00:00 [Générique]
00:04 Avec nous pour en parler Alexandre Gonzalès, Mathieu Croissando également et Roland Daly, bonjour.
00:09 Vous êtes le secrétaire de la Fédération du commerce de Nouvelle-Calédonie, président du syndicat des commerçants.
00:15 Roland Daly, quels sont les retours que vous avez sur ce qui s'est passé ces dernières heures ?
00:20 Cette première journée sous état d'urgence, est-elle été plus calme que les précédentes ?
00:25 Plus calme, très légèrement en fin de compte dans certains secteurs de l'OMEA,
00:33 mais en fin de compte non, ça a continué à être une nuit d'émeute.
00:37 Beaucoup de concessions automobiles ont été brûlées hier, je pense à Porsche, Mitsubishi, Nissan, etc.
00:45 On ne les compte plus désormais, ils s'attaquent à des quartiers différents soir après soir.
00:50 C'était notre troisième nuit d'émeute au final et on sent que les groupes indépendantistes
00:58 qui ont formé cette cellule de terroristes ont complètement perdu le contrôle sur les assaillants
01:06 qui désormais veulent tout réduire en cendres.
01:08 Oui, c'est ça quand vous dites "ils s'en prennent à tous les commerces, ils s'en prennent à ces concessions".
01:13 Qui sont ces "ils" ?
01:17 C'est une cellule qu'on appelle la CCA1 Nouvelle-Calédonie, qui est une émanation du FLNKS,
01:24 qui était censée militer dans les rues en marge du dégel électoral,
01:28 mais cette cellule est devenue complètement incontrôlable.
01:31 Ce sont des milliers de jeunes qui, lorsqu'ils sont de toute manière arrêtés,
01:34 vu que bien souvent ils sont mineurs, ne peuvent pas être mis en prison.
01:38 De toute manière, il n'y a plus de place dans les prisons en Nouvelle-Calédonie,
01:40 donc on ne sait pas où les mettre.
01:41 Ils sont donc relâchés, ils sont en situation d'impunité totale.
01:46 Ils sont en grand nombre et se dispersent à des endroits divers et variés pour détruire, piller les commerces.
01:52 Vous voyez, ils vont rentrer dans un commerce, dans une surface commerciale, la piller.
01:57 S'ils sont mis en fuite par la gendarmerie ou le GIGN,
02:00 une heure plus tard, ils sont de retour parce que la gendarmerie a dû partir sur un autre lieu attaqué.
02:05 Et c'est comme ça depuis désormais bientôt quatre jours.
02:09 Vous restez avec nous, Renan Daly, évidemment.
02:10 Le haut-commissaire de la République avait des mots très durs cette nuit contre les membres du CCAT.
02:14 C'est Alexandre Gonzalès, qui sont les fauteurs de troubles, les émeutiers.
02:19 Justement, de nombreux spécialistes du dossier, et on l'entendait à l'instant,
02:23 affirment que c'est cette cellule de coordination des actions de terrain, le CCAT,
02:29 qui appelle à de nombreux rassemblements dans l'archipel depuis plusieurs semaines déjà,
02:33 qui est responsable de la situation d'hyper-violence
02:37 en organisant des exactions sur le territoire de Nouvelle-Calédonie.
02:42 Ce matin d'ailleurs, chez nos confrères de France 2, et Adeline, vous le disiez,
02:45 Gérald Darmanin a annoncé l'assignation à résidence de dix leaders de la CCAT,
02:50 dix leaders qu'il a qualifiés de "mafieux",
02:53 en faisant une distinction très claire entre ces membres de la CCAT
02:59 et le Front de Libération Nationale, Canac et Socialiste,
03:02 qui est un rassemblement politique indépendantiste.
03:05 Les spécialistes dont je vous parlais décrivent la CCAT
03:09 comme agrégant des personnes violentes et radicales
03:12 qui s'appuient sur une jeunesse apolitique, une jeunesse désœuvrée,
03:16 qui est prête à les suivre, et disent-ils,
03:19 ils utilisent la cause de l'indépendantisme pour créer une situation insurrectionnelle.
03:25 Alors à ce stade, ils n'observent pas ces spécialistes de puissance étrangère
03:29 qui viendraient manipuler cette situation,
03:31 mais ils sont convaincus qu'il y aura une républication a posteriori de ce mouvement.
03:38 Je précise quand même que de l'autre côté,
03:41 l'un des principaux membres de la CCAT, qui s'appelle Christian Tain,
03:44 qui a donné une interview sur une radio locale mardi midi,
03:48 il appelait l'ensemble des jeunes à, je cite, "lever le pied", à garder leur calme.
