- il y a 3 ans
Malgré les promesses de l’Union européenne, la filière agricole demeure une source majeure d’émissions de gaz à effet de serre. Interrogeant les divers acteurs concernés, ce documentaire passe en revue les défis à relever pour parvenir à un modèle plus vertueux.
L’agriculture intensive figure parmi les principaux responsables des émissions de gaz à effet de serre. Certains types d’engrais génèrent du protoxyde d’azote, l’élevage intensif produit une quantité considérable de méthane, et l’assèchement des tourbières, des réserves naturelles de carbone, libère énormément de CO2. Présenté en 2019, le “pacte vert” de la Commission européenne vise à réduire ces émissions de 55 % d’ici à 2030. Mais bien que l’UE se dise engagée en faveur d’une transition environnementale, elle ne met en œuvre aucune mesure significative pour atteindre ces objectifs. Certains syndicats agricoles et, plus généralement, les lobbys d’une agriculture productiviste, sont en grande partie responsables de cette inertie. Les grands propriétaires terriens et les entreprises agro-alimentaires ne voient aucun intérêt à remplacer le système de subventions actuel, indexé sur la superficie des terres, par une politique plus écologique récompensant les exploitants respectueux de la nature et du climat. Aux Pays-Bas, les initiatives gouvernementales contre la pollution ont même provoqué une série de manifestations d’agriculteurs. Pourtant, des solutions existent : pratiquer le carbon farming, qui permet de stocker le CO2 dans les sols, ou adapter le régime alimentaire des bovins afin de limiter les émissions de méthane.
L’agriculture intensive figure parmi les principaux responsables des émissions de gaz à effet de serre. Certains types d’engrais génèrent du protoxyde d’azote, l’élevage intensif produit une quantité considérable de méthane, et l’assèchement des tourbières, des réserves naturelles de carbone, libère énormément de CO2. Présenté en 2019, le “pacte vert” de la Commission européenne vise à réduire ces émissions de 55 % d’ici à 2030. Mais bien que l’UE se dise engagée en faveur d’une transition environnementale, elle ne met en œuvre aucune mesure significative pour atteindre ces objectifs. Certains syndicats agricoles et, plus généralement, les lobbys d’une agriculture productiviste, sont en grande partie responsables de cette inertie. Les grands propriétaires terriens et les entreprises agro-alimentaires ne voient aucun intérêt à remplacer le système de subventions actuel, indexé sur la superficie des terres, par une politique plus écologique récompensant les exploitants respectueux de la nature et du climat. Aux Pays-Bas, les initiatives gouvernementales contre la pollution ont même provoqué une série de manifestations d’agriculteurs. Pourtant, des solutions existent : pratiquer le carbon farming, qui permet de stocker le CO2 dans les sols, ou adapter le régime alimentaire des bovins afin de limiter les émissions de méthane.
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00:00 L'agriculture européenne est en crise.
00:02 La culture et l'élevage intensifs
00:04 génèrent d'importantes émissions de gaz à effet de serre.
00:07 Et cela compromet les objectifs climatiques de l'Union européenne.
00:11 Il faut vraiment diminuer la production de gaz à effet de serre.
00:18 J'espère que les agriculteurs vont comprendre
00:21 que si les choses restent en l'état,
00:23 les émissions de gaz à effet de serre ne seront pas encore en danger.
00:27 Les agriculteurs vont comprendre que si les choses restent en l'état,
00:30 l'agriculture n'a pas d'avenir, et eux non plus.
00:33 Les agriculteurs descendent dans la rue.
00:38 Ils se sentent trahis par la classe politique.
00:40 L'agriculture est la première victime du changement climatique.
00:45 Elle existe depuis des milliers d'années et on n'a jamais eu de problème.
00:49 L'Union européenne pourrait utiliser ses milliards d'euros
00:55 pour des actions agricoles, pour la protection de l'environnement.
00:58 Mais selon les détracteurs, l'argent est mal investi.
01:01 Le financement de l'agriculture européenne
01:08 repose toujours sur un système féodal.
01:11 Les exploits en bio se sentent lésés.
01:16 Notre modèle n'est pas du tout assez aidé
01:23 par rapport au modèle agro-industriel
01:25 qui produit pour l'exportation en grande quantité.
01:28 Dans certaines régions d'Europe,
01:31 l'agriculture intensive a déjà fortement endommagé l'environnement.
01:35 Aux Pays-Bas, l'équilibre entre l'économie et la nature est rompu.
01:41 Le gouvernement néerlandais met la pression sur les agriculteurs.
01:50 C'est clair qu'à terme, mon exploitation est condamnée à disparaître.
01:54 Qu'est-ce qui ne va pas dans la politique agricole commune ?
02:00 Et que font les agriculteurs contre le réchauffement climatique ?
02:04 ...
02:27 -Une exploitation agricole
02:29 près d'Oldenburg, dans le nord-ouest de l'Allemagne.
02:32 C'est ici qu'a grandi Renke Arms.
02:34 Ses parents se sont installés dans la région il y a 60 ans
02:38 et ont reçu de l'argent de l'Etat pour assécher le marécage.
02:41 -La tourbière est naturellement très humide
02:47 et agit comme une éponge,
02:49 si bien qu'elle est très difficile à exploiter.
02:52 Dans les années 1960,
02:53 des mesures ont été prises pour améliorer les sols, les drainées.
02:57 On a installé un peu partout des conduits jusqu'aux fossés,
03:01 aux collecteurs d'eau,
03:02 pour assécher les terres et pouvoir les exploiter.
03:05 -Si l'assainissement a permis l'installation d'entreprises agricoles
03:12 et la production de lait, il a endommagé l'écosystème des marais.
03:15 On le paie aujourd'hui avec le réchauffement climatique.
03:19 -Le changement climatique ne peut plus être nié.
03:23 Ces 2-3 dernières années ont été marquées par la sécheresse,
03:27 qui, combinée à l'agriculture intensive en zone humide,
03:30 dégrade fortement la tourbe.
03:32 -De nombreux pays du nord de l'Europe,
03:38 comme l'Allemagne, l'Irlande ou les Etats-Baltes,
03:41 abritent de vastes étendues tourbeuses.
03:43 Durant des décennies, ces surfaces ont été asséchées pour l'élevage,
03:47 la construction de villages ou l'extraction de la tourbe.
03:51 Or, ce sont de précieux réservoirs de dioxyde de carbone.
03:55 Musique douce
03:57 ...
04:00 -Une tourbière humide est composée de substances organiques mortes
04:03 dans lesquelles s'est fixé le dioxyde de carbone.
04:06 Une fois la zone asséchée, le CO2 se retrouve dans l'atmosphère.
04:10 Dans les pays d'Europe du nord,
04:12 les tourbières asséchées produisent en moyenne
04:15 6 % des émissions de gaz à effet de serre.
04:18 ...
04:21 ...
04:25 Pendant longtemps, Reynke Harms et sa famille ont vécu
04:28 et travaillé en harmonie avec le marécage.
