- il y a 2 ans
Convaincu qu'il avait un destin à accomplir, Napoléon Bonaparte ne craignait pas la mort. Il déclarait même « le boulet qui doit me tuer n'est pas encore fondu ». La mort l'a pourtant frôlé à plusieurs reprises. Pour éclairer le parcours et la psychologie de Napoléon, le réalisateur revient sur sept de ces moments-clefs, en compagnie d'historiens et de spécialistes. Ainsi, directeur de la fondation Napoléon, Thierry Lentz rappelle que la vie de Napoléon a basculé quand il a choisi de défendre la Convention face aux royalistes. Nommé gouverneur de Paris, il rencontre alors Joséphine.
Réalisateurs :
Mathieu Schwartz
Année de Production : 2021
Réalisateurs :
Mathieu Schwartz
Année de Production : 2021
Catégorie
✨
PersonnesTranscription
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00:00:33 Ce 14 avril 1821, exilé sur l'île de Sainte-Hélène,
00:00:39 Napoléon Bonaparte a encore quelques jours à vivre.
00:00:43 Ce matin-là, il dicte une lettre bien étrange.
00:00:56 "Monsieur le gouverneur,
00:01:01 l'empereur Napoléon est mort, ce,
00:01:08 à la suite d'une longue et pénible maladie.
00:01:12 J'ai l'honneur de vous en faire part."
00:01:17 Il ne reste qu'à remplir le blanc.
00:01:20 L'empereur prépare un modèle de faire part
00:01:23 à transmettre après son décès au gouverneur de l'île.
00:01:27 De sa mort, il veut tout régenter.
00:01:30 La mort, il la connaît bien.
00:01:37 Il joue avec elle depuis des années.
00:01:39 Il l'a côtoyé.
00:01:41 Plus que cela même, il l'a cherché.
00:01:46 Toute la vie de Napoléon est un défi, je dirais, de la mort.
00:01:52 Il était convaincu que sa vie ne s'arrêterait pas
00:01:55 avant que son destin soit accompli.
00:01:57 Et il le dit à plusieurs reprises.
00:01:59 "Le boulet qui me fauchera n'a pas encore été fondu."
00:02:03 Certaines des expériences de Napoléon qui frôle la mort
00:02:09 vont le conforter dans la certitude qu'il a un destin.
00:02:12 "Canon, bugila, attentat, couteau, poison, fusil."
00:02:18 À six reprises au moins, la mort passe si près sans l'atteindre
00:02:22 qu'elle renforce sa conviction qu'il est un être à part.
00:02:25 Et si c'était là une clé pour comprendre la psychologie d'un homme
00:02:32 qui reste un mystère ?
00:02:34 Défier la mort pour construire un personnage de légende.
00:02:38 De son vivant, Napoléon s'est voulu légendaire.
00:02:43 Et pas seulement aux yeux des autres.
00:02:45 C'est pas juste un mensonge. C'est dans sa tête.
00:02:48 Au fond, ce qu'il veut, c'est franchir cette fatalité de la mort
00:02:54 pour vivre après la mort.
00:02:56 Et c'est ça la postérité.
00:02:58 Est-ce pour cette fois ?
00:03:08 Va-t-il être emporté par ce mal qui le ronge de l'intérieur
00:03:12 depuis plusieurs mois ?
00:03:15 Il en doute encore.
00:03:17 "Ne serait-ce pas dommage de ne pas mourir
00:03:25 après avoir si bien mis en ordre ses affaires."
00:03:28 L'empereur est impatient.
00:03:34 Impatient que cette mort couronne une légende
00:03:37 qu'il a commencé à construire quand Napoléon n'était encore que Bonaparte.
00:03:43 "Vous êtes le premier à mourir."
00:03:45 "Vous êtes le premier à mourir."
00:03:47 "Vous êtes le premier à mourir."
00:03:49 "Vous êtes le premier à mourir."
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00:05:01 "Vous êtes le premier à mourir."
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00:05:05 "Vous êtes le premier à mourir."
00:05:07 En récompense, il est nommé général.
00:05:09 Mais ce n'est qu'un fait d'armes parmi d'autres.
00:05:11 "Ca n'en fait pas un général à la hauteur de ceux qui combattent au même moment."
00:05:13 "C'est quand même une petite opération de reprise d'une forteresse assiégée."
00:05:15 "C'est pas une grande victoire militaire comme celle que peuvent remporter d'autres généraux à l'époque."
00:05:17 "Son nom n'apparaît pas dans les journaux."
00:05:19 "C'est pas de là que commence sa gloire."
00:05:21 "C'est pas de là que commence sa gloire."
00:05:23 "C'est pas de là que commence sa gloire."
00:05:25 "C'est pas de là que commence sa gloire."
00:05:27 "C'est pas de là que commence sa gloire."
00:05:29 "C'est pas de là que commence sa gloire."
00:05:35 A 26 ans, sa carrière piétine.
00:05:37 A 26 ans, sa carrière piétine.
00:05:39 A 26 ans, sa carrière piétine.
00:05:41 A 26 ans, sa carrière piétine.
00:05:43 Bonaparte a un moment de très grande détresse à la fois professionnelle, affective aussi.
00:05:45 Bonaparte a un moment de très grande détresse à la fois professionnelle, affective aussi.
00:05:47 Bonaparte a un moment de très grande détresse à la fois professionnelle, affective aussi.
00:05:49 Il se retrouve un petit peu sans emploi, seul à Paris.
00:05:51 Il se retrouve un petit peu sans emploi, seul à Paris.
00:05:53 Il ne est pas dans la misère, mais enfin, il s'interroge beaucoup sur son passé.
00:05:55 Il ne est pas dans la misère, mais enfin, il s'interroge beaucoup sur son passé.
00:05:57 Il s'interroge beaucoup sur son avenir.