03:53 Il condamnait officiellement les exactions,
03:56 sans pour autant lever la mobilisation,
03:58 puisqu'il appelait aussi ces jeunes à rester sur les bords de route,
04:01 mais de façon, disait-il, organisée.
04:03 Alors justement, Alexandra, je voudrais qu'on écoute les mots,
04:05 hier soir sur BFM TV, de Nicolas Metzdorf.
04:07 Il est député Renaissance de la Nouvelle-Calédonie.
04:09 Écoutez ce qu'il disait à propos de ces jeunes émeutiers.
04:12 On peut basculer dans la guerre civile.
04:16 Les Calédoniens se protègent eux-mêmes,
04:18 c'est-à-dire qu'ils sont sur des barricades dans les quartiers
04:20 pour empêcher les émeutiers de rentrer dans les maisons,
04:23 dans les entreprises et de tout brûler, parce que Nouméa a brûlé.
04:25 On a là une jeunesse désœuvrée, radicalisée.
04:30 Il y a une partie des indépendantistes très radicalisées, très xénophobes, très racistes.
04:35 Anti toute personne qui arrive en Nouvelle-Calédonie
04:38 ou toute personne qui n'est pas cadaque.
04:41 - Ronald Dali, vous avez des mots très forts.
04:42 Vous parlez de terroristes.
04:44 Gérald Darmanin parle de factions mafieuses.
04:48 Dans le terrorisme, il y a la terreur.
04:50 Est-ce que cette peur, vous la ressentez ?
04:52 Parce que nous, c'est ce qu'on entend dans tous les témoignages
04:54 qui nous reviennent de Nouméa.
04:56 C'est la peur qu'ont aujourd'hui les habitants face à ces émeutiers
05:00 qui rentrent dans les maisons, qui pillent les commerces.
05:04 - C'est une situation anxiogène, je ne vous le cache pas, mais on résiste.
05:10 Nous, nous ne sommes pas en train de faire la guerre ou d'attaquer.
05:14 Nous résistons et nous protégeons nos quartiers.
05:17 Tous les quartiers de Nouméa ont érigé des palissades,
05:21 se relaient avec les habitants.
05:23 Avant de venir ici, j'étais en bas à Réunion de quartier
05:26 pour préparer la quatrième nuit qui va commencer,
05:29 où les relais sont en permanence pour défendre.
05:31 Car si on laisse l'accès aux quartiers,
05:34 les anarchistes, parce que ce sont des anarchistes,
05:39 peuvent rentrer et se mettre à brûler nos maisons, nos appartements.
05:43 L'idée maintenant, on a vu impuissant,
05:46 voir détruire tout le tissu économique que l'on a développé
05:50 au bout de tant d'années.
05:52 Et maintenant, on le voit se faire détruire
05:55 et on doit protéger chez nous, nos familles justement,
05:58 parce que ça peut basculer.
06:00 Ce qu'ils veulent vraiment, que ce soit très simple,
06:02 c'est réduire la Nouvelle-Calédonie et surtout Nouméa-le-Sud en cendres.
06:07 - Vous parliez des atteintes contre les commerces.
06:09 Les magasins, c'est le quotidien des gens, Roland Daly.
06:11 Est-ce que la question des pénuries commence à se poser ?
06:16 - Oui, grandement.
06:16 On est dans des situations où on craint énormément la pénurie alimentaire,
06:23 qui se fait déjà ressentir.
06:25 Ils attaquent également, c'est dire,
06:26 l'organisation de cette cellule des points d'eau,
06:30 justement, pour tenter de nous empêcher de nous alimenter
06:34 et d'avoir justement accès à de l'eau potable.
06:37 Ils attaquent des centres de dialysés ce matin.
06:39 Donc, des gens malades qui ont besoin d'accéder à ces centres peuvent mourir.
06:43 En fait, c'est tout simplement le chaos et l'anarchie
06:46 qu'ils veulent faire régner.
06:47 Nous, nous imaginions qu'il pouvait se passer des choses graves,
06:50 mais nous étions très loin d'imaginer un tel niveau de haine
06:54 et de violence de la part de ces assaillants.
06:58 Je conclurai, même dans les centres commerciaux,
07:00 j'ai un magasin, un centre commercial le plus ancien,
07:03 quasiment en Nouvelle-Calédonie, qui a été attaqué hier.
07:05 Ils l'ont pillé toute la journée au gré du départ des forces de l'ordre
07:10 qui devaient aller ailleurs.
07:11 Aujourd'hui, ils n'ont de cesse que de retourner pour le brûler
07:14 et de le voir régner en sanglant.
07:16 - Mathieu Croissando, que peut faire l'exécutif ?
