00:00 Là, à genoux, comme ça, t'es même mieux !
00:02 Pour rester dans l'histoire, hein, je vais crever là, comme ça, et tu sais ce que je vais faire ?
00:06 Je vais m'imoler au Ricard ! Voilà ce que je vais faire !
00:10 Arrête, c'est du gâchis, ça !
00:12 Non, je vais m'imoler au Ricard en lisant des vers de Jean-Pierre Filastre !
00:16 Jean-Pierre Filastre ?
00:17 Tu l'as pas connu, Jean-Pierre Filastre ?
00:19 Non, c'est qui ?
00:19 Le poète des impôts municipaux, tu l'as pas connu ?
00:22 Pourquoi, il est mort ?
00:23 Bien sûr qu'il est mort, tu sais comment est la vie ?
00:26 La vie est cruelle, ce sont toujours les meilleurs qui partent les premiers.
00:29 D'ailleurs, nous, c'est ce qu'on dit tous les jours à 4h au dépôt.
00:32 C'était pas n'importe qui, Jean-Pierre Filastre.
00:37 Jean-Pierre Filastre, c'était le chef de la foirie à Castel-Sarrazin.
00:41 Il est mort un jeudi, le jour du marché.
00:43 Il était 15h30, il était en plein débriefing au restaurant.
00:47 Il était là, à tablé, toute l'équipe, tu vois, solidaires, c'était beau.
00:50 Ce jour-là, il mangeait une daube de lapin.
00:55 Ah oui, c'est rare, hein, ça.
00:58 C'est trop bon.
00:59 Oui, oui, c'est bon.
01:00 C'est bon, mais c'est rare.
01:01 Oui.
01:02 La fesse, il la faut aussi bon que le civet de bœuf.
01:06 Oui, voilà.
01:07 Bref, c'est pas moi qui fais les menus.
01:11 Alors, il mangeait cette daube de lapin.
01:15 Il y avait une bonne ambiance.
01:16 Et à un moment, Jean-Pierre Filastre se lève et sort.
01:19 Ça, c'est la daube.
01:21 Non, c'est pas la daube.
01:22 Il sort.
01:23 Alors, ses camarades continuent à parler, tu vois, parce qu'il était très discret.
01:26 Il était là, il parlait.
01:27 Et à un moment, il y en a un qui dit "mais où est Jean-Pierre?"
01:29 L'autre, il dit "c'est vrai, où est Filastre?"
01:30 "Où est Jean-Pierre?
01:31 Où est Jean-Pierre Filastre?"
01:32 Bref, on le cherche, on ne le trouve pas.
01:33 Figure-toi que Jean-Pierre Filastre s'était effondré dans la beigne du camion poubelle.
01:38 Ah bon?
01:39 Qu'est-ce qui s'est passé?
01:40 L'alcool, peut-être?
01:41 Mais non, pas l'alcool, il ne buvait que du vin.
01:45 Non, non, non, non.
01:47 Non, le stress, la pression, il s'est allongé et il est tombé.
01:52 Alors, un camarade qui ne le savait pas est arrivé à démarrer le camion.
01:55 Or, tu connais le principe du camion poubelle, tu mets le contact et crac, les dents se mettent
02:00 en marche.
02:01 Putain, je l'ai vu, en plus, les dents de la benne, c'est terrible.
02:04 On ne l'a retrouvé qu'à 5 heures, il est ressorti compacté.
02:08 Mi-homme, mi-cagette, comme ça.
02:11 Il a eu le César du meilleur employé.
02:14 Oui, oui.
02:15 Il a laissé une femme, tu sais.
02:17 J'espère qu'ils lui ont trouvé une planque.
02:19 Non, elle travaillait déjà à la mairie.
02:20 Non, non, non, non.
02:22 Ils lui ont fait un monument, tout en cagette, avec des agrafes autour, comme ça.
02:27 La classe, quoi.
02:28 Allez, va, casse-toi, je vais lire un dernier vers de Jean-Pierre Villastre et je vais m'immoler au Ricard.
02:34 Arrête avec tes conneries, là, tu me fais froid le dos.
02:37 Oui, et bien moi, je vais avoir chaud la gueule, moi.
02:47 Employé municipal, au bord du canal, tu marches contre le vent, petit cheval.
02:55 Par paire de deux, vous allez à la guerre.
02:58 Armés de balais, vous nettoyez la terre.
03:02 Sont-ce des saumons qui remontent à la frayère ? Non, ce sont eux qui ramassent les ordures d'hier.
03:10 Sont-ce des dauphins qui plongent et se faufilent ? Non, c'est Raymond et Jean-Luc qui rotent et rotophilent.
03:18 Putain, sans déconner.
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