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00:02 8h22, bonjour Jérôme Jaffray.
00:08 Bonjour.
00:09 Vous êtes politologue, chercheur associé au Cevipof, le centre de recherche de la vie politique française.
00:13 Merci beaucoup d'être avec nous ce matin.
00:14 Notre nouveau Premier ministre s'appelle donc Gabriel Attal, il a 34 ans, il est le plus jeune chef de gouvernement de la Ve République.
00:20 Que vous inspire ce choix Jérôme Jaffray ? Est-ce qu'il vous étonne ?
00:23 Écoutez, c'est le plus jeune Premier ministre chef de gouvernement de toute l'histoire de notre pays en réalité.
00:30 Quand on remonte même au début du 19e siècle, il n'y a pas de précédent d'un Premier ministre si jeune.
00:38 Donc ça déjà c'est évidemment un événement considérable.
00:41 Ce qui est intéressant si vous voulez politiquement, est-ce que ce choix étonne ?
00:45 Oui à certains égards, car c'est une rupture complète des conceptions d'Emmanuel Macron dans sa relation à la notion de Premier ministre.
00:52 D'habitude il cherchait quelqu'un d'inconnu, premièrement, et qui est une parfaite connaissance de l'administration française.
01:00 Voilà, Édouard Philippe venu du Conseil d'État, Jean Castex qui avait de la Cour des Comptes, Madame Borne, ancienne préfète.
01:08 Nous avions donc ces dimensions-là.
01:10 Avec Gabriel Attal c'est autre chose.
01:12 Et le Président de la République ne voulait pas d'un Premier ministre ayant un poids politique, une existence dans l'opinion.
01:20 C'était un inconnu des français qui à chaque fois arrivait.
01:23 Or là c'est l'un des connus les plus célèbres de France.
01:27 En quelques mois, Gabriel Attal était devenu quelqu'un d'extrêmement connu.
01:31 Donc c'est un vrai changement.
01:33 Et puis évidemment il y a l'âge.
01:35 C'est un problème ou pas ?
01:37 Alors en tout cas c'est considéré maintenant comme une vertu.
01:40 Et c'est un renversement inouï.
01:43 Autrefois, et même jusqu'à une date qui n'est pas si éloignée,
01:46 l'expérience était la condition d'accès au poste de Premier ministre.
01:50 C'est ce qu'on appelait autrefois le cursus honorum.
01:53 Le parcours que l'on menait tout au long de sa vie.
01:56 Et il fallait être passé par différentes cases.
01:59 On accédait plutôt vers la cinquantaine au poste de Premier ministre et pas à cet âge-là.
02:03 Mais c'est Emmanuel Macron qui a changé tout ça ?
02:05 Alors ça a changé.
02:07 C'est la notion de carrière politique qui aussi s'est profondément modifiée.
02:10 Il n'y a plus une notion de carrière politique.
02:12 C'est lié à la fois à la fin du cumul des mandats.
02:15 Donc vous ne passez pas par les cases "député-maire dans votre ville" etc.
02:20 Que Pierre Moroy, Jacques Chaban Delmas étaient des premiers ministres qui représentaient tout à fait cela.
02:25 Ça, ça n'existe plus comme dimension.
02:28 Et vous ne faites plus une carrière politique à la mi-terrain.
02:30 Par exemple sur 50 ou 60 ans.
02:32 Ça, ça n'existe plus.
02:34 Donc vous allez, par exemple, Emmanuel Macron, il va faire autre chose à partir de 2027.
02:38 Et sachez qu'en 2027, Emmanuel Macron il aura 47 ans.
02:42 Même pas, 46 ans.
02:44 Donc vous voyez bien qu'on change d'époque.
02:47 Alors c'est une vertu et c'est un risque aussi.
02:50 C'est un risque parce que le premier ministre, il a autorité sur l'ensemble de l'administration.
02:57 Sur les préfets et sur les ministres.
03:00 Et ça, l'autorité sur les ministres, ça va être une des batailles de Gabriel Attal.
03:04 Pourquoi ? Parce qu'une bonne partie d'entre eux ont plus d'expérience ?
03:07 Et surtout, vous voulez eux aussi entrer à Matignon ?
