00:00 RTL midi, Agnès Bonfillon, Eric Brunet.
00:04 Vous l'entendiez au début de ce journal, Xi Jinping, le président chinois, l'état le plus peuplé de la Terre,
00:11 est reçu en ce moment même à l'Elysée par Emmanuel Macron à l'occasion du 60e anniversaire de l'ouverture des relations diplomatiques entre les deux pays.
00:19 Oui, et justement pour en savoir davantage sur ce contexte diplomatique,
00:23 nous sommes avec Philippe Lecor, chercheur à l'Asia Society Policy Institute et professeur affilié à l'ESSEC. Bonjour monsieur.
00:31 Bonjour.
00:32 Dans quel état d'esprit arrive Xi Jinping ? En fait, quels sont les messages selon vous qu'il entend faire passer ?
00:40 Je pense que Xi Jinping vient en Europe avec un double message.
00:46 Le premier, c'est de célébrer les 60 ans de relations diplomatiques et de montrer que la Chine a encore des amis au sein de l'Occident
00:56 et que la France est au premier rang de ses amis.
01:00 Mais par ailleurs, la deuxième partie du voyage qui va se passer en Hongrie et en Serbie va lui permettre de démontrer qu'il y a d'autres amis,
01:09 des pays plus proches idéologiquement et qui accueillent à bras ouverts les investissements chinois sans vergogne
01:18 et qui idéologiquement sont plutôt proches de la Russie et la Chine, donc c'est le cas effectivement des dirigeants hongrois et serbes.
01:26 On voit clairement que la guerre en Ukraine a forcément changé la donne, puisqu'elle a vraiment clarifié des amitiés internationales
01:37 et en l'occurrence elle a sacré le rapprochement avec la Chine et avec la Russie.
01:43 C'est fou que cette visite en France soit suivie de cette visite en Hongrie avec un Orban qui soutient quand même Vladimir Poutine.
01:54 Oui, non seulement cela, mais vous savez que dans quelques semaines Vladimir Poutine qui a été réélu,
02:01 qui sera intronisé pour un énième mandat à Moscou, va se rendre à Pékin, faire la visite-retour que Xi Jinping lui avait faite l'année dernière
02:11 et va donc effectivement consacrer ce rapprochement sino-russe qui se matérialise en un soutien de plus en plus évident de la Chine
02:21 pour ce que la Russie fait en Ukraine et également la Chine bénéficie grandement économiquement en achetant à bas prix du pétrole russe
02:32 et en vendant X matériels, notamment à travers ce qu'on appelle les technologies duales, donc les choses qui servent à la fois pour le civil et pour le militaire.
02:42 Est-ce qu'Emmanuel Macron a du poids face au président chinois aujourd'hui ?
02:48 Alors si on lit l'interview du président dans la tribune de dimanche, vous savez il parle de cette notion de puissance d'équilibre.
02:57 Donc en fait une puissance d'équilibre c'est un pays qui arrive à marcher à peu près entre les deux,
03:05 qui essaye de parler à la fois à la Russie, à la Chine en tout cas, et aux États-Unis.
03:12 Vous savez que Joe Biden doit venir pour l'anniversaire du débarquement en France,
03:18 que l'administration Biden parle également beaucoup à l'Europe,
03:23 et donc Macron se présente comme l'homme qui est capable de parler à Xi Jinping
03:29 et de lui proposer d'intervenir auprès de Poutine, de réduire un peu les actions de la Russie et des puissances autoritaires.
03:41 Mais sans grandes illusions quand même.
03:43 Et puis il y a la Corée du Nord qui a obtenu plusieurs dizaines de têtes nucléaires,
03:47 qui elle aussi rentre dans le concert des nations.
03:49 On sait très bien que la Chine a une relation particulière avec la Corée du Nord.
03:52 Mais on voulait parler également de la question palestinienne,
03:56 parce que la France et la Chine sont plutôt d'accord sur la nécessité de créer justement cet État palestinien.
04:04 Oui, alors la politique chinoise vis-à-vis de la région a toujours été un peu ambiguë.
04:11 Vous savez que la Chine avait de très bonnes relations avec le gouvernement Netanyahou il y a encore un an,
04:18 enfin six mois avant le 7 octobre.
04:22 Et aujourd'hui effectivement la Chine, qui est quand même très très prudente concernant le Moyen-Orient,
04:29 ce n'est pas comme la Russie où là franchement il n'y a pas beaucoup d'ambiguïté comme vous le disiez tout à l'heure.
04:34 Sur le Moyen-Orient c'est clair qu'elle défend un État palestinien, comme beaucoup de pays.
04:40 En même temps la barrière entre le Hamas et le reste de la Palestine n'est pas évidente à percevoir.
04:48 C'est en tout cas un sujet sur lequel Pékin est très très prudent,
04:54 parce que c'est une région compliquée dans laquelle il n'a pas forcément beaucoup de poids,
05:01 malgré le fait qu'il y ait eu ce rapprochement entre l'Arabie Saoudite et l'Iran,
05:07 soi-disant sous l'égide de Pékin il y a deux ans.
05:10 Mais ça, si vous voulez, ça ne s'est pas traduit par une diplomatie concrète de la Chine au Moyen-Orient.
05:16 Dernière question Philippe Lecor concernant un autre enjeu de cette visite,
05:20 les tensions commerciales qui peuvent exister entre la France et la Chine, l'Europe et la Chine.
05:26 Alors évidemment il y a un déficit commercial énorme entre la France et la Chine,
05:31 entre l'Union Européenne et la Chine.
05:33 Et vous savez que l'Union Européenne a mis en place, sous la houlette de Madame von der Leyen,
05:38 la présidente de la Commission, une politique défensive très importante,
05:42 ce qu'on appelle la sécurité économique, et notamment sur les véhicules électriques.
05:48 Donc elle a lancé une enquête, dont on va bientôt avoir les résultats,
05:51 et la France est à la main d'oeuvre dans cette enquête.
05:54 En revanche l'Allemagne, qui a beaucoup d'intérêt économique en Chine,
05:57 elle est beaucoup plus prudente parce que les constructeurs automobiles allemands
06:01 veulent continuer à miser sur le marché chinois et n'ont pas l'intention de désinvestir de la Chine.
06:08 Merci infiniment pour toutes ces précisions.
06:12 Avec une Chine qui rêve que le Yuan se substitue dans les échanges internationaux au dollar.
06:18 Bon, on n'y est pas, mais il y a de plus en plus d'échanges internationaux
06:21 qui se font avec la monnaie, la devise chinoise désormais.
06:24 Merci Philippe Lecord d'avoir été avec nous.
06:26 Je rappelle que vous êtes chercheur à l'Asia Society Policy Institute
06:29 et professeur affilié à l'ESSEC.
06:32 Dans un instant nous allons fêter un anniversaire.
06:34 Il y a 30 ans, jour pour jour, était inauguré le tunnel sous la Manche.
06:40 Manche c'est ça ?
06:42 Exactement !
06:43 pour tout comprendre de l'actualité.
06:45 ♪ ♪
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