04:31 Mais les vieilles recettes ne fonctionnent plus.
04:34 L'élevage en milieu humide n'a pas d'avenir.
04:37 D'ici 2040, l'Union européenne prévoit de remettre en eau
04:41 la moitié des tourbières cultivées.
04:43 ...
04:49 -L'ambiance est extrêmement morose.
04:52 Actuellement, beaucoup d'entreprises n'investissent plus,
04:55 pour la simple et bonne raison qu'on ne sait pas
04:58 ce que l'avenir nous réserve.
05:00 Si on construit une étable, il faut 30 ans pour la rembourser.
05:04 Pour une machine, il faut compter 10 ans.
05:06 C'est pourquoi il y a une grande frilosité
05:08 et même un pessimisme extrême en ce moment.
05:11 Mieux vaut arrêter aujourd'hui que demain.
05:13 -La restauration des marais est un élément essentiel
05:17 pour lutter contre le dérèglement climatique.
05:19 Mais de quoi vont vivre les agriculteurs
05:22 s'ils ne peuvent plus exploiter ces zones ?
05:24 Cela concerne des dizaines de milliers de familles.
05:27 ...
05:34 -Il faut changer radicalement d'approche.
05:36 On ne réglera pas le problème avec quelques subventions publiques.
05:40 C'est comme pour la sortie du charbon.
05:42 On transforme des zones rurales.
05:44 95 % du territoire est composé de marécages.
05:47 L'agriculture n'est pas la seule responsable.
05:49 C'est toute la structure de l'habitat qui est en cause.
05:52 ...
05:56 -Des villages et des territoires entiers changeraient profondément
05:59 si les agriculteurs ne pouvaient plus exploiter les sols marécageux.
06:03 ...
06:05 Holger Ennis, vice-président du syndicat agricole allemand DBV,
06:09 reproche aux politiques d'avoir longtemps négligé le problème.
06:13 ...
06:18 -Il y a encore une grande marge de progression
06:21 en ce qui concerne la restauration des tourbières.
06:24 C'est le souhait de l'Allemagne et de l'Union européenne.
06:27 Mais les mesures prises à cet effet ne sont pas du tout adaptées.
06:30 -Comment exploiter les zones qui sont remises en eau ?
06:34 On peut opter pour la paludiculture,
06:37 la culture de la mousse de tourbe
06:39 pour la fabrication de matériaux de construction écologique.
06:43 Les tourbières pourraient aussi accueillir
06:46 des installations photovoltaïques.
06:48 ...
06:51 Si ces initiatives sont soutenues par des programmes publics,
06:55 notamment en Allemagne, elles demeurent balbutiantes.
06:58 Jusqu'ici, peu d'exploitants agricoles
07:01 sont prêts à se livrer à ce genre d'expérience.
07:04 Pourtant, l'économie rurale est déjà fortement touchée
07:07 par le dérèglement climatique.
07:09 ...
07:11 -La protection de l'environnement est extrêmement importante pour nous
07:15 car l'agriculture souffre le plus du changement climatique.
07:19 On a donc intérêt à ce que les choses bougent.
07:21 ...
07:25 -S'il gèle moins et que les inondations
07:27 ou les longues périodes de sécheresse
07:29 sont plus fréquentes que par le passé,
07:31 les agriculteurs doivent s'adapter
07:33 et changer de mode d'exploitation.
07:36 -L'activité agricole n'est pas seulement victime
07:38 du réchauffement climatique. Elle émet aussi des gaz polluants.
07:42 ...
07:45 Quand elle digère, les vaches rejettent du méthane,
07:48 responsable de la moitié des gaz à effet de serre de l'agriculture.
07:52 Le protoxyde d'azote,
07:54 qui représente un tiers de ses émissions,
07:57 provient essentiellement des engrais.
07:59 Les marécages libèrent du dioxyde de carbone.
08:04 La production d'engrais minéraux
08:06 et la culture du soja pour le fourrage hors d'Europe
08:09 génèrent également des gaz polluants.
08:11 Au total, l'agriculture produit en moyenne
08:14 19 % des gaz à effet de serre dans l'Union européenne.
08:17 La culture intensive,
08:20 pratiquée par exemple dans cette rizière espagnole,
08:23 engendre des quantités particulièrement importantes
08:26 de gaz à effet de serre.
08:28 Depuis 10 ans,
08:30 Bruxelles s'est engagée à produire
08:33 et à réduire cette source de pollution.
08:36 En vain.
08:37 La Cour des comptes européenne
08:39 dresse un bilan négatif de la politique agricole commune,
08:42 la PAC.
08:44 Entre 2010 et 2020,
08:46 100 milliards d'euros de subventions
08:48 ont été alloués à des mesures de protection du climat
08:51 dans l'agriculture, sans effet tangible.
08:53 Les émissions de gaz à effet de serre sont restées élevées.
08:57 Les agriculteurs ne devaient plus recevoir une partie des fonds
09:00 qu'à condition de respecter certaines réglementations.
09:03 Mais tous ces programmes d'aide appelés "mesures d'écologisation"
09:06 et visant à rendre l'agriculture plus durable
09:09 se sont révélés inefficaces.
09:11 -L'écologisation,
09:13 qui était au coeur de la dernière réforme de la PAC,
09:16 n'a pas donné beaucoup de résultats.
09:19 Ca ne va pas dans la bonne direction.
09:21 Les émissions de gaz à effet de serre
09:23 sont encore plus élevées que les émissions de gaz à effet de serre.
09:26 Les émissions de gaz à effet de serre
09:28 sont encore plus élevées que les émissions de gaz à effet de serre.
09:32 Ca ne va pas dans la bonne direction.
09:34 Le secteur agricole devrait contribuer à la réduction des gaz à effet de serre,
09:37 mais c'est l'inverse qui se produit.
09:39 Ces dernières années, on a constaté une aggravation du problème.
09:42 Même si les statistiques disent le contraire,
09:46 l'agriculture a bel et bien accru les émissions de gaz à effet de serre.
09:49 -Depuis 2009, l'expert agricole Martin Häusling
09:55 représente les verts au Parlement européen.
09:58 -C'est clairement de l'éco-blanchiment
10:02 ou du greenwashing, car 80 % des aides
10:05 sont versées en fonction de la surface de l'exploitation.
10:08 C'est ce qu'on appelle les paiements directs.
10:11 Tout cela n'a pas grand-chose à voir avec des mesures écologiques.
10:14 -A l'avenir, l'agriculture doit être davantage mise à contribution.
10:17 Avec le Green Deal ou Pacte Vert,
10:21 l'Union européenne prend un nouvel élan
10:24 pour réduire drastiquement ses émissions de gaz nocifs.
10:27 Franz Timmermans, vice-président du Parlement,
10:30 présente le projet au Parlement.
10:33 ...
10:37 -Nous savons qu'il faut combattre activement
10:40 la crise climatique.
10:43 Et nous savons aussi que si nous hésitons
10:46 ou que si nous faisons une pause,
10:49 nous ne pourrons jamais réaliser nos objectifs en 2030,
10:53 ni atteindre la neutralité carbone en 2050.
