- il y a 2 ans
Ce film propose de vivre les quatre années de l'Occupation de la France à travers des archives inédites : les films amateurs tournés par les soldats allemands et les milliers de lettres envoyées à leurs proches. Il s'agit d'un tout nouveau regard sur cette période avec des images personnelles époustouflantes, dénuées de propagande, qui montrent les soldats en maîtres du pays, admirant la France et sa culture ou la haïssant... Nous suivons ainsi de l'intérieur le destin de six soldats allemands, de leur arrivée en France en 1940 jusqu'à la libération en 1944. Un point de vue qui oblige à penser la Seconde Guerre mondiale en des termes différents et à comprendre ces hommes qui occupaient ce territoire au nom du Troisième Reich.
Réalisateurs :
Françoise Cros de Fabrique
Année de Production
Réalisateurs :
Françoise Cros de Fabrique
Année de Production
Catégorie
✨
PersonnesTranscription
00:00sur cette photographie prise en France en juin 1940, un homme en uniforme de la Wehrmacht prend la
00:10pose à côté d'une villageoise, dans l'intimité de sa demeure, à deux pas de son lit. Cet homme
00:17est allemand et son sourire celui du vainqueur. Cette femme est française et son visage fermé
00:24celui de la défaite. Cette image est celle d'un pays humilié.
00:36Pendant plus de quatre ans, la France vivra sous l'occupation allemande.
00:40Le photographe amateur s'appelle Eino, c'est un jeune soldat allemand.
00:59Depuis un mois, à travers ses clichés et les lettres qu'il envoie à ses proches,
01:03il décrit la campagne de France comme on tient un carnet de voyages. Ses images inédites offrent
01:12une vision intime de la guerre, un reflet de son regard et de ses pensées.
01:24Comme lui, des milliers de soldats allemands ont photographié, filmé et raconté l'invasion puis
01:31l'occupation de la France. Voici les images et les mots de six soldats enrôlés dans la Wehrmacht,
01:40l'armée régulière allemande. Six regards sur la France occupée, très éloignés de la réalité des
01:46souffrances de la population et des crimes commis au nom du troisième Reich. Six récits déconcertants
01:55tant ils bousculent notre vision de l'histoire. Que nous racontent-ils ? Qui sommes-nous dans leurs regards ?
02:12Avant la guerre, Eino étudiait la littérature à l'université de Cologne avec Lutz, son ami d'enfance.
02:19C'est à lui qu'il écrit en découvrant la guerre, sa cruauté et ce pays qu'on leur a appris à haïr
02:27sans manquer de l'admirer.
02:32Mon cher Lutz, comment te décrire le paysage ? Van Gogh serait resté ici sous chaque arbre, tellement la beauté est partout.
02:41Mais le pays de racines de Claudel et Cézanne a le visage bien grave en ces heures.
02:51J'ai vu à l'œuvre la puissance des dernières armes de guerre. J'ai traversé des villes désertes,
02:59j'ai croisé du bétail abandonné vagissant de douleurs et partout les ravages de la guerre.
03:12En vérité, une influence nordique ne peut pas faire de mal aux français. Mais que cherchons-nous à faire ?
03:18Voulons-nous anéantir la France ? Ce peuple brave aime aussi la paix et il a de si belles cathédrales.
03:26Ce n'est pas possible.
03:42Malgré ses doutes, Eino partage la fierté de ses camarades devant la débâcle de l'armée française.
03:52Ils en sont convaincus. Vaincre la France, ce n'est que justice.
03:58Dans ses discours, Hitler exhorte ses soldats à défendre l'Allemagne contre l'Angleterre et la France qui lui ont déclaré la guerre.
04:12Gunther est aussi soldat dans la Wehrmacht. Dans le civil, c'est un professeur de mathématiques.
04:19Il est plutôt hostile à la guerre, mais quel honneur de vivre un tel événement.
04:24Le 20 mai, il écrit ces quelques lignes à sa femme.
04:30« Ma guise est là. On ne sait pas combien de temps la France va tenir et on rit de la retraite des soldats.
04:37Ce n'est pas une retraite, ils cherchent juste à sauver leur peau.
04:41Ils jettent leur matériel archaïque sur le bord de la route.
04:44Des voitures, des canons, des armes, sur des kilomètres et des kilomètres.
04:50Dit aux enfants que leur papa va bien et que la guerre est bientôt terminée.
04:54Notre destin est entre les mains du Führer et nous pouvons lui faire confiance.
04:59On n'a jamais vu un homme comme lui, même Frédéric le Grand.
05:04On n'a jamais vu un homme comme lui, même Frédéric le Grand ne lui arrive pas à la cheville. »
05:15Quand son père est tombé durant la Grande Guerre, Gunther n'avait que 12 ans.
05:23La revanche à prendre contre la France s'est transmise d'une génération à l'autre, tel un passage de relais.
05:30Au mois de juin 1940, il arrive à Reims.
05:36« Mes chers fils, ce matin nous avons traversé l'endroit où votre grand-père a été tué en 1915, au cœur de la Champagne.
05:45Je ressens pour lui une telle gratitude.
05:49Mon père, comme bien d'autres, avait prélevé un morceau de ce calcaire champenois blanc comme neige et l'avait envoyé à la maison, en souvenir.
05:57Ici, sur ce petit bout de terre, nos pères se sont battus pendant 4 ans sans avancer.
06:03Nous, 25 ans après, nous l'avons franchi en quelques jours. Verdun tombera aussi. »
06:16Le 14 juin 1940, la nouvelle se propage comme une traînée de poudre entre les unités. Paris est tombée.
06:24L'armée d'Hitler défile sur les Champs-Elysées.
06:31Pour la génération d'Allemands bercées au National-Socialisme, la victoire qui se dessine, c'est le revirement heureux de l'histoire.
06:41Un succès qu'il faut graver sur la pellicule pour l'envoyer chez soi comme un trophée.
06:54En quelques semaines, les Allemands font près de 2 millions de prisonniers dans l'armée française.
07:00Ils les rassemblent dans de grands espaces et les observent, encore surpris de leur exploit.
