00:00 9h51, place aux nouvelles têtes avec vous Mathilde Serrel.
00:04 Ce matin, un jeune acteur français qui vise l'Oscar What Else.
00:08 Théo Christine est dans notre studio.
00:10 Portrait sonore.
00:11 C'est un compétiteur né.
00:16 Il se voyait d'abord en Tony Parker, roi déparqué, mais son petit gabarit enterre
00:22 ses rêves de NBA.
00:24 Exit le basket, il se tourne alors vers son autre passion, le surf.
00:28 En sport étude au lycée, ce sera surfin sable de l'aune.
00:45 Puis très vite… Non, pas du tout.
00:49 Très vite…
00:52 Hawaï, Bali, l'entraînement haut niveau et les compétitions dans les meilleurs spots.
00:59 Il parle surf, il respire surf, il se rêve surfer professionnel bien sûr, ou à la rigueur,
01:06 star à Hollywood.
01:07 Les films cultes de Denzel Washington comme Training Day, ou le mythique Arrête-moi si
01:23 tu peux avec Leonardo DiCaprio lui donne envie de s'essayer au ciné.
01:27 Inscrit par sa soeur en cours de théâtre, il est maintenant challenger dans ce nouveau
01:31 sport de compétition, la vie d'acteur.
01:34 Après une série pour ados, quelques apparitions au cinéma, il décroche sa première timbale.
01:39 A 25 ans, il est Didi alias Joey Stardon, suprême le biopic sur les rappeurs d'NTM
01:55 et sa vision du métier change.
01:57 Il voudrait bien orienter les consciences.
01:59 A 27 ans, son rôle dans Vermine, film de genre sur les banlieues, projeté dans tous
02:04 les festivals, devrait lui en donner l'occasion.
02:06 Théo Christine, bonjour !
02:07 Bonjour !
02:08 Alors comme ça, on décide de tout arrêter pour devenir Denzel Washington.
02:12 Qu'est-ce qu'il se passe à ce moment-là dans votre tête ? Vous y croyez ?
02:17 Non, je ne sais même pas si j'y crois.
02:20 J'ai assez confiance en moi de base je pense.
02:23 Je suis aussi quelqu'un qui peut me lasser très vite.
02:25 Après avoir fait des années de basket, je suis passé au surf et après avoir fait
02:29 des années de surf et voir que je n'allais peut-être pas y arriver, je me suis dit qu'est-ce
02:33 qui pourrait être cool à part ça.
02:35 Et c'est vrai que j'aimais beaucoup les films et tout.
02:37 Je me suis vraiment dit je vais prendre ma valise et aller à Paris et essayer.
02:40 On va voir.
02:41 Et là si le cinéma ça ne marche pas, vous faites quoi ?
02:42 Je ne sais pas.
02:43 Chanteur ? Pâtissier ?
02:44 Je ne sais pas.
02:45 Pâtissier pourquoi pas, comme les petits gâteaux qu'on a eus.
02:48 J'y arriverais peut-être.
02:49 Vous avez 27 ans, vous êtes Vendéen et Martiniquais, sportif de haut niveau.
02:54 Et quand vous arrivez en cours de théâtre, vous n'avez pas les mêmes références que
02:57 les autres ?
02:58 Non, moi je n'ai pas.
03:00 J'avais vu que des magazines de surf pour ainsi dire.
03:03 Et c'est vrai qu'au début c'était un petit peu dur d'être loin de ce que j'avais
03:07 connu depuis le début et de connaître personne et d'être dans un monde où j'étais
03:11 totalement étranger.
03:12 Vous n'avez pas de référence littéraire ? Vous êtes, pardon de le citer ce matin,
03:16 mais vous étiez un peu comme Gérard Depardieu quand il arrive en cours de théâtre qui
03:19 se met à tout apprendre très vite par cœur parce qu'il ne connaît rien.
03:22 À la limite, c'est ça.
03:23 À la limite, ouais.
03:24 Et le cinéma, du coup, finalement ça va devenir un métier presque comme un sport
03:29 de compétition.
03:30 Vous vous êtes même challengé par un prof qui va vous foutre les nerfs.
03:32 C'est lui qui vous donne envie d'aller chercher l'Oscar ?
03:35 Ouais, en fait, c'est pas qu'il me fout les nerfs.
03:38 C'est que, bref, pour l'anecdote, un matin j'étais malade et je n'arrivais pas à
03:41 me lever parce que j'ai vraiment beaucoup de fièvre et je ne peux pas aller en cours.
03:44 Donc je n'y vais pas.
03:45 Et c'était avant la préparation d'un spectacle de fin d'année.
03:48 Et c'est vraiment la première fois que je n'y allais pas en cours.
03:50 Et il m'a enlevé mon rôle.
03:51 Il l'a donné à un autre juste pour ça.
03:53 Donc moi, je suis arrivé un petit peu remonté.
03:56 Je lui ai dit "je ne comprends pas, comment tu peux faire ça ? C'est la première fois
03:59 que je suis absent et tout".