10:56 ...
10:59 -Le commissaire chargé de l'Action pour le climat
11:02 demande aux agriculteurs de revoir leur mode de pensée.
11:05 -Il faut vraiment diminuer la production de gaz à effet de serre.
11:09 J'espère que les agriculteurs vont comprendre
11:12 que si les choses restent en l'état,
11:15 l'agriculture n'a pas d'avenir, et eux non plus.
11:18 ...
11:21 -Les émissions de gaz à effet de serre issues du secteur agricole
11:25 doivent baisser de 40 % d'ici 2030.
11:28 Les cultivateurs bio, comme ici en Espagne, donnent l'exemple.
11:31 L'agriculture européenne doit être saine et durable,
11:34 répondre aux besoins des consommateurs
11:37 et avoir un bilan carbone neutre.
11:41 On a trouvé pour cela une bonne formule,
11:44 "farm to fork", de la ferme à la table.
11:47 Les agriculteurs doivent être mieux récompensés
11:50 s'ils contribuent à la protection du climat.
11:53 ...
11:57 ...
12:00 -C'est ma vision de l'avenir.
12:03 On a besoin des paysans en Europe,
12:06 mais ils doivent adopter des pratiques durables.
12:09 Il s'agit d'utiliser de nouvelles technologies
12:13 et de mieux exploiter les terres, tout en veillant à préserver la nature.
12:16 Et bien sûr, les agriculteurs qui jouent le jeu seront rémunérés.
12:19 ...
12:22 -La stratégie "farm to fork" fait partie du pacte vert.
12:26 L'objectif était de donner une nouvelle orientation
12:29 à la politique agricole commune.
12:32 Mais jusqu'ici, le projet n'existe que sur le papier.
12:35 Même s'il a été annoncé il y a plus d'un an,
12:38 aucune mesure concrète n'a été prise pour sa mise en oeuvre.
12:41 -Les programmes comme "farm to fork"
12:45 se heurtent à une forte résistance
12:48 au sein des institutions européennes.
12:51 Norbert Linz est président de la commission de l'agriculture
12:54 et de la conservation.
12:56 Ce conservateur est farouchement opposé
13:00 au renforcement des mesures de protection environnementale.
13:03 Pour lui, les agriculteurs ne sont tenus à rien.
13:06 -L'agriculture est la 1re victime du changement climatique.
13:09 Comprenez-moi bien.
13:12 Elle a aussi sa part de responsabilité,
13:16 mais elle est avant tout victime.
13:19 Bien sûr, il faut lutter contre le réchauffement de la planète,
13:22 mais il faut aussi protéger le climat qu'à l'échelle mondiale.
13:25 C'est très bien que l'Europe ouvre la voie.
13:28 On marche en tête, et les Etats-Unis, la Chine,
13:32 et les autres régions du globe sont loin derrière.
13:35 -Pour les conservateurs comme Norbert Linz,
13:38 c'est une position qu'il partage
13:41 avec le lobby agricole Copacogeca.
13:44 -Vivos z Ukraïny na hranitsi z EU.
13:48 On ne peut pas éliminer totalement l'impact de l'activité humaine
13:53 sur l'environnement.
13:56 Et puis, il faut bien faire la distinction
13:59 entre les émissions de CO2 et de méthane.
14:02 Elles présentent des caractéristiques
14:06 tout à fait différentes.
14:09 -Pekka Pesonen au Parlement européen.
14:12 Le secrétaire général de la Fédération européenne
14:15 des syndicats agricoles se veut le plus puissant défenseur
14:18 à Bruxelles des intérêts des agriculteurs
14:22 et de l'agroindustrie.
14:24 Il ne voit pas la nécessité de changements majeurs.
14:27 ...
14:32 -Il faut regarder la réalité en face.
14:35 L'agriculture basée sur l'élevage ne va pas disparaître.
14:39 Elle existe depuis des milliers d'années
14:42 et on n'a jamais eu le moindre problème.
14:45 On ne peut pas revenir aux méthodes du passé.
14:48 ...
14:51 -Cette agriculture vertueuse, dont parle le lobbyiste,
14:55 n'a jamais existé.
14:57 Fondée en 1957, la communauté économique européenne
15:00 devait garantir l'alimentation des habitants de ces pays membres.
15:03 Un programme de subvention a ainsi été mis en place
15:06 pour le secteur agricole, avec des effets pervers.
15:10 ...
15:13 Pendant des décennies, ce système récompensait les exploitants
15:16 qui produisaient des quantités astronomiques
15:19 de lait et de beurre.
15:21 Des centaines de milliers de tonnes de beurre et de lait
15:25 écrimés en poudre invendues s'amoncelaient
15:28 dans les entrepôts européens.
15:30 Cette dérive tenait avant tout au fait
15:33 que le prix était garanti pour chaque litre de lait livré,
15:36 et ce, sans limite de volume.
15:39 Un tiers du budget agricole était consacré à ce seul produit.
15:42 ...
15:45 ...
15:48 ...
15:51 Si l'Union européenne a mis fin depuis longtemps
15:55 à cette politique, la situation ne s'est guère améliorée
15:58 pour autant. Les subventions sont désormais liées
16:01 à la surface exploitée. Plus on cultive d'hectares,
16:04 plus on touche d'argent.
16:07 Les grands exploitants et les groupes agro-industriels
16:11 sont les principaux bénéficiaires de la PAC.
16:14 75 % des subventions européennes,
16:17 soit environ 41 milliards d'euros par an,
16:20 sont destinées aux aides à la surface.
16:23 ...
16:27 Les mesures de protection du climat sont soutenues
16:30 à coups de milliards, mais elles sont facultatives
16:33 et n'en valent généralement pas la peine pour les agriculteurs.
16:36 ...
16:40 ...
16:43 ...
16:46 -On sait depuis des années que 80 % des aides de la PAC
16:49 vont à 20 % des plus grandes entreprises agro-industrielles.
16:52 En Europe de l'Est, ces subsides sont souvent empauchés
16:55 par les oligarques qui participent activement
16:59 à l'accaparement des terres.
17:02 -L'ONG, Corporate Europe Observatory,
17:05 s'est spécialisée dans l'analyse des subventions européennes.
17:08 Dans le cas des aides agricoles,
17:11 il est frappant de voir que très peu de petits exploitants
17:15 en bénéficient.
17:18 -En 10 ans,
17:21 10 millions d'agriculteurs européens
17:24 ont cessé leur activité.
17:27 Cela représente 25 à 30 % de l'ensemble de la profession.
17:31 Malgré les milliards d'euros des contribuables alloués à la PAC,
17:34 un grand nombre d'exploitants ont fait faillite.
17:37 -Ces milliards d'euros vont surtout
17:40 aux grands propriétaires terriens
17:43 ou aux sociétés agro-industrielles.
17:47 Ainsi, entre 2014 et 2021,
17:50 le groupe sucrier allemand Süd-Sukkur,
17:53 qui réalise un chiffre d'affaires de 9,5 milliards d'euros,
17:56 a perçu plus de 25 millions d'euros
17:59 de subventions européennes.
