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  • il y a 2 ans
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00:00Sous-titres réalisés para la communauté d'Amara.org
00:30© Bach Films 2021
01:00Le train provenant de Peterthorne à destination d'Edinbourg
01:05est en stationnement qui est numéro un.
01:08Il s'arrête à Grambach, York, Darlington, Durham...
01:13Parfait.
01:15Newcastle, Tyne, Burwich, Tweed,
01:19et la gare de Waterloo à Edinbourg.
01:22C'est parti.
01:24C'est parti.
01:25Newcastle, Tyne, Burwich, Tweed,
01:29et la gare de Waterloo à Edinbourg.
01:32Le train en partance pour Edinbourg, quai numéro un.
01:39Merci, monsieur.
01:50Le train de 10h44 partira du quai numéro trois,
01:54avec arrêt en gare de Newark-sur-Thames,
01:57Lincoln, St. Mark's, Park Adrian.
02:10Clark.
02:12Pardon?
02:14Campbell Clark.
02:16Oh, Durant.
02:18Vous allez au bord de la mer, vous aussi?
02:21Non, je ne vais qu'à Durham.
02:23Vous vous joignez à moi, je suis seul dans mon compartiment.
02:26C'est ravi de voyager avec vous.
02:28C'est drôle, comme le hasard fait bien les choses.
02:31J'attendais un de mes amis qui devait m'accompagner,
02:34mais j'ai bien peur qu'il ne manque le train.
02:36Pardon, ces sièges sont réservés.
02:39Un seul va probablement être occupé, mais je vous remercie.
02:44Merci.
02:47Le train de nuit à destination d'Edinbourg dans l'instant de départ.
02:51Durant, me voilà.
02:53Grand Dieu, il arrive.
02:55Dépêchez-vous, parfait, sinon vous allez le rater.
02:58Oh là là, mon cœur.
03:00L'important est que vous soyez là à temps.
03:02Le chef de gare n'a pas si fait le départ.
03:04Parce que j'ai eu peur.
03:06Oh, mon Dieu.
03:08J'ai cru que jamais je ne pourrais attraper ce train.
03:11Je suis vainé.
03:16Qu'est-ce qui vous a retardé?
03:18Un dîner avec Lewis et St. Albans.
03:21La conversation n'en finissait plus.
03:24Oh, j'ai bien cru que j'allais le manquer.
03:28On m'attend à Durham.
03:30Parfait, connaissez-vous Sir Campbell Clark?
03:32Seulement de réputation.
03:34Alors, je vous présente Sir Campbell Clark, canon parfait.
03:37Ravi de se rencontrer.
03:38C'est un très grand honneur pour moi, monsieur.
03:40L'exposé que vous avez fait a remué les fous.
03:42Simplement les ignorants, je crois.
03:46Alors, nous sommes tous des ignorants.
03:49Oui, en effet.
03:51Et ce n'est pas réjouissant?
03:53Je crois que nous avons le quorum ce soir.
03:56La loi, l'église et la médecine, c'est parfait.
03:59À nous trois, nous ne courons aucun risque de parler de banalité, je pense.
04:03Nous représentons toutes les tendances.
04:05Il y a un autre point de vue, vous savez.
04:07Lequel?
04:08Le point de vue de l'homme de la rue.
04:10Ah, l'homme de la rue.
04:12Mais en général, l'homme de la rue n'est pas curieux.
04:15Vous passez la nuit dans le train pour aller à Edinburgh?
04:17Oui, quand j'ai envie de revoir mon or, je suis impatient.
04:20Vous ne descendez dans le sud que pour nous déranger, hein?
04:24Faites-vous allusion à mon communiqué au congrès de l'association scientifique.
04:28Vous y assistiez?
04:29Non, je le regrette bien, croyez-le.
04:31Vous n'y êtes pas venu non plus durant...
04:34Vous y auriez appris des choses fort utiles.
04:36Le clergé et la science suivent souvent des voies différentes.
04:39Mais vous, homme de loi, êtes plus facile à convaincre.
04:42N'en croyez rien, sir Campbell.
04:44La loi s'explique également en chapitres et versets, exactement comme l'église.
04:48Et nous ne changerons pas aussi facilement que cela.
04:51Quel était le thème de cette communication?
04:54Un cas de bovarisme.
04:56Ah, bien sûr, c'est votre dernier cheval de bataille.
04:58Dernier, c'est le travail de ma vie.
05:00Les interférences de deux pensées par alternance
05:03causent de terribles dégâts.
05:05Mon exemple fut une pauvre paysanne française,
05:08folle alliée, elle s'appelait Félicie Beau.
05:11Ce nom me dit quelque chose.
05:12C'est un cas de dédoublement célèbre.
05:14Parfait exemple de deux personnalités.
05:17Je suis l'un des docteurs qui a eu la chance d'étudier le cas pendant plusieurs années.
05:21Son extraordinaire puissance de mimétisme était vraiment prodigieuse.
05:26Mais ce que j'ai dit était le résultat de nos réflexions.
05:29N'étayez pas.
05:31Non, il faudrait que je vous détaille tout le cas.
05:35Allez-y.
05:38Je vous demande pardon, nous pensions que vous dormiez.
05:41L'homme de la rue qui ne s'intéresse à rien.
05:45Qui êtes-vous ?
05:47Je m'appelle Raoul Le Tardeau.
05:49J'ai l'impression que nous nous sommes déjà rencontrés.
05:52Oui, j'étais à votre conférence, Sir Campbell.
05:54Vous appartenez à notre association.
05:56Non, j'appartiens au monde de la presse.
06:00Oui, je me rappelle.
06:02Vous aviez une opinion.
06:04Oui, j'espère qu'elle était fondée.
06:07Nous serions curieux de la connaître.
06:08Je me suis contenté de demander au docteur,
06:11comment était-ce possible physiquement ?