07:06Ils peuvent enfin donner un visage à l'ennemi.
07:11Helmuth est sous-officier.
07:13C'est un Asie de la première heure et un militaire de carrière.
07:17Il arrive de Pologne, que l'armée allemande a envahi le 1er septembre 1939 et écrasé en quelques semaines.
07:26« Ma bien-aimée, dans les rues d'un village, nous avons jeté des grenades dans les maisons.
07:32J'ai eu peur, j'ai eu peur.
07:34J'ai vu des Marocains en sortir et se rendre.
07:37Je les ai abattus, un par un, à bout portant.
07:41Ces galas peuvent vous trucider à la moindre occasion. »
07:54Pour affronter la Wehrmacht, Helmuth a besoin de l'aide.
07:58Pour affronter la Wehrmacht, la France a mobilisé l'armée coloniale.
08:03Outre les morts au combat, plus d'un millier de ces soldats venus d'Afrique
08:08ont été assassinés par les soldats du Reich alors qu'ils étaient prisonniers.
08:20« Comment peut-on laisser des peuples de couleur se battre contre nous ?
08:23Comment peut-on laisser des peuples de couleur se battre contre nous ?
08:27Est-ce que ce sont des êtres humains ?
08:30On dirait qu'ils sont peints avec du goudron.
08:33Vraiment, jamais auparavant je n'avais ressenti une telle haine contre la France.
08:38Cette grande nation, ce pays qui se prétend le gardien de l'humanité, de la liberté et de la culture. »
08:48Helmuth reprend à son compte les mots de Goebbels, le ministre de la propagande.
08:54Il exhorte le peuple allemand à haïr cette France corrompue
08:59qui ose se battre contre l'Allemagne avec des peuples de couleur.
09:16Le vainqueur d'hier est à genoux.
09:19Quelle satisfaction pour les soldats du Reich de contempler cet officier français
09:24sceller sa rédition à l'ennemi d'une poignée de main.
09:28Ces deux-là se sont déjà rencontrés il y a 22 ans et cette fois la roue a tourné.
09:36Wolfgang est un aristocrate, membre du parti nazi depuis 1934.
09:42Il arrive à Compiègne où l'armistice fut signé en 1918
09:45et ne trouve pas les mots pour raconter à sa famille son émotion.
09:50Alors il dessine.
09:53« Mes chéris, vous ne pouvez imaginer le sentiment qui nous a submergés
09:58quand sur l'épée dorée au-dessus de l'aigle mordant la poussière,
10:02nous avons déployé un drapeau étincelant avec une croix gammée.
10:06C'est merveilleux de voir s'accomplir l'œuvre à laquelle nous participons.
10:11Demain nous irons encore plus loin.
10:13Nous ferons ce qu'il faut pour que la guerre se termine bientôt et pour toujours.
10:18Nous apprendrons aux Français comment vivre en paix. »
10:21Les civils ont fui l'avancée allemande et les soldats s'installent dans les maisons désertées.
10:27Ils goûtent le plaisir de ce confort usurpé.
10:31Les soldats se sentent en sécurité.
10:34Les armes sont en place.
10:37Les armes sont en place.
10:40Les armes sont en place.
10:43Les armes sont en place.
10:46Les armes sont en place.
10:49Ils goûtent le plaisir de ce confort usurpé.
10:52Mais Gunther, le professeur berlinois, paraît embarrassé.
10:59« Ma guise est là. Nous logeons dans une jolie villa.
11:03Ici, je ressens pour la première fois depuis des mois ce qu'est un foyer.
11:07Sur la table, il y a encore des fleurs fraîches et colorées.
11:11Quelle sensation désagréable d'entrer dans la maison d'un étranger.
11:15Comme c'est triste pour ces gens d'avoir dû fuir leur foyer et de le voir profaner.
11:20Imagine-toi un seul instant si nous devions quitter notre maison acquise à la sueur de notre front et tout perdre. »
11:39Le 22 juin, la France demande l'armistice à l'Allemagne.
11:45Les soldats célèbrent l'événement en sabrant le champagne.
11:50Cette guerre est terminée et ils en sont les vainqueurs.
12:15Avec l'arrêt des combats, les millions de Français de l'exode qui avait fui devant l'avancée allemande rentrent chez eux.
12:24Dans son album photo, Hainaut rend compte d'une immense détresse.
12:29Chez ce jeune homme cultivé et curieux, la sensibilité n'est jamais très loin.
12:34Mais il y a toujours un risque.
12:36Hainaut rend compte d'une immense détresse.
12:39Chez ce jeune homme cultivé et curieux, la sensibilité n'est jamais très loin.
12:44Mais il ne se sent en rien responsable du malheur des vaincus.
12:50« Cher Lutz, l'image de ces milliers de réfugiés qui reviennent est si déchirante qu'on hésite entre la compassion pour ce peuple vaincu
13:00ou la colère face à l'irresponsabilité de leurs anciens dirigeants. »
13:07Nous leur avons demandé pourquoi ils avaient fui, ils ont paniqué.
13:13La propagande leur avait martelé que nous assassinons les enfants et mettons le feu aux églises.
13:19Que de mensonges.
13:23Il faut reconnaître une chose aux Français.
13:26Ils portent dignement leur lourd destin.
13:29Ils ne se plaignent pas.
13:30Beaucoup arborent un ruban noir en signe de deuil.
13:33Et ils conservent leur politesse naturelle de vrais gentils hommes.
13:37Je pense qu'il y a beaucoup plus de choses qui nous unissent aux Français qu'on ne l'imagine.
13:51Beaucoup m'en dit désespérément du pain.
13:55Nous partageons avec eux la viande, le froid, la douleur.
13:58Nous partageons avec eux la viande, le fromage, le chocolat.
14:03Ce qu'ils ne savent pas, c'est que tout vient de chez eux.
14:13Quand nous nettoyons un village, on cherche dans les maisons ce qu'il y a à manger.
14:17Aujourd'hui, notre chef a trouvé un demi quintal de bœuf.
14:21Il y aura du rôti demain.
14:23Et sûrement du champagne et du cognac.
