00:00Pas besoin de partir en Sibérie ou en Terre de Feu pour trouver des zones humides
00:03explorées par les scientifiques.
00:05Bienvenue sur les plateaux des Hauts-de-Chaume, dans les monts du Forêt,
00:09à 20 minutes de Montbrison,
00:10où la FNE travaille en étroite collaboration
00:13avec l'Université Jean Monnet.
00:15Un travail méticuleux sur des tourbières vieilles de plus de 13 000 ans.
00:18L'enjeu, c'est le maintien de l'agriculture pastorale
00:22en bonne entente avec la faune et la flore des tourbières.
00:25Un équilibre fragile dans un contexte de réchauffement climatique.
00:29Une tourbière, c'est une zone humide très particulière
00:31et qui se caractérise par sa saturation en eau permanente des sols.
00:33C'est la différence avec le marais.
00:35Le marais, pendant l'été, on a un abaissement de la nappe.
00:38D'accord ?
00:38Une tourbière, elle est saturée en eau en permanence.
00:41Comme elle est saturée en eau en permanence,
00:42il n'y a pas d'oxygène dans le sol, il n'y a pas d'air.
00:44Donc tous les micro-organismes, les algues, les bactéries, les champignons
00:47qui, dans votre jardin, dans les champs, décomposent la matière organique,
00:51là, ils ne peuvent pas travailler.
00:52Donc on va pouvoir reconstituer l'histoire hydroécologique de toute la tourbière
00:56puisque les plantes ne se décomposent pas complètement.
00:57Donc on les reconnaît, on peut les reconnaître.
00:59Les grains de pollen, ça, c'est évidemment toute la végétation autour,
01:03la végétation qui est elle-même liée au climat.
01:05C'est assez extraordinaire, c'est vraiment un espèce de musée
01:08qui conserve tout ce qui tombe dedans, quasiment.
01:10Et comme la plus vieille tourbière de la région,
01:13qui est aussi la plus vieille datée en France,
01:14elle a 13 300 ans, ça veut dire qu'on peut reconstituer
01:1813 300 ans d'histoire, donc c'est énorme.
01:22On descend un peu pour avoir une caméra parce que là,
01:25c'est un peu trop loin.
01:28Alors,
01:31vous voyez, c'est plein d'eau et voilà la tourbe.
01:35Alors là, ce que peut faire le spécialiste,
01:36c'est découper ça en tronçons de un ou deux centimètres
01:40et extraire le pollen et regarder ensuite au microscope sous la masse
01:43et on peut déterminer pollen de hêtre, de sapin, de calune, etc.
01:49On a des preuves de présence de sociétés agricoles
01:51depuis exactement 3 700, 3 800, avant Jésus-Christ,
01:54les datations les plus anciennes, presque 6 000 ans.
01:56Peut-être qu'il y en avait avant, mais on n'a pas de traces.
01:58Donc ça fait au moins 5 700, 5 800 ans
02:01qu'on a des sociétés d'agriculteurs sur cette montagne.
02:03Or, on a une biodiversité qui est assez riche.
02:06Donc moi, ce que je me dis, c'est qu'il n'y a peut-être pas d'incompatibilité
02:09entre présence agricole, présence d'agriculteurs,
02:11vie agricole, une économie agricole,
02:13et la présence d'agriculteurs sur cette montagne.
02:16Présence d'agriculteurs, vie agricole, une économie agricole,
02:18et une biodiversité riche.
02:21Après, évidemment, ça dépend de quel agriculteur on parle.
02:24La question qu'on se pose, c'est est-ce que c'était toujours de l'habitat saisonnier,
02:27comme le sont les estives aujourd'hui, les jasseries,
02:29ou est-ce qu'à certaines époques, ça a pu être de l'habitat permanent ?
02:32C'est un peu la question à laquelle on essaiera de répondre dans les années qui viennent.
02:36Côté France Nature Environnement, la surveillance des écosystèmes,
02:39et en particulier d'une espèce de libellule,
02:42permet la mise en place de solutions de sauvegarde.
02:44Kevin, chargé de mission FN Eloire, étudie la richesse des tourbières du site.
02:50Dans un environnement spécifique comme les tourbières,
02:52la présence de chaque espèce est essentielle.
02:55Je cherche les amphibiens et les larves de libellules qu'on pourrait trouver
02:58dans le milieu aquatique.