18:03 Friesland Campina, une coopérative multinationale
18:06 qui se targue d'être l'une des plus grandes entreprises laitières au monde,
18:09 a touché 27 millions d'euros au cours de la même période.
18:12 ...
18:15 Sucrière de la Réunion,
18:19 une filiale du géant français Théréos,
18:22 a reçu 250 millions d'euros.
18:25 ...
18:28 ...
18:31 -On peut dire
18:35 que le système de subventions agricoles
18:38 a favorisé la concentration de pouvoir
18:41 et amplifié par là même tous les problèmes écologiques
18:44 et climatiques liés à l'agriculture.
18:47 -Les grands acteurs du secteur
18:51 ne sont pas incités à se convertir à l'écologie,
18:54 si bien que les émissions de gaz à effet de serre ne baissent pas.
18:57 Les représentants des agriculteurs
19:00 restent malgré tout attachés à ce système.
19:04 ...
19:07 -Si l'on veut remplacer le modèle des aides à la surface,
19:10 comment distribuer l'argent aux agriculteurs
19:13 sans créer d'énormes structures administratives ?
19:16 ...
19:19 On emploie déjà beaucoup de fonctionnaires
19:23 pour gérer ce système.
19:26 Et il y a des limites.
19:29 Mais on peut se demander
19:32 comment faire pour protéger les agriculteurs
19:35 et les agriculteurs natifs.
19:39 Jusqu'ici, on n'a pas trouvé de meilleure solution
19:42 que les paiements à la surface.
19:45 -Si les subventions de l'APAC
19:48 ne sont toujours pas couplées à des mesures de protection du climat,
19:51 la Fédération européenne des agriculteurs, la COPAC-OGK,
19:55 y est pour quelque chose.
19:58 Son secrétaire général, P.K. Pessonen,
20:01 se veut la voix de tous les agriculteurs européens.
20:04 Et il est très demandé, y compris au Parlement européen,
20:07 par exemple, lorsqu'il est question du CETA,
20:11 le Traité commercial avec le Canada.
20:14 -Le CETA conclu avec le Canada
20:17 est un accord global pour les agriculteurs.
20:20 -Mais quels intérêts P.K. Pessonen représente-t-il vraiment ?
20:23 Selon ses détracteurs,
20:27 les petites organisations paysannes
20:30 ne font pas le poids face à la toute-puissance de la COPAC-OGK.
20:33 ...
20:36 -Qui a le temps, l'argent, les capacités
20:39 et les compétences pour participer à ces groupes d'experts
20:43 en tant que lobby ?
20:46 Il n'y a que la COPAC-OGK.
20:49 Elle a beaucoup de pouvoir.
20:52 Elle peut faire appel à des sociétés de conseil,
20:55 des cabinets d'avocats, des think tanks.
20:59 Elle peut commander des études scientifiques
21:02 pour influencer des responsables politiques au Parlement,
21:05 au Conseil ou à la Commission.
21:08 ...
21:11 -Outre la COPAC-OGK,
21:15 d'autres lobbies de l'agro-industrie
21:18 ou d'organisations écologiques tentent de faire pression
21:21 sur les décideurs politiques à Bruxelles,
21:24 que ce soit au sein de la Commission, du Parlement
21:28 ou au sein de l'agriculture.
21:31 La Fédération des syndicats agricoles jouit là d'un statut particulier.
21:34 ...
21:37 ...
21:40 -Il y a une tradition sans équivalent en Europe.
21:43 Au Conseil des ministres de l'Agriculture,
21:47 la COPAC-OGK, la Fédération des agriculteurs,
21:50 a voix au chapitre.
21:53 Elle est même invitée à présenter en premier sa vision des choses.
21:56 -Pour le moment, seulement les ministres de l'agriculture
21:59 prennent la parole. C'est une pratique qui existe depuis 50 ans
22:03 et à laquelle il faut mettre fin.
22:06 Contrairement à ce qu'ils affirment,
22:09 les syndicats agricoles classiques ne représentent pas tous les agriculteurs.
22:12 ...
22:15 -L'Union européenne ne conteste pas cette pratique,
22:19 mais rappelle que les autres organisations
22:22 ont aussi la possibilité de se faire entendre.
22:25 Jacob et Sonnen ne voient rien de condamnable dans ces activités.
22:28 ...
22:31 -Tout le monde le fait.
22:35 Si les autres organisations n'agissaient pas ainsi
22:38 dans la bulle européenne ou bruxelloise,
22:41 elles ne seraient pas professionnelles.
22:44 Il n'y a donc aucune raison de se cacher.
22:47 En ce qui concerne notre légitimité,
22:51 il est clair que nous sommes de loin la fédération
22:54 qui est la plus importante.
22:57 -Au début de la guerre en Ukraine, on a pu voir
23:00 comment les grandes fédérations agricoles usaient de leur influence.
23:03 La nouvelle réforme de la PAC, qui venait d'être votée,
23:07 visait à réduire les surfaces cultivées
23:10 pour créer des achères écologiques.
23:13 Mais selon le lobby des agriculteurs,
23:16 la guerre a détruit les champs de blé en Ukraine.
23:19 L'Union européenne allait devoir compenser
23:23 les achères écologiques.
23:26 ...
23:29 ...
23:32 -Le jour même où la réforme agricole
23:35 est entrée en vigueur, on est revenu
23:39 sur les dispositions environnementales,
23:42 telles que la rotation des cultures
23:45 ou les surfaces de compensation écologiques.
23:48 Elles sont pourtant nécessaires pour préserver la biodiversité.
23:52 -On pensait qu'il y avait la guerre.
23:55 Est-ce qu'elles seront vraiment reportées d'un an ?
23:58 J'en doute, parce que le lobby travaille d'arrache-pied
24:01 pour vider toutes les mesures environnementales
24:04 de leur substance et ne garder qu'un vernis vert.
24:07 Mais concrètement, ça fait des années
24:11 que rien ne change dans la PAC.
24:14 -Comme par le passé à Bruxelles, de nombreuses mesures
24:17 sont présentées comme respectueuses du climat
24:20 et des mesures allemandes de l'environnement,
24:23 il est tout à fait excessif de la part de l'Union européenne
24:27 d'affirmer que 40 % de ces subventions
24:30 ont un impact sur le climat.
24:33 Au mieux, 10 % du budget de la PAC
24:36 contribuent à protéger l'environnement.
24:39 ...
24:43 L'élevage intensif, en particulier,
24:46 émet des quantités importantes de gaz à effet de serre.
24:49 Et le méthane que les vaches libèrent en digérant
24:52 n'est pas seul en cause.
24:54 Avec sa teneur élevée en azote, le lysier nuit souvent à l'environnement.
24:59 ...
25:02 ...
25:05 ...
25:08 ...
25:11 L'azote atteint les eaux superficielles et souterraines
25:15 sous forme de nitrate.