07:18 La priorité ce matin, c'est de rétablir l'ordre à tout prix en Nouvelle-Calédonie.
07:23 - Oui, la priorité, c'est de rétablir l'ordre et d'appeler au calme.
07:26 Alors, il y a des décisions qui ont été prises.
07:27 - Vous appelez au calme, on en entend depuis mardi.
07:29 - Voilà, et ça ne fonctionne pas pour l'instant.
07:31 Alors, il y a eu des décisions qui ont été prises,
07:33 notamment l'état d'urgence a été décrété.
07:35 Ce n'est pas très courant, l'état d'urgence.
07:37 Il avait déjà été décrété dans la décennie 80 en Nouvelle-Calédonie,
07:41 après des émeutes et il y a eu des assassinats,
07:44 même à l'époque, particulièrement violents.
07:46 Là, rétablir l'ordre, c'est d'abord apporter des renforts.
07:49 On sait qu'il y a quatre escadrons de gendarmes mobiles qui arrivent.
07:51 - On voit l'avion qui a quitté la base d'Istre hier.
07:54 - Il y a eu des décisions qui ont été prises sur la sécurisation
07:57 de l'aéroport et des ports, notamment par l'armée,
07:59 décidée par Gabriel Attal.
08:01 Il y a aussi le fameux réseau TikTok qui a été interdit,
08:04 puisque là-bas, on peut le faire, puisque les télécommunications
08:06 sont gérées par un office sur l'île.
08:09 - Mais ça ne dépend pas de l'Union européenne.
08:10 - Voilà, qui ne dépend pas de l'Union européenne.
08:11 Donc, la France a pu neutraliser TikTok,
08:14 qui était le réseau social qu'utilisaient les émeutiers.
08:16 Mais ça, essayer de ramener le calme, amener les forces de l'ordre,
08:19 démonter les barrages, ça va prendre du temps
08:23 et ça ne résoudra pas la crise, parce que la crise,
08:26 elle est multifactorielle.
08:27 Il faut comprendre que ça fait 40 ans qu'on a connu un cycle
08:31 en Nouvelle-Calédonie, qui était un cycle qui devait pousser
08:34 à l'autodétermination, c'est-à-dire que les néo-calédoniens
08:37 allaient pouvoir voter sur leur avenir,
08:39 est-ce qu'ils étaient indépendants ou non.
08:40 Ce cycle a été inauguré par Michel Roca en 1988.
08:43 Il y a eu des réformes économiques et sociales qui ont été lancées.
08:45 Il y a eu des choses qui ont été réussies.
08:46 D'autres moins.
08:47 Mais aujourd'hui, c'est abouti.
08:48 Il y a eu trois référendums sur l'autodétermination.
08:50 Les trois ont dit non à l'indépendance.
08:53 Et le dernier s'est tenu dans des conditions particulières,
08:55 puisqu'il n'était pas écouté par les indépendantistes.
08:56 Mais en tout cas, c'est la fin de ce cycle de l'autodétermination.
08:59 Et puis, d'un point de vue économique et social,
09:01 il y a des problèmes économiques dans l'île.
09:02 Toute cette jeunesse un peu désoeuvrée dans le nord de l'île,
09:04 parce que notamment, il y a une usine de nickel.
09:06 La Nouvelle-Calédonie possède énormément de ressources de nickel,
09:09 a dû fermer.
09:11 Donc, il y a aussi du désœuvrement et du chômage.
09:14 Un dernier mot, Renan Daly.
09:15 Comment vous imaginez les prochains jours ?
09:18 J'imagine que vous êtes en contact avec tous les commerçants de l'archipel.
09:21 Il va se passer quoi ?
09:24 Écoutez, là, vraiment, notre salut vient de l'État français, de la nation.
09:29 L'état d'urgence nous a fait beaucoup de bien de l'entendre hier,
09:33 justement, aux infos.
09:34 Nous l'attendions et ça a été une bonne nouvelle de l'entendre décréter.
09:38 Maintenant, il nous faut des renforts.
09:40 Il nous faut de l'aide car nous en manquons actuellement cruellement.
09:44 Il faut arriver à rétablir l'ordre et à sécuriser les sites.
09:47 On craint encore des jours très compliqués à venir,
09:50 mais on ne désespère pas, même si l'on ne dort quasiment plus.
09:55 On va continuer, nous, à résister, à défendre nos positions.
09:59 Et on espère que les forces de l'ordre vont continuer à grossir les rangs
10:02 pour rétablir l'ordre et nous sortir de ce chaos.
10:06 Merci en tout cas de nous avoir accordé un peu de votre temps ce matin.
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