00:00 *Musique*
00:06 Et c'est la suite de cette matinale spéciale au lendemain du coup de tonnerre des élections européennes
00:13 et de l'annonce de la dissolution de l'Assemblée Nationale.
00:17 Dans les minutes à venir, trois invités au micro de France Inter.
00:21 8h45, François Ruffin, député insoumis à Nupes de la Somme.
00:26 8h35, Olivier Faure, premier secrétaire du Parti Socialiste.
00:31 Et tout de suite, Stéphane Séjourné, que je salue. Bonjour, bienvenue.
00:35 Bonjour à vous deux.
00:36 Vous êtes à la fois ministre des Affaires étrangères et patron du Parti Renaissance, le parti présidentiel.
00:43 Racontez-nous, pour commencer, à quel moment avez-vous appris que le président de la République allait dissoudre l'Assemblée Nationale ?
00:52 Avez-vous été surpris, voire sidéré, comme tout le monde, puisque cette hypothèse avait été rejetée fermement tout au long de la campagne ?
01:02 D'abord, j'étais avec le président de la République quand il a pris sa décision.
01:05 Et je tiens à le dire ici, aussi, à vos auditeurs, c'est d'abord une démarche qui est sincère.
01:11 Au moment où 40% des électeurs aux élections européennes ont fait le choix d'une liste d'extrême droite,
01:18 on ne peut pas dire que l'Assemblée Nationale fonctionne bien, maintenant, depuis deux ans,
01:23 que le gouvernement et la France, le pays, font face aussi à un certain nombre d'enjeux historiques,
01:29 la position de la France dans les grandes crises à l'international, vous l'avez dit, je suis ministre des Affaires étrangères,
01:34 les enjeux économiques, les enjeux climatiques...
01:37 Mais il n'en était pas question dans la campagne ! Il n'en était pas question !
01:40 Le président a fait le choix en conscience, et je pense que c'est toujours bien de revenir devant les électeurs
01:46 pour clarifier la ligne politique et surtout poser la question d'un choix historique de qui va gouverner le pays jusqu'à 2027.
01:55 Et je crois que le président de la République, en conscience...
01:57 Il remet son mandat en jeu, d'une certaine manière, c'est ça ?
02:00 Non, en conscience, convoque des élections législatives pour pouvoir clarifier un certain nombre de points.
02:05 J'ai évoqué les enjeux auxquels on doit faire face au niveau international et au niveau national.
02:11 Et donc c'est une nouvelle élection qui commence aujourd'hui, une élection législative sur des enjeux nationaux et internationaux également,
02:19 sur lesquels la majorité présidentielle aura des choses à dire, projet contre projet.
02:24 Pardon, mais on n'a jamais vu un président dissoudre un Parlement national sur une élection européenne. Quel rapport ?
02:31 Je vous le dis, je pense que c'est une élection de clarification.
02:35 Et donc pour lever des blocages, on a vécu des dissolutions de confort. Ce n'est pas une dissolution de confort.
02:42 Aujourd'hui, le schéma électoral français montre que 40% des électeurs qui se sont déplacés ont choisi une liste d'extrême droite.
02:51 Et donc vous cédez la demande aujourd'hui à Mbardella ?
02:54 La majorité est relative au Parlement, à l'Assemblée nationale.
02:57 Encore une fois, la NUPES et notamment LFI ont créé des conditions de la bordélisation de cette Assemblée.
03:05 On parle de vous d'abord. Est-ce que c'est le RN qui fixe l'agenda politique désormais en France ?
03:08 Pas du tout. C'est le président de la République qui a choisi en conscience.
03:12 Et donc c'est un agenda de clarté, de décision.
03:16 Vous savez, je vous le dis, de plus en plus de démocratie bascule un peu près partout dans le monde.
03:26 Et on a la chance en France de pouvoir élire nos dirigeants et clarifier les lignes politiques.
03:31 C'est prévu par nos textes et notre constitution.
03:34 Et au moment où les démocraties dans le monde deviennent minoritaires,
03:37 je pense qu'on doit se féliciter que le président de la République prenne cet engagement
03:41 et nous propose et permette aussi aux Français de s'exprimer sur la ligne politique du pays.