14:25En fait, nous sommes comme des esseins de sauterelles.
14:28C'est ce qu'il nous faut.
14:34La France est un pays de cocagne.
14:39Les maisons vides, les cafés abandonnés.
14:42Une aubaine pour les soldats.
14:48De son côté, Wolfgang vient d'arriver à Bordeaux, à l'état-major.
14:52La région lui plaît.
14:54Et pour améliorer son accent,
14:55il récite les fables de La Fontaine tous les matins en se rasant.
15:00Il découvre peu à peu les Français,
15:03dont le désarroi est immense.
15:06Mais les soldats les traitent avec indifférence
15:08et les oublient dès qu'ils se retrouvent entre eux.
15:13Ma chérie,
15:15des civils défilent à notre bureau.
15:18Des femmes veulent des nouvelles de leur mari prisonnier en Allemagne.
15:21D'autres se plaignent que les autorités leur ont distribué moins d'essence qu'aux députés,
15:25qui en a eu beaucoup car il est mieux placé.
15:28On nous demande l'impossible,
15:30et il faut savoir différencier les pots de colle et les curieux des nécessiteux.
15:35Les gens désespérés parlent vite.
15:37Et dès qu'ils voient qu'on les comprend un peu,
15:39ils lâchent un torrent de mots.
15:51Une élégante et opulente maison de la région
15:54a été réquisitionnée pour les membres de l'état-major.
15:58Wolfgang y découvre un incroyable confort.
16:02Des œuvres d'art, des objets précieux.
16:11Nous nous demandions à qui appartenait cette villa au goût si particulier
16:15quand une carte de visite de Wolfgang
16:17nous apporta la réponse.
16:19Baron Philippe de Rothschild.
16:22À vrai dire, nous nous en doutions un peu.
16:25Aujourd'hui, il est en Amérique, il a sauvé sa fortune,
16:28mais il a dû laisser sa maison et sa plage,
16:31et ce sont désormais les soldats allemands qui en profitent.
16:34Ici, nous oublierons vite le juif et la guerre.
16:48En France, les soldats allemands se sentent chez eux.
16:52Ils s'y installent en seigneur.
16:55C'est pour eux le temps de l'idylle qu'ils vivent avec ce pays,
16:58son climat et son art de vivre.
17:02De son côté, la population française est encore sonnée,
17:06abasourdie par la défaite,
17:08et sidérée par ces soldats qui s'invitent chez eux
17:10et les traitent avec condescendance.
17:13Hitler leur a demandé de se comporter correctement.
17:15Ils sont polis et souriants.
17:18Mais pour combien de temps ?
17:34Au-delà de tout, ce que les soldats brûlent de connaître, c'est Paris.
17:39En juillet 1940, les Parisiens qui avaient fui ont retrouvé leur foyer.
17:43La capitale reprend le rythme d'un été presque ordinaire.
17:47Gunther, le professeur berlinois, y est affecté.
17:53Ma guise est là.
17:55Je suis comme un enfant le jour de Noël.
17:58Il est arrivé ce dont j'ai toujours rêvé.
18:01Je suis allé à Paris.
18:03À chaque coin de rue, surgit un monument, une église ou un palais.
18:08Nous avons longé les Tuileries, un parc très soigné.
18:14Puis nous sommes allés voir Notre-Dame.
18:17Malheureusement, la porte était fermée, mais j'ai été très impressionné par la façade.
18:22Je connais maintenant trois des plus célèbres cathédrales françaises.
18:26Amiens, Paris et Chartres.
18:30J'espère pouvoir en voir d'autres.
18:39J'ai goûté à la vie nocturne parisienne, à trois reprises.
18:44Je me suis couché à 4 ou 5 heures du matin.
18:47Je pense qu'on ne trouve ce genre de vie et d'ambiance qu'à Paris.
19:09Gunther jubile et savoure sa chance sous le soleil de l'été
19:14et dans cette guerre qui prend des airs de voyage touristique.
19:21C'est à ce moment-là que Court arrive à Paris.
19:26Dans le civil, il est mécanicien.
19:29Il a 24 ans et vient de se marier.
19:33C'est la première fois qu'il se sépare de Martha, sa jeune épouse.
19:38Ma petite Martha, nous sommes logés à l'hôtel et vivons comme Dieu en France.
19:43Des savons fins, une chemise et un slip frais tous les jours.
19:47Tu te rends compte ?
19:49Vin rouge, café, fruits en conserve, pain blanc, poulet rôti, champagne.
19:53Mais c'est étonnant, je n'ai trouvé ni grenouille ni escargot dans les restaurants.
19:58Nous avons aussi des cigarettes, pour la plupart anglaises.
20:02Les françaises sont trop fortes pour nous.
20:05C'est que nous sommes exigeants.
20:06Parfois, j'ai presque honte d'aller si bien ici.
20:13Court n'a jamais vu une telle abondance,
20:16comme la plupart des Allemands élevés après la Grande Guerre.
20:19Il a un appétit d'ogre et son pouvoir d'achat lui fait tourner la tête.
20:27L'occupant a fait passer le marque de 12 à 20 francs.
20:31À tous les échelons des instances de l'occupation,
20:33le pillage économique de la France se met en place.
20:41J'ai un sacré problème, une frénésie d'achat difficile à maîtriser.
20:46Je t'ai préparé des colis, du café, du chocolat et du thé,
20:50trois paires de chaussettes contre les pieds froids, un maillot de bain,
20:53un foulard en soie naturelle ainsi que deux tubes de crème,
20:56une paire de gants, un carton de savon et deux plottes de laine,
20:59une paire de bas en soie, un pyjama, deux chemises de nuit,
21:03un tablier pour mère, une cagoule et surtout du parfum.
21:09J'aurai une vraie petite parisienne à la maison.
21:22Au début de l'automne, c'est au tour du militaire de carrière Helmuth
21:26de découvrir la capitale de la France.
21:29C'est donc ça la plus belle ville du monde ?
21:32Une mer de pierres avec des couples mixtes, des rues sans jeunesse,
21:36des femmes sans enfants, des nantis qui dînent au champagne,
21:40des paresseuses sur les terrasses des cafés qui ne connaissent du travail que le mot.