00:05:59 Lettre du 10 août 1795 à son frère Joseph.
00:06:01 Lettre du 10 août 1795 à son frère Joseph.
00:06:03 Lettre du 10 août 1795 à son frère Joseph.
00:06:05 "Moi, très peu attaché à la vie, tout me fait braver le sort et le destin."
00:06:07 "Moi, très peu attaché à la vie, tout me fait braver le sort et le destin."
00:06:09 "Moi, très peu attaché à la vie, tout me fait braver le sort et le destin."
00:06:11 "Et si cela continue, mon ami, je finirai par ne pas me détourner lorsque passe une voiture."
00:06:13 "Et si cela continue, mon ami, je finirai par ne pas me détourner lorsque passe une voiture."
00:06:15 "Et si cela continue, mon ami, je finirai par ne pas me détourner lorsque passe une voiture."
00:06:17 Quand il exprime cette idée dans sa jeunesse de suicide, c'est parce qu'il ne voit pas à quel moment sa carrière peut et doit s'envoler.
00:06:29 Il végète et il a eu cette phrase qui sans doute explique cela.
00:06:33 Il a dit "Vivre vaincu et sans gloire, c'est mourir tous les jours."
00:06:37 Et puis, soudain, à l'automne 1795, sa vie bascule.
00:06:45 Le 5 octobre, le 13 vendémiaire dans le calendrier révolutionnaire, des émeutes royalistes enflamment Paris.
00:06:55 La République est en danger. Le général Bonaparte est chargé de rétablir l'ordre.
00:07:03 Dans une lettre écrite le surlendemain à son frère Joseph, il lui dit "Tu sais, j'ai délibéré avec moi-même pendant 15 minutes."
00:07:11 "Pour savoir si je me rangerais du côté de la Convention ou si je rejoindrais les royalistes pour combattre la Convention."
00:07:19 Et il dit "Finalement, j'ai pensé qu'il y avait plus de chances de fortune du côté de la Convention."
00:07:24 Donc au fond, il entre dans l'histoire comme un mercenaire, sans prendre parti, sans éprouver d'affection ou de passion,
00:07:34 ni pour les républicains, ni pour les royalistes.
00:07:37 Il est un joueur qui mise rouge ou qui mise noir, mais simplement il mise du bon côté.
00:07:43 Bonaparte réprime sans état d'âme. Il donne ordre de tirer sur la foule.
00:07:49 La rébellion est matée en quelques heures.
00:07:56 Comme à Toulon, il n'hésite pas à s'exposer au bal.
00:08:04 Son cheval est tué. Pourtant, à son frère Joseph, il se contente d'écrire
00:08:09 "Comme à mon ordinaire, je ne suis nullement blessé."
00:08:13 Ce personnage famélique que personne ne regarde, dont on ne veut presque plus dans l'armée,
00:08:26 se trouve propulsé quasiment au premier rang. Il devient gouverneur militaire de Paris.
00:08:31 Et en devenant gouverneur militaire de Paris, il va pouvoir entrer dans le lit de Joséphine.
00:08:36 Joséphine de Beauharnais, la maîtresse des puissants.
00:08:43 Pour Bonaparte, c'est l'autre événement de ce mois d'octobre 1795.
00:08:48 Lui qui ne craint pas la mort a soudain une furieuse envie de vivre.
00:08:52 Il est follement amoureux. Il l'épouse quelques semaines plus tard.
00:08:58 Joséphine, qu'il rencontre à l'automne 1795, est une femme qui va lui donner d'abord beaucoup de confiance en lui
00:09:06 et lui ouvrir beaucoup de portes. Bonaparte en société est très gauche et très réservée.
00:09:11 Elle est au contraire l'entrejambe même.
00:09:14 Il devient plus mondain. Il fait davantage de sorties et d'apparitions en public.
00:09:18 Et à partir de cette époque, on se rend compte qu'il peut étendre grâce à elle son réseau social.
00:09:23 Les émeutes royalistes, l'amour de Joséphine. En un mois, Bonaparte qui n'était rien est devenu quelqu'un.
00:09:31 La situation militaire de la France va faire le reste.
00:09:34 En 1796, la République est à nouveau en guerre.
00:09:46 Les combats stratégiques ont lieu sur le Rhin.
00:09:49 Au jeune Bonaparte, on confie une mission secondaire.
00:09:54 Faire diversion en attaquant l'Autriche sur le sol italien.
00:09:58 Or, contre toute attente, Bonaparte enfonce les armées autrichiennes et fonce jusqu'à Milan avec sa petite armée d'Italie.
00:10:07 L'armée d'Italie n'est pas destinée à gagner de grandes campagnes.
00:10:13 Elle est là pour fixer une partie de l'armée autrichienne pendant que les armées françaises passeront plutôt par le nord, par l'Allemagne.
00:10:20 Et ce que fait Bonaparte, c'est qu'il va complètement inverser la géopolitique militaire du moment.
00:10:25 Par son offensive en Italie, il va devenir le général français et son armée sera l'armée française
00:10:31 qui menace réellement Vienne alors qu'on s'attendait à ce qu'elle soit menacée par le nord.
00:10:40 Bonaparte ne s'arrête plus. Quelques mois plus tard, il approche de Véronne.
00:10:46 Mais il lui faut absolument rejoindre un pont stratégique, le village d'Arcole.
00:10:51 Or, les troupes qui l'attendent sont bien plus nombreuses que les siennes.
00:10:56 Et là, il se dit, ça serait intéressant de passer par les marais qui entourent la position d'Arcole juste au nord de la Dige
00:11:05 parce que les marais sont si difficiles pour les traverser, pour y marcher,
00:11:10 que ça annulera la supériorité numérique des Autrichiens.
00:11:14 Et le voici donc engagé dans les marais où, à un endroit, il faut franchir le pont d'Arcole.
