00:00 L'édito politique sur Europe 1 avec Luffy Garaud. Bonjour Vincent Trémolet de Villers.
00:04 - Bonjour Dimitri, bonjour Anissa, bonjour à tous.
00:06 - Vincent, aujourd'hui va se tenir le premier conseil des ministres d'un gouvernement resserré,
00:10 droitisé, avec sa tête à un jeune premier ministre de 34 ans.
00:13 Le macronisme selon le mot en vogue, Vincent, est-il régénéré par cette nouvelle configuration ?
00:19 - Ce que j'ai vu hier soir ce n'est pas une régénération, c'est une génération politique et toujours la même.
00:25 Alors certes Rachida Dati apporte un vernis de nouveauté mais qui risque de craqueler en moins d'une semaine
00:31 et qui laissera apparaître la banalité des jours d'un pouvoir qui se répète depuis sept ans.
00:36 Ses nominations de retour, ses combinaisons circulaires, ses chaises musicales sans la joie de la musique et la fraîcheur des enfants,
00:42 ça donne à ce gouvernement une note politicienne en total décalage il me semble avec la gravité des temps.
00:48 C'est une agitation brodienne qui tourne à vide puisque tout cela ne réduit en rien les deux faiblesses constitutives de ce quinquennat,
00:54 un président qui ne peut pas se représenter et l'absence de majorité absolue à l'Assemblée.
00:59 Le reste, comme dit la chanson, c'est juste une illusion, à peine une sensation.
01:03 - Mais ce gouvernement c'est un fait penche à droite, ça devrait vous satisfaire Vincent ?
01:07 - Je ne crois pas qu'Emmanuel Macron soit plus à droite qu'hier, je pense simplement que les Français n'ont jamais été aussi à droite.
01:13 Comme au jeu de la corde, ils tirent vers eux de toutes leurs forces ceux qui les gouvernent.
01:17 C'est ce qu'ils ont fait par le truchement des députés LR et RN en durcissant la loi immigration
01:22 et c'est ce qu'ils ont fait par le poids des enquêtes d'opinion et l'influence discrète mais visible de Nicolas Sarkozy
01:28 en reconfigurant un peu ce gouvernement.
01:30 Olivier Véran et Reba Doumbalaq ont pris la porte, Catherine Vautrin et Rachid Haddati sont entrés,
01:35 Bruno Le Maire, Sébastien Lecornu et Gérald Darmanin tiennent leur ministère comme des barons féodaux,
01:39 à croire que la gauche d'ailleurs sait faire la morale mais que la droite sait gouverner.
01:43 Donc c'est un fait, le macronisme est moins à gauche qu'hier mais on ne va pas s'emballer,
01:48 c'est ni l'aube nouvelle ni le grand soir, les secrétaires d'État qui seront nommés la semaine prochaine vont sans doute rééquilibrer la balance.
01:54 Puis si Olivier Véran est tête de liste de la majorité aux élections européennes, il faudra leur parler de gauchisation,
01:59 sans oublier la majorité à l'Assemblée qui elle aussi est plus à gauche que ce gouvernement.
02:03 Vous savez le en même temps, quand vous êtes au centre, ce n'est pas un choix idéologique, c'est une contrainte pratique.
02:08 - Rachid Haddati, donc là la vraie surprise, vraie figure de la droite,
02:12 c'est une femme politique qui peut à elle seule donner à ce gouvernement un peu d'éclat Vincent, non ?
02:16 - Il est certain que la vitalité de Rachid Haddati et ses coups d'éclat vont animer le tableau,
02:22 et elle sera certainement meilleure que la ministre de la Culture catastrophique qu'elle remplace.
02:27 Mais vous savez, il reste malgré tout beaucoup de gens qui ne goûtent pas les changements de camp,
02:31 d'autant que Rachid Haddati a souvent montré une extraordinaire férocité rhétorique dans sa critique du macronisme.
02:37 Beaucoup de gens de droite sont sans doute déçus de son choix, et au-delà de Rachid Haddati,
02:41 le renversement des règles, ces gens de gauche qui cherchent à séduire la droite, ces gens de droite qui rejoignent la gauche,
02:46 cette pratique assumée du débauchage et du retournement de veste, ces manœuvres autour de l'Amérique Paris,
02:50 tout cela brouille déjà la ligne claire que Gabriel Attal voulait installer.
02:55 Il reste des Français, vous savez, qui sont attachés à des notions qui aujourd'hui semblent un peu bizarres,
03:00 comme les convictions, la constance, la clarté ou la fidélité.
03:04 Finalement, on a pu croire, et c'est mon cas, que la nomination du jeune Premier ministre était un véritable choix politique,
03:11 et on est obligé de reconnaître ce matin que la composition du gouvernement par la main d'Emmanuel Macron
03:15 n'est qu'un moment politicien, il atténue l'effet réel de l'arrivée de Gabriel Attal à Matignon,
03:21 et il prend le risque de transformer un beau coup d'éclat en un simple coup de com'.
03:25 L'édito politique sur Europe 1, merci Vincent Trémolet de Villiers.
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