21:44La légèreté et la facilité rongent l'âme de ce peuple.
21:48Et qu'est-ce que les femmes sont maquillées ?
21:51Tu n'as pas idée, quel horrible barbouillage.
21:54Ces lèvres rouges vifs, ces visages peints en jaune,
21:57ces sourcils noirs comme du charbon.
22:00Et puis ces ongles rouges et sales.
22:03Quelle horreur.
22:08Si les nazis voient du vice dans la tenue des femmes,
22:11la française reste un fantasme.
22:14Les hommes se servent de leurs caméras pour les séduire
22:17ou les filmer à leur insu.
22:19Découvrant la vie en même temps que la France,
22:22le jeune Heino n'y est pas insensible.
22:27Lutz, mon ami, on m'a prodigué un bon conseil.
22:31Ne pas regarder trop profondément une jolie française dans les yeux.
22:36L'amour est dans ce pays un mot magique.
22:39Ici, il y a des femmes aussi belles que celles des tableaux d'or noir.
22:43Mais au-delà des jeux de séduction entre les françaises et les soldats allemands,
22:47Heino perçoit aussi la misère et la violence.
22:54Certaines s'offrent aux soldats d'une façon réellement incompréhensible.
22:58Et je suis un peu sceptique à propos du brûlant sentiment patriotique des Français.
23:03Mais il y a aussi des femmes,
23:06des femmes qui ne sont pas des hommes,
23:09mais des femmes qui sont des femmes.
23:11C'est le sentiment patriotique des Français.
23:15Elles disent que ce n'est pas leur métier,
23:18mais qu'elles n'ont plus de travail et que c'est pour ne pas crever de faim.
23:24À travers les mots et les images des soldats allemands,
23:28les femmes françaises apparaissent comme une part du butin du haut vainqueur.
23:33Helmuth est choqué par la complaisance des autorités allemandes
23:37qui vont jusqu'à installer des bordels pour canaliser les fantasmes des soldats
23:42et contrôler leur hygiène.
23:45La France est devenue un gigantesque lieu de distraction.
23:49Picolés, forniqués, la plupart des troufions ne connaissent plus rien d'autre.
23:54Je n'aime pas leur compagnie. Ils me font honte.
23:57C'est douloureux de voir comme les Allemands se sont vite adaptés aux créatures étrangères.
24:01Surtout ici, en France.
24:04Ils sont influençables et pervertis.
24:17Quand Eilnaud revient de permission au début de l'année 41,
24:21les soldats allemands se sentent plus à l'aise.
24:23Quand Eilnaud revient de permission au début de l'année 41,
24:27c'est en Bretagne qu'il est affecté au service des renseignements.
24:32Ses lettres à Lutz prennent une autre couleur.
24:36La légèreté de 1940 semble appartenir au passé.
24:42Mon cher Lutz, nous sommes bien mieux en France qu'en Pologne,
24:46mais on sent malgré tout une certaine hostilité.
24:49Je viens d'avoir une sérieuse dispute dans une boutique pour 200 grammes de pain.
24:54Il ne reste pratiquement plus rien à acheter.
24:57Ce pays a été complètement pillé.
25:00La France n'a rien à manger et doit nourrir nos troupes d'occupation.
25:04Et même si j'ai de quoi payer,
25:07j'ai parfois le sentiment de dépouiller un cadavre.
25:13Les Français ont faim.
25:16Les champs ne sont plus cultivés.
25:19Les paysans, mobilisés en 1940, sont désormais prisonniers dans les stalags.
25:23Partout, les greniers sont vides.
25:26Les stocks, envoyés en Allemagne, épuisés.
25:38En quelques mois, Paris a changé de visage.
25:50Ma douce Gisela.
25:53Ce qu'il y a de plus frappant maintenant, c'est le silence.
25:56Le bouillonnement caractéristique des rues de Paris s'étue.
26:00On n'entend plus que les bottes des militaires,
26:03des bruits de pas sur les trottoirs,
26:05les bruissements des vélos,
26:07les cris des vendeurs de journaux.
26:09Les queues devant les magasins chuchotent,
26:11les cafés murmurent.
26:14Les Parisiens sortent transis de leur logement sans chauffage
26:17pour aller se serrer dans les bistrots.
26:20Mais ils semblent supporter les privations avec légèreté et noblesse.
26:25Et même si l'époque se lit sur tous les visages,
26:28on n'arrive pas à éteindre le chic inimitable de la parisienne.
26:37L'économie de guerre ramène les soldats à la réalité.
26:42Si Gunther est sensible au changement d'ambiance,
26:44au regard fébrile qu'il croise dans les rues de Paris,
26:47l'officier Wolfgang, lui, semble naviguer dans d'autres sphères.
26:53Des sphères dans lesquelles des Français vivent à l'heure allemande
26:56et mangent à l'heure faim,
26:58quand ils ne dînent pas au champagne.
27:10Ma femme chérie,
27:11les Français prennent d'assaut le Trocadéro pour écouter Wagner.
27:15C'est la plus grande salle de concert de Paris.
27:18N'est-ce pas formidable de voir que les forces allemandes
27:21enthousiasment ce peuple qui nous est au fond encore hostile ?
27:25Ils savent que cette salle est entièrement ornée de drapeaux à croix gammées,
27:29ils viennent tout de même.
27:31Contrairement à l'anglais,
27:33que le français n'a jamais aimé car c'est un barbare,
27:36le parisien est surpris de découvrir dans le nazi
27:38un européen civilisé et cultivé.
27:41Il faut certes plus qu'un événement culturel
27:44pour créer des liens d'amitié,
27:46il faudra aussi leur rendre la nourriture et la liberté.
27:49Nous verrons bien.
28:09Heino a réquisitionné une chambre chez l'habitant dans un village en Bretagne.
28:16Il découvre la France rurale.
28:20Une France qui échappe à celle qu'il avait en rêve depuis l'Allemagne,
28:24la France des peintres et des poètes.
28:27Il raconte à son ami Lutz
28:30les tensions qui s'accumulent dans la ville.