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00:11:53 Le 15 novembre au matin, Bonaparte a réussi la première partie de son plan.
00:12:06 Ses troupes sont arrivées sans résistance dans les marais italiens.
00:12:14 Mais le plus dur reste à faire. Il faut désormais franchir le pont qui mène au village stratégique d'Arcole.
00:12:20 Ce pont est solidement défendu par les forces adverses.
00:12:24 Il pourrait y perdre beaucoup d'hommes.
00:12:27 Bonaparte a étudié attentivement les lieux. C'est le seul passage pour atteindre rapidement Arcole.
00:12:41 Le sort de la bataille est en jeu. Il doit prendre une décision.
00:12:46 Le pont est très long, il est balayé par la mitraille. Il faut avoir le courage de le passer.
00:12:55 Peu importe les balles. C'est maintenant que se joue son destin.
00:13:05 Bonaparte joue un coup de poker en essayant d'entraîner l'ensemble de sa troupe à l'assaut des positions adverses.
00:13:12 Il croit à la fortune avec une majuscule, avec un F majuscule.
00:13:16 C'est-à-dire que tant que la fortune sera avec lui, il ne craint rien.
00:13:21 Et il est convaincu que la fortune restera avec lui tant qu'il ne sera pas arrivé au terme, comme il dit, de son destin, de son histoire.
00:13:29 C'est un homme très rationnel, c'est un homme très calculateur.
00:13:33 Mais en même temps, cette part de rationalité est empérée par une irrationnalité qui est celle d'un joueur.
00:13:41 C'est aussi quelqu'un qui est prêt à tout miser sur un coup, au risque de tout perdre.
00:13:46 Le drapeau à la main, Bonaparte s'avance sur le pont, exhortant ses troupes à le suivre.
00:13:56 Un geste téméraire, déraisonnable.
00:14:02 Ses hommes le poursuivent pour le protéger d'une mort certaine.
00:14:05 A ses côtés, Muiron, son aide de camp, qui l'appelle son ange gardien et qui le suit depuis la victoire de Toulon.
00:14:14 Face aux tirs ennemis, Muiron fait rempart de son corps.
00:14:21 Il prend une balle en plein cœur.
00:14:24 Le feu redouble.
00:14:31 C'est la débandade.
00:14:32 Bonaparte tombe dans les marécages.
00:14:38 Il est tiré de la boue, inconscient, sur l'autre rive.
00:14:41 Il glisse, il tombe dans la boue d'un des fossés, mais qui sont très profonds quand même.
00:14:48 Où il aurait été noyé sans l'intervention de son frère Louis, qui vient l'extraire de ce fossé.
00:14:55 Fin de l'histoire.
00:15:00 Bonaparte a échoué.
00:15:01 Le pont reste infranchissable.
00:15:03 Il faudra encore deux jours de combat et les renforts du général Masséna pour traverser enfin le pont et déloger les autrichiens d'Arcole.
00:15:13 Bonaparte peut reprendre sa marche en avant.
00:15:18 Il remporte une nouvelle victoire à Rivoli, puis d'autres encore, qui le mènent à 100 kilomètres de Vienne.
00:15:25 Les autrichiens en déroute signent le traité de paix de Campo Formio, qui met fin à une guerre de cinq ans.
00:15:31 Pourtant, de toute la glorieuse campagne d'Italie, l'épisode qui reste le plus célèbre est cette traversée ratée du pont d'Arcole.
00:15:45 Bonaparte a fini dans la boue.
00:15:48 Il a perdu son ami Muiron.
00:15:52 Mais il y a trouvé la preuve qu'il est un élu du destin.
00:15:55 Le sacrifice de Muiron, sa mort, c'est vraiment la preuve qu'il ne doit pas mourir.
00:16:05 Les autres peuvent mourir, mais que lui-même doit poursuivre sa destinée et qu'il est protégé.
00:16:11 C'est comme ça que va naître aussi dans l'armée une légende que Napoléon est protégé par une étoile,
00:16:19 est protégé par une espèce de talisman et par extension, Napoléon va devenir en fait une sorte de talisman pour l'armée
00:16:27 et le soldat va se dire que s'il y a Napoléon à sa tête, l'armée va être sauvée et elle va aller à la victoire.
00:16:34 Cette légende ne doit rien au hasard.
00:16:39 Bonaparte fait tout pour l'entretenir.
00:16:42 Depuis le début de la guerre, il publie le courrier de l'armée d'Italie.
00:16:47 On peut y lire "Bonaparte vole comme l'éclair et frappe comme la foudre. Il est partout et il voit tout."
00:16:55 Napoléon écrit lui-même ses textes en grande partie et ça on en est certain
00:17:02 puisqu'on a pu retrouver des lettres qui sont des brouillons et où on voit que chaque mot est vraiment sous-pesé,
00:17:09 chaque virgule est mise à la place où il faut pour que le texte ait son impact.
00:17:15 Il n'est pas seulement un général génial, il est un propagandiste génial.
00:17:20 Il sait trouver les mots pour grandir ses victoires,
00:17:23 pour les mettre à la hauteur des grands exploits de l'histoire militaire de l'Antiquité.
00:17:28 Bonaparte n'est pas rentré d'Italie qu'il réécrit déjà l'histoire d'Arcole.
00:17:34 Il commande un tableau au jeune peintre Joseph-Antoine Gros.
00:17:43 Ce que devient Arcole après est quelque chose de très différent de ce qu'a été la bataille réelle.
00:17:49 Et notamment cette image, ce tableau de Gros qui montre Bonaparte conduisant l'armée de la République
00:17:56 sur le pont d'Arcole, drapeau à la main, le visage tourné en arrière comme en représentait à l'époque la déesse de l'histoire.
00:18:03 Il est l'homme qui triomphe de l'adversité. Il est l'homme qui est plus fort que les circonstances,
00:18:12 qui est plus fort que la géographie, que le temps, que la force de l'ennemi, etc.
