00:00 Les nouvelles têtes Mathilde Serrel, ce matin un écrivain sur le tard qui ne bouge jamais sans son cantar.
00:07 Gonzague Pilon est dans notre studio portrait sonore.
00:11 Alors voici la bavette, bavette de flancher, bavette d'alloyaux, le fond filet avec le filet.
00:17 Ensuite nous avons le plat de coude découvert.
00:20 Fils de Boucher, il est né à Amiens et a choisi d'y installer les personnages de son premier roman
00:26 au Pigeonier, exactement le quartier des grands ensembles. Au départ son truc c'était pas de gratter des bouquins
00:31 mais plutôt des guitares, ce genre.
00:34 Sepultura ! S'il n'avait pas eu ses problèmes d'acouphène, il aurait continué dans le métal.
00:52 Après quelques années de socio à la fac, il trouve son chemin dans l'existence, la rando.
00:57 Un pied devant l'autre, en regardant tout droit, ça simplifie la vie.
01:05 Voilà qu'il troque les champs de betterave de Picardie pour les reliefs du Massif Central
01:09 et dégote un beau jour un vieux Renault Trafic, millésime 1984.
01:14 Ces fourgons qui font ici sur la piste d'essai leur premier kilomètre
01:17 sont les petits derniers de la gamme des véhicules utilitaires Renault.
01:21 L'estafette est morte, vive le trafic. Cadence actuelle de production, 60 trafics par jour.
01:28 Une fois réparé, son trafic devient le fidèle compagnon de toutes ces virées pédestres dans les montagnes
01:33 et l'accompagne aussi dans ce qui reste son métier de cœur, bouquiniste.
01:37 Il devient même le héros de son premier roman fumant, Le Radiateur, aux éditions J.C.Lattes.
01:43 Gonzague, Pierrot, bonjour !
01:44 Bonjour !
01:45 Vous êtes venu avec votre canne-tard ?
01:46 Non !
01:48 C'est bien d'avoir dit la vérité en tout cas ! Mais vous l'avez toujours avec vous normalement ?
01:52 Je l'ai toujours, tout à fait. Il est en réparation actuellement.
01:54 Vous arrivez donc à dire dans la vie littéraire, un canne-tard, c'est un premier roman fumant, Le Radiateur…
02:00 Est-ce que c'est un camion ? Parce que je ne savais pas moi ce que c'était.
02:03 À peu près depuis le début !
02:04 Moi je ne sais pas, il y a d'autres gens qui ne savent pas ce que c'est qu'un canne-tard.
02:06 Un camion, un Renault… Ah ben c'est un canne-tard, c'est un camion.
02:09 Là il s'agit d'un Renault Trafic. Et il est fumant parce qu'il a un problème de radiateur.
02:13 Vous n'êtes pas de Philippe non plus, vous ne savez pas ce que c'est qu'un canne-tard.
02:18 Vous êtes venu en camion, sauf aujourd'hui. D'habitude vous êtes avec.
02:22 Et vous partez en roadtrip également avec. Le sujet du roman, c'est Michel Dimitri et José qui veulent faire un coup fumant.
02:30 Ils veulent prendre la route pour aller dans un monastère, y voler des livres rares et précieux.
02:35 Est-ce qu'à un moment dans votre vie de bouquiniste, l'idée vous a effleurée ?
02:38 Se refaire en allant voler un vieux livre dans un monastère ?
02:42 Non, j'y ai pensé, mais ça avait déjà été fait. Il y a eu un vol de manuscrits qui avait été fait au Mont-Saint-Odi il y a quelques années.
02:49 Ils ont été retrouvés malheureusement ceux qui ont fait ça.
02:52 Malheureusement ?
02:53 Le projet était beau, je trouvais. C'était la liberté d'alliance.
02:57 C'était comme dans le livre qui était en train de se détériorer.