04:00 Et là, il m'a vraiment fait un discours de "écoute, dans ce métier, c'est comme
04:03 ça.
04:04 Si tu es malade, tu te lèves, tu viens.
04:05 Si tu ne viens pas, tu peux perdre ta place à tout moment".
04:07 Et c'est terminé.
04:08 Et là, vous vous dites "ok, je vais le faire".
04:09 Ouais, donc il me dit en gros "soit tu m'écoutes et tu mets les bouchées doubles et tu vas
04:15 peut-être y arriver, soit laisse tomber, reste sur le bas-côté".
04:18 Et là, vous avez bossé comme un fou ?
04:19 Donc là, j'ai réfléchi comme ça, j'ai dit "t'énerve pas, t'énerve pas, t'énerve
04:22 pas, tiens bon, tiens bon, tiens bon".
04:24 Et je me suis dit que c'était le moment de… ça a créé un petit peu une bascule
04:27 où au début, on n'avait que 9 heures de cours par semaine de théâtre.
04:31 Donc je rentrais beaucoup chez moi faire du surf et je ne rattrapais pas forcément
04:34 mon retard.
04:35 Et du coup, à partir de ce moment-là, je me suis dit "il n'y aura plus de train.
04:38 Tu vas rester ici tous les jours, de 9h à 22h à l'école et tu vas travailler, tu
04:44 vas remonter ton retard".
04:45 Alors aujourd'hui, vous êtes dans "Vermine", ce film qui marche très bien, de Sébastien
04:49 Vanishek.
04:50 Ce sera en salle le 27 décembre.
04:52 C'est présenté ce soir aux Arc Film Festival où vous retrouverez Christian Angot.
04:56 Il a été en première mondiale à la Mostra de Venise, en clôture de la semaine de la
05:00 Critique à Cannes, pris du meilleur film festival au film fantastique d'Austin, au
05:04 Texas.
05:05 Là, vous repartez un peu en compétition de surf.
05:07 Vous faites les meilleurs spots du cinéma ?
05:08 Oui, un petit peu.
05:09 On essaie de rafler à chaque fois.
05:11 Vous êtes Caleb dans le film.
05:13 Vous vivotez en revendant des baskets et vous collectionnez des animaux tropicaux,
05:19 notamment une araignée énorme.
05:22 Et ça va créer une invasion d'araignées.
05:25 Attention, "Anticompte de Noël" dans une tour.
05:28 On s'y tourne, écoute un extrait.
05:29 "Oh, elle est là, elle est là, elle est là, elle est là.
05:32 Personne ne t'écoute.
05:33 Tape dessus, tape dessus, allez tape dessus s'il te plaît.
05:36 Tape dessus bébé s'il te plaît.
05:37 Je ne la tue pas.
05:38 Je ne la tue pas, calme-toi, je ne la tue pas.
05:39 Tu fais quoi avec ton verre là ?
05:40 Ne me blague pas Hugo Clément, je ne sais pas quoi, tu me frappes dedans."
05:45 Alors on est parfois à hauteur d'araignées.
05:47 Il y a de l'empathie avec les animaux, je rassure Hugo Clément.
05:50 "Vermine", c'est la métaphore de quoi Théo-Christine ?
05:53 Je pense que ce que Sébastien Vanyshek a voulu démontrer en utilisant ce terme,
05:58 et surtout en utilisant des araignées dans le film,
06:01 c'était un petit peu faire un parallèle avec le délit de sale gueule et la xénophobie.
06:06 Cette peur de l'inconnu, de ce qu'on ne connaît pas.
06:09 L'image des araignées qu'on va trouver dans notre salon
06:11 et qu'on va forcément, pour beaucoup en tout cas,
06:14 essayer de l'écraser ou de la supprimer directement,
06:17 sans s'intéresser à...
06:19 Bon, ça fait un peu bizarre de dire ça comme ça,
06:21 mais à qui elle est, son comportement,
06:23 pourquoi elle est là, pourquoi elle agit de cette manière.
06:26 Et en fait, il voulait faire ce parallèle aussi
06:28 sur le fait de prendre des individus,
06:31 de les arracher à leur terre natale
06:35 et de les emprisonner dans des boîtes.
06:37 Et après, ça va mal se passer dans ces boîtes,
06:39 il va y avoir des problèmes dans ces boîtes,
06:40 mais c'est la faute de qui ?
06:41 De ceux qu'on a mis dans les boîtes ou de ceux qu'on met ?
06:43 C'est toute la métaphore de Vermine,
06:46 à côté aussi de thèmes comme l'amitié.
06:49 Et aussi, c'est une initiation aussi pour Caleb, votre personnage.
06:53 En tout cas, on a peut-être notre Barry Jenkins, français,
06:55 qui avait fait un film de genre sur le racisme, "Moonlight".
06:58 Excellent, donc l'Oscar, c'est possible, Théo Christine.
07:01 Le film "L'étang sale", le 27 décembre.
07:04 Merci infiniment à vous.
07:05 on verra dans le prochain film de Gaëlle Morel en 2024.
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