00:18:19 Et c'est ce qui fait de ce tableau la représentation la plus forte, la plus puissante du mythe de Napoléon.
00:18:28 C'est ainsi que la traversée manquée du pont d'Arcole a été reproduite, magnifiée, des centaines de fois.
00:18:41 Ce face à face avec la mort pose la première pierre de sa légende.
00:19:06 Bonaparte ne doute plus qu'il a un destin. Mais le pouvoir ne l'intéresse pas. Pas encore. Il a soif d'aventure.
00:19:14 Au réolet de sa campagne d'Italie, il embarque de Toulon avec 50 000 soldats.
00:19:24 Il a pour mission de conquérir l'Egypte et de couper la route des Indes à l'ennemi anglais.
00:19:31 Il y ajoute des dizaines de savants et d'ingénieurs pour en faire également une grande expédition scientifique.
00:19:37 Des dessinateurs témoigneront de son épopée.
00:19:40 Et il pense pouvoir en Egypte conquérir une nouvelle gloire avec peut-être en perspective la conquête même de l'Inde
00:19:55 et donc de se placer sur les traces d'Alexandre le Grand.
00:19:59 Bonaparte sillonne l'Egypte. Il remporte des victoires. Il y subit également de cinglantes défaites.
00:20:07 Mais peu importe, en France, l'écho de ses aventures au pays des pharaons ne fera qu'accroître son prestige.
00:20:25 Or Bonaparte n'est pas parti depuis un an que la situation est à nouveau critique.
00:20:31 Aux frontières, la guerre a repris face à une nouvelle coalition.
00:20:35 A l'intérieur du pays, les révoltes se multiplient en Bretagne, Vendée, Midi ou Corse et dans les territoires conquits comme en Italie.
00:20:46 On est au bord de l'anarchie.
00:20:51 Les Français ne mangent plus à leur faim, la sécurité n'est plus assurée, il n'y a plus de route.
00:20:55 Enfin, tout est quand même très abîmé et surtout le pays est dans un état économique, comme civil, absolument désastreux.
00:21:02 Les Français ne savent plus vers qui se tourner. Le directoire est complètement discrédité.
00:21:07 Le directoire, cet organe de cinq membres, dirige la France depuis la fin de la Convention.
00:21:15 Cinq directeurs qui siègent au palais du Luxembourg et qui sont complètement dépassés.
00:21:21 La situation peut basculer à tout moment. Les rumeurs de complots sont permanentes.
00:21:26 L'un des directeurs, Emmanuel Sieyès, prend les devants.
00:21:34 Il veut supprimer le directoire et prépare un coup d'état, mais tout en douceur.
00:21:42 Les conjurés veulent procéder le plus légalement possible.
00:21:46 Ils veulent que le régime qui va disparaître transmette volontairement et librement entre guillemets ses pouvoirs au régime qui va naître.
00:21:57 Sieyès veut instaurer un nouveau pouvoir plus fort.
00:22:03 Il faut donc forcer les parlementaires à changer la Constitution et que le peuple reste calme.
00:22:11 Pour le faire, il a besoin d'un général pour commander les troupes.
00:22:15 Parce que, bien sûr, il va s'appuyer sur la garnison de Paris. Il n'a pas l'intention du tout de l'utiliser, mais il veut s'appuyer sur cette garnison.
00:22:22 Donc il cherche un général.
00:22:24 Sieyès cherche donc un général populaire et disponible.
00:22:29 À quelques milliers de kilomètres, Bonaparte se tient informé de tout ce qui se passe à Paris.
00:22:39 Il comprend qu'il est temps de rentrer.
00:22:42 Il abandonne son armée en Égypte et part en pleine nuit à bord d'une frégate qui porte le nom de Muron, l'ami qui s'est sacrifié pour lui au pont d'Arcole.
00:22:52 Quand Bonaparte quitte son armée en Égypte, il tente un pari absolument fou.
00:23:00 D'abord, il n'est pas sûr de rentrer en France parce que tous les bateaux sont capturés par la flotte anglaise.
00:23:05 Et il ne sait pas quel accueil il va trouver une fois revenu en France parce qu'il est quand même un général qui quitte son armée sans ordre.
00:23:12 Donc il pourrait être considéré comme déserteur.
00:23:14 Bonaparte avait disparu en Égypte pendant un peu plus d'un an.
00:23:18 Il n'y avait plus de nouvelles, on ne savait pas ce qu'il était devenu.
00:23:21 Certains le disaient malade, d'autres le disaient mort.
00:23:25 Et on le voit arriver soudainement sur la côte d'Azur.
00:23:29 Personne ne l'attendait plus.
00:23:33 Dès son débarquement à Fréjus, il est acclamé.
00:23:37 Avignon, Valence, Lyon, partout la même scène se reproduit.
00:23:42 Bonaparte, dans l'esprit des gens, il reste le symbole des victoires de l'époque de la campagne d'Italie.
00:23:49 Celui qui avait réussi à imposer un traité de paix à l'Autriche et à rétablir la paix en France.
00:23:55 Il reste l'image du général victorieux.
00:24:02 Les paysans descendent spontanément des villages avec des lanternes la nuit, des chandelles,
00:24:07 pour éclairer sa route, pour ne pas qu'il soit attaqué par des bandes de brigands.
00:24:12 Bonaparte ne s'y trompe pas. La poire est mûre, comme il dit.
00:24:20 Il a le sentiment d'être quelqu'un à part.
00:24:28 Quelqu'un qui est prédestiné pour la gloire et prédestiné pour éclairer son siècle.
00:24:35 Il est l'homme qui arrive au bon moment.
00:24:39 Il est devenu l'homme le plus populaire de France, le sauveur qu'ils attendent.
