00:00Merci d'être avec nous ce matin. Votre histoire, c'est celle non pas d'un ascenseur social, mais d'une fusée sociale, comme dit l'un de vos profs à Central-Supélec.
00:10Vous avez grandi à Chamclou-les-Vignes, où il n'était pas commun de rêver grand. Racontez-nous.
00:16Merci beaucoup pour l'invitation. C'est vrai que j'ai, à travers mon cursus, que ce soit en classe préparatoire au lycée Jean-Saën ou bien ensuite à Central-Supélec,
00:26j'ai toujours vu une certaine dissonance entre à la fois d'un côté mon milieu social, là où j'ai grandi, et là aussi j'ai mes amis d'enfance, et d'un autre côté...
00:35Qui est un milieu que vous décririez comme défavorisé, vous le dites ?
00:39Oui, défavorisé, modeste, issus de parents qui n'ont pas eu la chance malheureusement de faire des études, et donc il y a toujours eu cette dissonance-là.
00:47Mais mes parents m'ont toujours enseigné qu'il fallait que je prenne ça comme une force, une espèce de rage de vaincre.
00:54Ce que je pourrais appeler ça une revanche sur la vie, je pense. Oui, aujourd'hui, je suis fier de le dire.
00:59En tout cas, c'était assez compliqué, mais je pense que j'ai su tirer quand même le meilleur de cette force-là.
01:06Vous évoquez vos parents, ils sont arrivés en France dans les années 80, ils sont tous les deux agents d'entretien.
01:11Est-ce que votre parcours brillant, vous le devez en partie à eux ?
01:16Totalement, c'est-à-dire que mes parents m'ont toujours enseigné que c'était ce sérieux dans les études qui allait me sortir de cette condition sociale.
01:26Donc j'ai toujours grandi avec, et ça très tôt, ce devoir carrément d'étudier, parfois plus que d'autres personnes qui ont eu des facilités.
01:37Et je pense qu'aujourd'hui, oui, j'en suis totalement redevable, avec d'autres professeurs aussi qui ont su me guider tout selon mon parcours.
01:44École primaire à Chanteléville, lycée à Conflans-Saint-Honorin, vous racontez que plus vous avancez dans votre scolarité, moins il y a de diversité.
01:52Totalement, c'est-à-dire qu'en fait, on a différents obstacles, que ce soit les concours d'entrée, même parfois le simple fait de connaître l'existence même de ces cursus-là,
02:03l'existence de la prépa, comment est-ce qu'on fait pour devenir ingénieur et quelles sont les voies pour arriver à ces grandes écoles.
02:08Et en fait, c'est vrai que plus j'ai avancé, au moins il y avait de diversité sociale, territoriale, et je pense qu'aujourd'hui, j'ai une responsabilité à travers mon cursus.
02:17Et voilà, le fait de le promouvoir, c'est en fait de pouvoir démocratiser l'accès à l'information de ces cursus-là.
02:24Car vous êtes très engagé, et on va continuer à en parler. Ce fossé entre les élèves, vous le mesurez pleinement en entrant en prépa, justement, à Jean-de-Sonde-Sailly, vous l'évoquiez.
02:33C'est dans le 16e arrondissement, les loyers sont chers, vous travaillez avec votre papa l'été pour gagner un peu d'argent.
02:42Là, l'établissement, vous osez enfin en parler, l'établissement va vous entendre.
02:48Exactement, en fait, c'est souvent, je me suis toujours dit, il faut pas que, voilà, il faut qu'il y ait quand même une séparation hermétique entre d'un côté mon milieu social et mon milieu académique.
02:57Je voulais pas en fait que ça interfère.
02:58Pourquoi ?
03:00Parce que je pensais que, peut-être que c'était aussi une question de maturité, mais je voulais que ma réussite soit uniquement le fruit de mon travail.
03:06Et soit pas le fruit d'une, je sais pas, une charité ou autre.
03:09Et je voulais vraiment, en fait, me dire que c'était possible, quel que soit le milieu social.
03:13Et en fait, en effet, en arrivant à Jean-Sonde-Sailly, c'est dans le 16e arrondissement, les loyers sont assez élevés,
03:18et je me rends compte comme quoi c'est assez difficile pour mes parents.
03:21Et donc je décide, en fait, pour la première fois d'en parler à la CPE, à l'époque, de Jean-Sonde-Sailly.
03:28Et en fait, c'est la première fois qu'on me tend la main et qu'on me dit en fait, je crois en vous.
03:32Peu de temps avant, il y avait eu les résultats du premier semestre, où j'avais eu d'excellents résultats.
03:38Et en fait, c'est comme ça aussi que parfois on apprend l'existence de bourses auxquelles on pense pas forcément,
03:44qui sont parfois aussi un peu cachées.
03:46Et c'est grâce à notamment l'une des bourses à Jean-Sonde-Sailly que j'ai pu financer mes études en classe préparatoire,
03:51intégrer l'internat et ensuite pouvoir aborder les concours de façon très sereine.