06:13Ce n'est qu'une question, non une opinion.
06:15Or l'opinion arriva plus tard.
06:17J'ai dit que tous les docteurs n'ont pas cherché dans la bonne direction.
06:20Le point de vue de l'homme de la rue.
06:23Est-ce que la faculté est d'accord ?
06:25Cela m'étonnerait.
06:28C'est succinct comme conclusion, Campbell.
06:30Expliquez, citez les faits.
06:33Je veux bien.
06:35Félicie Beau, fille de Breton Bretonnant,
06:38à peine âgée de 5 ans, fut prise en charge par une charitable personne
06:42qui dirigeait une sorte de pensionnat pour l'enfance malheureuse,
06:45tout près de Dinard.
06:47Est-ce le genre de fait qui vous intéresse ?
06:49Que s'est-il passé ?
06:51Elle en est arrivée au suicide.
06:53Non, non, bien avant cela.
06:55Un suicide ? En êtes-vous sûr ?
06:57Vous êtes sûr du suicide ?
06:59Je pense qu'il n'y a pas de doute là-dessus.
07:01Eh bien, moi j'en doute.
07:02Alors, que se serait-il passé ?
07:05Un meurtre.
07:07Ah, ça, ça me dépasse.
07:09Mais de quelle façon cette infortunée jeune femme mourut-elle au juste ?
07:13Elle s'est étranglée elle-même.
07:16En s'étranglant elle-même ?
07:18Est-ce possible ?
07:20Ses doigts en serraient son cou quand on l'a trouvée.
07:23Tétanisée dans une étreinte mortelle.
07:25De nature, Félicie était terne et taciturne,
07:29stupide et attardée.
07:31Mais à l'âge de 20 ans,
07:33elle souffrait vite de ce que nous appelons une maladie mentale.
07:36A la suite de quoi,
07:38l'autre Félicie a commencé à se manifester.
07:40Mais ce second personnage était-il différent ?
07:42Ah, totalement.
07:44Félicie II, comme on l'a surnommé,
07:46parlait diverses langues,
07:48jouait du piano,
07:50ou passablement bien,
07:51chantait, dansait,
07:53et en plus savait lire et écrire.
07:55Ça dépachait l'entendre.
07:57Cette autre créature savait ce que Félicie n'était pas apte à connaître.
08:01Je pense à du charlatanisme.
08:03A-t-elle pu monnayer ses doigts ?
08:05Non.
08:07Oh, elle a été l'objet d'une curiosité qui a pu la distraire, rien de plus.
08:10La distraire.
08:12Elle ne l'a jamais souhaitée.
08:14Pendant des années, les docteurs,
08:16les experts,
08:18l'ont étudiée, l'ont passée au tribunal,
08:19l'ont étudiée, l'ont passée au crible en espérant...
08:22Comment savez-vous tout cela ? Étiez-vous à cette époque auprès d'elle ?
08:25Je connaissais très bien Félicie.
08:27Et Annette aussi.
08:29Qui ça ?
08:31Qui ? C'est vous qui demandez qui ?
08:33Annette Ravel.
08:35La merveilleuse Annette.
08:38J'avais 14 ans quand mes parents furent tués tous les deux dans un accident de voiture.
08:42Et j'ai vécu à Dinard.
08:44Oui, j'ai vécu dans cette maison.
08:46Vous y avez vécu ?
08:47Vous y avez vécu ?
08:49Oh, oui.
08:52C'était une maison froide,
08:54pleine de courants d'air.
08:56Un sentier étroit descendait à la plage et une route conduisait au village.
09:0030 garçons et filles vivaient là.
09:02La première que j'ai vue était Félicie Beau.
09:06Mademoiselle était venue me chercher à la gare.
09:09J'étais un peu perdu, je l'avoue.
09:11Les autorités de Rennes avaient organisé ma vie jusqu'à ce que j'atteigne ma majorité.
09:15Raoul, désires-tu faire le tour de la maison ?
09:18Oui, mademoiselle.
09:20Tous mes protégés sont très sérieux afin d'être dignes des autres.
09:23Oui, mademoiselle.
09:25Est-ce que tu es intelligent ?
09:27Je n'en sais rien, mademoiselle.
09:35Tiens, regarde, Raoul.
09:37Voilà une de tes nouvelles sœurs.
09:39Une belle sœur.
09:45Félicie, approche pour accueillir ton nouveau frère.
09:51Elle n'avait aucune grâce, aucun style,
09:54mais une force incroyable émanait d'elle.
09:57Je me souviens que ce jour-là, elle a pris ma valise.
10:01Je te prie d'arrêter, Félicie.
10:04Félicie, tu entends ?
10:06C'est beaucoup trop lourd pour toi.
10:09C'était un acte qui ne tirait pas conséquences.
10:13Et pourtant, il illustrait bien le caractère étrange de Félicie.
10:18Une partie d'elle-même voulait s'ouvrir,
10:21alors que l'autre refusait tout contact.
10:24Autrement dit, les deux personnalités se manifestaient déjà.
10:27Non, non, ce n'est pas cela.
10:29Non, vous ne saisissez pas.
10:31Elles étaient séparées, alors.
10:33Elles ? Qui, elles ?
10:35Non, non, non, qu'il termine son discours.
10:36Oui, s'il vous plaît, c'est très intéressant.
10:40C'est étrange.
10:42Mais qu'est-ce qui est étrange ?
10:44Pour vous, ce n'est qu'une histoire.
10:52Curieusement, nous passions beaucoup de temps tous les trois.
10:55Je n'ai aucun souvenir des autres enfants.
10:58Il n'y avait que Félicie, Annette et moi.
11:01Hé, oh ! À toi, allez, à toi !
11:03On aurait dit que ces deux filles étaient attirées l'une vers l'autre,
11:06sous l'emprise d'une sorte de mélange de mépris et...