00:24:46 De retour à Paris, il accepte d'entrer dans la conjuration de Sieyès.
00:24:55 Le 9 novembre 1799, le 18 brumaire du calendrier révolutionnaire, le coup d'État est enclenché.
00:25:03 Prétextant un complot royaliste, le directoire déplace les deux assemblées parlementaires,
00:25:10 le Conseil des Anciens et le Conseil des Cinq-Cent, au château de Saint-Cloud, pour les protéger, dit-on.
00:25:17 En fait, les deux assemblées sont en train de se dérouler.
00:25:21 Pour les protéger, dit-on. En fait, pour les isoler.
00:25:26 Il y a deux phases dans le coup d'État du 18 et 19 brumaire.
00:25:31 La phase du 18, qui se passe essentiellement à Paris, au cours de laquelle on décide deux choses.
00:25:37 La première, c'est que les chambres ne se réuniront pas à Paris parce qu'il y a une menace.
00:25:41 La constitution permet d'aller se réunir en dehors de la capitale et on décide que ce sera le château de Saint-Cloud.
00:25:47 Et la deuxième décision, c'est de nommer le général Bonaparte, commandant de l'armée de l'intérieur, commandant des troupes de Paris.
00:25:54 Voilà. Ça, c'est le 18 brumaire. Le 18, au fond, on se met en place.
00:25:58 Le 19, c'est le moment où les chambres se réunissent au château de Saint-Cloud
00:26:02 et où on va leur annoncer que tous les directeurs ont démissionné, qu'il n'y a donc plus de constitution
00:26:07 et qu'il serait peut-être temps d'en faire une nouvelle.
00:26:10 Et ça, ça doit être une phase parlementaire et Siaïs est tout à fait disposé à attendre que les chambres le soient elles-mêmes
00:26:18 pour commencer à discuter, faire un petit gouvernement provisoire et puis ensuite rédiger une nouvelle constitution.
00:26:25 Mais Bonaparte n'est pas homme à attendre.
00:26:32 [Musique]
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00:27:03 Le lendemain matin, Bonaparte brusque les événements.
00:27:07 Il se rend lui-même à Saint-Cloud où sont rassemblés les parlementaires.
00:27:12 Il espère profiter de ce coup d'État pour prendre le pouvoir.
00:27:19 Mais il sait que pendant la nuit, des intrigues se sont nouées contre lui.
00:27:23 [Musique]
00:27:32 Si le coup d'État échoue, il est bon pour l'échafaud.
00:27:35 [Musique]
00:27:40 Il va haranguer les députés pour accélérer leurs décisions.
00:27:44 Sans militaire, il n'aime pas les assemblées, il n'aime pas les civils, il n'aime pas les politiciens.
00:27:52 Il ne sait pas leur parler, surtout.
00:27:55 Il a vu les assemblées pendant la Révolution, il en a conçu un dégoût définitif.
00:28:01 Et il est habitué à ce que lorsqu'il parle, on l'applaudisse, on l'acclame.
00:28:05 Que lorsqu'il parle, on se taise, parce qu'il est habitué au public militaire.
00:28:10 Et là, il prend une décision, en effet, un peu, comment dire, excessive, irréfléchie,
00:28:17 qui est d'aller lui-même faire plier les assemblées, par la force de son éloquence.
00:28:22 Bonaparte se présente d'abord devant la première chambre, celle des anciens.
00:28:28 Il sait qu'ils lui sont plutôt favorables.
00:28:31 Le public est acquis, mais quand même, on ne l'applaudit pas parce que voir un militaire en uniforme monter à la tribune,
00:28:39 ce n'est pas dans les mœurs parlementaires de la Révolution.
00:28:42 Bonaparte est tendu, maladroit. Il leur parle comme à des soldats.
00:28:48 On répand que je veux établir un gouvernement militaire.
00:28:53 On m'abreuve de calomnie.
00:28:57 Souvenez-vous que je marche accompagné du dieu de la victoire et du dieu de la fortune.
00:29:02 Pour eux, la tribune parlementaire, ça représente quelque chose, la légalité, la légitimité du parlement.
00:29:10 Donc, voir un général monter à la tribune et leur dire "je suis le dieu de la victoire", ça ne leur convient pas.
00:29:17 Bonaparte est désarçonné qu'on ose l'interrompre, l'invectiver.
00:29:23 Son aide de camp lui conseille d'abréger son discours.
00:29:26 Il décide alors d'aller convaincre la deuxième chambre, le conseil des 500, qui lui est beaucoup plus hostile, mais qui est présidée par son frère Lucien.
00:29:38 Il arrive là-dedans où les députés sont en train de se chamailler, de se disputer, ça crie, ça hurle.
00:29:49 Les uns demandent un vote, les autres le refusent.
00:29:53 Bonaparte tente d'accéder à la tribune, mais on l'empêche de parler. On crie "Hors la loi Bonaparte, vive la république".
00:30:04 Certains lèvent le poing au point qu'il faut l'exfiltrer.
00:30:10 Donc des grenadiers entrent dans la salle, ce qui n'arrange pas les choses, l'attrapent, le saisissent et l'entraînent vers la sortie.
00:30:18 Il est terrifié, il se griffe le visage jusqu'au sang.
00:30:23 Les députés l'agrippent, il semble qu'il ait été bourré de quelques coups de poing au passage et ont réussi à le sortir, et il a eu à la sortie un malaise.
00:30:40 Pourquoi ses nerfs ont-ils craqué ? Comment lui, si vaillant chef militaire, a-t-il pu se faire impressionner par des hommes en toge ?
00:30:48 Pour la première fois, et presque la seule de sa vie, Bonaparte a eu peur.
00:30:53 Car cette scène lui en a rappelé une autre qu'il n'est pas prêt d'oublier.
00:30:59 Un certain 10 août 1792.
00:31:02 Ce jour-là, des insurgés attaquent la résidence royale des Tuileries.