03:09 Tout ceux qui veulent entrer à Matignon, forcément vous avez beaucoup de déçus là-dedans.
03:15 Mais au-delà de ça, si vous voulez, à partir du moment où Gabriel Attal n'a pas au départ ce poids
03:21 pour gérer un gouvernement, qu'il doit le conquérir, il faut lester son gouvernement.
03:26 Qui va avoir lieu.
03:27 Et ce gouvernement qu'il faut lester, ça suppose de garder les grands ministres qui étaient là jusqu'à présent.
03:33 Bruno Le Maire, Gérald Darmanin, même Sébastien Lecornu.
03:37 Nous sommes dans une situation où ceux-là peuvent lui dire
03:41 "Ce n'est pas toi qui nous a fait prince, même si tu es le premier maintenant."
03:46 Donc, nous nous adressons à Emmanuel Macron et pas à toi pour gérer directement les problèmes.
03:51 J'ai été très surpris qu'on dise qu'Emmanuel Macron, par exemple,
03:54 ait directement discuté avec Gérald Darmanin du fait qu'il resterait au gouvernement,
03:59 la place Beauvau, et que c'était une affaire acquise entre le président et le ministre de l'Intérieur.
04:04 - Ça veut dire que ça ne renforce pas le pouvoir de son premier ministre ?
04:06 - Voilà. Ça suit son premier ministre dans l'affaire.
04:10 Et donc, c'est un des problèmes d'Emmanuel Macron.
04:13 Il ne faut pas qu'il considère Gabriel Attal comme un junior qui est à ses côtés,
04:19 chargé un peu de meilleure communication avec les Français.
04:23 Progrès qui n'est pas impossible à concevoir par rapport à Mme Borne,
04:27 qui, quelles que soient ses très grandes qualités, n'avait pas cela comme spécialité.
04:30 - Alors, Attal ou pas, il reste une réalité qui s'appelle la majorité relative.
04:34 Est-ce que vous le croyez capable de créer des majorités d'idées notre nouveau premier ministre ?
04:39 - Non. Ma réponse est d'une extrême simplicité.
04:43 Non, il n'y aura pas d'élargissement.
04:46 Ce changement de gouvernement n'est pas conçu comme un élargissement.
04:51 C'est plutôt conçu comme la capacité de mener la bataille politique en vue des élections européennes.
04:56 On n'est pas du tout, du tout, dans le schéma de construire...
04:59 Et qui dit bataille politique des Européennes dit affrontement politique.
05:03 Et Gabriel Attal, il va donc avoir cette mission.
05:06 Les choses sont simples.
05:07 Tous les sondages disaient 10 points d'écart entre la liste du Rassemblement National
05:12 et la liste Macroniste pour les Européennes, ce que disent les sondages.
05:15 Si, le 9 juin prochain, l'écart s'est réduit à 5 points,
05:19 c'est contrat rempli pour Gabriel Attal.
05:22 Il a réussi.
05:23 Si l'écart reste de 10 points, on dit que ça n'a pas servi à grand-chose.
05:27 Et pour lui, pour Emmanuel Macron, je suppose,
05:30 le critère du succès, c'est déjà dans cette bataille politique.
05:33 On n'est donc pas dans l'élargissement de la majorité.
05:35 Vous venez de nous dire deux choses tout à fait intéressantes.
05:38 Et apparemment, contrat de victoire.
05:39 Vous nous dites que cette nomination est un événement considérable
05:42 et qu'en fait, il est là pour mener la campagne des élections européennes.
05:45 Alors, comprenez, je réduis votre propos, mais...
05:48 Ça va un petit peu au-delà de la bataille des Européennes.
05:51 Il s'agit au fond de reprendre de l'espace politique.
05:54 La Macronie s'était réduite extraordinairement ces derniers temps
05:59 en termes de sondage de popularité, en termes de capacité électorale
06:03 et en termes de risque de dissolution aussi.
06:06 S'il doit y avoir une dissolution à cause d'une motion de censure votée au Parlement,
06:09 il faut pouvoir affronter les urnes.
06:11 Vous avez besoin d'un leader politique pour mener une campagne.
06:14 C'est une démission manifestement confiée à Gabriel Attal.
06:17 Merci beaucoup.
06:18 [SILENCE]
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