00:00 - 9h30, 11h avec Thomas Hill et votre invité ce matin.
00:03 - Je reçois ce matin Xavier Demoulin qui est un cas à part dans ce milieu
00:06 parce que vous êtes à la fois journaliste, présentateur du JTDM6 le 1945,
00:10 depuis plus de 13 ans maintenant, et en même temps romancier
00:13 depuis à peu près autant de temps d'ailleurs.
00:16 Les deux marchent ensemble pour vous ?
00:17 - Ah oui, je trouve que même si je ne fais pas de roman journalistique,
00:22 je trouve que ces deux univers qui se...
00:25 - Le temps long et le temps court. - ... qui se complètent, exactement.
00:27 Puis il y a le temps de la lumière et le temps de l'ombre aussi.
00:31 C'est l'actualité finalement, c'est plein d'histoires aussi
00:34 qui passent sous votre nez tous les jours.
00:35 Alors évidemment vous ne les choisissez pas toutes,
00:37 mais je ne serais pas le même écrivain je pense
00:41 si je n'étais pas au contact à ce point-là de l'actu tous les jours.
00:44 - Et très jeune vous vouliez être quoi ?
00:45 - Journaliste. - Journaliste.
00:46 - Journaliste. - Et pourtant vous avez fait des études de lettres après.
00:48 - J'ai fait des études de lettres, mais j'ai toujours écrit
00:50 et j'ai écrit avant de commencer à travailler dans le journalisme.
00:53 J'écris depuis que j'ai 14 ans, des nouvelles, des pièces,
00:56 des œuvres de jeunesse, j'en ai plein, je vous promets je vous les épargnerai.
00:59 Elles sont bien chaudes dans un siroir.
01:00 Mais je me suis rendu compte assez récemment
01:04 que l'écriture et le journalisme étaient pour moi assez complémentaires,
01:09 même si je vous dis que ça n'a rien à voir.
01:13 Tout ça est très particulier, je le concède.
01:16 - Et alors est-ce que c'est vrai que vous avez fait le premier pilote de C'est dans l'air ?
01:19 - Oui, c'est vrai. - Pour France 5 ?
01:21 - Oui, pour France 5.
01:22 - Et vous étiez tout seul à la présentation ?
01:23 - Non, on était toute une bande.
01:25 Au départ, ça devait être une émission qui devait être un peu copiée
01:27 dans l'esprit de nulle part ailleurs, nulle part ailleurs.
01:29 C'était une émission avec un présentateur et puis des chroniqueurs.
01:33 C'était ça en gros l'idée de l'histoire.
01:35 Et on s'est retrouvé à 5, 6, 7 autour de Calvi.
01:38 Et puis on a fait 3 ou 4 numéros.
01:40 Et après, il y a eu le 11 septembre et Yves Calvi a fait le C'est dans l'air,
01:46 ce que c'est devenu avec Jérôme Bellet.
01:48 - D'accord.
01:48 Et alors vous présentez le 1945 d'M6.
01:52 Ça fait 13 ans maintenant que vous marchez sur ce plateau virtuel.
01:56 Au départ, c'était assez innovant de sortir de l'homme-tronc
02:00 et de découvrir que les présentateurs des JT avaient des jambes.
02:03 Et aujourd'hui, ils se lèvent tous.
02:04 Est-ce que vous avez l'impression d'avoir été un peu imité par les autres JT ?
02:08 - Je ne sais pas.
02:08 Disons qu'on a été les premiers à lancer ça.
02:11 C'est vrai que quand on a commencé, on nous lançait un peu des cailloux,
02:13 on ricanait en disant "ça sert à quoi d'être debout ?" etc.
02:15 Et en fait, on s'est rendu compte que ça rendait quand même assez dynamique l'histoire
02:20 qu'on racontait tous les jours via le JT et l'actualité.
02:24 Les autres le font et c'est très bien si on a inspiré un mouvement.
02:28 Il n'y a pas de "on copie ou on dessoupe".
02:30 - Mais du coup, qu'est-ce qui vous différencie aujourd'hui ?
02:32 Qu'est-ce qui différencie M6 des autres JT ?
02:34 - Les personnalités de chacun, le ton, le rythme, la manière...
02:38 Vous voyez, finalement, le conducteur parfois, il est à touche-touche
02:42 entre TF1, France 2 et M6.
02:44 Après, c'est dans le traitement.
02:46 C'est dans le traitement, dans le rythme, dans la titraille,
02:49 dans tout ce qu'on a chacun mis en place pour vraiment incarner un style à nous.
02:56 - C'est un journal que vous présentez du lundi au jeudi,
02:59 ce qui vous laisse un peu de temps pour écrire et sortir chaque année un nouveau roman,
03:03 Xavier Dumoulin, avec en général un personnage principal
03:07 qui ne porte pas votre prénom, mais qui a beaucoup de vous.
03:09 On peut dire ça ?
03:10 - Si vous pensez ça, ça veut dire que j'ai bien travaillé.
03:14 Je suis très très content.
03:15 J'ai l'impression de dire "ah vraiment, j'ai lu ton livre,
03:17 et là vraiment, tu racontes l'histoire de ta famille, de ta femme".
03:20 Et en fait, non, même si ça serait faux de dire qu'il n'y a pas des choses personnelles
03:25 dans chacun de mes livres, mais je suis un peu partout, dans tous mes personnages.
03:30 Je peux être dans une femme, dans une mère, dans un enfant ou dans un personnage masculin.