25:17 Au contact de l'oxygène dans l'air,
25:20 il peut produire de l'ammoniaque, qui acidifie fortement l'environnement.
25:24 Enfin, l'azote se transforme en protoxyde d'azote,
25:28 un gaz à effet de serre bien plus nocif que le CO2.
25:33 ...
25:36 Il y a des décennies déjà, l'Union européenne a établi
25:39 de strictes limites d'émissions d'azote.
25:42 Mais elles sont plus ou moins ignorées par certains Etats membres,
25:46 comme l'Allemagne.
25:48 Dans ces deux pays, les quantités de nitrate dépassent fréquemment
25:51 les seuils fixés.
25:53 Le gouvernement néerlandais vient de mettre un terme à cette politique.
25:57 ...
26:00 ...
26:04 -Nous avons environ 112 millions d'animaux d'élevage
26:07 aux Pays-Bas, ce qui représente la plus forte densité de bétail
26:11 de toute l'Europe. Voilà pourquoi nous avons aussi
26:14 les émissions les plus élevées d'ammoniaque,
26:17 soit 5 fois plus que la moyenne européenne.
26:21 ...
26:24 -Johan van den Broeck est surnommé le pitbull de l'environnement
26:27 aux Pays-Bas. Il a sans cesse attaqué en justice le gouvernement
26:30 pour non-respect des normes environnementales européennes.
26:33 Le tribunal administratif suprême néerlandais
26:37 a décrété qu'il fallait mettre fin
26:40 aux fortes émissions d'azote dans l'agriculture.
26:43 ...
26:46 ...
26:49 -Si on envisage tous ces problèmes dans leur ensemble,
26:53 on se rend compte que les Pays-Bas doivent réduire
26:56 leur cheptel de 60 à 80 %.
26:59 Ce sera très douloureux.
27:02 -Aux Pays-Bas, nous avons non seulement une crise de l'azote,
27:05 mais aussi et surtout une crise écologique généralisée.
27:09 Nous devons impérativement améliorer l'état de notre environnement.
27:12 Et ça passe forcément par une réduction des émissions d'azote.
27:15 ...
27:18 -Le gouvernement Battaf ne doit plus prendre le parti des agriculteurs.
27:21 Il lui faut respecter les seuils-limites.
27:25 Les agriculteurs sont vants debout.
27:28 De violentes manifestations éclatent régulièrement.
27:31 En général, la situation dégénère et se solde par des arrestations.
27:34 -Eh, wapens, jongle, wapens !
27:37 Eh, moula, règle-moi, règle-moi ! Wapens, c'est ça !
27:41 -Une fois, un policier sort même son pistolet
27:44 en marge d'une action de protestation.
27:47 Les manifestants occupent le domicile de la ministre.
27:50 Le consensus social est rompu.
27:53 ...
27:57 Par décision de justice,
28:00 la ministre de la Nature et de la Politique azote
28:03 doit imposer les limites d'émissions d'azote
28:06 que ses prédécesseurs ont dépassées pendant des décennies.
28:10 En ce moment, la survie de nombreuses entreprises agricoles
28:13 est menacée.
28:16 ...
28:19 -Notre but n'est pas de fermer des exploitations,
28:22 mais de baisser les émissions d'azote de 50 % d'ici 2030.
28:25 C'est le seul moyen de diminuer la pollution
28:29 et d'atteindre les objectifs climatiques
28:32 pour l'agriculture à l'horizon 2030.
28:35 Pour cela, il faut un changement.
28:38 Pour cela, il faut transformer tout le secteur,
28:41 ce qui implique de réduire l'élevage aux Pays-Bas.
28:45 ...
28:48 -Un congrès de la Fédération agricole néerlandaise.
28:51 Des opposants à la politique gouvernementale
28:54 se rassemblent devant le bâtiment,
28:57 ce qui débouche sur des affrontements avec la police.
29:01 ...
29:04 ...
29:07 -Ils parlent des dangers de l'azote,
29:10 mais on ne voit pas du tout où est le problème.
29:13 -Et quelle est la solution ? -Il faut relever les valeurs limites.
29:17 Et le problème sera réglé.
29:20 ...
29:23 -Le ministre de l'Agriculture est l'invité d'honneur du congrès.
29:26 Pete Adema veut montrer sa proximité
29:29 avec une représentante des agriculteurs,
29:33 ce qui ne fonctionne que partiellement.
29:36 ...
29:39 ...
29:42 -Qu'est-ce que le ministre va bien proposer ?
29:45 ...
29:49 -Le bruit court que nous voulons chasser
29:52 les agriculteurs du pays. Tout à l'heure, on nous a demandé
29:55 "Souhaitez-vous que les agriculteurs restent aux Pays-Bas ?
29:58 "Ou voulez-vous tous les faire partir ?"
30:01 Qu'est-ce que c'est que ces idées absurdes ?
30:05 -Ce sont des idées qui ne sont pas de qualité
30:08 et jouissent d'une bonne réputation à l'international.
30:11 -Un discours qui suscite la méfiance.
30:14 ...
30:17 -Ca nous rend fou, nous, les exploitants agricoles.
30:21 Dans les zones protégées, en particulier,
30:24 là où, selon les estimations, l'environnement est dégradé,
30:27 on a déjà demandé aux agriculteurs de réduire significativement
30:30 leur production. Alors maintenant, on s'interroge.
30:34 Est-ce qu'on va être rachetés ? Quelles sont les alternatives ?
30:37 On n'obtient pas de réponse à ces questions.
30:40 ...
30:43 Les dirigeants politiques ne voient qu'une solution,
30:46 fermer des exploitations.
30:48 -Nous avons maintenant beaucoup d'argent à notre disposition,
30:52 plus de 24 milliards d'euros pour aider les agriculteurs.
30:55 Nous voulons racheter les exploitations les plus polluantes
30:58 à des conditions très avantageuses. De cette manière,
31:01 nous leur offrons un avenir. Ils peuvent partir à la retraite
31:04 ou chercher une autre entreprise. Certains veulent peut-être
31:08 se reconvertir complètement ou bien émigrer avec l'argent.
31:11 Tout est possible.
31:13 ...
31:15 -Le ministre parle de 24 milliards d'euros
31:18 pour restructurer l'économie rurale. C'est dur à entendre
31:21 pour les agriculteurs, et ça coûte cher aux contribuables.
31:24 ...
31:26 Si l'on veut tenir les objectifs climatiques de l'UE,
31:29 on ne peut plus pratiquer l'agriculture comme on l'a fait.
31:32 En France, on place de grands espoirs
31:36 dans le carbone farming, le stockage du carbone
31:39 dans les terres. Les forêts et les sols
31:42 sont de potentiels réservoirs de CO2.
31:45 ...
31:49 Dans les environs de Toulouse, Jean Hamot cultive
31:53 principalement du maïs. Pour régénérer le sol
31:56 et y fixer les gaz à effet de serre, il sème
31:59 des cultures intermédiaires après chaque récolte.
32:02 ...
32:04 -Là, on voit bien...
32:06 ...
32:08 la vie du sol, déjà.