28:33Il y a des années,
28:34il raconte à son ami Lutz
28:37les tensions qui s'accumulent
28:39et l'hostilité qui grandit
28:41alors que dans le même temps, la collaboration s'installe.
28:53On devient un peu plus familier avec les gens
28:56et le maire commence à parler politique.
28:59La France est déchirée politiquement.
29:01Il y a ceux qui défendent la collaboration avec l'Allemagne
29:05et la cause de la nouvelle Europe,
29:07comme le maire du village, que les gens surnomment Fritz
29:10et une autre opposition qui exprime subtilement sa haine.
29:14Ce sont des gens qui font des difficultés de tout,
29:17malgré notre bonne volonté.
29:19Ce sont les mêmes qui prennent les armes contre l'Allemagne avec de Gaulle.
29:23Les Français ont le cul entre deux chaises.
29:25Ils ne font que se plaindre.
29:27On les prive de cigarettes et c'est un drame.
29:29Ils soupirent tout en se dirigeant vers un bistrot agréablement ombragé
29:33pour siroter une suse.
29:36La France actuelle n'est plus celle du temps des cathédrales.
29:52Le 22 juin 1941,
29:55Hitler envahit l'Union soviétique.
29:57En France, les communistes entrent en résistance et organisent des attentats.
30:03Pour chaque soldat allemand qui tombe,
30:06plusieurs dizaines d'otages français sont fusillés.
30:09Un climat de défiance s'installe entre l'occupant et l'occupé.
30:14Une atmosphère délétère.
30:16Pourtant, à peine perceptible au bord de l'océan
30:20où l'officier Wolfgang profite de la plage.
30:22Ma femme chérie.
30:24On dirait qu'une conspiration cherche à troubler par la violence
30:28les bonnes relations des Allemands avec les Français.
30:31On nous force à prendre des mesures sévères
30:34qui provoquent de l'amertume parmi les opprimés.
30:37On est tout de même en pays ennemi, mais on l'avait oublié.
30:41La vie est si douce.
30:47Les camarades sont déjà sur la plage, sans uniforme.
30:49Nous allons consacrer le week-end à l'eau, au soleil, au bon repas
30:54et à toutes les bêtises dont les officiers sont capables.
31:02La réalité va bientôt arracher les soldats d'occupation à leur insouciance.
31:12Avec la guerre sur le front de l'Est, les permissions sont suspendues.
31:15Courte, cantonnée en région parisienne, se languit.
31:21Ma petite Martha,
31:23ça fait 190 jours que nous sommes séparés.
31:26Je n'ai plus d'énergie et n'ai envie de rien.
31:29Dans les actualités, ils ont montré le fureur auprès de ces soldats.
31:33La propagande vise maintenant à convaincre les Français
31:36que notre fureur a réalisé ce que Napoléon avait tenté en vain.
31:40L'Europe unie.
31:41Après la guerre, il faudra nous ficher la paix.
31:44Tu n'as pas idée comme je commence à haïr l'uniforme.
31:57En Bretagne, Eino s'installe dans l'intimité des habitants
32:01et s'attache peu à peu à ce peuple ennemi.
32:04Cher Lutz,
32:06nous nous entendons bien avec la famille qui nous loge.
32:09Le père est sympathique,
32:11sa femme est jeune et élancée comme sont les mères françaises,
32:14si différentes des nôtres.
32:17C'est étonnant, car ils sont bienveillants avec nous.
32:21Et ce n'est pas la peur qui les guide.
32:26Aujourd'hui, j'ai vu ici au marché
32:29une vieille femme de Paris,
32:30Aujourd'hui, j'ai vu ici au marché
32:33une vieille femme de pêcheur,
32:35un beau visage avec des yeux profonds, beaux et sévères.
32:40Nulle part comme en France,
32:42je n'ai vu sur les visages des vieilles femmes
32:44des yeux si éclatants.
32:48Je me sens honteux quelquefois
32:50quand leurs regards croisent le mien.
33:00Au printemps 1942,
33:02après quelques mois passés sur le front de l'Est,
33:05Helmut est de retour dans le centre de la France.
33:08Parcourant les villages,
33:10il participe à la réquisition des chevaux
33:13au profit de l'armée allemande.
33:16Il y a parfois des scènes terribles et de durs combats avec les paysans.
33:20Mais il n'y a pas de problème.
33:22Il y a des gens qui sont là pour l'argent.
33:24Il y a des gens qui sont là pour l'argent.
33:26Il y a des gens qui sont là pour l'argent.
33:27Il y a des scènes terribles et de durs combats avec les paysans.
33:31On leur prend environ 6% de leur effectif en chevaux de labour.
33:35Ce qui n'est pas grand chose vu le grand nombre de chevaux qui courent par ici.
33:39C'est pourquoi j'écoute les plaintes des paysans sans émotion.
33:43Surtout qu'on les paye très bien.
33:45Ils sont paresseux
33:47et laissent beaucoup de terres incultes.
33:49Il n'y a aucune trace de modernisation, de développement.
33:53Comme le grand-père a travaillé, le fils doit continuer.
33:57Les chevaux puent, tout comme eux.
33:59Leur logement, tous les villages et moi avec.
34:01Quand je suis allé dans leur maison ou dans leur étable.
34:08Helmuth feint d'ignorer que, privés de leurs chevaux,
34:11les paysans ne peuvent plus exploiter leurs terres
34:14ni ravitailler les centres-villes.
34:18Que la France se saigne pour nourrir l'Allemagne
34:21et payer les indemnités astronomiques que lui réclame Berlin.
34:24Il feint d'ignorer que les Français souffrent à présent de malnutrition.
34:32Et la cécité des Allemands ne s'arrête pas là.
34:42Les films des soldats allemands pourraient défiler sans cesse.
34:46On y chercherait en vain une étoile jaune.
34:50Elle est pourtant devenue obligatoire.
34:52Elle est pourtant devenue obligatoire depuis le 7 juin 1942.
34:58Mais les Juifs sont absents de leurs images.
35:01Occultés. Déjà éliminés.