11:10et c'est vrai, d'envie.
11:12Annette ne pouvait que susciter l'envie.
11:15Mais Félicie possédait une chose dont la nature avait privé Annette.
11:18Je ne l'ai compris que beaucoup plus tard.
11:20Félicie !
11:26Tu as tort, Raoul.
11:28Si elle veut s'amuser avec moi, elle doit respecter les règles.
11:30Non, non, Raoul, ne la laisse pas me faire mal.
11:33Elle est si forte, si grande.
11:35On dirait un renard prêt à vous attaquer.
11:37Ne la laisse pas m'attaquer.
11:39C'était cela, Félicie, la force et la santé.
11:43Ce qui manquait à Annette.
11:55Amène-toi.
11:57Amène-toi donc.
11:58Amène-toi.
12:00Amène-toi donc, pauvre folle insolente.
12:15Maintenant,
12:17genoux à terre.
12:20Et lèche-moi le pied,
12:23mon merveilleux pied de danseuse.
12:28Félicie,
12:30tu en as une envie folle.
12:50Pauvre folle idiote.
12:52Je commande et elle exécute.
12:54Raoul, elle fait ce que je veux.
12:56Voilà quel genre de fille c'était.
12:58Une jeune pêcheresse, un but de sa personne.
13:00Oui, c'est vrai, je l'ai vu comme ça, moi aussi.
13:03Si on se réfère à la brutalité des faits, c'est exact.
13:06Mais Annette était tellement plus gamine.
13:09C'était une fille, une fille magnifique.
13:11Et de plus en plus, elle le restait en grandissant.
13:14Son allure délicate, son côté languissant.
13:17Félicie, sans qu'on lui demande, ne la quittait pas une minute,
13:20parce qu'elle était fascinée par elle.
13:26Ça ne va pas bien, mon ami.
13:28Sir Campbell, regardez-le.
13:32Monsieur.
13:34On n'a rien fait pour elle.
13:36On aurait dû.
13:38On a fait pour Félicie beau tout ce qu'on était capable de faire.
13:40Non, non.
13:42A l'exception de l'asile d'Aliénée.
13:44Vous êtes à côté du sujet.
13:49Cette pauvre Annette.
13:51Cette pauvre Annette.
13:54C'est seulement durant l'été que je l'ai vraiment remarquée.
13:58Après un an, le chagrin de la disparition de mes parents s'apaisait.
14:02C'est honteux de dire cela, mais je bénissais presque leur mort soudaine
14:05qui m'avait amené au pied d'Annette que j'adorais.
14:11Chère, chère Raoul.
14:17Sèche-moi les pieds, Raoul.
14:20Sèche-moi les pieds.
14:22Ils sont là, tu vois.
14:24Allez, apporte-les-moi.
14:37Raoul.
14:40Tu es si gentil.
14:42Ma mère t'aurait adoré, tu sais.
14:45Elle était...
14:47Elle connaissait beaucoup d'hommes.
14:50Il lui offrait des présents.
14:53Est-ce que tu m'en offriras, Raoul ?
14:55J'aimerais un pendentif et un diamant très pur.
15:00Tu es adorable, mon doux Raoul.
15:04Elle était danseuse, tu sais.
15:06Elle était célèbre aussi.
15:08Mais je le serai bien plus qu'elle encore, Raoul.
15:14Je serai bien plus célèbre.
15:16Le public viendra du monde entier et admirera.
15:20Je serai la reine de Paris.
15:25Ce que Paris me manque.
15:34C'est de l'italien, Raoul.
15:36Tu sais parler italien, mio caro ?
15:39Non.
15:41Je sais, et allemand aussi.
15:43Mère a eu un amourage tout garde et un en Lombardie.
15:46Mais à son décès,
15:48j'ai été mise dans cette baraque pourrie
15:51avec ces gosses pouilleux et cette pauvre mademoiselle.
16:02Mes bâches, Raoul.
16:05Remue-les, Raoul.
16:07Mes pieds sont adorables et secs.
16:11Remue-les, Raoul.
16:17Remue-les, Raoul.
16:47Remue-les, Raoul.
17:01Un baiser, Raoul.
17:18Vraiment, cette jeune fille se conduisait mal pour une enfant.
17:21Une enfant ?
17:23Annette ignorait ce que peut être l'enfance telle que nous la concevons.
17:27Toute petite, elle a été obligée de se défendre toute seule.
17:30Tout ça parce que sa mère était fille de joie.
17:32Danseuse de surcroît.
17:34Et Annette a grandi dans les baffons de quelques musicaux.
17:37Comment est-elle parvenue dans votre refuge ?
17:39Vous cherchez toujours vos faits, monsieur l'avocat.
17:42Sachez que sa mère est morte de consomption.
17:44Et l'homme dont elle partageait la vie abandonna l'enfant.
17:47Où est Annette Ravel aujourd'hui ?
17:50Elle est morte.
17:52Morte de quoi ?
17:54Je vous l'expliquerai.
17:57Mais de quelle façon Félicie savait-elle tout de l'autre ?
18:01Elle la surveillait matin, journée et nuit.
18:05Elle était attirée par Annette comme le papillon est attiré par la lumière.
18:09C'est une impression, pas un fait.
18:11Un fait certain.
18:12Je sais ce que Félicie pouvait ressentir.
18:15Nous étions devenus les esclaves d'Annette.
18:24Bonjour, Félicie.
18:28Où est Annette ? Tu ne l'aurais pas vue par hasard ?
18:31Vous l'avez vue, vous ?
18:34Tout ça est étrange.
18:36Je croyais qu'elle était toujours avec vous.
18:38Il n'en est rien.
18:40Monsieur Raoul.
18:43Je suis trop jeune pour qu'on me dise monsieur.
18:46Je vous ai vu ensemble, monsieur. Sur la plage.
