00:007h45, la voix se dégage pour Louis Alliot. Rien ne semble plus pouvoir empêcher son accession à la présidence de
00:07la GLO de Perpignan.
00:08Son principal challenger, le président sortant et maire de Saint-Esteve, vient de retirer sa candidature.
00:13Le vote est prévu ce samedi matin. Pour en parler, notre invité ce matin, c'est notre politologue Dominique Sistac,
00:19maître de conférence à l'université de Perpignan et co-auteur du livre « Perpignan, déclassement et droitisation ».
00:25Bonjour Dominique Sistac.
00:26Bonjour.
00:27Régis le disait, la voix se dégage. Est-ce qu'on peut clairement dire ce matin même que la voix
00:31est libre pour Louis Alliot,
00:32pour la présidence de Perpignan, Méditerranée et Métropole ?
00:34Ce n'est pas encore officiel. Mais tous les observateurs de la vie locale perpignanaise et roussillonaise
00:41voient depuis l'avant-élection, depuis le début même de la préparation électorale des municipales,
00:47qu'il y a déjà eu des accords préalables, que certaines mairies se sont vues protéger de candidats RN.
00:53Et on voyait qu'il y avait une espèce déjà de grand plan pour prendre et la ville et l
00:59'agglo.
00:59C'est-à-dire qu'il y a des maires qui ont, entre guillemets, négocié qu'il n'y ait
01:02pas de candidats RN face à eux au municipal,
01:05en échange de quelque chose ?
01:07Oui, ça fait partie d'arrangements de notables, on va dire. Rien d'illégal, rien de répréhensible.
01:14Mais malgré tout, on voit qu'on a ici, maintenant, à Perpignan, une droite locale qui prête allégeance.
01:23Tout compte fait au baron qui est devenu le représentant de l'extrême droite, Louis Alliot.
01:29Clairement, c'est ce que fait Robert Villa, le président sortant, lorsqu'il retire sa candidature, il prête allégeance à
01:33Louis Alliot ?
01:34Il me semble que quand vous donnez à votre vainqueur le droit de continuer à vous vaincre autrement que par
01:41les urnes, ça s'appelle une allégeance.
01:43Qu'est-ce que ça dit de la droite locale, cette union des droites dont on parle beaucoup mais qui
01:49ne s'était pas trop faite jusqu'ici ?
01:51Cette union des droites, on le sait, elle se fixe surtout dans le sud méditerranéen, de Nice à Perpignan, je
01:59serais tenté de dire depuis les récentes municipales.
02:02Et on voit qu'elle est quand même très très localisée ici, en sud de France, parce que nous avons
02:09un public, un électorat plus conservateur, plus âgé,
02:12aussi plus diversifié dans ses mémoires et dans son existence culturelle, la présence des pieds noirs, etc.
02:18Donc on sait qu'il y a une espèce de convergence, d'alignement électoral des planètes,
02:23qui fait que droite et extrême droite sont dans des formes presque d'union naturelle.
02:29Est-ce qu'elles peuvent travailler ensemble ? Elles ont commencé à le faire déjà ?
02:34Oui, bien sûr, bien sûr. Et je pense que là, on a une sorte de poursuite ou de constance dans
02:41un discours très conservateur, très à droite.
02:44L'extrême droite est devenue « droitière », entre guillemets,
02:48et les différentes droites se sont soumises à des règles de l'extrême droite,
02:53sur la mémoire, sur le souvenir, sur la sécurité.
02:56Il y a tout un ensemble de thèmes dits de convergence.
02:59Si on revient à cette tambouille, cette cuisine politique à l'agglomération de Perpignan-Méditerranée,
03:03donc Robert Villa qui retire sa candidature, pardon, en tout cas qui ne se présente pas,
03:08aucun autre maire de droite de l'agglo ne se lance.
03:12Ça veut dire quoi, ce silence des autres maires ?
03:15Ça veut dire aussi que ceux qui ne prêtent pas allégeance capitulent dans le combat électoral.
03:20Ils savent que l'élection contre Louis Alliot est difficile, voire impossible.
03:25Donc, ils n'hypothèquent pas l'avenir.
03:27C'est un peu comme dans les compétitions sportives.
03:29On en garde un peu sur la pédale pour le prochain match.
03:32Et en fait, on voit qu'ici, la droite a fait le pari de « maîtriser » ce qui est
03:39à préserver
03:40dans un temps assez court, c'est-à-dire avec l'idée de la prochaine échéance électorale en cours
03:45qui sera le Conseil départemental.