00:31:09 Le roi a été mis à l'abri, mais ses gardes suisses se font massacrer.
00:31:14 Bonaparte est un jeune officier en visite à Paris.
00:31:17 Il est le premier à se faire toucher à la maison de la résidence royale.
00:31:21 Le roi a été mis à l'abri, mais ses gardes suisses se font massacrer.
00:31:26 Bonaparte est un jeune officier en visite à Paris.
00:31:29 Il a tout vu.
00:31:31 Jamais depuis, aucun de mes champs de bataille ne me donna l'idée d'autant de cadavres que m'en présentèrent les masses de Suisse.
00:31:40 La rage était dans tous les cœurs.
00:31:44 Elle se montrait sur toutes les figures.
00:31:47 "Ce n'est pas le temps de se faire toucher à la maison de la résidence royale des Tuileries."
00:31:52 Tout ce qu'il ne maîtrise pas, il le redoute.
00:31:56 Et c'est vrai que naît du 10 août 1792 cette aversion contre une forme de violence directe.
00:32:05 Et une violence qui devient incontrôlable.
00:32:10 Bonaparte n'a pas vraiment peur de la mort, mais a peur des certaines morts.
00:32:14 D'être par exemple exécuté ou lynché par la foule.
00:32:17 Cette perspective-là lui fait peur.
00:32:19 Autant mourir d'un coup de fusil sur le champ de bataille, atteint par un boulet, ne lui fait pas peur.
00:32:25 Par contre, effectivement, tomber sous les coups d'une foule le panique et il perd son contrôle de lui-même.
00:32:33 Mais comme un harcôle, Bonaparte va faire de son échec une victoire.
00:32:43 "Ma fortune n'aurait-elle triomphé des plus redoutables armées que pour venir échouer contre une poignée de factieux ?"
00:32:56 Il transforme la bousculade de Brumaire en une tentative d'assassinat.
00:33:03 Bonaparte couvert de sang, le costume dérangé.
00:33:09 Les troupes peuvent croire qu'on a voulu assassiner leur général.
00:33:14 Et c'est ce qu'on va leur dire.
00:33:16 C'est ce que va leur dire finalement Lucien Bonaparte.
00:33:18 En disant que le conseil est sous la domination de gens qui possèdent des poignards.
00:33:23 L'idée des poignards est très présente dans le coup d'état d'Isidre Brumaire.
00:33:28 "On a essayé de tuer votre général et moi qui suis son frère, je sais qu'il va lutter pour la liberté, donc aidez-le."
00:33:35 Et c'est à ce moment-là que Bonaparte qui a repris ses esprits ordonne l'évacuation de la salle du conseil des 500.
00:33:42 Ces poignards imaginaires sont un nouvel épisode de la légende.
00:33:49 Bonaparte a triomphé de la mort. Il a fait mieux que César.
00:34:00 L'invention de l'épisode des poignards fait référence évidemment à l'assassinat de César.
00:34:06 Et au fond pour la propagande du régime, du nouveau régime qui s'installe,
00:34:12 effectivement Bonaparte apparaît comme un César qui aurait échappé aux poignards des conjurés.
00:34:19 Le malaise du XIX Brumaire est oublié.
00:34:26 La tentative d'assassinat fait de lui un être invincible.
00:34:30 Sieyès et les autres conjurés n'ont plus qu'à s'effacer.
00:34:34 Bonaparte est nommé consul à la tête de l'État.
00:34:38 À présent qu'il est César, Bonaparte veut accomplir son destin et bâtir un empire.
00:34:45 Le nouveau tableau qu'il commandera au peintre Gros le présente en législateur.
00:34:53 Napoléon a dit un jour "je suis de la race des hommes qui fondent"
00:34:57 et ça c'est véritablement quelque chose d'extrêmement important pour comprendre son caractère.
00:35:02 À côté de ses rêves de gloire militaire, il y a ses rêves de gloire civile.
00:35:07 C'est-à-dire il le dit "je resterai dans l'histoire davantage que Parmentier".
00:35:11 Mais néanmoins probablement Parmentier aura été plus utile que moi avec la pomme de terre.
00:35:16 Donc il veut laisser ses pommes de terre à lui dans l'histoire.
00:35:20 C'est-à-dire il veut être comme celui qui a, c'est l'expression de lui,
00:35:24 "refermé le gouffre de la Révolution".
00:35:27 Réconcilier les Français, rebâtir une société, rebâtir un État.
00:35:32 Mais en concentrant toute l'autorité, le premier consul devient la cible de tous les complots.
00:35:41 Cela ne l'inquiète guère, jusqu'à ce que la Camarde ne vienne lui faire une nouvelle visite.
00:35:48 Le jour où la camarde se trouve, le premier consul de la Révolution est en train de se débarrasser.
00:35:54 Il est en train de se débarrasser de la camarade.
00:35:57 Il est en train de se débarrasser de la camarade.
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00:40:42 Il est en train de se débarrasser de la camarade.
00:40:45 Il se rend compte que, finalement,
00:40:48 tant qu'il n'aura pas des institutions plus solides,
00:40:51 tant qu'il n'aura pas établi son pouvoir
00:40:54 de façon définitive,
00:40:57 il sera toujours l'objet d'un tenta.
00:41:00 Au moment de l'attentat de la rue Saint-Niques,
00:41:03 on est dans la première année du gouvernement,
00:41:06 enfin un peu plus de la première année,
00:41:09 et déjà beaucoup n'a pas été fait.
00:41:12 On est en train de négocier des traités
00:41:15 à peu près avec toute l'Europe.
00:41:18 Donc il y a dans le pays, pour les gens informés,
00:41:21 une espèce d'espoir de stabilisation
00:41:24 et d'espoir qu'on va bientôt arriver
00:41:27 à la paix extérieure et à la paix intérieure.
