00:00 [Musique]
00:14 Bonjour, je suis Fred De Wilde, auteur de BD "Mon Bataclan et la morsure",
00:21 rescapé du Bataclan. J'ai 53 ans et je tente de continuer à vivre depuis 4 ans.
00:29 Jusqu'à présent, tout ce qu'on a pu avoir comme moyen de reconstruction est terriblement insuffisant
00:35 et le nombre de questions qu'on peut se poser, survivants, entre la culpabilité,
00:40 entre le droit de vivre encore, entre la légitimité à se dire victime parce qu'on n'a pas été blessé,
00:46 parce qu'on est simplement sorti de là, parce qu'on y a passé deux heures et qu'on a vu tous les morts
00:51 et qu'on doit s'estimer heureux d'être en vie, toutes ces questions-là, tous les survivants se les posent.
00:58 Je pense qu'avec la pauvreté de l'aide psychologique qu'on a eue et de l'aide qu'on a eue d'une manière générale,
01:04 on s'attaque à un problème de santé publique dans les années à venir.
01:08 Depuis 4 ans, il y a des gens qui sont en détresse sociale parce qu'ils ont été extrêmement peu aidés.
01:13 Et on dit d'un côté qu'on est mort pour la France, mais de l'autre côté, la France ne fait pas grand-chose pour nous.
01:18 J'ai la chance, moi, d'avoir pu dessiner, d'avoir pu écrire ce qui m'était arrivé, ce qui me passait par la tête.
01:26 Toute la douleur que j'avais emmagasinée pendant ces deux heures dans la fosse, c'était extrêmement dur.
01:33 Ça a pris pas mal de temps, mais j'ai réussi à exprimer pas mal de choses.
01:39 Le très, très gros ressenti des survivants, c'est d'être mis à l'écart.
01:44 C'est de ne pas être compris. C'est d'entendre « mais au bout de 4 ans, tu devrais arrêter de penser à ça, tu devrais tourner la page ».
01:52 Sauf que tourner la page, c'est pas un choix. Tourner la page, c'est quelque chose que l'on fait, qu'on a réussi à arrêter de penser à tout ça.
02:00 Et pour le moment, on vit encore avec le sang, et pour beaucoup, les crânes dans la tête.
02:06 [Musique]
02:12 [Sous-titres réalisés para la communauté d'Amara.org]
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