18:50Je ne dirai pas, mademoiselle, ce que j'ai vu.
18:55Tu n'as rien vu du tout.
18:57Elle est magnifique, Annette.
18:59Mais malade.
19:01Et moi, je suis forte, monsieur.
19:04Et moi, je suis forte.
19:06Aussi forte qu'un garçon.
19:07Plus forte qu'elle.
19:10Pourquoi est-ce que tu restes dans ce salon toute seule ?
19:14Pour jouer du piano, monsieur.
19:17Alors, vas-y.
19:29Félicie, tu vas fâcher, mademoiselle.
19:38Dieu du ciel, mais qu'est-ce qu'il y a ?
19:41C'est fini, Félicie.
19:43Est-ce que tu m'entends ?
19:45Tu massacres ce piano.
19:47Raoul, tu devrais avoir honte de l'encourager.
19:49Je n'ai rien dit, mademoiselle.
19:51Tu vas t'arrêter, Félicie.
19:53Félicie !
19:55Félicie !
19:57Laisse-moi ce piano.
19:59C'est mon piano, pas le tien.
20:08J'irai revoir ma Normandie
20:13C'est le pays de mes amies
20:18J'aime mieux ça.
20:20Ce piano est exclusivement réservé pour Annette.
20:23Ce sera certainement une grande chanteuse et l'entrera où on se battra.
20:27Entraîne-toi, Annette.
20:29L'entraînement perfectionne.
20:31Oui, mademoiselle.
20:33Quand la nature est reverdie
20:40Est-ce que tu me vois entrer au conservatoire ?
20:44Non, merci, vieille folle.
20:47Ce n'est certes pas l'ambition de chanter devant de vieilles paternes
20:51dont les femmes restent bouche bée
20:53pendant qu'ils nous reluent comme un champ d'énormes cigares.
20:56Il y a un sourire pour un oui
21:00Il y a un sourire pour un non
21:05Un autre pour avoir essayé
21:10Un sourire pour un non
21:14Un sourire pour un non
21:19Je t'aime, Annette. Tu entends ? Je t'aime.
21:27On ne tripote pas, Raoul. Les mains, ça doit rester dans les poches.
21:32Mais...
21:34Quoi ?
21:36Hier, sur la plage.
21:38Hier, c'était un autre jour.
21:40Il y a un sourire pour un oui
21:44Il y a un sourire pour un non
21:48Un autre pour avoir essayé
21:51J'étais son esclave. J'étais sa chose.
21:53Sa chose.
21:55Tout comme Félicie.
21:57Nous étions tous les deux ses poupées, ses pantins.
22:00Quelquefois, elle était gentille.
22:02Assez rarement, d'ailleurs.
22:04Il m'arrivait de pleurer.
22:06Mais il me suffisait d'un sourire pour tout lui pardonner.
22:11Et cela a continué jusqu'à ce que je m'en aille.
22:14Je ne savais jamais d'un jour sur l'autre ce qui se passerait le lendemain.
22:18Mais avec Félicie...
22:20Oh, ce qu'elle a pu être sadique !
22:22Elle s'amusait constamment à ridiculiser son esprit lourd, son corps, son visage.
22:27Toutefois, elle, Annette, était attirée vers Félicie.
22:31Pourquoi ?
22:33La force de Félicie l'a fascinée.
22:35Autant que sa santé.
22:37Annette toussait toujours plus et elle n'était pas dupe de son état.
22:40Elle avait hérité de la maladie de sa mère.
22:42Mademoiselle avait sûrement deviné, moi non.
22:45J'avais d'autres projets qui occupaient mes pensées.
22:48J'étais bien décidé à entrer à l'école d'officier de réserve.
22:51D'une part, je prenais cette décision le coeur lourd.
22:54D'autre part, elle me comblait.
22:56Car ce que je voulais, c'était m'en aller loin.
22:58C'était urgent. Mon amour se transformait en torture.
23:01Et elle, de son côté, semblait se désintéresser de moi.
23:04Ou alors, elle m'aimait peut-être également, mais elle était trop jeune.
23:10Arriva le jour de mon départ.
23:13Je désirais rester seul avec Annette.
23:16J'avais emmagasiné tant de choses à lui dire.
23:19Mais elle était devenue de plus en plus distante.
23:22Elle appréciait encore ma compagnie, mais rejetait mes avances.
23:26Regarde bien.
23:28Tu vas bientôt t'endormir.
23:30C'était un tour qu'elle avait appris au musical dans sa jeunesse.
23:34D'après elle, c'était facile.
23:36Mais je ne croyais pas que ça pouvait marcher.
23:41Félici.
23:45Tu n'as pas réussi.
23:46Tu crois ça ?
23:48Ça m'est égal. Allons dehors, je vais m'en aller.
23:51T'en as de la chance.
23:53Dieu que je voudrais être loin de cette prison.
23:56Mais je y arriverai, ne t'inquiète pas Raoul.
23:59Aussitôt que...
24:02Félici.
24:04Je vais te murmurer quelque chose à l'oreille.
24:07Et tu feras exactement ce que je t'aurais dit.
24:10Oui, Félici.
24:12Exactement ce que je t'aurais dit.
24:16Allons-y.
24:17Félici.
24:42Félici.
24:44Félici, ma chère, à quoi joues-tu ?
24:47Félici.
24:49Après toi, à quoi ça ressemble ?
24:51Quel en est le goût ?
24:53Tu vois, c'est le meilleur pain que j'ai mangé de ma vie.
25:00Ne ris pas, Annette. Réveille-la tout de suite.
25:03C'est inhumain.
25:06Félici.
25:08Félici, parle-moi.
25:10Réveille-toi.
25:17Mais dis-moi, qu'est-ce que je fais ici ?
25:20Qu'est-ce que tu imagines ?
25:24Tu dégustais une chandelle.
25:27C'est moi qui te l'ai dit.