03:45 Ce sera le cas dans les prochains scrutins et dans cette campagne qui démarre aujourd'hui.
03:50 Mais vous aviez dit que ces européennes étaient les plus importantes de l'Histoire.
03:54 Et en réalité on s'aperçoit donc après leurs résultats qu'elles avaient un enjeu national, c'est ça ?
04:01 Il y a une donne politique. Et cette donne politique, je viens de le dire.
04:06 Il y a des enjeux importants et il y a une clarification à faire.
04:10 Cette clarification va être menée. Je souhaite qu'on s'inscrive dans un choix de projet politique pour le pays.
04:17 Et ça nous permet aussi à un moment donné de relégitimer des gens qui gouverneront le pays.
04:23 Et je souhaite que cette campagne, y compris, soit menée par ma famille politique avec ses alliés.
04:28 On est plusieurs formations politiques et on y va pour gagner, je le dis.
04:32 On y va pour gagner. J'entends un esprit de défaite derrière.
04:35 Mais c'est une nouvelle élection qui commence avec d'autres enjeux.
04:39 Et j'aimerais bien qu'on pose des questions très franches sur les questions économiques.
04:44 Quelle politique économique pour le pays ? La réponse sur le dérèglement climatique.
04:48 La réponse également sur les grands enjeux du monde.
04:51 Nous avons tous des réponses différentes.
04:54 Dans la presse, il y a un mot ce matin qu'on lit.
04:57 C'est le mot de poker et la métaphore de faire tapis.
05:01 Bref, du jeu de hasard.
05:04 Est-ce que le président de la République fait un pari en allant à la dissolution de l'Assemblée Nationale ?
05:10 Non, je crois que c'est un pari de confiance. Confiance envers les Français.
05:15 Les Français doivent décider de la ligne économique, politique, géopolitique, internationale de la France.
05:22 On a besoin de stabilité.
05:25 On voit depuis deux ans que l'Assemblée Nationale ne fonctionne pas bien.
05:30 Le résultat d'hier est un coup de tonnerre aussi dans la vie politique.
05:35 Il faut le prendre conscience.
05:37 Je l'ai dit, nous l'admettons, les résultats sont mauvais à cette élection européenne.
05:41 Maintenant, nous avons un projet, nous partirons sur des orientations politiques.
05:46 Je souhaite que le Bloc Central puisse être conforté, légitimé.
05:51 Je pense que depuis le début de ce mandat, nous avons des idées à mettre en place.
05:57 Et surtout à faire progresser le pays sur le volet économique et social.
06:01 Yael, parlons de ce Bloc. Le parti que vous dirigez, Renaissance, entre donc en campagne.
06:04 Vous-même, vous serez candidat au législatif ?
06:06 Oui, probablement.
06:07 Vous quittez le ministère du Quai d'Orsay.
06:09 C'est une élection importante ?
06:11 Non, le gouvernement reste en place, reste en responsabilité.
06:15 Mais comme tout responsable politique, au moment où il faut prendre ses responsabilités,
06:20 je prendrai les miennes sur une législative.
06:22 Vous avez expliqué à l'AFP hier soir que vous ne mettriez pas de candidat Renaissance ou Horizons au modem
06:29 devant des candidats issus des Républicains, des écologistes, des socialistes,
06:33 qui seraient dans l'arc républicain.
06:35 Expliquez-nous.
06:37 Il n'y aura pas de candidat de votre camp face à des sortants ?
06:40 Je ne veux pas qu'on rentre dans une logique de quatrième république et de jeu d'appareil.
06:45 Nous sommes dans la cinquième.
06:47 C'est vous qui avez ouvert ce débat ?
06:48 On se met dans une logique de projet.
06:50 Et donc tous ceux qui veulent s'inscrire dans cette logique de projet sont les bienvenus.
06:54 Qu'est-ce qu'un arc républicain ?
06:55 Puisque la définition a changé tout au long du quinquennat.
06:57 Mais par définition, le projet que nous porterons dans cette élection sera dans le champ républicain.
07:02 Donc tous les députés sortants qui souhaitent s'investir dans ce projet,
07:07 il y aura une discussion avec les partenaires de la majorité.
