00:00 Entre la nouvelle série Iwajou de Pixar et le Wakanda de Black Panther,
00:03 les villes futuristes en Afrique, on les a vues en fiction.
00:07 Mais deviendrait-elle une réalité ?
00:08 En tout cas, c'est ce qu'Idris Elba semble vouloir faire,
00:10 en construisant sa propre ville du futur, rien que ça.
00:13 Sherbro Island City, c'est le nom du rêve d'Idris Elba,
00:17 en Sierra Leone d'où il est originaire,
00:19 pour en faire, selon ce Guardian,
00:20 une ville intelligente et respectueuse de l'environnement.
00:23 Celui qui a joué Nelson Mandela et qu'on a un moment pris pour le prochain James Bond,
00:27 s'est lancé dans un projet fou,
00:28 mais pas si unique en Afrique où les plans de villes nouvelles,
00:32 futuristes, supposément éco-responsables et porteuses de promesses économiques,
00:36 se multiplient.
00:37 Selon le Daily News Egypt, sur tout le continent africain,
00:41 promoteurs immobiliers et gouvernements
00:43 ont mis la main sur plus de 2 milliards de mètres carrés de terrain.
00:46 "Afin de créer de nouvelles villes et de répondre aux besoins des centres en pleine expansion",
00:50 indique un rapport d'Estate Intel.
00:52 Mais comme beaucoup d'autres, le projet de Smart City d'Idris Elba
00:55 risque surtout de finir en ville fantôme.
00:57 Une Smart City ?
00:58 Une ville intelligente ?
01:00 Mais qu'est-ce que c'est ?
01:01 La Smart City a d'abord été un concept marketing
01:03 forgé par et pour les grands groupes fournisseurs de technologies.
01:07 Le terme englobe aujourd'hui les usages urbains des technologies,
01:10 souvent de pointe et innovantes.
01:12 Expliqué en 2022 de chercheurs dans la revue américaine MIT Technology Review.
01:16 Et en Afrique, des Smart Cities, on veut en construire beaucoup.
01:19 En Sierra Leone donc,
01:21 mais aussi au Kenya, au Bénin,
01:23 en Egypte, au Nigeria, à Maurice, au Rwanda,
01:25 en Ouganda, ou encore au Sénégal,
01:27 avec notamment Acon City.
01:29 Et non, vous ne rêvez pas,
01:30 c'est bien le projet de ville de la star internationale du R&B,
01:33 Acon, lui aussi issu de la diaspora africaine.
01:36 Les chercheurs estiment que le début de cette vague de projets
01:40 date des années 2010.
01:41 Le Maroc en a été l'un des pionniers en Afrique,
01:44 et on en trouve aussi sur d'autres continents.
01:45 Or, en Afrique, comme en Asie,
01:47 bon nombre des projets déjà lancés ont connu une fin rapide,
01:51 ou plutôt n'ont jamais vu le jour,
01:53 et sont aujourd'hui des villes désertes,
01:54 ou des projets abandonnés.
01:55 Et si en Afrique, beaucoup ont peur
01:57 que les nouvelles smart cities connaissent le même sort,
02:00 c'est parce qu'elles semblent déconnecter
02:02 des attentes des populations locales,
02:03 voire être à l'origine de nouveaux problèmes.
02:05 Pour le média Quartz,
02:07 l'Afrique devrait même d'abord chercher à améliorer
02:09 ces villes existantes qui manquent d'infrastructures
02:11 avant de vouloir en créer de nouvelles.
02:13 Prenons l'exemple de Diamniadio.
02:14 C'est un projet de ville moderne
02:16 dont le chantier a débuté en 2015 au Sénégal,
02:19 à une quarantaine de kilomètres de Dakar.
02:21 Makisal, qui était alors le président sénégalais,
02:23 vantait les mérites d'une ville futuriste,
02:25 qui accueillerait les différentes branches du gouvernement,
02:28 le siège régional de l'ONU,
02:29 deux universités et des stades internationaux,
02:32 selon VOA Afrique.
02:33 Bref, un projet ambitieux.
02:35 Mais d'après le média sénégalais Sénégal,
02:38 le chef d'État a augmenté les problèmes de mobilité à Dakar,
02:41 car les services et les usines implantés à Diamniadio
02:44 mobilisent de la main d'œuvre
02:45 et beaucoup de travailleurs qualifiés y vont chaque jour depuis Dakar.
02:48 Ce qui crée d'ailleurs des embouteillages sur une autoroute
02:50 dont certains demandent depuis longtemps l'élargissement.
