00:00Jordan Bardella est en train de devenir Jordan.
00:05Son ascenseur sur TikTok a été préparé de manière très délibérée.
00:08Toute la production d'images du candidat Bardella est faite
00:11pour alimenter les réseaux sociaux.
00:13On ne va pas, entre guillemets, se prendre la tête.
00:15On ne va pas faire comme François Ruffin des longues explications idéologiques.
00:19Ça ne peut pas être des salariés quand même un peu mieux payés ici.
00:25On va vendre Jordan qui sourit, qui mange.
00:28Il a de l'appétit, il est sain, il est carnassier, etc.
00:30D'une manière assez androgyne, on ne surjoue pas la virilité non plus.
00:33Donc on en fait un objet vraiment neutre.
00:35Et qui est quelqu'un qui porte des chemises vraiment ajustées,
00:39qui a vraiment un très joli sourire.
00:41Au fond, il est très gentil, c'est un peu un chaton.
00:43Bonjour Claudette, c'est Jordan.
00:45L'équipe Bardella a travaillé l'image de Jordan Bardella
00:47pour en faire un objet grand public, non menaçant, sexy, sans trop
00:52et qui permet de fédérer le plus large public possible.
00:55C'est un produit marketing.
00:57Ça a été utilisé comme ça, pour ça.
00:59Et TikTok a servi à ça.
01:01Ça a été efficace, avec les limites d'un produit marketing.
01:04En France quand même, on ne vote pas uniquement d'après ces critères-là.
01:07La question, c'est toujours celle de comment j'utilise le politique
01:10au lieu de me faire utiliser par le politique.
01:13Le fait de faire de Jordan Bardella un objet de divertissement,
01:16c'est aussi une façon de se l'approprier.
01:18Et de dire au fond, moi je ne t'appartiens pas, c'est toi qui m'appartiens.
01:21C'est une façon de dominer le politique alors qu'on se sent totalement impuissant.
01:24Il y a deux lectures possibles.
01:26À un certain degré, on va juste aimer Jordan Bardella pour ses fans.
01:29Et au fond, ce qu'il défend politiquement, on s'en fiche un peu.
01:31Et quand on commence à nous en parler, ça nous embête.
01:33Mais ça veut dire aussi que peut-être on n'ira pas voter.
01:35La popularité et le vote, c'est deux choses différentes.
01:38Et puis il y a ceux qui vont lire les vidéos comme étant des preuves
01:41que leur ancrage politique est bon puisqu'il est populaire.
01:44Il y a une sorte de malentendu, si vous voulez.
01:46C'est là-dessus que prospèrent les populistes et l'extrême droite.
01:48Il n'a pas de fond, il ne véhicule pas d'idées.
01:50Et d'ailleurs, on voit bien la difficulté qu'il a en ce moment
01:52de produire des idées et du fond.
01:57Non.
01:58Il y a quand même toute une partie qui doit être endossée par Marine Le Pen.
02:01Et là est la difficulté.
02:03C'est que la colère, par exemple, Jordan Bardella ne l'exprime pas.
02:06C'est pour ça que les gens votent aussi.
02:08C'est pour ce sentiment de colère.
02:09Le moteur des votes populistes, c'est beaucoup la colère.
02:15Trump est alimenté par ça et l'extrême droite française aussi.
02:18Lui, il n'incarne pas ça, Jordan Bardella.
02:20Le fait qu'il fasse toutes ses interventions actuelles seul,
02:22c'est aussi une prise de risque.
02:24Ça montre un peu les limites du « bardellisme ».
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