25:29Et tu obéis à tout ce que je dis.
25:31Tu es ma marionnette, idiote.
25:34Tu as fait ça ?
25:37Oui.
25:40Oui, je m'en souviens.
25:43Tu veux me rendre...
25:45ridicule ?
25:47Avec toi, ça n'a rien de difficile.
25:50Annette !
25:52Tu es mienne.
25:54Je peux te faire faire ce que je veux.
25:57Un jour, Annette,
25:59tu mourras étranglée.
26:01Je te tuerai.
26:03Ça n'était rien d'autre qu'un jeu ?
26:05Sois-en sûre.
26:07Je te tuerai.
26:09L'innocence d'un enfant est une grâce divine.
26:12C'est offenser Dieu que de l'ignorer.
26:14Je suis père de famille.
26:16J'ai fondé un foyer.
26:18Tous les enfants ne naissent pas avec les mêmes chances.
26:20Cette gosse était une rescapée de la prostitution.
26:23Vous avez entendu le récit de sa vie.
26:25Alors le trottoir lui collait à la peau.
26:27Je connais très bien les marques que ça laisse sur un être.
26:30Une grande partie des gens que je défends a passé son temps sur le trottoir.
26:33Mais les enfants durant les jeunes enfants.
26:36Croyez-vous que si un pasteur les avait suivis de près, tout cela serait arrivé ?
26:39L'enfance est une sorte d'état de grâce divine.
26:41Nous le sermons, Parfite. C'était loin d'être des enfants.
26:45Il l'était quand tout a commencé.
26:47D'après ce que j'ai entendu, c'est un être se comportait en...
26:50n'hésitons pas sur les mots, en fille.
26:53Cela est un fait depuis sa puberté.
26:55Excusez-moi, Campbell. C'est ainsi que les faits m'apparaissent.
26:58Mais une créature qui vient du trottoir, Parfite, quel exemple doit-elle suivre ?
27:02Celui de sa mère, c'est évident. C'est ainsi que je vois les choses.
27:05Je doute que cela l'excuse aux yeux de notre seigneur.
27:07Il nous a donné notre libre arbitre.
27:09Nous vous amusons ?
27:11Je ne peux pas vous le montrer.
27:13Mais pour des spécialistes, vous n'êtes pas fort.
27:15Vous le pensez ?
27:17Oui, car cela vous donne fort bonne conscience de vous conformer à vos manuels.
27:19Mais c'est une sorte de lâcheté.
27:21Je m'excuse de déranger la tranquillité d'esprit qui est la vôtre.
27:24Mais il existe dans le monde une quantité effrayante d'impondérables.
27:28Plein de choses dans le ciel et sur terre.
27:31Vous commencez à saisir ?
27:33Peut-être bien.
27:35Ça viendra. C'est pour ça que je vous ai suivi.
27:38Il le fallait.
27:39Pourquoi vous l'avez suivi ?
27:41On doit éclaircir les choses.
27:43Car tout est faux.
27:45Croyez-vous réellement cela possible ?
27:51Plus tard, j'ai retrouvé Annette.
27:54La guerre était finie, j'étais à Paris.
27:56Je portais encore l'uniforme, mais j'allais être démobilisé.
28:10Un sourire que je ne peux pas
28:14Un sourire que je ne peux pas
28:18C'est un sourire que j'attends pour avoir commencé
28:25Un sourire que j'ai pris
28:29Un autre que j'ai voulu
28:33Qu'est-ce qu'on peut faire ?
28:39Fugir ou rester
28:43Aller ou venir
28:47Décidez pour le plaisir
28:50Prenez celle-ci
28:52Et partagez-la avec moi
29:03Les porcs, dégoûtants.
29:06Rien que de vieux lubriques.
29:08S'ils écoutaient, ils verraient que je suis bien.
29:10Je descendrai sur la côte.
29:12De cette façon, ils ne verront plus.
29:14Le comte est dans votre garage, mademoiselle.
29:16Tiens, c'est une leçon à donner à ces porcs.
29:18J'épouserai le comte.
29:21Bonjour, Annette.
29:23Le public n'est pas admis dans les coulisses.
29:26Tu ne le reconnais pas, c'est moi.
29:28Raoul.
29:30Raoul.
29:34D'abord, j'ai cru qu'elle refusait de me recevoir.
29:37Et je savais très bien pourquoi.
29:39Le théâtre dans lequel elle se produisait n'avait rien du palace
29:42auquel elle s'était toujours promis d'accéder.
29:44C'était un de ces cafés de bas étage
29:46où son corps comptait plus que sa voix.
29:49Ensuite...
29:51Raoul, tu peux entrer.
30:00Raoul.
30:02J'hésitais à te reconnaître.
30:04Tu es si resplendissant en uniforme.
30:08Tu t'es battu pour nous défendre.
30:10Je n'ai rien de brave, tu sais.
30:12Et en temps de guerre, personne ne peut déserter l'armée.
30:16Tu es décidé à rester dans le couloir ?
30:18C'est plein de courants d'air qui me font grelotter.
30:20Oh, pardon.
30:25Je vous prie de m'excuser.
30:27Ah, Bravosk.
30:29C'est un ami qui vivait dans cette dégoûtante maison
30:31dont je vous ai parlé.
30:33Tu es surpris de me trouver ici, cher Raoul.
30:35Ce n'est qu'un engagement temporaire.
30:37L'Olympius me veut.
30:39Mais nous discutons encore le contrat.
30:41Vous l'avais-je dit, Bravosk ?
30:43Oui, très cher. Je vous le dis tous les jours.
30:45Je crois que vous devriez nous présenter.
30:49Ah, voici le comte Bravosky.
30:51Il est russe, du moins le prétend-il.
30:54Et voici Raoul.
30:57Se souvenait-elle seulement de mon nom de famille ?
31:00Je lui fis de très vagues compliments.