03:01 Ils les avaient volés pour les remettre en état. C'est un peu la source d'inspiration que j'ai eue aussi.
03:06 Ce n'est pas un casque de banque, c'est un casque de livre. C'est à quel symbolique pour vous ?
03:10 C'est l'amour des livres. C'est pour remettre les livres en état. C'est un cri d'amour pour les livres.
03:20 Vous avez été bouquiniste, et d'ailleurs on le ressent encore dans les pages de ce livre. C'est quoi un incunable ?
03:26 Puisqu'on est finalement sur un lundi pascal, on pourrait avoir un peu de culture générale. Un incunable, c'est quoi ?
03:32 Un incunable, c'est un livre qui a été écrit avant l'invention de l'imprimerie, avant Gutenberg.
03:37 Et qui est parfois dans les monastères parce qu'il est relié, écrit à la main. C'est un livre qui se fait de moine en moine.
03:44 C'est ça, exactement.
03:45 On va se retrouver dans un livre fumant aussi, puisqu'on y fume énormément.
03:50 Et on se rend presque compte que c'est rare de nos jours dans les pages des romans.
03:54 Michel, il a 50 ans, une clope au bec. En peignoir, il accueille une huissier de justice.
03:58 Il s'éclaircit les pensées avec une clope. José, il a 29 ans, il est livreur de pizza pour la famille,
04:03 dealer pour les clients et les intimes. Il s'allume un Wange et c'est écrit comme tel.
04:08 Vous lui avez fait revenir un peu de fumée dans les pages des romans, Gonzague-Pilon.
04:13 C'est là où vous en parlez que je me rends compte.
04:16 Puisque à vrai dire, c'est vrai que ça fait partie du naturel des personnages.
04:20 Ils sont tout le temps en train de fumer.
04:22 Alors José, c'est presque plus normal puisque c'est un petit peu son cœur de métier.
04:26 Puis il a grandi avec ça dans les banlieues.
04:29 Mitch est quelqu'un de très nerveux, qui me fait un petit peu penser à Michel Houellebecq dans le personnage.
04:34 Qui a tout le temps une clope au bec. Plus les antidépressants.
04:39 On commence, Mitch s'est fait quitter par sa femme.
04:43 La huissier de justice est là pour faire payer le loyer puisqu'elle est partie, mais elle ne paye plus sa part.
04:48 Et puis José, il vit dans un HLM avec sa mère au Pigeonnier.
04:52 Il y a la voisine Christelle qui fait du porno sur Jackie et Michel.
04:55 Au-dessus, il y a un mec qu'on surnomme Heure Creuse parce que toute sa vie, il passe la spie.
05:01 Il fait tourner les machines à laver la nuit.
05:03 Il en a fait un pour payer moins cher son EDF.
05:06 Là aussi, moi, il me semble que ce sont des personnages qu'on trouvait moins dans les pages de littérature.
05:11 Pour vous, Consacre Pilon, c'est peut-être pour ça qu'on écrit un livre.
05:14 Il y a parfois des choses qu'on ne lit pas dans les autres livres.
05:17 En tout cas, c'est sûr que ce sont des personnages qui sont authentiques.
05:22 Qu'on ne trouve plus aujourd'hui, mais comme un petit peu tout ce qu'il y a dans le livre.
05:26 En fait, le camion, on ne le trouve plus aujourd'hui.
05:28 Les personnages ont des mentalités, ils se déconnectent complètement.
05:31 Ils enlèvent les téléphones.
05:33 C'est un petit peu anachronique, on va dire, comme histoire.
05:36 Ce qui fait qu'on découvre des personnages comme ceux-là, un peu anachroniques, mais qui ont existé.
05:40 C'est tiré un petit peu de fait réel, on va dire.
05:43 - Alors, je voudrais qu'on entende la langue de ce livre.
05:45 Vous acceptez de nous lire quelques pages ?
05:47 On est avec Mitch et José que je vous ai un petit peu présenté.
