00:00 Parce qu'on a tendance à se dire quand on est parent, et à forcer y encore une fois,
00:03 quand on est seul que tout est grave.
00:05 Et prendre un tout petit peu de recul, rire de soi-même aussi c'est pas mal.
00:10 Rire de ses ratés, rire de ses échecs éducatifs, ça remet les choses en place.
00:15 - On vous sait aussi Nadia très féministe, mais là vous reconnaissez que votre féminisme,
00:20 je me permets l'expression, vous vous êtes assise dessus à plusieurs reprises.
00:23 - Je ne suis pas toujours très cachère.
00:25 Mais je trouve que c'est intéressant, et d'ailleurs j'ai des conversations avec des lectrices
00:30 sur le sujet, passionnantes, qui me disent peu ou prou la même chose.
00:33 Qu'elles aussi, elles étaient pleines de certitudes, qu'elles savaient qu'elles allaient élever leurs enfants,
00:39 leurs garçons, mais aussi leurs filles, avec des valeurs féministes,
00:43 sauf que confrontées au réel, évidemment que c'est plus du tout la même chose.
00:46 Et moi ça s'est imposé, j'en parle dans le livre, pour ce qui est des vêtements,
00:52 de l'aspect vestimentaire, de comment une jeune fille doit s'habiller.
00:55 Évidemment qu'avant que ma fille ait 16 ans, j'ai milité pour que les femmes puissent s'habiller absolument comme elles veulent,
01:01 mon corps, mon choix, ça ne faisait absolument aucun doute dans mon esprit.
01:04 Quand elle a commencé à faire certains choix vestimentaires, oui ça m'a dérangée.
01:08 Et ça m'a dérangée que ça me dérange.
01:10 - Si elle mettait un pull pour sortir, un gros pull, vous seriez plus tranquille.
01:14 - Bah ouais, parce que c'est avant tout, c'est ça la question en fait.
01:20 Si c'est une jeune fille qui sort aujourd'hui dans la rue en crop top ou en jupe,
01:24 c'est évidemment pas une question de morale, pour moi le vêtement n'a pas de morale.
01:27 C'est simplement que ça la met davantage en danger,
01:30 c'est que ça la soumet encore plus à ce qu'on appelle le harcèlement de rue,
01:33 encore que, et moi c'est très bien, on peut être harcelé dans la rue avec un survêtement et un pull, etc.
01:40 Mais c'est simplement que moi je me sentais plus tranquille effectivement,
01:44 quand elle se couvrait un peu, et ça me dérange profondément.
01:48 - Un garçon on l'éduque, une jeune fille on lui apprend quoi ?
01:52 - À se protéger, ce qui est quand même pas du tout la même chose.
01:56 Et ça je m'en suis rendue compte en discutant encore une fois avec des amis
02:00 qui élèvent des garçons à peu près du même âge sur des questions très concrètes.
02:05 Je l'évoque également dans le livre sur la question de l'alcool et des drogues par exemple.
02:10 Mes copines qui ont des gamins de 15-16 ans m'ont dit "bah oui, moi effectivement j'ai pris mon garçon
02:16 et je lui ai expliqué qu'il ne fallait pas trop boire ça et qu'il ne fallait pas faire de mélange".
02:19 J'ai dit "ah oui parce que moi c'est pas du tout la nature de la discussion que j'ai eue avec ma fille,
02:23 moi j'ai dû lui expliquer qu'il fallait toujours surveiller son verre,
02:26 j'ai dû lui expliquer très très tôt ce qu'était l'assommission chimique,
02:29 j'ai dû lui expliquer très tôt ce qu'était l'altération du discernement".
02:35 On parlait de gravité tout à l'heure, là on est tout de suite dans quelque chose de grave
02:39 et d'une certaine manière on va priver les jeunes filles pour leur bien et pour les protéger
02:44 de la légèreté à laquelle les garçons ont droit à eux.
02:48 - On n'arrête pas de dire qu'il s'est passé plein de choses depuis #MeToo.
02:51 En réalité, vous avez eu, j'ai eu quasiment la même adolescence que votre fille ?
02:55 - Ouais.
02:56 - Ça n'a pas beaucoup bougé ?
02:57 - Bah j'ai l'impression, en tout cas les fléaux dont je parle n'ont pas disparu,
03:00 le harcèlement de rue n'a pas disparu.
03:02 La seule bonne nouvelle c'est qu'il est davantage nommé et documenté aujourd'hui
03:07 mais ça n'est évidemment pas plus simple ni plus facile d'être une femme
03:11 et d'être une jeune femme dans l'espace public et même dans la vie de manière générale.
03:15 Oui, il y a eu #MeToo, ouais.
03:17 Et ça on peut que s'en féliciter et mesurer le chemin parcouru
03:21 mais au fond rien n'a changé, les statistiques sont les mêmes.
03:25 - Au contraire de ce qu'on a vécu, peut-être c'est la sororité, c'est là que ça change chez nos filles,
03:29 c'est pas un 20 mots, ça existe véritablement.
03:31 - Moi je l'ai découvert avec ma fille ce mot, même si évidemment j'en étais très familière
03:35 de ce mot-là dans les milieux féminins, c'est un mot qu'on brandit et qu'on prononce beaucoup
03:39 et j'ai jamais trop su quoi mettre dedans.
03:42 Et j'en ai eu une bonne illustration de ce qu'est ou de ce que doit être la sororité
03:47 en observant ma fille et ses copines.
03:50 Je parle évidemment pas pour toutes les adolescentes, c'est un échantillon,
03:54 je parle de la vingt-trentaine de jeunes filles qui viennent chez moi de temps en temps
03:58 et je vois qu'elles, elles se sont débarrassées de ce avec quoi nous on s'est construites,
04:02 les femmes des générations d'avant, c'est-à-dire cette idée qu'il n'y a pas de place pour tout le monde,
04:06 qu'il n'y a pas de place pour toutes les femmes, que pour prendre sa place, occuper sa place,
04:10 il faut être validé par un regard masculin et pour être validé par un regard masculin,
04:14 il faut rejeter tout ce qui est suspecté d'être trop féminin.
04:19 Le maquillage, les voix trop aigües, les sujets dits superficiels.
04:23 Moi à quinze-seize ans, je me donnais des airs de loup-bard, je faisais semblant d'être un garçon,
04:27 je faisais semblant d'aimer la bière, je trouvais que les autres filles étaient toutes un peu nulles
04:31 et un peu bêtes. Et bien ça j'ai l'impression que ça a profondément changé.
04:35 Cette idée qu'il y aurait une rivalité naturelle entre les femmes,
04:38 elle a, il me semble en tout cas, disparu au profit de ce qu'on peut appeler une sororité.
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