31:03En sa présence, je me sentais ridiculé.
31:05Ma gorge se nouait.
31:07J'aurais voulu que l'autre s'en aille pour être seul avec elle.
31:09Annette, elle, bavardait de n'importe quoi.
31:12À un moment, elle disparut derrière un paravent.
31:15Et je restais seul avec le comte.
31:21Une divine créature.
31:23Je vous demande pardon.
31:24Ania, divine.
31:26Sur tous les plans.
31:30Dépêchez-vous, Anoushka. Je meurs de faim.
31:32Oui, j'arrive.
31:34Laissez-moi le temps de me faire belle.
31:36Je laisse. Prenez votre temps.
31:39Filez donc d'ici, troufions.
31:41Vous n'êtes pas dans votre élément.
31:44Voilà.
31:46Je suis belle ?
31:48Vous êtes splendide.
31:50Cet être est une vraie tourmente,
31:52plein de passion.
31:55C'est russe.
31:58Annette,
32:00nous aurions pu dîner ensemble.
32:03Oh, c'est vraiment très gentil.
32:05Mais cette nuit...
32:07Filez d'ici tout de suite, troufions.
32:11Annette.
32:13Tu vois, j'ai fait mon bonhomme de chemin.
32:15Je te l'ai toujours dit.
32:17As-tu revu Félicie, mademoiselle ?
32:19Cette sorcière ?
32:21Non, merci.
32:22Je te le jure.
32:24D'accord, Boris ?
32:26Qu'est-ce que c'est ?
32:28Montre-moi.
32:35Tu vois, je suis arrivée.
32:38Je te l'ai dit, tu te souviens ?
32:40Tout le monde s'ouvre devant moi.
32:45Vous avez froid ?
32:47On va faire en sorte de vous réchauffer.
32:53Grande table.
32:55Le train arrêté sur la voie 0-2
32:57est en train de venir en direction d'un jour,
32:59voie verdue,
33:01York-Darlington.
33:03Jusqu'où allez-vous, monsieur ?
33:05Aussi loin qu'il le faudra.
33:07Pour quoi faire ?
33:09Pour vous convaincre.
33:11De ce qui n'est que votre version ?
33:13Attendez.
33:15Deux ans plus tard,
33:17je travaillais à l'île en tant que grade papier.
33:19Ça n'était que mes débuts.
33:20J'ai reçu une lettre de Mademoiselle.
33:22Elle me suppliait de venir à Dinard.
33:24Annette y était.
33:45Que disent les docteurs ?
33:47Qu'il n'y a aucune chance de la sauver.
33:50La consommation a ravagé son corps.
33:54Elle était notre plus grand espoir.
33:58Elle a été à Paris
34:00et est entrée au conservatoire.
34:03Elle a tant de talent.
34:08Et combien de temps lui reste-t-il ?
34:11Ils n'en ont aucune idée.
34:14Sans doute pas longtemps.
34:17C'est pourquoi je t'ai appelée.
34:19J'ai toujours senti qu'entre vous deux...
34:22Oui.
34:24Oh, Raoul !
34:26Où est Félicie ?
34:28Elle veille sur elle jour et nuit.
34:31Cette pauvre folle a une adoration pour Annette, tu le sais.
34:35Je suppose qu'Annette a les qualités que cette pauvre Félicie aurait voulu avoir.
34:40Il est curieux de constater que les gens ne voient que ce qu'ils veulent voir.
34:44Quel bonheur que tu sois venu.
34:47Tu sais ce qu'ils disent.
34:50Que je suis incurable.
34:53Ils se gardent de parler devant moi.
34:57Devant moi, ils essaient d'être rassurants.
35:00Ils croient que je suis un bébé.
35:02Ils ne savent pas.
35:05Je te jure que ma mort n'est pas encore décidée.
35:10Mais on n'a jamais su qu'il faut se battre.
35:13Je me battrai.
35:15Tu peux en être sûre.
35:17Tu m'entends ?
35:19Où es-tu cette merveilleuse vie ?
35:21Je refuse.
35:23Je n'en peux plus.
35:25Je n'en peux plus.
35:27Je n'en peux plus.
35:29Où es-tu cette merveilleuse vie ?
35:31Je refuse qu'on me la prenne.
35:35C'est la volonté de vivre qui apporte.
35:39Tous les médecins en sont sûrs.
35:42Je ne suis pas une de ces filles sans volonté.
35:45Je lutterai.
35:47Je sens que je vais mieux.
35:49Infiniment mieux.
35:59Raoul.
36:03Raoul.
36:06Je veux rester en vie.
36:08Je veux.
36:29Putain.
36:31Putain.
36:33Regarde-la, Raoul.
36:35Elle est tout le temps comme ça.
36:37Elle se réjouit de mon agonie.
36:40Elle est fière de sa force.
36:43Jamais elle ne s'est allaitée de sa vie.
36:46Putain.
36:48Putain.
36:51À quoi ça lui sert ?
36:53Que fait-elle de bien avec son énorme corps ?
36:56Elle n'est utile à personne.
37:02Ça m'étonne ce qu'elle raconte, monsieur Raoul.
37:05Bientôt elle sera partie.
37:07Bientôt elle sera morte et nous en vie.
37:10Tous les deux, monsieur Raoul.
37:12Quel beau cadavre.
37:14Elle se débattra dans les flammes de l'enfer.
37:17Je suis pure de cœur.
37:19Jamais je n'oublie de prier.
37:21Je suis bonne chrétienne.
37:23Et elle, elle est mourante.
37:24Moi, en bonne santé et solide.
37:27Je t'exaspère.
37:29La haine t'a toujours habité.
37:32Parce que je suis magnifique.
37:35Tu ne m'aimes pas.
37:38Mais je garde le pouvoir de te dominer.
37:42Tu es ma chose et tu le sais, Félicie Beau.