05:51 On va réparer ce fameux trafic pour aller chercher les bouquins dans le monastère.
05:55 Les bouquins, c'est les livres.
05:57 - Mitch ouvre le capot, se penche sur le moteur.
06:02 - T'es sûr que ça va tenir ?
06:04 - Vas-y Mitch, tu me prends pour qui ?
06:06 - C'est moi qui l'ai re-soudé. Évidemment, ça va tenir.
06:08 - T'as bien vu, on a rempoté 5 litres de liquide dans ton radiateur.
06:12 Là, 3 gouttes le long du tuyau, 2 en dessous, c'est walou.
06:15 Le principal, c'est qu'il ne perde pas 2 litres à chaque fois que tu t'arrêtes.
06:18 De toute façon, t'as un voyant sur le tableau de bord.
06:20 La règle, c'est de pas t'inquiéter tant qu'il s'allume pas.
06:23 Et s'il fonctionne plus ?
06:25 - Tu te gares quand ça fume, ça ira.
06:27 - Arrête de baliser, le trafic c'est pas le problème, c'est la solution.
06:30 José craque son vinge, prend une longue taffe,
06:32 et recrache un épais nuage de fumée.
06:34 Sourire aux lèvres.
06:35 La banane.
06:37 - Relax Mitch, on est pas bien là ?
06:39 - Petit re-trip entre potos, au calme.
06:41 - Ouais, l'air de rien, le camion qui t'oblige à prendre ton temps, c'est pas si mal.
06:45 On profite du paysage.
06:46 - Ouais, tu les vois, tous les gens à dons sur l'autoroute.
06:49 Et vas-y que je te fais un appel de farce, tu me ralentis, ta grand-mère.
06:52 À peine parti, faut déjà être arrivé.
06:54 Ils ont tous réservé du samedi au samedi, des bons petits moutons de merde.
06:57 Et ils partent tous en même temps, au même endroit, avec la même clip,
07:01 les mêmes rejetons abrutis de smartphones.
07:03 Quand ils sont revenus, ils savent même pas où ils sont allés.
07:05 Et tous ces fils d'œufs, ils jugent des gens comme nous,
07:07 avec leur petit sourire en coin quand ils voient le vieux camion,
07:10 et qu'ils imaginent la gueule dans le pouvoir d'achat.
07:12 Bah dis donc non, quand même, des fois t'es pessimiste.
07:14 Pas pessimiste, lucide.
07:16 Si tu vis les yeux fermés, faut pas t'étonner de plus le ton de connerie.
07:19 - Merci Gonzague Pilon pour cette lecture.
07:22 On y entend la langue asie, c'est écrit comme ça.
07:25 Le camtar aussi, la pokerface, la jactonce, la caille.
07:29 Vous avez pas mégoté sur votre plaisir, en fait, à utiliser l'argot ?
07:33 C'est la langue d'audiarmes d'aujourd'hui ?
07:35 - Je pense, en tout cas, c'est des termes que j'ai beaucoup entendus autour de moi.
07:39 Quand je faisais de la musique, notamment, on était avec des rappeurs à côté de nous,
07:42 donc j'entendais ça.
07:43 Et dans le cadre des concerts aussi, on a fréquenté beaucoup les punks, etc.
07:47 - Donc vous aviez un petit carnet d'argot, toujours à jour ?
07:51 - Exactement, il y a aussi le frangin qui est dédié de ce bouquin,
07:54 qui est une encyclopédie vivante d'argot, qui m'a beaucoup aidé aussi.
07:57 - Et je rappelle que vous n'avez pas de réseau social,
08:00 mais que vous allez repartir en camion réparé bientôt.
08:04 Merci beaucoup d'avoir été avec nous Gonzague Pilon.
08:07 Le Radiateur, c'est J.C.Lattes dans une collection qui s'appelle La Grenade.
08:11 Bonne route.
08:12 Merci Mathilde.
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