35:05Court explique à Martha l'attitude qu'il faut avoir à l'égard des Juifs.
35:09Mais il ne parvient pas à les nommer.
35:16Ce qui est étonnant, c'est que les...
35:19Je ne veux pas dire le mot.
35:21C'est le mot différent de ceux de chez nous.
35:23D'une façon générale, ils ne donnent pas l'impression d'être...
35:26Enfin, ils ressemblent vraiment aux autres gens.
35:30Et d'ailleurs, je suis étonné de voir que malgré l'étoile jaune sur leurs vêtements,
35:34la population française ne s'écarte pas d'eux dans la rue.
35:37Il faudra que la France prenne un jour conscience du problème.
35:47Cour de ronds avec le silence assourdissant qui entoure la persécution
35:51et la déportation des Juifs de France.
35:56Les soldats n'en parlent pas dans leurs lettres.
35:59Pourtant, le commandement militaire allemand
36:02prie une part active à la déportation des Juifs,
36:05s'appuyant sur le gouvernement de Vichy et les forces de l'ordre de l'État français.
36:14Plus de 74 000 d'entre eux ont été déportés durant l'occupation allemande.
36:22Nazis convaincus,
36:25Helmut évoque Joseph Darnan, chef de la milice française au service de l'occupant
36:30et secrétaire général au maintien de l'ordre du maréchal Pétain.
36:36Ma bien-aimée, as-tu entendu comment Darnan aide maintenant à faire le ménage ?
36:42Beaucoup vont y laisser leur peau.
36:45On pourrait s'en émouvoir, mais quand on pense à la grande idée qui nous anime,
36:49on se dit que c'est nécessaire.
36:51Après tout, ce ne sont que des Juifs.
36:54Ils voudraient bien pouvoir se débarrasser de leur étoile jaune afin qu'on ne les reconnaisse pas.
36:58Mais ils reçoivent des coups de la part des SS et alors, ils filent doux.
37:16Sur le front de l'Est, la ville de Stalingrad saigne l'armée allemande qui commence à reculer.
37:22Chaque homme valide compte pour affronter l'armée rouge.
37:27En septembre 1942, Eino doit s'arracher à son oasis.
37:37Adieu la France.
37:40Tu seras dans mon cœur jusqu'à la fin de ma vie.
37:43Je garderai en tête la musique entraînante de l'accordéon qu'on entend dans tous les bistrots.
37:48Pour mon départ, il y a eu une petite fête à la maison.
37:51Il y avait de la musique et toute la famille dansait avec une élégance naturelle et une joie de vivre inimitable.
37:58Quand nous nous sommes dit au revoir, la mère me dit « Que va-t-il advenir de nous maintenant ?
38:04Les soldats qui viendront après vous, seront-ils comme vous ? »
38:18En réaction au débarquement des Alliés en Afrique du Nord, Hitler envahit la zone libre.
38:25Kurth et son unité franchissent la ligne de démarcation le 11 novembre 1942 et arrivent dans le sud de la France.
38:35Ils découvrent ses autres Français qui le bousculent dans ses certitudes.
38:42Martha, on nous donne de fausses informations.
38:45On nous donne de fausses informations.
38:48Cet après-midi, j'ai rencontré des fermiers.
38:51L'un m'a dit bonjour en s'inclinant, mais l'autre s'est détourné en crachant par terre.
38:57Je ressens le rejet partout.
39:00Tout ça pourquoi ? Pour quelle cause ?
39:03Quand tout ça va-t-il finir ?
39:06Cette nuit, j'ai rallumé la lumière pour t'écrire.
39:08Martha, je pense à ton corps, à tes baisers, à ton visage, à tes bras, à ta poitrine, tes hanches.
39:16Martha, je n'arrive plus à supporter ton absence.
39:261943. Gunther est pris de vertige en retrouvant Paris.
39:31Il vient de passer un an sur le front de l'Est.
39:33C'est un homme détruit, saturé de violence.
39:37Comme des milliers de ses camarades, il est envoyé au repos sur les bords de la Seine.
39:44Gisela, après avoir vu toutes ces villes dévastées, ce Paris intact est un mirage, un miracle.
39:53Pourtant la France a changé depuis mon départ.
39:56Je n'avais pas connu une telle haine, une telle hostilité à notre égard.
40:00Mais moi aussi, je suis différent.
40:06Quiconque a vu ce qu'il y a derrière le nom de Stalingrad, a marché et combattu jour et nuit avec les pieds gelés,
40:13a écouté le râle de ses camarades mutilés, sait aujourd'hui ce que vaut la vie.
40:18Tout le reste, la politique, la religion, la justice et l'injustice, est tout simplement absurde.
40:25Je ne sais plus regarder le ciel.
40:35Le 2 février 1943, l'armée allemande capitule à Stalingrad.
40:41Indigné par cet affront, Helmuth cherche un exutoire à son impuissance.
40:47Il le trouve dans la répression de ce que les Allemands appellent « l'armée allemande ».
40:52Il le trouve dans la répression de ce que les Allemands appellent « les terroristes ».
40:57Des opérations que les soldats n'ont pas filmées, ou presque.
41:01L'un d'eux a saisi sa caméra lors d'un raid sur un village.
41:08Hier, nous avons reçu l'ordre d'aller neutraliser les partisans.
41:12Nous avons parcouru 15 kilomètres à vélo et encerclé un village.
41:16Le premier « monsieur » que j'ai croisé m'a donné ses papiers.
41:20Et quand j'ai vérifié ses poches, il y avait trois pistolets avec des munitions.
41:25Ils ne représentent plus de danger désormais.
41:28Ce sont des gens amers et haineux, qui n'ont rien appris de l'histoire,
41:32qui persistent dans leur volonté de revanche.
41:35Pour eux, tous les moyens sont bons.
41:38Attentats à la bombe, meurtres, pillages alimentaires à l'encontre de leurs propres compatriotes.
41:46L'Armée nationale
41:55Les difficultés militaires s'accumulent.
41:58Hitler proclame la mobilisation générale pour une guerre totale.
42:04Les soldats sont appelés de plus en plus jeunes.