03:47Donc, on voit bien qu'il y a un enjeu de court terme à préserver, bien entendu, ces postes.
03:52Il y a par contre un risque de long terme.
03:54À long terme, les représentants des différentes droites vont se faire totalement vampiriser
04:01par l'allégeance occasionnée par Alliot.
04:047h49, Marie Roarge, votre invitée, c'est Dominique Sistac.
04:07Vous évoquez les départementales, c'est presque demain.
04:11C'est ça le prochain objectif, selon vous, pour Louis Alliot notamment ?
04:15Alors, ce n'est pas selon moi.
04:16C'est Louis Alliot qui a dit ici, dans vos murs, le lendemain de l'élection.
04:20Il ne regardait même pas, en fait, le lendemain de l'élection au municipal.
04:24L'enjeu de Perpignan-Métropole, de l'agglomération.
04:28Il regardait directement le Conseil départemental.
04:30C'est dire s'il était déjà certain de ce qui va arriver samedi matin.
04:34Donc, on le sait, le Conseil départemental, c'est le navire amiral
04:39que la gauche possède depuis plus de 20 ans.
04:41Et ce navire amiral, c'est une collectivité territoriale
04:45à très forte compétence et autorité,
04:47puisqu'il y a toutes les politiques sociales,
04:50et le département est chef de file de l'action sociale.
04:52Il y a beaucoup de compétences techniques, lourdes, financièrement chargées, etc.
04:57C'est aussi un enjeu de contraintes, là, de tout le territoire départemental.
05:01Donc, effectivement, quand cet édifice tombera aux mains du Rassemblement national,
05:07le département aura définitivement basculé.
05:09Vous parlez à l'affirmative,
05:10quand cet édifice tombera aux mains du Rassemblement national.
05:13Le risque est gros, aujourd'hui, et on le sent de plus en plus menaçant.
05:16Le parti est de plus en plus fort, y compris dans tous les territoires.
05:21On l'a vu dans la dernière municipale, au travers de la dernière municipale.
05:25Donc, aujourd'hui, il y a quand même un certain nombre de certitudes.
05:28Louis Alliot, maire de la ville-centre, président de l'agglo au Perpignan-Méditerranée.
05:31Qu'est-ce que ça peut changer, justement, pour l'agglo ?
05:34Alors, ça lui incombe de prendre des responsabilités,
05:38un sens et une direction à la plaine du Roussillon.
05:41C'est-à-dire, qu'est-ce qu'on va faire ?
05:43Il y a, par exemple, des débats, aujourd'hui, sur la ligne LGV,
05:46cette espèce d'éléphant de mer qui revient sans cesse.
05:50Il y a tout un ensemble de grandes décisions.
05:52Quel avenir pour ce département ?
05:54Quel avenir pour cette ville-centre ?
05:56Il y a, je pense, tout un ensemble de congruences qu'il faudra établir.
06:00Là commence sérieusement la vraie politique, celle des choix.
06:03Il reste quand même, malgré tout, une inconnue judiciaire.
06:06Si Louis Alliot est condamné d'ici l'été, qu'il doit démissionner,
06:10c'est une éventualité.
06:11Est-ce que ça rebat complètement les cartes politiques à Perpignan-Méditerranée ?
06:15Alors, oui et non.
06:17Oui, parce que ça laisse une trace indélébile, celle d'une condamnation.
06:21Non, parce que ça ne change pas l'électorat.
06:24Les gens enracinés désormais dans le vote en faveur du maire de Perpignan
06:28lui sont tout acquis et lui trouveraient toute excuse, quoi qu'il fasse.
06:32Et puis ça ne fait pas non plus coaliser les opposants.
06:36Et donc ça ne crée pas non plus de dynamique positive
06:38pour mieux résister ou combattre les idées du RN.
06:42Donc quelque part, c'est aujourd'hui sans incidence.
06:45Peut-être que sur le futur, on en reparlera au troisième ou quatrième mandat à la ville.
06:50Merci beaucoup Dominique Sistac d'avoir été avec nous ce matin,
06:54donc politologue, maître de conférence à l'université de Perpignan
06:56pour décrypter ce scénario qui se profile pour l'agglomération de Perpignan-Méditerranée.
07:00Bonne journée.
07:01Bonne journée.
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