00:00 Ces femmes-là étaient parfois internées pour des raisons qui n'étaient pas dues à une folie quelconque.
00:05 C'est un endroit assez étonnant parce qu'à la fois on peut y rencontrer des délinquants,
00:13 comme des alcooliques, comme des gens qui souffrent réellement d'une maladie mentale,
00:17 mais il y a aussi tout autant des putes que des marginales et des femmes comme ça dont il faut se débarrasser.
00:24 Camille Claudel en est l'exemple.
00:25 Bien sûr.
00:25 Des personnes très très connues qui ont passé la moitié de leur vie en asie psychiatrique
00:30 parce que ça arrangait la famille.
00:31 Et ces femmes-là étaient parfois internées pour des raisons qui n'étaient pas dues à une folie quelconque.
00:37 Il y a souvent quand on accuse les femmes de mensonges aussi, de mentir, pour diverses raisons,
00:45 soit parce qu'on a des problèmes psychiatriques, soit parce que ça nous arrange.
00:48 Donc c'est le côté un peu maléfique qu'on prête à la femme si jamais elle se dit victime.
00:53 Or pas mal de ces femmes qui étaient là, sinon la plupart, étaient victimes, soit de maladies, soit de la société.
00:58 C'est une façon de botter en touche.
00:59 On met tout ça dans le même panier et comme ça, ça nous épargne les échanges.
01:03 Je suis rentrée ici volontairement.
01:05 Je cherche ma mère.
01:11 Elle a été internée ici il y a des années.
01:13 Elle arrive d'une façon très innocente, avec un regard très pur,
01:16 en ne s'imaginant pas qu'une telle brutalité, une telle violence, va lui sauter comme ça au visage.
01:21 Effectivement, c'est volontaire cette démarche de devoir pénétrer à l'intérieur de ce service à la salle pétrière.
01:28 Mais à la fois, c'est déraisonnable, totalement déraisonnable,
01:31 parce qu'elle va être face à une telle violence et une telle cruauté,
01:34 qu'on va côtoyer la folie et elle va peut-être elle-même côtoyer finalement elle-même la folie.
01:40 C'est à travers mon regard qu'on découvre cet endroit, qu'on découvre le lieu de la salle pétrière,
01:46 à quel point c'est immense, que c'est une ville dans une ville.
01:49 Et découvrir, oui, toute cette vie qui existe, où à la fois on mélange les internés, les femmes de salle, les infirmières.
01:57 On se dit peut-être que les femmes de salle ont été aussi déjà internées avant,
02:01 qu'elles ont été malades, qu'elles le sont moins.
02:03 Et du coup, elles s'occupent des internés aujourd'hui,
02:05 parce que les hommes n'ont pas envie de s'en préoccuper, qu'ils ont envie de se préoccuper surtout d'eux-mêmes.
02:10 Elle a reçu son traitement d'entrée, la nouvelle ?
02:13 Moi, je suis Marguerite Botard, qui est un personnage qui a existé,
02:16 qui était infirmière en chef du service des personnes folles à la salle pétrière.
02:20 J'ai été longtemps assistante de Charcot, à qui je dévoue une adoration.
02:25 Et je fais ça non pas en pensant être cruelle ou en pensant être négative.
02:30 Au contraire, tout ce que je fais, tous les protocoles que je mets en œuvre pour soigner ces personnes,
02:35 je les pense bénéfiques, alors que c'est terrible.
02:37 Ce sont des bains glacés pendant des heures, c'est des camisoles de force, c'est des douches ultra-fortes.
02:43 Cela dit, jusqu'en années 60, sinon un peu plus tard,
02:46 on pratiquait des lobotomies en psychiatrie, donc ce n'était pas les traitements les plus doux.
02:51 Ils m'envoyaient une photo de Marguerite Botard, elle avait un chien avec elle,
02:54 ce qui la rendait peut-être plus humaine.
02:55 Et puis donc, j'ai dit au metteur en scène,
02:57 moi j'ai des chiens, mais ils seront incapables de jouer devant une caméra.
03:00 Et avoir un chien dressé, c'est un tanné.
03:03 C'est-à-dire que pendant qu'on tourne des scènes importantes,
03:05 t'as un mec qui fait "Allez, allez, viens, viens !"
03:08 Comme chaque année à la même saison, on se tiendra à notre bal costumé.
03:12 Ce bal, oui, qui a existé aussi, où on l'organisait pour des raisons
03:16 pratiquement de thérapie, en disant "On va la regarder,
03:18 comme nos pensionnaires vont bien, elles sont capables de faire des choses."
03:21 Et je pense que ça permettait à l'hôpital de recevoir un peu d'argent par des donateurs.
03:26 J'imagine qu'il y avait les gens de la Bonne Société qui venaient
03:28 un petit peu comme on va aux zoos,
03:30 voir des fans apparemment folles qui, d'un seul coup,
03:34 avec qui ils allaient danser et qui allaient s'exhiber, quoi, quelque sorte.
03:37 [musique]
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