37:49Tu te souviens de la chandelle, Raoul ?
37:51Tu te souviens ?
37:54Tu te souviens ?
37:59Toi aussi.
38:01Si je veux exiger quelque chose de toi,
38:04toi, tu te mettras à genoux devant moi,
38:08comme tu l'as toujours fait.
38:10Sale carcasse.
38:13Pauvre folle.
38:15Idiote.
38:17Tu es mourante.
38:19Tu ne peux rien.
38:21Quelle erreur.
38:22Je t'exigerais rien que pour me plaire.
38:27À genoux.
38:29Allez, à genoux.
38:31Devant Annette.
38:34Je t'en prie, Félicie.
38:37Tu entends du folle.
38:40À genoux.
38:43À genoux, esclave.
38:53Tu la vois, Raoul,
38:55avec son stupide visage.
38:58C'est ridicule.
39:02Tu peux te relever, Félicie.
39:04J'ai assez ri.
39:07Tu dois te rendre à l'évidence.
39:11Je demeure ta maîtresse.
39:15Je te possède encore.
39:23Tu es déjà de l'autre côté.
39:26Et moi, je reste en vie.
39:29Surtout, ne crie pas victoire.
39:36J'étais parti quand elle s'est éteinte.
39:39D'après ce que je sais, sa mort fut atroce.
39:42Mademoiselle m'a dit qu'elle s'était débattue comme une folle.
39:45Je refuse de mourir, c'est trop bête.
39:48Je veux vivre, je refuse la mort.
39:50Mais qui peut tricher avec son destin ?
39:53Ainsi, tout semblait fini.
39:56Ma nette Ravel venait de nous quitter.
39:59Selon toute apparence.
40:02Six mois plus tard,
40:04Mademoiselle me rappelait.
40:21La mort de Félicie
40:31Félicie Beau a tellement changé.
40:34Après que cette pauvre Annette soit morte,
40:37Félicie s'est écroulée littéralement.
40:40Peut-être à cause du chagrin.
40:42Elle gardait la chambre sans rien dire,
40:44où elle pleurait toute la nuit.
40:46Elle gémissait comme si elle avait la fièvre.
40:49Elle est mieux maintenant ?
40:51Mieux.
40:53Il y a des moments où elle est comme à son habitude.
40:56Et tout à coup elle change, sans raison.
40:58Comment cela ?
40:59Elle devient une autre personne.
41:02Il lui arrive même de jouer très bien du piano.
41:06Félicie ?
41:08Oui, et quelques fois, seulement certains jours,
41:11quand elle se dédouble,
41:12il lui arrive aussi de chanter, Raoul.
41:19Il y a un sourire pour l'enfant
41:24Un autre pour l'enfant
41:29Un sourire pour l'enfant
41:34Un sourire pour l'enfant
41:39Il y a un sourire pour l'enfant
41:44Un sourire pour l'enfant
41:49Cher, cher Raoul, qu'est-ce qui te surprend ?
41:54Il y a un sourire pour l'enfant
41:57Non, je refuse d'écouter un mot de plus de cette ridicule histoire.
42:01Elle est absolument contraire à mes principes.
42:03Ou vous avez inventé cette supercherie,
42:05ou vous avez, sans le vouloir, été dupé par le malin.
42:07Pourtant, c'est ce que nous, docteur,
42:09lorsqu'on nous a finalement appelé, avons constaté.
42:11Alors on vous a dupé, vous aussi.
42:13Vous n'y connaissez rien.
42:14Pour moi, la supercherie est évidente.
42:16Félicie a pu étudier Annette fort longtemps,
42:19vous l'avez dit vous-même.
42:20Dès lors que cette dernière n'était plus,
42:22Félicie a pensé qu'elle avait droit à un moment de curiosité,
42:25un moment de gloire, elle aussi.
42:27Elle a pensé qu'il était temps de se venger d'Annette
42:29qu'il avait constamment supplanté.
42:31Il aurait dû y avoir un avocat sur ce cas.
42:33Il aurait sans doute très vite constaté la névrose.
42:36Il y en a eu un, Maître Quimbelier,
42:39le plus éminent spécialiste.
42:41Je m'obstine à réfuter ces balivernes.
42:43Que croyez-vous que je m'évertue à démontrer?
42:45Que deux esprits aient pu cohabiter dans un même corps,
42:49ce qui est insensé.
42:50C'est une proposition inacceptable.
42:52Sir Campbell, vous ne pouvez pas admettre cela.
42:55Principes.
42:57J'ai toujours pris les principes pour des trucages.
43:00Non, je me refuse à me porter garant d'opinion aussi réfutable,
43:03celle de l'homme de l'art.
43:05L'esprit, après la mort, est rappelé à Dieu.
43:07L'esprit?
43:08Qu'est-ce au juste que l'esprit pour vous?
43:10Je vous trouve toujours un peu vague, vous genre de robe,
43:13quand vous parlez de l'esprit.
43:15Dieu est esprit, et ceux qui l'adorent,
43:17c'est en esprit et vérité qu'ils doivent l'adorer.
43:20La Bible dit que si, Sir Campbell.
43:23Saint Jean, chapitre 4, verset 24.
43:25Oui, oui, parfait, mais ça n'explique rien.
43:27Qu'est-ce que l'esprit et qu'est-ce que la vie?
43:30Je confesse que je l'ignore.
43:32Mais nous, docteur, sommes forcés d'admettre que nous ignorons
43:35d'où vient la vie et où elle va lorsqu'on décède.
43:40L'Église ne l'est pas, Parfit.
43:42L'Église essaie de posséder ses ouailles,
43:45selon la technique d'Annette.
43:46À terre et à genoux, dites-vous.
43:48Pensez selon les évangiles.
43:49Alors, je pose la question, Parfit.
43:51Qu'est-ce que la vie?
43:53Mon Dieu, c'est faux.