03:35 C'est pas moi le problème, moi je peux être le sujet, on va dire.
03:39 Je peux être un bout du point de départ, mais à la finale, ça reste une fiction,
03:43 et celui-ci en particulier.
03:44 - Parce que là, ça s'appelle "La fin d'un monde".
03:46 Luigi apprend que la grande maison de son enfance, le château comme il l'appelle,
03:50 a été vendue, et donc c'est pour lui la fin d'un monde, la fin de son enfance, on peut dire ça ?
03:55 - La fin de son enfance, la perte de ses illusions,
03:57 et puis c'est aussi en parallèle la fin de son couple.
04:01 Ça fait beaucoup de fins, mais la fin, c'est pour...
04:02 - Oui, l'enfer indisensé.
04:03 - Ça amène à la renaissance, et c'est un livre sur l'héritage.
04:06 Moi, ça m'intéressait de travailler sur cette notion.
04:08 L'héritage, c'est quoi ?
04:09 Est-ce que c'est le...
04:10 Il y a le bien qu'on transmet ou pas, ça peut être une cabane de pêcheur ou un château, ou une maison,
04:15 et puis il y a aussi le poison qu'on transmet de génération en génération.
04:20 Et ce poison-là, en général, il est dilué par le silence.
04:23 Et vous savez, c'est dans toutes ces familles où on ne se parle pas.
04:26 Et souvent, une action a des conséquences, et de génération en génération,
04:32 elle peut en sauter une de génération.
04:34 Le silence, le poison de l'héritage m'intéressait.
04:37 Ça donne quoi ? Des comportements parfois qui empêchent l'engagement.
04:41 Et surtout, la peur.
04:43 Et quand on hérite de la peur, qu'est-ce qu'on fait ?
04:46 Et bien, on rate des trains.
04:47 Et c'est un livre aussi sur ça, sur la peur d'aimer, la peur de s'engager,
04:51 et qu'est-ce qui se passe quand on rate le train.
04:52 Il y a eu toute une littérature sur les gens qui prennent le train,
04:55 et qui vont vivre une expérience qui les attend,
04:59 et là, c'est un livre pour ceux qui n'ont pas pris le train à l'heure.
05:01 Et qu'est-ce qui se passe quand on rate son train ?
05:03 Et bien, ça donne envie de ne pas rater le prochain,
05:05 et de sauter dans le train, vraiment les deux pieds dedans.
05:10 Lui, il se sent un peu coupable de ne pas avoir pu racheter cette maison,
05:13 et conserver tous les souvenirs familiaux qui vont avec.
05:15 C'est son oncle Edouard, qui l'aime beaucoup,
05:18 qui a fini par vendre la baraque pour combler ses dettes,
05:20 et qui s'est devenu un hôtel, avec piscine à 120 euros la nuit,
05:24 petit dej' inclus.
05:26 Luigi, donc, il est en plein divorce,
05:28 il va tout de suite filer sur les lieux de son enfance,
05:30 et la suite, on ne peut pas trop la dévoiler, pour ne pas en dire trop,
05:33 mais on peut peut-être juste dire qu'il a une arme dans la boîte à gants de sa voiture.
05:36 - Exactement, il y a un révolver dans la boîte à gants,
05:38 et puis il a surtout, à Paris, planté deux enfants,
05:42 et puis une ex-femme qui s'inquiète,
05:46 et qui se demande ce qu'il faut.
05:48 Pourquoi son ex-mari, parce qu'ils sont en train de se séparer,
05:51 a pris la voiture en pleine nuit,
05:52 pour partir, et où est-ce qu'il a bien pu filer ?
05:54 Et donc, il y a une course poursuite qui va s'engager entre l'ex-femme,
05:57 et puis cet homme, au tournant de sa vie,
06:01 qui va courir après son enfance, et la fin de son monde.
06:04 - Et puis, vous le disiez, c'est aussi une plongée dans une vieille famille aristocrate,
06:08 vous êtes vous-même, Xavier Demoulin, issu d'une grande lignée,
06:11 vous avez comme ça une grande bâtisse familiale,
06:13 à laquelle vous êtes particulièrement attaché ?
06:15 - J'ai plus, ces grandes familles-là,
06:17 enfin, à longue histoire,
06:20 les aristocrates désargentés,
06:22 c'est un livre un peu hostice sur ce déclassement-là,
06:24 qu'est-ce que c'est que le déclassement,
06:26 qu'est-ce que ça implique d'avoir eu et de ne plus avoir eu,
06:29 la roue tourne, et heureusement,
06:31 il y a quelque chose d'assez social,
06:33 avec un sentiment de justice,
06:35 à la fin, et en fait, de quoi la vente de cette maison est-elle le nom,
06:40 et qu'est-ce qu'elle cache son secret, vous voyez ?
06:42 Il y a une sorte de construction en poupée russe, comme ça, que j'ai voulu.
06:45 Et donc oui, on peut avoir une grande histoire,
06:47 et finalement, on n'est jamais assis sur notre cul,
06:49 comme disait l'autre, et il avait bien raison,
06:51 et donc c'est ce qu'on est qui compte,
06:53 et pas nécessairement ce que les autres ont été,
06:56 ça parle aussi de ça, ce livre.
06:58 La fin d'un monde de Xavier Demoulin sera après-demain,
07:01 dans toutes les librairies.
07:03 Restez avec nous pour commenter l'actu des médias dans un instant.
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