03:00Donc là, vraiment, le milieu, s'il prête bien,
03:03l'eau est transparente, donc on peut le voir assez bien.
03:06Là, on voit que les pontes de grenouilles rouges sont déjà bien sorties.
03:10Il y a quelques tétards qui ont éclos,
03:11quelques oeufs qui ont éclos et qui sont transformés déjà en tétards.
03:14Donc voilà, il y a toute cette richesse-là dans une si petite flaque d'eau.
03:18Les libellules sont des vrais régulateurs, on va dire.
03:22Ce sont des super prédateurs, vraiment, de la mare, des tourbières, des cours d'eau,
03:26à la fois à l'état larvaire, où elles vont se nourrir énormément de micro-organismes
03:30ou de macro-organismes dans le sous-sol et dans l'eau.
03:34Donc ça peut être par exemple les larves de moustiques,
03:36si on veut parler des services écosystémiques rendus à l'être humain.
03:40C'est un bon régulateur des moustiques.
03:41Et puis après, une fois qu'elles se métamorphosent et qu'elles sortent de l'eau,
03:45on a alors des individus volants qui, eux, vont aussi permettre de réguler
03:50toutes sortes d'invertébrés comme les mouches, les moustiques à nouveau, les papillons, etc.
03:56Ces quelques espèces qui sont ici sont extrêmement rares à l'échelle,
04:00à la fois du département, mais même de la région et même de la France,
04:04parce qu'on retrouve notamment des vrais reliques de l'ère glaciaire,
04:10notamment la cordulière arctique par exemple,
04:11et c'est surtout pour cette espèce-là qu'on fait le suivi depuis deux ans sur les Hauts-de-Chaume.
04:16C'est une espèce qu'on retrouve uniquement maintenant dans les tourbières d'altitude,
04:22donc Massif central, Alpes, Pyrénées un petit peu.
04:26Et du coup, c'est dans ces secteurs-là qu'on va avoir ces espèces emblématiques
04:30qui sont en voie de disparition, il faut le dire,
04:33menacées par tous les changements des écosystèmes qu'on peut avoir.
04:36Et puis, dans des localités comme ici dans les Hauts-de-Chaume,
04:38c'est principalement les changements climatiques, les sécheresses à répétition
04:42qui font que vraiment les zones d'eau s'amenuisent
04:45et on se retrouve avec des larves qui n'ont plus de quoi vivre,
04:49des libellules qui ne peuvent plus pondre,
04:51et du coup le cycle est brisé et l'espèce est en voie de disparition.
04:54Donc l'idée, c'est de préserver ce bastion qui reste
04:57et de préserver aussi des milieux alentours qui lui sont favorables
05:00pour qu'il puisse recoloniser les milieux dans lesquels il a disparu depuis plusieurs décennies.
05:09Plus pédagogique, si on peut dire ça comme ça.
05:26Les larves des chenauds des joncs, elles peuvent vivre à cet état-là,
05:30je remets un petit peu d'eau,
05:32pendant 3-4 ans.
05:34Donc en fait, elles vivent vraiment beaucoup plus qu'à l'état volant
05:38parce qu'après, une fois qu'elles émergent, qu'elles se métamorphosent en adultes volants,
05:43elles ne vont vivre que quelques semaines, un mois, un mois et demi au maximum
05:47pour aller se reproduire sur d'autres tourbières du coin.
05:54Au quotidien, il n'y a pas une journée sans que des personnes me croisent et me posent des questions justement.
06:00Évidemment, quand on étudie des petites bêtes aussi petites que les libellules,
06:04ça paraît toujours abstrait,
06:06mais quand on parle vraiment de préserver les tourbières, de préserver les zones d'eau pour les libellules,
06:10les grenouilles, les reptiles, les oiseaux,
06:14ça prend son sens et vraiment le monde agricole le comprend et travaille de pair avec nous sans souci.
06:20Dans notre région, nous avons la chance d'avoir préservé ces tourbières.
06:24Elles font partie d'une histoire agro-pastorale très riche,
06:27chère aux amoureux de notre territoire.
06:31Vous pouvez bien sûr aller vous promener dans ces immenses étendues,
06:35tout en respectant les agriculteurs, la faune et la flore,
06:39pour préserver cet écosystème entre vie sauvage et humanité,
06:43un écosystème qui fonctionne encore aujourd'hui.
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