00:00 - Question très simple, Jean. D'abord, cet avion a subi quoi ? Des turbulences ou un trou d'air ? Est-ce que c'est la même chose ou est-ce que c'est différent ?
00:07 - Non, il a subi les deux. Pour faire très simple, un nuage, un cubulonimbus, c'est comme un tube où l'air part du sol vers l'altitude à des vitesses qui dépassent les 100 km/h
00:22 avec l'enclume en haut et ensuite le vent en descend. Vous arrivez en avion, vous arrivez dans la partie où le vent descend, l'avion va chuter, vous rentrez dans le tuyau,
00:30 l'avion va d'un seul coup grimper, vous sortez du nuage, l'autre côté, il va descendre. - Jean, t'as été pilote sur gros porteurs, on le voit pas sur les radars, ça ?
00:40 - Alors si on le voit, c'est ce que j'ai expliqué à un moment donné hier, si je suis au milieu de l'Atlantique où il y a un seul gros nuage, sur mon écran radar, je vais voir un point gris
00:52 et au centre, un gros point rouge, c'est le centre du nuage, c'est là le plus actif. Qu'est-ce que je vais faire ? Je vais aller à droite, je vais aller à gauche.
00:58 Lorsque j'ai une barrière, comme ça m'est arrivé un jour en rentrant de la Réunion au nord du Kenya, j'avais une barrière, je me suis éloigné sur la droite de la route,
01:07 je me suis écarté de plus de 200 km pour l'éviter et même en faisant ça, on s'est fait remuer sérieusement.
01:13 - Pourquoi vous vous êtes fait remuer ? Par la perturbation ?
01:16 - Parce que là, vous avez, je sais pas si on le voit bien, voilà, ça c'est le front intertropical, on part d'ici, de l'Arabie Saoudite, on va jusqu'ici, jusqu'en Thaïlande.
01:28 C'est une barrière, ce n'est pas n'importe quoi. Donc à un moment donné, lorsque cette barrière qui monte très haut, elle peut monter à 15, 16 km d'altitude,
01:37 alors que l'avion, il est au maximum à 11, 12 km d'altitude, vraiment grand grand maxi. Donc vous n'avez pas le choix, vous allez être obligé de rentrer dedans.
01:45 - Waouh !
01:46 - Vous faites quoi ? J'ai déjà vu sur le radar, vraiment presque comme un trait rouge, c'est-à-dire qu'est-ce qu'on fait ?
01:52 - Pardon, mais si on le sait, on a le temps de prévenir les passagers ou le personnel ?
01:55 - C'est votre devoir. Déjà, avant le vol, vous savez que vous allez aller vers Singapour, vu qu'on est au mois de mai, vous savez que le front intertropical est haut,
02:05 vous allez le traverser. Donc dès que vous dites "j'approche du front intertropical", vous prévenez d'abord deux messages.
02:13 Le premier aux passagers, "Mesdames et Messieurs, nous allons voir une zone de turbulence, allez à votre siège et attachez votre ceinture", et pas que l'attacher, la serrer.
02:21 Lorsque ça devient grave, vous pensez que ça va être grave, là où vous faites une autre annonce qui est très importante et qui visiblement n'a pas été faite,
02:29 c'est PNC, personnel navigant commercial, assis et attachés. Pourquoi on dit ça ? Parce que la première annonce, quand on dit aux passagers "Allez à votre siège",
02:39 que doivent faire le steward et l'hôtesse ? Ils doivent aller tout le long de la cabine, vérifier siège par siège, que tout le monde s'est attaché.
02:45 Donc eux, ils sont en danger. Parce que si d'un seul coup il y a des turbulences sévères, ils vont partir dans tous les sens.
02:52 C'est malheureusement ce qui s'est passé avant-hier soir, où des PNC ont été gravement blessés aussi.
02:59 Sauf que là, on a eu une conjonction de phénomènes exceptionnels, parce que l'entrée dans des zones de turbulence, on en connaît souvent.
03:05 Bien sûr. Là, ce fut exceptionnel. Pourquoi ce fut exceptionnel, Marc ?
03:09 Parce que Jean l'a dit, on a les courants ascendants et descendants, et puis surtout la vitesse du vent vertical. On a des rafales de vent qui peuvent localement approcher les 100 km/h.
03:18 Le cumulonimbus, il monte à 13-14 km d'altitude, en tout cas le sommet du nuage. Et donc vous avez d'une part les turbulences, les vents extrêmement violents,
03:27 et donc les vents qui changent de direction, qui provoquent en effet ces turbulences. Et puis vous avez un autre phénomène, c'est que la température est fortement négative en altitude.
03:37 On est à -30, -40, voire -50 degrés, et vous avez en prime de la grêle. Et donc c'est pour ça que les avions, en général, lorsqu'ils arrivent devant ce cumulonimbus,
03:46 ils font leur maximum avec les outils qui sont à bord de l'appareil, notamment les radars ou alors les outils qui sont embarqués, pour le contourner.
03:56 Parce que lorsque vous rentrez dans un cumulonimbus et quand vous rentrez également dans des chutes de grêle impressionnantes, vous pouvez également avoir de gros dégâts sur votre appareil.
04:03 Mais là par exemple, dans l'avion, dans la cabine, il s'est passé quoi ? Ça a tremblé ou on a eu l'impression de tomber ?
04:08 Si vous passez dans un trou d'air, c'est pas tremblé. Si vous allez être jeté au plafond parce que l'avion est en train de chuter à une vitesse vertigineuse, vous êtes pressé.
04:18 C'est-à-dire qu'il est plus porté l'avion.
04:19 Voilà. Et puis d'un seul coup, l'avion est porté à nouveau, vous êtes au plafond, vous allez descendre comme un caillou, et vous heurtez au sol et donc être blessé.
04:26 Comme après la pesanteur en fait ?
04:27 Voilà, exactement.
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