42:09Lycéen à Stuttgart, Ludwig est envoyé sur la côte normande,
42:12envoyé sur la côte normande, exposé aux bombardements anglais.
42:17Il avait seulement 14 ans quand la guerre a commencé.
42:20Il va enfin pouvoir servir le Führer et sa patrie.
42:23Il est heureux.
42:27Ma chère maman,
42:28dans ta dernière lettre, tu me demandes si nous avons des armes à feu.
42:32Mais maman, que veux-tu dire ?
42:34Penses-tu qu'on se jette des pierres ici ?
42:36Chaque soldat a son fusil, bien sûr, ou un pistolet.
42:39Mais n'aie pas peur.
42:41Soleil éclatant, château de comtes de fées,
42:44le cocorico des coques et la cloche de la chapelle,
42:47voilà les environs dans lesquels je me suis réveillé ce matin.
42:50La France est un paradis.
43:12La France offre encore aux soldats les moyens de s'arracher à la guerre.
43:19Après Paris, Gunther est transféré dans le Midi,
43:22où il semble retrouver un nouveau souffle.
43:25Ma chère Gisela,
43:27je suis maintenant dans la région la plus belle,
43:29la plus élégante et la plus chère du monde,
43:32la côte méditerranéenne.
43:34Il y a de grands palmiers, des jardins fleuris et parfumés.
43:39La mer est bleue et claire comme une source.
43:42Je joins à cette lettre une bizarrerie.
43:45C'est une feuille de citronnier.
43:47Frotte-la, tu verras, ça sent le citron.
43:52Pour Gunther, la côte d'Azur est un havre en cet été 43.
44:00En Allemagne, les bombardiers alliés ciblent les civils
44:03et causent des dévastations d'une ampleur jusque-là inégalée.
44:09Je suis assis dans un jardin embragé,
44:11le torse nu et bronzé comme jamais auparavant.
44:15Je devrais être heureux,
44:17pourtant je sens monter en moi la mauvaise conscience.
44:21J'ai lu avec inquiétude les récentes attaques contre Berlin.
44:25Chez vous, l'enfer se déchaîne,
44:27et ici, c'est le paradis.
44:30Je suis devenu un lâche, un planqué.
44:33Écris-moi et soyez très prudent.
44:39L'horizon s'assombrit.
44:41La Royal Air Force bombarde les côtes françaises.
44:45Comme tous les garçons des jeunesses hitlériennes,
44:48Ludwig attend l'occasion d'accomplir enfin son devoir.
44:53Ma chère maman,
44:55ici, tout a foutu le camp hier.
44:58J'ai vu mon premier combat aérien.
45:00Il a dit qu'il n'y avait plus rien.
45:02Il a dit qu'il n'y avait plus rien.
45:05J'ai vu mon premier combat aérien.
45:07Il a duré seulement cinq secondes.
45:09Un déluge de feu, un avion en flamme,
45:12un nuage de fumée,
45:14et puis des débris,
45:16des morceaux de chair carbonisés,
45:18les morceaux d'un homme.
45:24J'ai vu un camarade à l'agonie qui parlait encore de l'Allemagne
45:27à l'heure où son cœur s'est arrêté,
45:29les yeux brillant une dernière fois en pensant à notre victoire.
45:32C'est sans doute ce qu'il m'a été donné de voir de plus beau.
45:39N'aie pas peur, chère maman.
45:41Mais si la mort devait me frapper,
45:43dis-toi que c'était la volonté de Dieu.
45:56La tension monte.
45:58Les réseaux de résistance se développent.
46:02La violence répressive de l'occupant s'intensifie.
46:06Signe de l'intranquillité des soldats,
46:08leurs images se raréfient.
46:11Sur leurs pellicules, peu de Français,
46:13qui manifestent désormais ouvertement leur haine,
46:16mais des plans volés,
46:18et surtout, des scènes plus intimes,
46:20comme un repli sur soi.
46:24La nuit, ça remue sur les chemins de fer.
46:27Quand ce ne sont pas les bombardements,
46:29ce sont les attentats qui noircèlent.
46:32Les terroristes cherchent à saboter les voies.
46:34Nous n'entendons et nous voyons rien.
46:37Mais nous dormons la nuit avec le pistolet déverrouillé à nos côtés.
46:41Il y a beaucoup de partisans.
46:43L'air est inconfortable.
46:526 juin 1944.
46:54La tension accumulée éclate dans la nuit.
46:59La guerre de Guizela.
47:04Gunther, resté au repos sur la côte d'Azur,
47:07accueille cette nouvelle avec lucidité.
47:11Guizela.
47:12Aujourd'hui, je me suis levé tard.
47:14Ma logeuse parlait avec une amie d'un air assez mystérieux.
47:17Elle s'inquiétait pour moi à cause d'une invasion des Américains
47:20qui aurait commencé.
47:22C'était à la fois drôle et touchant.
47:26On m'a confirmé la rumeur.
47:28Les premiers éléments détachés ont été repérés peu après minuit.
47:32De nombreuses armadas et onze mille avions ont participé aux opérations.
47:37C'est là, sans aucun doute, le début de la grande attaque
47:40qui fera passer ce jour dans l'histoire.
47:47Ma bien-aimée.
47:48Vous avez dû avoir un sacré choc en apprenant que les Anglais,
47:51les Thomis, avaient débarqué.
47:54Depuis, le trafic des trains est ralenti.
47:56Des jours n'en arrivent plus.
47:58L'éclairage électrique et le gaz sont limités.
48:01Les usines sont paralysées.
48:04Nous voilà progressivement revenus en état de guerre.
48:20Les soldats allemands découvrent la puissance matérielle des Alliés
48:23et leur suprématie dans les airs.
48:26Les voies de communication sont bombardées ou sabotées par les réseaux de résistance.
48:31La Normandie semble coupée de l'arrière.
48:40On dirait que les choses se gâtent.
48:42Mon unité a dû se retirer en vitesse.
48:44Les Thomis sont derrière nous.
48:47S'ils continuent comme ça, ils seront là après-demain.
48:50En fait, on ne comprend pas vraiment ce qui se passe.
