Sibelius : Symphonie n°4 en la mineur op 63

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L'Orchestre Philharmonique de Radio France interprète la Symphonie n°4 en la mineur op 63 de Sibelius sous la direction de Mikko Franck. Concert enregistré le 11 avril 2024 à l'Auditorium de la Maison de la Radio et de la Musique.

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Sibelius compose sa Quatrième Symphonie pendant une période particulièrement difficile, tant dans le domaine professionnel que personnel. À partir de 1908 environ, ses dettes s’accumulent et il connaît de sérieux problèmes de santé, dus notamment à l’alcool et au tabac. Après le diagnostic d’une tumeur à la gorge, il subit plusieurs opérations. Quelques événements heureux éclairent toutefois ces années : la naissance de ses filles Margareta et Heidi en 1908 et 1911, des voyages à l’étranger entre 1909 et 1912. Mais Sibelius se sent isolé, habité de doutes et de sombres pensées qui expliquent, du moins en partie, le caractère douloureux et introspectif de la Symphonie n° 4.

Considérée de nos jours comme l’une de ses œuvres majeures, cette partition suscite l’incompréhension du public finlandais lors de sa création. Sibelius l’avait conçue « comme une protestation contre la musique d’aujourd’hui ». Le début des années 1910 est en effet marqué par le succès des Ballets russes et des opéras de Richard Strauss Salomé et Elektra (créés respectivement en 1905 et 1909) : autant d’esthétiques avec lesquelles Sibelius ne ressent aucune affinité. Un siècle après, on comprend qu’il explorait d’autres voies de la modernité, moins immédiatement séduisantes mais tout aussi fertiles. Le chef d’orchestre Jussi Jalas, son gendre, affirmera : « Pour nous musiciens finlandais, la Quatrième Symphonie de Sibelius est comme la Bible. Nous nous en approchons avec grand respect et dévotion. »

« Quête des replis de l’âme » selon le compositeur, l’œuvre évoque souvent quelque paysage dévasté, une terre de sombres conflits. En décembre 1909, quelques mois après être allé sur la montagne Koli en Carélie du nord, en compagnie du peintre Eero Järnefelt (son beau-frère), Sibelius joue quelques esquisses au piano à Axel Carpelan : il les intitule alors La Montagne et Pensées d’un voyageur. Son ami s’enthousiasme : « Ce que tu m’as joué de La Montagne et des Pensées d’un voyageur sont les choses les plus étonnantes que j’aie jamais entendues de ta plume. Il me tarde d’entendre la symphonie dans son brillant costume orchestral. » L’année suivante, à l’instigation de la chanteuse Aino Ackté, Sibelius amorce une partition pour soprano et orchestre inspirée du Corbeau d’Edgar Poe, qu’il abandonne mais dont il reprend des éléments dans le finale de la Quatrième Symphonie.

Geste significatif, celle-ci commence avec un mouvement lent, et non un tempo rapide comme le veut la tradition. Quant au Largo, dont la thématique fragmentée s’agrège peu à peu pour créer une continuité (technique exploitée auparavant dans la Symphonie n° 2), il sera joué lors des obsèques de Sibelius. Dans l’ensemble de l’œuvre, le triton (interval

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