00:41:30 L'attentat contre Bonaparte est une espèce d'électrochoc
00:41:33 parce qu'on se dit "mais que se serait-il passé
00:41:36 s'ils avaient réussi à tuer Bonaparte ?"
00:41:39 Et bien, il est tombé dans les errements du directoire.
00:41:42 Donc il y a eu réellement un vent de panique
00:41:45 qui consolide son pouvoir et qui le fait passer
00:41:48 pour l'homme nécessaire, celui dont on ne peut pas se passer.
00:41:51 Bonaparte profite de ce climat favorable.
00:41:57 Il se fait nommer consul à vie.
00:42:00 Il a désormais le droit de se choisir un successeur.
00:42:03 Il a le pouvoir absolu.
00:42:08 Jamais on n'a vu une transformation aussi rapide
00:42:11 que celle du consulat.
00:42:14 En l'espace de 3 ans,
00:42:17 1800-1803 sont les époques de grande réforme.
00:42:20 On peut aller jusqu'au Code civil de 1804.
00:42:23 Il change totalement la physionomie du pays.
00:42:26 Il est probable qu'il n'ait pu faire cela
00:42:29 qu'à cause du pouvoir fort dont il disposait
00:42:32 et qui réunissait entre ses mains
00:42:35 tous les genres de pouvoirs,
00:42:38 puisque les assemblées sont marginalisées.
00:42:41 Et il a ce goût propre au militaire
00:42:44 à la fois de l'efficacité et de la rapidité.
00:42:47 Il ne faut pas que ça traîne.
00:42:50 Désormais, rien n'arrête son ascension.
00:42:56 Les peintres officiels témoignent de son œuvre.
00:42:59 Comme pour Harcol, il commande à chaque bataille
00:43:02 un tableau pour la légende.
00:43:05 L'un des plus parlants célèbre la campagne de Maringo
00:43:12 par le peintre David.
00:43:15 Napoléon a passé le col du Saint-Bernard à dos de mulet,
00:43:18 mais la légende retiendra le cheval blanc.
00:43:21 Le tableau en soi est un chef-d'œuvre de communication
00:43:25 et correspond très bien aux idées de propagande
00:43:28 qui se mettent petit à petit en scène.
00:43:31 On le voit en portant le manteau pourpre
00:43:34 qui évoque le manteau des généraux de la Rome antique.
00:43:37 Cette idée de triomphe est déjà présente.
00:43:40 Le cheval blanc est une image véritable
00:43:43 depuis fort longtemps de cheval du vainqueur.
00:43:46 Et il y a surtout, dans un petit coin,
00:43:49 un caillou sur lequel sont inscrits
00:43:52 les noms d'Anibal et de Charles IX.
00:43:55 C'est un peu comme un peintre.
00:43:58 Il inscrit les noms d'Anibal et de Charlemagne.
00:44:01 Et là, toute l'histoire a compris
00:44:04 que le point d'aboutissement, c'était là.
00:44:07 Le 2 décembre 1804, comme Charlemagne,
00:44:16 le premier consul se fait sacrer empereur.
00:44:19 Prenant la place du pape,
00:44:26 le général se pose lui-même la couronne
00:44:29 sur la tête de sa femme, Joséphine.
00:44:32 Ce n'est plus Bonaparte que célèbrent
00:44:35 les tableaux de propagande, mais Napoléon Ier.
00:44:38 Lui qui est passé si près du gouffre,
00:44:41 vogue de succès en succès,
00:44:44 de victoire en victoire, comme l'éclatante Austerlitz.
00:44:47 Face à de nouvelles coalitions,
00:44:50 le général ne perd aucune bataille.
00:44:53 L'empire ne cesse de s'agrandir.
00:44:56 L'Europe est à ses pieds.
00:44:59 Pourtant, il continue son pas de deux avec la mort.
00:45:02 Il est même blessé au talon,
00:45:05 en Allemagne, lors du siège de Rathisbonne.
00:45:08 Il est au milieu de ses soldats.
00:45:16 Il est l'exemple pour ses soldats.
00:45:19 Encore une fois, il ne cherche pas la mort, évidemment.
00:45:22 Mais il croit en son destin.
00:45:25 A aucun moment, il ne pense qu'il pourra être tué.
00:45:28 Mais il prend le risque pour entraîner ses trous.
00:45:31 L'été 1809, Napoléon s'installe au château de Schönbrunn,
00:45:38 près de Vienne, pour négocier la paix.
00:45:41 Décidément invincible,
00:45:44 il vient de battre les Autrichiens pour la 4e fois, à Wagram.
00:45:49 Tous les matins, à 10h,
00:45:52 il passe les troupes en revue.
00:45:55 Jusqu'à ce jour où la mort fait une nouvelle tentative.
00:45:58 Le jour où la mort fait une nouvelle tentative.
00:46:02 Le jour où la mort fait une nouvelle tentative.
00:46:06 Le jour où la mort fait une nouvelle tentative.
00:46:09 On a intercepté un Allemand avec un couteau
00:46:34 pendant la revue des troupes.
00:46:37 Un certain Frédéric Stabs.
00:46:40 Il n'était qu'à quelques mètres de l'empereur.
00:46:43 Pourquoi veut-on le tuer ?
00:46:46 Ses conquêtes n'apportent-elles pas la liberté au peuple ?
00:46:49 N'a-t-il pas à imposer à toute l'Europe son code civil,
00:46:53 les bienfaits de son administration,
00:46:56 les idéaux de la Révolution française ?
00:47:01 Depuis la voiture piégée de Saint-Niquez, il y a 7 ans,
00:47:04 jamais la mort ne s'est approchée d'aussi près.
00:47:07 Il veut comprendre pourquoi quelqu'un a voulu le tuer
00:47:12 et pourquoi un Allemand a voulu le tuer.