07:11 Mais également, je souhaite qu'on puisse avoir une discussion avec des gens raisonnables
07:15 avec qui on peut travailler.
07:17 Et dans ce cadre-là, oui, nous donnerons les investitures à ceux qui partagent ce projet.
07:22 Et donc chaque candidat qui se dit en désaccord avec ce projet
07:27 aura évidemment un candidat en face aux élections législatives.
07:30 Stéphane Séjourné, Olivier Faure, le premier secrétaire du Parti Socialiste,
07:34 vient d'entrer dans ce studio.
07:37 Bonjour Olivier Faure.
07:38 Il aura un candidat en face de lui ?
07:40 Anselm Eymarn ?
07:41 C'est à lui de voir.
07:44 Nous ouvrons à tout le monde.
07:47 Moi je ne veux pas qu'on soit dans une logique d'exclusion.
07:51 La majorité présidentielle a toujours été dans une logique de dépassement politique.
07:54 On a des enjeux très forts.
07:56 L'extrême droite est très forte dans les sondages.
07:59 Et maintenant dans cette élection européenne, nous le constatons également.
08:03 Je souhaite que tous ceux qui veulent partager un projet républicain peuvent s'y allier.
08:09 Mais c'est qui ? Donnez-nous des noms qu'on voit à peu près l'idée.
08:12 On a travaillé avec des gens raisonnables à droite, des gens raisonnables à gauche.
08:18 Et donc c'est à eux de répondre à cette question.
08:21 Encore une fois, on travaillera dans une optique de pouvoir avoir une majorité,
08:26 une stabilité à l'Assemblée nationale.
08:29 Et on partage certaines convictions avec Olivier Faure.
08:32 On a des désaccords finalement.
08:34 Qui est en face pour vous ?
08:35 Et qui aimerait vous répondre Olivier Faure ?
08:36 Pour le Parti Socialiste, est-ce que vous êtes prêt, puisque vous êtes raisonnable,
08:39 à faire alliance, à entrer en campagne pour faire face au RN les 30 juin et 7 juillet prochains ?
08:46 Je ne sais pas qui doit déterminer qui détient la raison.
08:50 Moi ce que je vois, c'est que depuis hier soir, il y a eu un vote sanction comme jamais.
08:55 Un parti au pouvoir qui est dépassé de plus de la moitié par son principal opposant,
09:02 qui est d'extrême droite.
09:03 Et donc maintenant, vouloir nous expliquer qu'il faudrait venir au secours de la majorité
09:08 pour pouvoir faire face à l'extrême droite, alors que c'est le président qui a seul décidé de cette dissolution,
09:14 je me pince. Vraiment je me pince.
09:17 La réalité c'est que ce n'est pas par des accords d'appareil minable que nous arriverons à quoi que ce soit.
09:23 La seule chose à laquelle nous puissions arriver, et ce que je souhaite pour la gauche,
09:27 c'est que nous puissions répondre là où le président n'a pas su répondre.
09:30 Depuis 7 ans, à quoi fait-il face ? Au gilet jaune ?
09:33 A des gens qui manifestent sur la réforme des retraites ?
09:35 A des gens qui aujourd'hui refusent la réforme de l'assurance chômage ?
09:38 Voilà les sujets sur lesquels nous devons évidemment avancer,
09:41 et donc renoncer à la réforme des retraites, renoncer à la réforme de l'assurance chômage,
09:46 renoncer à la loi immigration, et peut-être qu'à ce moment-là,
09:49 vous entendrez une oreille se tendre vers vous.
09:52 Mais ce n'est pas en nous expliquant qu'il va falloir maintenant adhérer au projet de la majorité
09:56 que nous allons vous suivre. Ce serait complètement illusoire.
09:59 Stéphane Séjourné, vous répondez sur ce point ?
10:01 Je pense qu'on a un besoin de clarification et de clarté politique.
10:05 La clarté, c'est ce que je vous propose au moment.
10:07 La clarté politique c'est aussi de rejoindre un projet gouvernemental,
10:11 puisque c'est ça les élections législatives, et encore une fois,
10:14 la majorité, mon parti politique, l'ensemble des partis qui constituent cette coalition du centre,
10:21 ouvriront, c'est l'ADN du dépassement.