32:10 Ca commence par les vers de terre.
32:12 Et après, on voit ici toutes ces moisissures.
32:15 Ca, c'est la matière végétale qui est en train de se dégrader
32:19 par les champignons, les bactéries et tout ce qui se trouve
32:22 dans le sol. On voit bien sa vie.
32:26 Voilà.
32:28 ...
32:29 Toute la matière végétale qu'il y a sur le sol,
32:33 c'est les résidus de la récolte du blé,
32:36 qui restent là et qui nourrissent les vers de terre
32:39 et toute la faune.
32:41 ...
32:43 -Les cultures intermédiaires demandent plus de planification
32:46 que les monocultures. A court terme, les rendements
32:49 peuvent être plus faibles, mais à long terme,
32:52 le jeu en vaut la chandelle. Jean en est convaincu.
32:56 ...
33:01 -Il n'y a pas de risque majeur.
33:03 Le risque, il est qu'il faut travailler différemment.
33:06 Donc, il faut s'habituer à travailler comme ça,
33:09 en implantant des plantes autres que les cultures
33:13 que l'on fait pousser et qu'on cultive.
33:16 Parce que c'est sûr qu'on investit dans de la semence de graines
33:19 pour faire ses couverts végétaux, pour stocker ce CO2.
33:22 Mais l'investissement, c'est de la capitalisation
33:26 à long terme.
33:27 -Il existe des aides pour l'implantation
33:29 de cultures intermédiaires qui améliorent la qualité du sol.
33:32 En revanche, l'Union européenne ne rémunère pas le stockage du CO2.
33:37 -Par les primes comme tout le monde,
33:40 par les aides PAC, quoi.
33:42 Avec la PAC, on a des aides comme tout le monde,
33:46 mais pas plus, pas moins. C'est tout le monde pareil, là.
33:49 ...
33:53 -En France, comme dans d'autres pays de l'Union européenne,
33:56 seuls quelques projets pilotes ont été lancés
33:59 pour soutenir le carbon farming.
34:01 Une usine de pop-corn que Jean Hamaut et d'autres producteurs
34:04 de la région fournissent en maïs est impliquée
34:08 dans l'une de ses initiatives.
34:10 S'ils participent au programme de stockage du carbone,
34:13 l'entreprise leur verse une prime.
34:15 L'Etat français prend en charge l'évaluation scientifique
34:18 du projet.
34:20 ...
34:28 -Jusqu'à l'année dernière, on a payé un forfait
34:31 pour la mise en place d'une culture intermédiaire.
34:34 Et depuis l'année dernière, on a mis en place un système
34:37 par photosatellite.
34:40 On mesure la biomasse produite par hectare
34:43 et on rémunère le carbone durablement stocké dans le sol
34:46 à travers la culture intermédiaire.
34:48 Donc nous, on rémunère l'agriculteur à 45 euros
34:51 la tonne CO2 durablement stockée dans le sol.
34:55 ...
34:57 -Pour Michael Eman, le stockage du carbone dans les sols
35:01 est un élément-clé de la production alimentaire moderne
35:04 et de l'agriculture de pointe.
35:06 ...
35:09 -Ca n'a pas uniquement son sens pour stocker du carbone,
35:12 c'est son sens pour réduire l'érosion,
35:16 pour augmenter la biodiversité,
35:18 pour réduire la fertilisation chimique
35:21 et c'est pour avoir des sols vivants.
35:24 Donc je pense, normalement, on ne devrait pas
35:27 hésiter une seconde pour mettre des mesures comme ça en place.
35:32 ...
35:35 -Une question se pose néanmoins.
35:37 Comment savoir si un champ libère ou stocke du dioxyde de carbone ?
35:41 Eric Seychia et Suzanne Reinders
35:45 mènent un projet de recherche de longue haleine
35:48 dans les environs de Toulouse.
35:50 ...
35:53 -Ce qu'on mesure principalement, ce qu'on cherche à mesurer,
35:57 c'est les échanges de gaz carbonique, d'eau et de chaleur
36:01 entre la parcelle et l'atmosphère au-dessus de nous.
36:05 Pour ça, on utilise en particulier un instrument,
36:08 ces instruments-là, qui mesurent 20 fois par seconde
36:11 la vitesse du vent en 3 dimensions
36:14 et les concentrations en gaz carbonique, en eau et la température.
36:18 -L'idée, c'est qu'après, simplement avec des modèles
36:22 et avec des satellites, on pourra dire à tel endroit on stocke,
36:25 à tel endroit on déstocke.
36:27 Les méthodologies basées sur de l'imagerie satellitaire
36:30 vont permettre de donner une estimation de l'augmentation
36:33 du stock de carbone dans les sols agricoles un peu partout en Europe.
36:38 ...
36:41 -Les résultats de leurs travaux sont encourageants.
36:44 Le stockage du carbone peut réduire les émissions de gaz à effet de serre
36:48 de 7 %, un énorme potentiel.
36:50 Mais cette baisse n'est pas constante.
36:54 Elle varie d'une année à l'autre,
36:56 comme le montrent les conclusions des chercheurs.
36:59 -Ca n'a pas du tout levé.
37:01 -Tiens, il y avait un nuage, là, c'est ça ?
37:04 -Ca, c'est les filtres de nuages.
37:08 -Le fait qu'un sol fixe ou relâche du CO2
37:11 dépend des précipitations, du vent,
37:14 des plantes cultivées ou du terrain même.
37:17 Tous ces facteurs ne sont pas stables.
37:20 -Tiens, il y avait un nuage, là, c'est ça ?
37:23 -On voit qu'en fonction des années,
37:27 certaines parcelles peuvent fixer du CO2
37:30 et, dans des années climatiques un peu extrêmes,
37:33 relarguer du CO2 dans l'atmosphère, ce qui est un peu inquiétant
37:37 dans une perspective de changement climatique.
37:40 -Le projet de recherche confirme les doutes de scientifiques allemands.
37:44 Le farming ne garantit pas le stockage durable de CO2.
37:47 Ses forces sont ailleurs.
37:49 ...
37:54 -Ce stockage additionnel de carbone dans les sols,
37:57 je pense qu'il ne faut pas le voir simplement
38:00 comme une manière de compenser nos émissions,
38:03 mais c'est aussi une manière d'améliorer la qualité des sols
38:09 et donc d'améliorer la fertilité et la santé des sols,
38:13 qui est le support de notre production de nourriture.
38:16 ...
38:19 -Alors que faire ?
38:20 La plupart des émissions générées par l'agriculture
38:23 proviennent de l'élevage.
38:25 Si la réduction des cheptels paraît nécessaire,
38:28 d'autres idées émergent.
38:30 Dans une ferme expérimentale de l'université de Kiel,
38:33 on tente de diminuer l'empreinte carbone des bovins.
38:36 ...
38:41 -Le fourrage est le principal levier
38:44 pour réduire l'empreinte carbone au maximum.
38:48 Dans les élevages industriels,
38:50 on donne beaucoup de céréales et d'aliments concentrés aux vaches.