02:53 Makisal, estime le journal, s'est montré mégalomane
02:56 en préférant créer des stades dans cette nouvelle ville,
02:59 alors même que des villes voisines comme
03:00 Ties, Bourg ou Kaolak pouvaient les abriter.
03:03 Pour Sénégal, Makisal a manqué de vision
03:06 sur la décongestion de Dakar.
03:07 En 2019, Diamniadio n'accueillait d'ailleurs que 8% des 350 000 habitants
03:12 attendus pour 2030-2040,
03:14 dont une grande partie devait venir de Dakar.
03:17 En plus, ces villes coûtent cher à construire,
03:19 mais aussi pour y vivre.
03:20 Par exemple, selon le Nigeria Property Center,
03:22 qui regroupe les annonces immobilières dans la Smart City
03:25 en construction d'Eco Atlantic City,
03:27 un appartement s'y vend en moyenne 385 000 euros,
03:30 et l'allocation y débute à environ 2 000 euros par mois,
03:33 alors que presque la moitié des Nigérians
03:35 vivent avec moins de 2 dollars par jour.
03:38 Mais à ce sujet, The Economist est claire,
03:40 aucune ville nouvelle ne répondra directement
03:42 aux besoins des citadins pauvres d'Afrique,
03:44 certaines ne prétendent même pas vouloir le faire.
03:46 Et que dire de l'impact écologique de ces projets ?
03:49 Le média sénégalais, le Djekos,
03:51 rappelle que l'Afrique fait face à un gros dilemme.
03:53 Pour son développement socio-économique,
03:55 le continent choisit de développer ses villes,
03:57 mais ça risque d'avoir un impact sur l'environnement.
03:59 Or, l'Afrique est l'une des premières victimes
04:01 du réchauffement climatique.
04:02 C'est un cercle vicieux dont il est compliqué de sortir.
04:05 Mais des initiatives se mettent en place
04:06 pour faire de la Smart City un outil durable,
04:08 lors des COP par exemple,
04:10 ou encore avec le manuel sur les innovations urbaines intelligentes
04:14 du programme de développement de l'ONU,
04:15 pour aider à
04:16 "mettre de l'intelligence dans n'importe quelle ville
04:19 de manière vivable, inclusive et durable".
04:21 Mais vu tous ces problèmes,
04:23 pourquoi s'entêter avec les nouvelles villes
04:25 et surtout les Smart Cities en Afrique ?
04:27 Et bien certains affirment qu'elles sont une nécessité.
04:29 Le média sénégalais, le Djekos,
04:31 rappelle que l'Afrique connaît le taux de croissance urbaine
04:34 le plus important dans le monde.
04:35 Alors que le continent devrait voir sa population
04:37 doubler d'ici la moitié du siècle,
04:39 les villes africaines concentreront 60% de la population en 2050,
04:44 contre 39% aujourd'hui.
04:46 Les pays africains devront donc faire face
04:48 à de nombreux défis en termes de gestion des logements,
04:51 des transports, de l'énergie et des ressources vitales
04:54 comme les réseaux d'eau et de nourriture.
04:55 The Economist explique qu'alors que les villes sont pleines à craquer en Afrique,
04:59 les partisans de la construction de nouvelles villes intelligentes
05:02 à leur périphérie affirment depuis longtemps
05:03 que cela contribuerait à atténuer ce genre de problèmes.
05:06 Toujours d'après le média britannique,
05:08 The Charter Cities Institute,
05:10 une organisation à but non lucratif,
05:12 admet que s'ils se menaient correctement,
05:14 de tels projets pourraient permettre d'accélérer la croissance,
05:17 encourager des investissements, créer des emplois
05:19 et sortir des millions de personnes de la pauvreté.
05:22 Une technique qui aurait déjà en partie fait ses preuves en Asie.
05:25 Et donc,
05:25 les Smart Cities apparaissent comme la piste privilégiée des gouvernements africains,
05:29 selon le Djekhos.
05:30 Et c'est pour ça que l'alliance Smart Africa,
05:32 qui réunit 32 états africains,
05:34 a fait des Smart Cities l'un de ses programmes prioritaires,
05:37 en louant leurs bénéfices pour la croissance socio-économique des pays.
05:40 Comme c'est le cas par exemple de la florissante nouvelle ville de Tatou au Kenya,
05:44 conclut The Economist.
05:45 Située au nord de la capitale, Nairobi,
05:48 elle dispose de son propre système d'approvisionnement en eau,
05:51 de son propre réseau énergétique et de son propre réseau internet,
05:54 et a pour objectif d'être plus inclusive.
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