00:00 ce grand dimanche soir c'est de la rigolade, de la politique, de la culture.
00:04 Et dans la culture c'est de la musique, des livres et aussi de la stylistique, la langue.
00:10 Et oui, la partie un peu plus scientifique des lettres, dirons-nous.
00:13 Et celle qui l'incarne c'est notre maîtresse de conférence à l'université d'Orléans,
00:17 Célia Véron. Je vous propose d'applaudir et d'écouter attentivement.
00:22 Merci Charline.
00:24 Alors pour nous détendre aujourd'hui, je vous propose de faire de la grammaire, des conjugaisons
00:29 et je vais vous poser des questions. T'es prêt Brick ?
00:31 Oui, oui.
00:32 Cool !
00:33 Et Juliette, c'est bon ?
00:34 Oui, moi je suis prête.
00:35 Allez, on va parler de tiroirs temporels, de temps.
00:37 Par exemple, pour dire ce qui a eu lieu dans le passé, citez-moi des temps.
00:40 L'imparfait.
00:41 L'imparfait.
00:42 Le passé composé.
00:43 Le passé.
00:44 Le passé simple.
00:45 Le passé simple, bravo.
00:46 Bon, et on a le présent pour le présent, le futur pour le futur.
00:48 A priori c'est simple et c'est logique.
00:50 Mais en réalité, si vous observez nos usages, vous verrez que quelquefois on n'utilise pas
00:54 les temps avec cette cohérence-là.
00:56 C'est un phénomène que le cher Charlotte Fiyabouda, c'est un de mes collègues à l'université
00:59 d'Orléans et directeur du LLL, Laboratoire Ligérien de Linguistique, ne sont pas souvent
01:02 cités donc je les cite.
01:04 Bref, c'est un phénomène qui s'appelle la distorsion ou la polysémie temporelle.
01:08 C'est la faculté des temps à avoir des emplois inhabituels, concrètement quand le
01:12 temps ne renvoie pas à la tranche temporelle à laquelle il est censé renvoyer.
01:15 Par exemple, vous êtes en retard et vous dites à la personne qui vous attend, oui,
01:19 oui, j'arrive dans 5 minutes.
01:21 J'arrive.
01:22 Déjà c'est faux.
01:23 Généralement, ça va être 15 minutes.
01:24 Mais justement, j'arrive, qu'est-ce que c'est comme temps ? C'est quoi ?
01:27 Présent.
01:28 C'est du présent et pas du futur.
01:29 J'arriverai.
01:30 Et employer le présent, c'est une mini manipulation rhétorique.
01:32 Promis, promis, je suis presque là.
01:34 Alors qu'en réalité, c'est plutôt 15 minutes.
01:36 Autre exemple, tout le monde l'a fait.
01:38 Vous appelez quelqu'un au téléphone et vous lui dites « Salut, ça va ? »
01:40 dit « Je voulais te demander un service. »
01:42 Je voulais.
01:43 A priori, vous voulez toujours, non ?
01:45 Mais « je voulais », c'est de l'imparfait.
01:47 Si vous dites « je veux te demander un service », ça fait agressif.
01:50 Donc vous faites une petite distance temporelle pour adoucir le message,
01:53 même si vous et votre interlocutrice ou interlocuteur savez très bien que c'est au présent.
01:58 L'imparfait, ça sert aussi à imaginer, à faire semblant, comme quand on joue enfant.
02:02 On disait que t'étais le policier et moi le cambrioleur.
02:05 Et bien quand vous dites « je voulais une baguette », c'est un peu pareil.
02:07 Vous faites semblant de ne pas demander.
02:09 C'est moins direct.
02:10 Pareil, quand vous dites à la boulangerie « je voudrais une baguette »,
02:13 « voudrais », qu'est-ce que c'est ça ?
02:15 Conditionnel.
02:16 Du conditionnel présent.
02:17 Allez, je passe sur la question très polémique en grammaire de savoir si le conditionnel est un temps ou un mode.
02:22 Enfin !
02:23 C'est la mode !
02:26 Un temps ou un mode.
02:28 D'accord.
02:29 Alors, on va passer sur cette question polémique, mais en tout cas c'est la mode.
02:33 On n'est pas bien là.
02:35 Maintenant c'est classé comme un temps depuis 1997.
02:37 Mais effectivement…
02:38 Ah non, Juliette est incontente.
02:40 Bref, le conditionnel a plusieurs…
02:42 Ça vous change de polémique Charline ?
02:43 Oui, ça me fait bien.
02:44 Ça m'arrange énormément.
02:46 Je trouve ça dégueulasse votre chronique là Elia.
02:49 Vous mettez tout le monde en danger.
02:51 On va se faire assauter par le conseil démocrate maintenant.
02:53 Bref, le conditionnel…
02:55 Il faut que j'enchaîne maintenant.
02:57 Le conditionnel a plusieurs valeurs.
02:59 Une valeur temporelle, le futur du passé, une valeur hypothétique,
03:01 mais il peut permettre aussi de ne pas prendre en charge complètement son discours.
03:05 Les journalistes le savent.
03:06 Quand un sujet n'est pas avéré, vous êtes censé le rapporter au conditionnel.
03:09 Eh bien, on fait pareil un peu quand on dit « je voudrais une baguette ».
03:12 On va quelques fois jusqu'au conditionnel passé.
03:14 « J'aurais voulu une baguette », ce qui n'a pas de logique temporelle,
03:17 mais qui est logique pragmatiquement dans la négociation de nos interactions sociales.
03:21 Et pour la plupart des gens, tout ça c'est intuitif,
03:23 mais en revanche c'est un obstacle majeur pour certaines personnes,
03:26 notamment les personnes autistes, qui doivent, quand elles en sont capables,
03:29 se livrer à tout un calcul pour faire les inférences nécessaires
03:33 et se comporter, parler en conséquence.
03:35 Car comme souvent, c'est à elle qu'on somme de s'adapter.
03:37 Et pour citer Joseph Chovanek, un docteur en sciences sociales et porteur d'autisme…
03:41 Oui, on sait quand même, ça peut pas se dire…
03:44 Qu'est-ce qu'il a dit Jojo ?
03:46 Merci Éric. Vous pouvez élargir le site, vous pouvez avoir un prix Nobel
03:50 et ne pas savoir dire bonjour de manière socialement adaptée.
03:53 Oh, merci Laëlia Berron.
03:56 Merci pour ce que vous faites bien de citer vos soeurs et vos frères
04:01 des universités qui sont trop peu citées pour leurs travaux,
04:04 alors que tout est basé sur ce qu'ils font.
04:06 C'est bon, tout le laboratoire, l'individu, comme ça, bien sûr.
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