38:54 Par animal et par an, on utilise 2 à 3 tonnes
38:57 de fourrage protéiné et énergétique.
38:59 Et cette nourriture doit être produite ailleurs.
39:03 Nous la remplaçons par une herbe de pâturage
39:06 à forte teneur énergétique.
39:08 ...
39:12 -Par rapport à leur poids, ces vaches donnent autant de lait
39:15 que leur congénèrent des élevages conventionnels.
39:18 Et elles sont beaucoup moins nocives pour le climat.
39:21 ...
39:24 Cette petite race légère n'a pas besoin d'aliments concentrés,
39:27 dont la fabrication génère tant de gaz à effet de serre.
39:30 ...
39:33 Grâce à un assortiment spécial de plantes,
39:36 les vaches de la Chine trouvent tout ce dont ils ont besoin
39:39 dans le pâturage.
39:42 Ce mélange d'herbe et de graminée
39:44 est régulièrement contrôlé en laboratoire.
39:47 ...
39:49 ...
39:51 -Nous sommes à moins de 10 g d'émission de méthane
39:55 par kilo de lait.
39:57 Les valeurs moyennes que l'on trouve
39:59 dans les publications internationales
40:01 tournent autour de 18-20 g,
40:03 y compris pour les vaches élevées à l'étable.
40:06 Nous sommes donc 40 à 50 % en dessous.
40:09 ...
40:11 -Non seulement réduire les émissions de méthane
40:15 est bon pour la planète,
40:17 mais cela évite les coûts liés au dommage induit
40:20 par le changement climatique.
40:22 Friedhelm Taube et son équipe
40:24 peuvent estimer les économies réalisées
40:27 grâce aux vaches qui pâturent.
40:29 ...
40:31 ...
40:34 -Nous montrons que,
40:36 par rapport à une vache élevée à l'étable
40:38 et donnant 10 000 litres de lait par an,
40:41 la réduction d'émissions
40:43 représente une économie d'environ 500 euros par hectare.
40:46 Voilà la somme qu'on pourrait, en théorie,
40:49 mettre à la disposition des agriculteurs.
40:52 ...
40:54 -Un éleveur qui met en pâture un troupeau,
40:57 rejetant moins de méthane,
40:59 pourrait être rétribué.
41:01 Mais pour cela,
41:03 il faudrait d'abord revoir le système de subvention.
41:06 ...
41:09 ...
41:11 -Vous voyez, c'est simple.
41:13 Si les subventions étaient vraiment soumises
41:16 à certaines conditions,
41:18 ce qui n'est pas franchement le cas jusqu'ici,
41:21 les agriculteurs qui ne les remplissent pas
41:23 ne toucheraient rien.
41:26 Prenons l'exemple d'un éleveur industriel
41:28 qui nourrit ses vaches à 10 000 litres par an
41:31 sans concentrer, pour produire du lait en poudre
41:34 à destination du monde entier,
41:36 sans contribuer à la protection de l'environnement.
41:39 En tant que chef d'entreprise, il peut faire ce qu'il veut,
41:42 mais il ne devrait pas recevoir en plus de l'argent de l'Etat
41:45 et de l'Union européenne.
41:47 Les aides de la PAC devraient être destinées
41:50 uniquement aux mesures environnementales.
41:53 ...
41:55 -Ce n'est pas demain que la réduction des émissions
41:58 de gaz à effet de serre conditionnera l'octroi
42:01 de subventions européennes.
42:03 De même, les cultivateurs engagés
42:05 dans une démarche de développement durable
42:08 sont encore loin de bénéficier d'un soutien suffisant.
42:11 Pourtant, Bruxelles a fixé l'objectif
42:14 de 25 % d'agriculture biologique d'ici 2030.
42:18 ...
42:20 Près de Toulouse, Hélène Delmas exploite un élevage de poulets
42:23 en respectant certains critères écologiques.
42:26 Elle a abandonné pour cela son emploi
42:28 dans l'industrie agroalimentaire.
42:31 -On reçoit des aides PAC, mais pas suffisamment.
42:34 Notre modèle n'est pas du tout assez aidé
42:36 par rapport au modèle agro-industriel
42:39 qui produit pour l'exportation en grande quantité.
42:42 C'est ceux-là qui sont aidés à ce jour, et c'est pas normal.
42:45 ...
42:47 -L'Union européenne alloue un budget restreint
42:50 aux services environnementaux, c'est-à-dire aux actions
42:54 qui contribuent à maintenir les écosystèmes.
42:56 Ces subventions couvrent à peine 20 % des frais
42:59 de l'exploitante bio.
43:00 Et son élevage est bien trop petit
43:02 pour tirer parti des aides à la surface
43:05 qui favorisent les grandes entreprises.
43:07 ...
43:14 Hélène et son mari essaient pourtant de limiter le plus possible
43:18 leur impact sur l'environnement.
43:20 Ils produisent leur propre fourrage
43:22 et utilisent des engrais biologiques.
43:24 Ils ne donnent pas d'antibiotiques à leurs animaux
43:27 et les soignent avec des produits à base de plantes.
43:30 Tout cela occasionne une charge de travail
43:32 bien plus importante que dans une exploitation conventionnelle
43:36 et qui n'est pratiquement pas rémunérée.
43:38 Pour le couple, l'élevage de poulets
43:40 constitue un grand risque financier.
43:43 ...
43:53 -Economiquement, si on cherchait la rentabilité,
43:55 on ferait du poulet en bâtiment, dans des grands bâtiments,
43:58 enfermés, et qu'on vendrait au bout de 40 jours.
44:01 Parce qu'il faut savoir que le poulet standard
44:04 n'a que 40 jours d'élevage, quand nous, on est sur du 120 jours.
44:07 Donc c'est pas la rentabilité que l'on cherche, c'est la qualité.
44:11 Mais en termes de marge, bien évidemment,
44:13 la marge est meilleure sur des animaux industriels.
44:16 ...
44:18 -Hélène et son mari se demandent sans cesse
44:21 si la réduction continuée ou pas.
44:23 ...
44:27 -Nous, on est dans un cercle vertueux
44:30 où on n'a pas d'impact négatif sur notre environnement
44:33 et sur la santé humaine.
44:34 Donc ça, c'est un prix à aujourd'hui qui n'est pas évalué
44:37 et qui devrait l'être.
44:39 ...
44:40 -Visiblement, l'Union européenne n'utilise pas
44:43 son énorme budget agricole pour soutenir les produits bio,
44:46 certes plus chers, mais plus respectueux de l'environnement.
44:50 ...
44:52 Au contraire, elle continue de miser sur l'élevage intensif,
44:56 allant ainsi à l'encontre de ses objectifs climatiques.
44:59 Ce mode de production industrielle
45:02 est le principal émetteur de gaz à effet de serre dans l'agriculture.
45:06 La seule solution écologique viable est de réduire le cheptel.
45:10 ...
45:13 -Ca signifie qu'il faut diminuer considérablement
45:17 la part de l'élevage industriel.