48:52Une ville après l'autre tombe sans qu'on s'oppose vraiment à l'adversaire.
48:56Mais on nous donnera les informations en temps voulu.
48:59On ne cache rien aux soldats allemands.
49:09Les rares images que les soldats parviennent encore à saisir
49:12traduisent la confusion dans laquelle ils se trouvent.
49:16Courte n'y croit plus.
49:18Mécanicien dans le civil,
49:20il évalue mieux que ses camarades l'écrasante puissance industrielle des Alliés.
49:30Son regard s'arrête sur ces Français qui souffrent sous les bombes de leurs libérateurs,
49:35sur les drames de la guerre.
49:41C'est un spectacle épouvantable de voir les Français sortir dans les rues,
49:45effrayés par les avions qui tirent sur tout, même sur les civils.
49:50Les Américains font des ravages.
49:52Il n'y aura bientôt plus une seule ville dans le nord-ouest de la France.
49:56J'espère en secret que le débarquement mettra un terme à la guerre.
50:08La précipitation de la retraite offre peu de répit aux soldats.
50:15Dans cette séquence, ils se filment profitant d'une rivière pour se laver.
50:20C'est lors d'un moment tel que celui-là qu'Helmut écrit à sa femme.
50:25Comme le régime dont il se fait le relais,
50:27il s'accroche à l'idée d'un renversement de la situation.
50:34Il paraît qu'il y a eu des Français qui ont tiré sur des Anglais et des Américains.
50:38Les prétendus libérateurs sont encore moins aimés,
50:40voire aussi haïs que les Allemands ne l'étaient jusque-là.
50:46La situation a empiré plus qu'on ne le pensait.
50:49Maintenant, les Anglo-Américains sont à Paris.
50:52C'est malheureux.
50:53Les Parisiens verront bien la différence entre l'occupation allemande et l'occupation des Tomiz.
51:05L'onde de choc du débarquement atteint Gunther jusqu'en Provence.
51:10Les résistants sortent des maquis.
51:13Lors d'une patrouille, Gunther est grièvement blessé.
51:16Ses jours ne sont pas en danger.
51:18Mais le goût de vivre qu'il semblait avoir retrouvé n'est plus.
51:24Gisela, on vient de me dire que l'homme qui m'a tiré dessus a été attrapé avec le reste de sa bande.
51:30Il a été abattu.
51:32Je suis sans haine.
51:33Le crime a trouvé sa punition.
51:37Depuis le début de la guerre, je suis devenu un vieillard.
51:40Un vieillard totalement endurci et apathique.
51:43Sentir combien on est usé en soi, c'est trop dur.
51:52Les méthodes de commandement en vigueur à l'Est imprègnent peu à peu le front de l'Ouest.
51:57Aucune tolérance devant l'épuisement des soldats.
52:00Quand un soldat flanche, son unité assiste à son exécution.
52:06Courte a vécu cet événement.
52:08Faisant fi de la censure, il confie sa détresse à Marta.
52:15Marta.
52:16Un brigadier a tenté de déserter.
52:19Je le connaissais bien.
52:21Il était dans mon unité.
52:23Il a été exécuté.
52:25Ça s'est passé devant moi, et je suis très ébranlé.
52:29Il n'a aucun moyen de sortir du rang.
52:31De lever les yeux, sans mettre sa vie en danger.
52:34Pourtant de sombres pensées ont commencé à venir.
52:36Pourtant de sombres pensées ont commencé à s'insinuer en moi.
52:39Je ne vois aucune issue.
52:43Après le débarquement de Provence le 15 août 1944,
52:47Hitler ordonne la retraite.
52:50C'est la débandade, la honte et l'humiliation pour les soldats.
52:55En septembre, Ludwig est en Alsace où l'on perd sa trace.
53:00Une de ses lettres, sans doute la dernière,
53:02a été retrouvée en France dans un foyer militaire après la guerre.
53:09Ma chère Nicole,
53:11les événements ne nous ont pas permis de revivre un peu notre amour.
53:14Mais sois certaine que tu es pour moi l'être le plus cher au monde,
53:18et que les heures passées ensemble sont à jamais gravées en mon cœur.
53:22J'espère que toi non plus tu ne m'oublieras pas.
53:25Une fois la guerre finie,
53:27je reviendrai en France afin de me marier avec toi, ma chère petite.
53:30Nous en avons déjà causé et c'est ton vœu le plus cher et le mien aussi.
53:35Ma Nicole adorée,
53:37reçois de celui qui restera toujours pour toi ce qu'il a été,
53:40d'affectueux baisers et de douces caresses,
53:43Ludwig.
53:59Sous-titres réalisés para la communauté d'Amara.org
54:29Lors de la guerre,
54:31la France s'est battue contre l'Allemagne,
54:33la France s'est battue contre l'Allemagne,
54:35l'Allemagne s'est battue contre l'Allemagne,
54:37l'Allemagne s'est battue contre l'Allemagne,
54:39l'Allemagne s'est battue contre l'Allemagne,
54:41l'Allemagne s'est battue contre l'Allemagne,
54:43l'Allemagne s'est battue contre l'Allemagne,
54:45l'Allemagne s'est battue contre l'Allemagne,
54:47l'Allemagne s'est battue contre l'Allemagne,
54:49l'Allemagne s'est battue contre l'Allemagne,
54:51l'Allemagne s'est battue contre l'Allemagne,
54:52l'Allemagne s'est battue contre l'Allemagne,
54:54l'Allemagne s'est battue contre l'Allemagne,
54:56l'Allemagne s'est battue contre l'Allemagne,
54:58l'Allemagne s'est battue contre l'Allemagne,
55:00l'Allemagne s'est battue contre l'Allemagne,
55:02l'Allemagne s'est battue contre l'Allemagne,
55:04l'Allemagne s'est battue contre l'Allemagne,
55:06l'Allemagne s'est battue contre l'Allemagne,
55:08l'Allemagne s'est battue contre l'Allemagne,
55:10l'Allemagne s'est battue contre l'Allemagne,
55:12l'Allemagne s'est battue contre l'Allemagne,
Commentaires