaucoup plus lent, où la souris va développer
05:39 Alzheimer sur environ 10-12 mois.
05:41 - Bon, ça ne va pas durer,
05:43 vous n'allez pas aboutir dans 3 mois,
05:45 c'est un travail de plusieurs années que vous engagez,
05:47 j'imagine. - Exactement, il va nous falloir
05:49 attendre la fin de l'année 2024
05:51 pour savoir si ça fonctionne.
05:53 - Ah oui, c'est rapide, déjà l'année prochaine, vous aurez déjà des résultats.
05:55 Et le fait d'être retenu parmi
05:57 les projets de recherche,
05:59 4 projets de recherche soutenus par
06:01 la Fondation pour la Recherche Médicale,
06:03 c'est important pour vous ? - Effectivement,
06:05 c'est beaucoup de
06:07 fonctionnement,
06:09 de budget pour notre équipe,
06:11 qui va nous permettre de recruter 2 personnes,
06:13 et c'est aussi un grand honneur de recevoir
06:15 ce type de financement,
06:17 ce soutien de la Fondation
06:19 pour la Recherche Médicale,
06:21 et c'est aussi une reconnaissance
06:23 du travail qu'on fait sur ces
06:25 anticorps de lama depuis 10 ans,
06:27 et ça va véritablement
06:29 nous permettre de les
06:31 étudier pour la maladie d'Alzheimer.
06:33 - Alors vous, vous avez besoin de sponsors, de mécènes,
06:35 je ne sais pas comment l'appeler, comme la Fondation
06:37 pour la Recherche Médicale, qui elle a besoin
06:39 aussi de dons, donc on va en profiter pour faire
06:41 un petit appel aux dons, si vous voulez faire
06:43 pour faire un don de 10 euros,
06:45 c'est très simple, vous envoyez par
06:47 SMS le mot "AGIR"
06:49 A G I R
06:51 par SMS au 92 300,
06:53 et ce sera donc un don
06:55 automatique de 10 euros pour la
06:57 recherche médicale.
06:59 On en profite pour faire cet appel.
07:01 - On disait tout à l'heure dans le journal de
07:03 8 heures qu'en France
07:05 cette maladie touche un peu plus d'un
07:07 million de personnes, dont deux tiers de femmes.
07:09 Est-ce qu'on sait pourquoi les femmes sont davantage touchées ?
07:11 Est-ce que c'est parce qu'elles vivent plus longtemps que les
07:13 hommes, ou
07:15 pour une autre raison ? - Effectivement, c'est une bonne question.
07:17 Personnellement, je
07:19 ne pense pas que c'est parce qu'elles vivent
07:21 plus longtemps. Il y a peut-être une partie
07:23 de l'explication, mais c'est pas uniquement
07:25 ça n'explique pas tout.
07:27 Personnellement,
07:29 moi,
07:31 je suis un grand spécialiste
07:33 de l'utilisation et le développement de ces anticorps
07:35 de la mât, et pour la partie
07:37 Alzheimer, je collabore
07:39 avec l'Institut des Neurosciences de
07:41 Montpellier, avec
07:43 Dr. Carole
07:45 Crozet, Sylvain Lemaine, Véronique
07:47 Perrier, ils sont eux les grands spécialistes de
07:49 cette maladie. Moi, je suis le représentant
07:51 aujourd'hui de ce projet. - Donc il faudra qu'on leur pose
07:53 plutôt la question à eux. - Exactement.
07:55 - En tout cas, merci Philippe Rondard de l'Institut
07:57 de Génomique Fonctionnelle de Montpellier
07:59 d'être venu nous parler de vos recherches
08:01 dont on aura les premiers résultats
08:03 fin d'année prochaine. Est-ce que
08:05 ces anticorps de la mât seront effectivement
08:07 efficaces contre la maladie d'Alzheimer ?
08:09 On l'espère, on le souhaite.
08:11 - On l'espère, on a bon espoir, on a des scientifiques
08:13 de qualité qui travaillent avec nous, des jeunes scientifiques
08:15 et merci beaucoup à France Bleu Héro
08:17 et aussi à la Fondation pour la Recherche Médicale
08:19 pour leur soutien, et j'espère qu'il y aura
08:21 des donations dans le futur encore.
08:23 - Merci à vous, bon courage,
08:25 et au boulot maintenant !
08:27 - Vous retrouverez tout ça en attendant sur notre site internet France Bleu.
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