45:20 ...
45:21 On estime que cette baisse doit être de 30 à 70 % en Allemagne.
45:26 ...
45:28 C'est l'ordre de grandeur dont on parle actuellement
45:31 dans la communauté scientifique.
45:33 ...
45:35 -Mais jusqu'ici, rien ne change.
45:37 La viande est toujours produite en grande quantité
45:40 et le moins cher possible.
45:41 On argue que l'agroindustrie européenne
45:44 assure l'approvisionnement alimentaire de la population
45:47 à des prix abordables.
45:49 Réduire les aides à l'agriculture et à l'élevage intensif
45:53 compromettrait cette garantie.
45:55 Et puis, si les Européens ne produisent plus de viande bon marché,
45:59 d'autres s'en chargeront.
46:00 ...
46:12 -Nous suivons le marché.
46:14 Les consommateurs sont contents d'avoir de la viande,
46:17 des laitages et des oeufs qui contiennent de bonnes protéines.
46:20 Si nous réduisons de manière drastique notre production,
46:24 cette baisse sera très certainement compensée
46:27 par l'importation de produits qui ne rempliront pas
46:30 les exigences imposées par l'Union européenne à notre secteur.
46:33 -On aggraverait le bilan carbone de la planète.
46:36 En Allemagne, notre production de viande
46:39 est la plus performante au monde.
46:41 Notre filière laitière est leader sur le marché.
46:44 Nous produisons donc bien mieux que les autres.
46:46 Si on émet 2 à 3 fois plus de gaz à effet de serre par litre de lait,
46:50 ça ne va sûrement pas aider le climat mondial.
46:53 Arrêter l'élevage est donc une mauvaise idée.
46:56 ...
46:58 -Produire à tout prix.
47:00 Aux Pays-Bas, il faut maintenant tirer les conséquences
47:04 d'une politique qui, durant des décennies,
47:06 n'a guère pris en compte les enjeux environnementaux.
47:10 ...
47:13 -Concernant les exploitations les plus polluantes,
47:16 ce qui représente environ 2 000 à 3 000 agriculteurs,
47:19 nous avons décidé qu'il fallait réduire significativement
47:22 leurs émissions.
47:24 ...
47:28 C'est un énorme sacrifice pour ces hommes et ces femmes,
47:31 pour toutes ces familles qui vivent souvent à la ferme
47:34 depuis des générations et qui ont toujours été animées
47:37 dans leur travail par l'amour de la nature.
47:40 De telles pratiques ne sont plus possibles partout,
47:43 et c'est évidemment terrible.
47:45 ...
47:51 -Le gouvernement ne voit qu'une solution.
47:54 Mettre à l'arrêt les installations agricoles les plus polluantes.
47:57 Il s'agit de protéger notamment les sites naturels
48:01 des émissions d'azote.
48:02 ...
48:06 L'exploitation de Joss Bolk se trouve justement
48:09 près d'une de ces zones, où certaines de ces vaches
48:12 viennent brouter.
48:13 L'éleveur est convaincu des bienfaits du pâturage,
48:16 qui empêche que le sol ne soit envahi par la végétation.
48:20 Mais ce ne sera désormais plus autorisé.
48:22 ...
48:26 -Schnouppies !
48:27 Come on !
48:28 -Aux Pays-Bas, on regarde maintenant de très près
48:31 l'emplacement d'une étable et sa proximité
48:34 avec un site protégé,
48:35 parce que la plus grosse partie de l'ammoniaque qu'elle émet
48:39 se retrouve directement dans l'environnement.
48:42 ...
48:43 Et comme la plupart de mes étables se situent tout près
48:46 du site protégé, l'une d'elles est même au beau milieu,
48:50 notre gouvernement dit que c'est un problème.
48:52 ...
48:57 -Joss Bolk ne sait pas si son exploitation fait partie
49:00 des 3000 entreprises agricoles que les autorités veulent fermer
49:04 en raison de leurs fortes émissions d'azote.
49:06 Des rumeurs circulent depuis plusieurs mois
49:09 et le gouvernement hésite.
49:11 ...
49:12 Comme bon nombre d'agriculteurs néerlandais,
49:15 Joss Bolk n'a eu d'autre choix que de s'agrandir.
49:18 Il a investi des centaines de milliers d'euros
49:22 et a augmenté progressivement son cheptel
49:24 pour atteindre environ 400 bêtes.
49:27 "Développe-toi ou disparaît."
49:30 Tel est le mot d'ordre que les syndicats agricoles européens
49:33 ont seriné pendant des dizaines d'années.
49:36 Joss Bolk l'a suivi, pensant qu'il en serait toujours ainsi,
49:39 ce qui n'a fait qu'aggraver l'impact sur l'environnement.
49:43 ...
49:44 -Mon exploitation va-t-elle continuer à exister ou pas ?
49:48 La responsabilité en revient au gouvernement.
49:50 En tant que chef d'entreprise, on doit anticiper.
49:53 Sans quoi on en arrive à ne plus savoir dans quelle direction aller.
49:58 ...
50:01 -Hallo.
50:02 -Joss Bolk attend une décision depuis des mois.
50:05 Mais une chose est sûre, il ne pourrait pas appliquer
50:08 les directives du gouvernement sur les émissions d'azote.
50:12 -Hé, les jonges, hé.
50:13 Hé, les jonges, hé.
50:15 ...
50:17 ...
50:20 -Au pire, il faudra réduire notre activité de 95 %
50:24 et diminuer d'autant le nombre d'animaux.
50:27 Dans ce cas, évidemment, ce sera fini
50:30 et l'exploitation sera condamnée à disparaître.
50:33 -C'est un boulot qui est à la hauteur de la réduction
50:36 de l'économie.
50:38 -Le gouvernement a-t-il fait le choix ?
50:40 -Non.
50:41 -Il a-t-il fait le choix ?
50:43 -Non.
50:44 -Il a-t-il fait le choix ?
50:46 -Non.
50:47 -Il a-t-il fait le choix ?
50:49 -Non.
50:50 -Il a-t-il fait le choix ?
50:52 -Non.
50:53 -Il a-t-il fait le choix ?
50:55 -Non.
50:56 -Il a-t-il fait le choix ?
50:58 -Non.
50:59 -Il a-t-il fait le choix ?
51:01 -Non.
51:02 -Au fond, ce sont eux, les victimes.
51:04 -Les scientifiques disent qu'il n'y a que deux choses à faire.
51:08 Un, laisser les combustibles fossiles dans le sol.
51:11 Et deux, réduire de 80 % notre consommation de viande.
51:15 Ce n'est pas une transition,
51:17 c'est une refonte totale de l'agriculture.
51:19 -Pour atteindre ces objectifs climatiques,
51:22 l'Union européenne doit changer radicalement
51:25 sa politique agricole.
51:27 -La France est un pays
51:29 où l'agriculture est une politique.
51:31 -L'Union européenne doit changer radicalement
51:34 sa politique agricole.
51:36 Les idées sont là, mais le temps presse.
51:38 ...
51:58 ...
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