10:24 Mais est-ce que vous y croyez vraiment ?
10:26 Oui, j'y crois. Et je vais vous dire, j'entends l'esprit de défaite à gauche depuis maintenant 24 heures,
10:32 avec Marie Foussin, Wolfman, Ruffin, qui nous expliquent que l'ERN a déjà gagné cette élection,
10:40 que de toute façon l'ERN sera majoritaire dans l'hémicycle.
10:45 Et bien non, je pense qu'on est en capacité aujourd'hui de proposer un certain nombre de choses.
10:50 Moi je ne veux pas que Jean-Philippe Tanguy gère l'épargne des Français,
10:54 je ne veux pas que Jordan Bardella accueille au niveau des JO les délégations internationales,
10:59 je ne veux pas que ce soit Marine Le Pen qui négocie avec Poutine demain.
11:03 Et donc oui, on va se battre, et on va se battre sur cette élection législative avec tous ceux qui veulent se battre.
11:08 Et donc notre ADN c'est d'ouvrir et de permettre à tous ceux qui se reconnaissent dans un projet
11:15 qui peut associer largement, avoir une cohérence politique,
11:19 parce que c'est important d'avoir de la clarté politique, de pouvoir se reconnaître là-dedans et d'avancer.
11:23 Et donc ce sera sans vous, Olivier Véran.
11:25 Mais la réalité c'est quoi ? La réalité c'est que depuis hier, on a un ERN qui n'est plus seulement aux portes du pouvoir,
11:31 qui a mis un pied dans la porte.
11:33 Et on a un pouvoir actuel qui s'est totalement disqualifié, puisqu'il n'est plus qu'à 15%
11:39 et qu'il n'est plus en mesure de faire barrage, alors que le président a été élu et réélu précisément pour faire barrage.
11:45 Mais comme les Français ont préféré l'original à la copie après la loi immigration,
11:50 ils ont choisi hier de porter au plus haut l'extrême droite.
11:54 Et donc aujourd'hui, qui peut faire barrage à l'extrême droite ? Il n'y a plus que la gauche.
11:58 C'est la gauche qui est à 30%, ce n'est pas le parti de M. Séjourneil qui est à 14%.
12:01 C'est là où ça ne colle plus.
12:03 - Mais vous êtes à combien Olivier Faure ?
12:05 - Mais nous nous sommes à 14, on est exactement à un demi-point de vous.
12:08 - 13,8 précisément.
12:10 - Oui, 13,8. Et donc nous avons aujourd'hui une gauche qui existe dans ce pays, qui fait plus de 30%.
12:16 Il n'y a que la gauche qui puisse aujourd'hui interrompre ce que l'on finit par croire inéluctable,
12:22 et à la victoire du RN.
12:24 - Je suis incapable aujourd'hui de citer une proposition qui soit de la nuppesse.
12:32 Et qu'est-ce que vous allez défendre aux élections législatives ?
12:34 - Mais je vais vous le dire.
12:35 - Avec laquelle effi ?
12:36 - Par exemple, le taxe électoral sur la profit, vous avez refusé.
12:39 Nous avons tous proposé de faire en sorte aujourd'hui que la bifurcation écologique
12:43 puisse être financée par ceux qui ont éhontément profité de toutes les crises, géopolitiques comme sanitaires.
12:50 Est-ce que vous avez, vous, un seul instant pensé à cela ? Non.
12:54 Vous nous avez servi à cette théorie du ruissellement qui n'a jamais fonctionné nulle part.
12:58 Et donc, effectivement, oui, je crois qu'il y a aujourd'hui besoin d'aller chercher l'argent là où il se trouve.
13:04 Et c'est-à-dire pas dans la poche des Français, dans leur immense majorité,
13:07 mais dans celle de ceux qui ont aujourd'hui les moyens de nous aider à faire face à ce défi climatique.
13:13 - Aujourd'hui, vous devriez aussi clarifier votre camp.
13:15 - Merci Stéphane Séjourné, ministre des Affaires étrangères et patron du Parti Renaissance.
13:23 Merci d'avoir été à notre micro et d'avoir accepté le principe de ce dialogue impromptu avec Olivier Faure.
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