43:57Vous voyez comme les experts peuvent se chamailler entre eux,
44:00alors que ce que nous devrions faire, c'est écouter.
44:03Je ne crois pas que vous ayez fini votre histoire.
44:05Oh, non.
44:07Je suis reparti.
44:09J'étais dépassé.
44:11Mais je ne restais pas loin.
44:13Je fis plusieurs visites à la maison durant des mois.
44:16Et je trouvais que Félicie, graduellement...
44:30Tu veux jouer du piano pour moi, Félicie?
44:32Ne vous moquez pas, monsieur Raoul.
44:35Je ne sais pas jouer.
44:36Félicie, je t'ai entendu.
44:38Ne vous moquez pas, je vous en prie, monsieur.
44:42Tout le monde...
44:45Tout le monde me joue des tours ici.
44:47Plein de tours.
44:49Quel genre de tours?
44:50Détraquer les horloges, par exemple.
44:53Ça fait que je m'y perds.
44:56C'est elle.
44:58C'est Annette.
45:00Cette putain.
45:02Elle est toujours là.
45:06Aidez-moi, monsieur Raoul.
45:10Aidez-moi.
45:24Chère, chère Raoul.
45:26C'est si bon d'avoir la santé, d'être solide.
45:29Non ne sera tanto stupido, carissimo Raoul.
45:32Amico mio.
45:35Un baiser, Raoul?
45:37Un bacio, mio caro.
45:39Félicie.
45:40Quoi?
45:41Tu parles l'italien?
45:43Bien sûr, je ne suis pas aussi stupide qu'on le croit.
45:46Et qu'est-ce qu'on croit, Félicie?
45:48Viens avec moi.
45:50Viens.
45:52Qui vois-tu dans la glace?
45:55Pourquoi?
45:57Quelle drôle de question.
45:59Je suis forte.
46:00Et je suis une très bonne actrice.
46:03Je peux interpréter n'importe quoi.
46:05Et je peux l'interpréter très bien.
46:10Embrasse-moi, Raoul.
46:13Je sais que tu le veux aussi.
46:16Reconnais que j'ai raison.
46:27C'est une question de vie ou de mort.
46:29Je le constate.
46:30Mais il n'y avait déjà rien à faire pour Annette.
46:32Elle était si gentille et si douce.
46:36Pauvre Annette.
46:38Félicie est très malade.
46:40Surveillez-la.
46:43Félicie.
46:47Tu te sens bien?
46:49Bien sûr.
46:50Raoul s'en va.
46:51Dis-lui au revoir, veux-tu?
46:53J'ai prévu un encas pour le voyage.
46:56Je vais le faire.
46:58Je vais le faire.
47:00Je vais le faire.
47:02Je vais le faire.
47:04Je vais le faire.
47:06Je vais le faire.
47:08Je vais le faire.
47:10J'ai prévu un encas pour le voyage.
47:13Ne crains rien, je veillerai sur Félicie.
47:17J'avais retiré notre docteur, si tu crois que c'est mieux.
47:20Merci.
47:28Au revoir, Félicie.
47:30Monsieur Raoul.
47:32Oui, Félicie.
47:34Elle est toujours là.
47:37Qui, Félicie?
47:38Ce monstre.
47:40Quand elle était vivante, elle était toujours en train de me tourmenter.
47:44Et aujourd'hui qu'elle est morte,
47:47c'est encore pire, je vous le dis.
47:50C'est encore pire, je vous l'assure.
47:52Elle vous arracherait
47:54le pain de la bouche,
47:56les sentiments de votre cœur
47:58et aussi l'âme de votre corps.
48:00Il m'arrive d'entendre sa voix.
48:03Elle est dans mes oreilles.
48:05Elle est dans mes oreilles.
48:07Et aussi dans ma tête.
48:12Elle veut que je m'en aille.
48:14Elle veut que je m'en aille,
48:16que je la rejoigne.
48:19Alors qu'est-ce que je dois faire?
48:21Qu'est-ce qui peut m'arriver?
48:23Que va-t-elle me faire encore?
48:29Et si elle essaie de me forcer, monsieur Raoul,
48:34je me défendrai.
48:37Je la tuerai, monsieur Raoul.
48:40Je suis aussi solide que cette demi-morte,
48:43plus forte qu'elle.
48:46Je vous jure
48:48que je la tuerai de mes mains.
48:53Je suis parti et jamais je n'ai revu Félicie beau.
48:57Je suis venu à Londres.
48:59J'ai travaillé dans Fleet Street
49:01et j'ai eu du mal à chasser l'histoire de mes pensées.
49:05Et hier soir, après toutes ces années,
49:08j'ai été délégué par mes chefs à une conférence
49:11donnée par le célèbre docteur Sir Campbell Clark.
49:14Et il y exposait justement le cas de Félicie beau.
49:17Alors j'ai cru devoir rétablir les faits dans leurs détails.
49:23Je ne suis pas convaincu.
49:25Elle arracherait les sentiments de votre coeur
49:28et aussi l'âme de votre corps.
49:32Je ne suis pas convaincu. C'est irrationnel.
49:35Est-ce que Félicie s'est étranglée elle-même ou...
49:40Ainsi que je l'ai dit,
49:42l'histoire de Félicie beau
49:45est l'histoire d'Annette Ravel.
49:48Vous ne les connaissiez pas autant que moi.
49:51Et je vous jure qu'elles adoraient la vie.
49:53Vous pouvez le croire.
49:55Je vous le jure.
50:02Vous demandiez si la vie était éternelle.
50:05Que feriez-vous si quelqu'un s'emparait de votre âme ?
50:09Que feriez-vous si un cambrioleur s'introduisait chez vous ?
50:13Vous en débarrasseriez-vous ?
50:15Ou peut-être même...
50:17l'abattriez-vous ?
50:31Et s'il avait raison ?
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