03:55Vous avez pu obtenir cette bourse à laquelle vous aviez droit.
03:58En dehors de ce système qui se met en place pour vous aider, il y a quand même une forme d'auto-censure.
04:04Vous le dites très bien. Expliquez-nous. Vous vous dites, c'est pas pour moi les grandes écoles, c'est ça ?
04:10Bien sûr. En fait, je pense que c'est quelque chose qui a été étudié en psychologie assez longtemps.
04:14Et en fait, l'auto-censure, c'est le fait de se dire, de s'auto-dénigrer.
04:19C'est-à-dire se dire que les autres ont peut-être une préparation qui a été plus précoce,
04:25qui a été plus organisée par rapport à nous qui débarquons principalement en classe préparatoire
04:30et puis on essaie un peu de rattraper parfois l'écart.
04:34Et en fait, je pense que c'est important de se dire comme quoi ces grandes écoles-là aujourd'hui,
04:38en fait, elles n'attendent que des profits plus divers de façon, à nouveau, d'adversité sociale et territoriale.
04:44Et qu'avec le travail, en fait, tout est possible.
04:46Et que, alors moi, c'était mes parents qui me disaient souvent une chose,
04:48mais en fait, on est tous bébés en ne connaissant absolument rien.
04:52Tout le monde a eu à apprendre au bout d'un moment dans sa vie ce dont il est capable,
04:56il ou elle est capable actuellement.
04:58Et je pense que c'est l'une des affirmations les plus vraies que j'ai entendues jusque-là.
05:02C'est très vrai.
05:03Et puis, il y a l'entrée à Centrale Supélec, un stage à Stanford, un autre à Harvard.
05:08Et cette thèse qui approche, et c'est exceptionnel parce qu'il n'y a pas eu de français depuis 2016,
05:14vous êtes le premier de votre école à intégrer cette thèse à Harvard.
05:18Dans quel but, qu'allez-vous étudier et quel est votre projet professionnel ?
05:21Bien sûr. J'ai orienté mon cursus à Centrale Supélec autour de l'ingénierie biomédicale.
05:27Je reviens d'une année de recherche que j'ai faite aux États-Unis l'année dernière.
05:30Et l'idée de ma thèse, ça va être d'approfondir les sujets de recherche sur lesquels j'ai travaillé
05:35qui portent sur l'utilisation de l'intelligence artificielle en imagerie médicale.
05:40L'idée, c'est d'aider la façon dont les radiologues et les oncologues travaillent au quotidien
05:45pour automatiser certaines tâches qui sont très répétitives et très chronophages
05:49et d'utiliser les derniers modèles d'intelligence artificielle pour les aider.
05:53Je pense que ça va être... Je pense que c'est clairement...
05:55Je disais tout à l'heure que vous vouliez créer la machine qui va révolutionner la détection contre le cancer.
06:00C'est le projet, en fait.
06:01Exactement. Je pense qu'on est dans une ère avec l'intelligence artificielle qui est capable de grands changements.
06:06Et je pense que la façon dont les radiologues vont travailler dans 10 ans, 15 ans, n'aura absolument rien à voir
06:11avec parfois même la façon dont ils ont appris lors de leur cursus en médecine.
06:15Vous disiez il y a quelques instants, c'est un devoir pour moi de témoigner, de parler d'égalité des chances.
06:21Vous êtes aujourd'hui ce qu'on appelle un rôle modèle pour beaucoup de jeunes.
06:26Ce n'est pas trop lourd à porter ? C'est une mission que vous acceptez facilement ?
06:30En fait, je me projette surtout 5, 10 ans en arrière.
06:33Et je me rappelle encore parfois sur Internet, j'essayais de trouver moi-même de classe préparatoire,
06:38témoignage sur YouTube, sur des plateformes.
06:40Et en fait, je me rendais compte qu'il y avait malheureusement une difficulté d'accès à cette information-là.
06:45Et ça, c'est quelque chose dont d'autres personnes, de par leur milieu social ou bien les connaissances,
06:51ont accès à cette information-là.
06:53Et l'idée, ça reste de maintenant démocratiser l'existence de ces cursus d'excellence
06:57et de pouvoir maintenant travailler main dans la main avec les grandes écoles.
07:01Moi, j'ai de la chance cette année d'avoir pu travailler avec Centrale Supélec
07:05pour monter sur pied des projets en ce sens,
07:08pour aller récupérer des élèves, des étudiants dans ces viviers-là,
07:13parce que c'est des étudiants qui sont capables de grandes réussites.
07:16C'est des talents vraiment pour la société française, pour l'économie française.
07:22Et je pense que c'est en ce sens que j'ai ce devoir de responsabilité.
07:26Merci beaucoup, Abdelalamane.
07:28Je précise aussi que vous êtes très impliqué dans l'association qu'on connaît bien ici.
07:32On en a souvent parlé. Viens voir mon taf qui propose aux enfants de 3e,
07:36le fameux stage de 3e, de proposer aux enfants qui n'ont pas de réseau,
07:40d'accéder au métier, de découvrir le métier de leur rêve.
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