00:00 Et on alterne les moments d'humour et de culture et surtout on mélange les deux
00:03 Place à la langue, la linguistique, la phonétique, la stylistique
00:08 et un peu la politique toujours avec Laélia Veyron
00:11 (Applaudissements)
00:16 Alors aujourd'hui je voulais vous parler des prénoms et de leur signification
00:20 Il y a des prénoms qui ont un sens lexical immédiat
00:22 On a de beaux exemples dans cette équipe avec par exemple Constance
00:25 qui en a joué pour le nom de son spectacle "Inconstance"
00:28 On a aussi Djamil qui vient du mot "beauté" en arabe
00:31 Djamil c'est le beau gosse même si le schlag ça compense
00:34 Et on a aussi Guédret
00:36 Est-ce que vous savez ce que veut dire Guédret en lituanien ?
00:38 Ah non !
00:38 Et bien Guédret va nous dire ?
00:40 Eh bien tout simplement, en toute modestie, une éclaircie
00:43 Voilà !
00:45 Voilà, bel exemple lexical
00:47 Mais on a donc ces prénoms qui ont un sens immédiat
00:50 Mais aussi même quand ce n'est pas le cas le prénom va toujours signifier quelque chose
00:54 Par exemple si vous lisez sur un CV le prénom Alienor
00:56 et puis sur un autre CV Kimberley
00:58 Ne me dites pas que vous projetez la même image
01:01 Vous avez sans doute imaginé des personnes de classes sociales différentes
01:04 Hein Emric qui parle de prénoms de pauvres dans ses chroniques ?
01:06 Ça s'appelle de la sociologie spontanée ça !
01:08 Oh la la ! Bah je le savais !
01:12 De même si je vous dis d'un côté Jean-Michel et de l'autre Kevin
01:15 vous allez sans doute projeter des âges différents
01:17 Parce que les prénoms sont, comme le dit Baptiste Coulemans
01:20 qui est spécialiste de la question
01:21 Je vous conseille son livre "Sociologie des prénoms"
01:23 Je crois qu'il est devant toi Emric d'ailleurs
01:25 aux éditions La Découverte
01:27 Les prénoms sont un indicateur mais partiel
01:30 jamais fixe, jamais univoque
01:31 d'où les polémiques sur les significations des prénoms
01:34 Il y en a tout le temps
01:35 Il y a eu Zemmour et plus généralement l'extrême droite
01:37 sur ce que serait un prénom français ou pas français
01:40 Il y a toujours des moqueries sociales genre "haha un prénom de casseuse"
01:43 Il y a même quelquefois conflits entre les parents et la justice
01:46 qui peut interdire un prénom si elle l'estime contraire à l'intérêt de l'enfant
01:50 Par exemple la justice a interdit pour des jumeaux
01:53 les prénoms "Fish and Chips" ou encore "Babor et Tribor"
01:56 Donc désolé Emric, je ne suis pas sûre que tu puisses appeler ton gosse Raclette
01:59 Quelquefois ces jugements font d'ailleurs polémique
02:03 Par exemple "Fange", prénom breton avec un "t"
02:05 Vous savez le "t" c'est la petite vague sur une voyelle
02:07 a été interdit
02:08 Et de même "Titeuf" sous prétexte que ce serait un prénom ridicule
02:11 donc contraire à l'intérêt de l'enfant
02:13 Mais est-ce que c'est vraiment ridicule ?
02:15 Ou est-ce que c'est juste une question de goût située socialement ?
02:17 Et pourquoi "Titeuf" serait plus ridicule qu'Adalbert par exemple ?
02:20 Bref, cette ambiguïté entre contrôle de l'Etat et liberté des parents
02:24 c'est révélateur d'une évolution générale
02:27 Parce que pour résumer grossièrement
02:28 pendant longtemps on a choisi le prénom comme dit Coulmont
02:30 comme manifestation d'une intégration dans une communauté
02:33 qu'elle soit religieuse, régionale, familiale, politique
02:36 Et maintenant on voit de plus en plus le prénom au contraire comme un marqueur
02:39 d'individualité et de goût
02:41 Et ce déplacement de la communauté à l'individualité
02:43 ça se voit quand vous comparez le premier prénom
02:46 par rapport au deuxième ou au troisième
02:47 Souvent le premier prénom est choisi parce qu'on l'a trouvé joli
02:51 et le deuxième et le troisième ce sont les prénoms des grands-parents
02:54 des parrains, des marraines, on rend hommage à la lignée
02:57 Donc finalement ce qui est paradoxal avec le prénom
02:59 c'est qu'il est censé dire quelque chose d'intime
03:02 Il est censé représenter votre identité toute votre vie
03:05 alors que c'est quelqu'un d'autre qui l'a choisi
03:07 D'où des stratégies pour reprendre le contrôle sur son prénom
03:10 On peut soit carrément le changer
03:11 soit préférer un diminutif ou un prénom proche
03:13 comme le philosophe Jacques Derrida de son vrai prénom "Jacqui"
03:16 On a encore Guédré, l'anarchiste des graphèmes
03:19 qui a choisi de changer un peu l'orthographe
03:21 en mettant une majuscule au milieu de son prénom
03:23 pour que ce soit distribué, c'est ça Guédré ?
03:25 Non, futur !
03:27 Et enfin pour finir on a la pratique des pseudonymes
03:30 je n'ai pas le temps de développer
03:31 mais sachez que c'est une pratique très répandue dans les milieux
03:34 où le nom est un outil de singularisation et de valorisation important
03:37 par exemple chez les prostituées, les traders, les mafieux, les artistes
03:40 y compris les humoristes
03:41 La Elia Veyron, merci !
03:43 Ça sera l'objet d'une prochaine chronique alors, tout simplement. Pourquoi pas ?
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