00:47:15 Parce que ça, c'est aussi important pour Napoléon,
00:47:18 dans son système de pensée,
00:47:21 qui est un système de pensée extraordinairement français.
00:47:24 La prépondérance de la France est bonne pour le continent,
00:47:27 donc il a besoin de la France.
00:47:30 Il ne se pose pas tellement de questions
00:47:33 sur l'accueil populaire profond qu'ont ses projets,
00:47:36 puisqu'à l'arrivée, il va détruire la féodalité,
00:47:39 réorganiser les États, leur donner de bonnes finances,
00:47:42 et les mettre dans un système dont la France sera le centre.
00:47:45 La France, évidemment, c'est toujours beaucoup mieux que les autres.
00:47:48 Napoléon a construit toute sa politique
00:47:51 sur le consensus populaire, le plébiscite en France en particulier.
00:47:54 Mais dans les autres pays, quand il les conquiert,
00:47:57 il veut rechercher le soutien des peuples.
00:48:00 Donc il ne comprend pas les résistances populaires
00:48:03 qui ont existé dans plusieurs pays.
00:48:06 Il cherche partout à se faire aimer, en quelque sorte.
00:48:09 Napoléon veut l'interroger.
00:48:14 Il veut parler les yeux dans les yeux à ce jeune terroriste.
00:48:24 L'apprenti assassin n'est pas ce qu'il attendait.
00:48:27 Staps n'est qu'un gamin de 17 ans,
00:48:30 la figure douce, bien élevée.
00:48:33 Napoléon l'interpelle.
00:48:37 "Pourquoi voulez-vous me tuer ?
00:48:40 Je voulais vous tuer parce que vous êtes un oppresseur.
00:48:43 Et si je vous faisais grâce ?
00:48:46 Vous auriez tort, car je chercherais encore à vous tuer."
00:48:52 L'interrogatoire peut paraître assez surréaliste.
00:48:55 Avec ces interpellations, Napoléon pense que Staps est malade,
00:48:59 qu'il est fou, illuminé.
00:49:02 Staps lui répond qu'il ne sait pas ce que c'est qu'un illuminé.
00:49:05 On est sur des niveaux totalement différents.
00:49:08 La stupéfaction de Napoléon, c'est de comprendre
00:49:11 qu'alors qu'il promet à Staps de le grâcier s'il demande pardon,
00:49:17 ce dernier reste attaché à l'idée qu'il faut débarrasser l'Allemagne
00:49:21 du tyran et il finira par être jugé et exécuté.
00:49:27 Le jeune exalté n'a rien voulu savoir.
00:49:33 À son ministre de l'Intérieur, Napoléon recommande qu'on étouffe l'affaire.
00:49:40 "J'ai voulu vous informer de cet événement
00:49:45 afin qu'on ne le fasse pas plus considérable qu'il ne paraît l'être.
00:49:48 S'il en était question, il faudrait faire passer cet individu pour fou."
00:49:53 En réalité, ce nouvel avertissement de la mort le perturbe profondément,
00:50:00 car il souligne un point qui tourne à l'obsession depuis quelques années.
00:50:04 Qui le remplacera s'il est tué ?
00:50:09 Les réalités obsèdent Bonaparte depuis le début.
00:50:14 Le malheur, c'est que Joséphine ne peut plus avoir d'enfant.
00:50:18 Donc, comment fonder une dynastie sans héritier ?
00:50:22 C'est vrai que la constitution impériale prévoit les cas
00:50:28 où l'empereur n'aurait pas d'enfant naturel.
00:50:31 Sauf que Napoléon pense, et je pense qu'il a raison,
00:50:36 que seul un enfant issu de lui pourra avoir de la légitimité
00:50:40 une fois qu'il montera sur le trône.
00:50:42 Il pense qu'il ne faut plus perdre de temps
00:50:45 et qu'il est temps de répudier Joséphine et d'épouser,
00:50:49 alors il dira un peu de manière très peu élégante, un ventre,
00:50:53 mais c'est un petit peu ça.
00:50:55 Il ne peut plus tergiverser.
00:50:59 Le couteau de Staps lui indique une décision qu'il a trop longtemps reportée.
00:51:03 "Toute ma vie, j'ai tout sacrifié.
00:51:09 Tranquillité, intérêt, bonheur.
00:51:12 A ma destinée."
00:51:15 Il lui faut maintenant l'annoncer à Joséphine.
00:51:19 Mais comment ?
00:51:21 Il lui envoie des messages, si je puis dire, indirects.
00:51:25 Il fait mûrer la porte qui sépare leur appartement.
00:51:29 Il lui fait comprendre qu'il faudrait se séparer, etc.
00:51:31 Mais il n'arrive pas à lui dire parce qu'il ne peut pas lui faire de peine.
00:51:34 Pour lui, il a horreur de se fâcher avec quelqu'un.
00:51:38 Et avec Joséphine, c'est très difficile.
00:51:41 Le 30 novembre 1809, il attend la fin du dîner avec l'impératrice
00:51:48 pour répondre à l'injonction du destin.
00:51:51 Le dîner commence, les deux époux sont en silence,
00:51:54 ils ne parlent pas avant une demi-heure.
00:51:56 Joséphine a compris qu'elle était convoquée pour cela,
00:51:58 mais elle ne parle pas.
00:52:00 Attends que Napoléon, si je puis dire, attaque le premier sur le champ de bataille.
00:52:03 Sur ce champ-là, il est très mauvais.
00:52:06 Il commence à dire quelques mots en expliquant qu'il faut se sacrifier,
00:52:11 que le temps est venu, Joséphine, etc.
00:52:13 Mais elle va instantanément fondre en larmes
00:52:16 et dans l'instant d'après, s'évanouir.
00:52:18 Ne cherchez pas à m'émouvoir.
00:52:25 Je vous aime toujours.
00:52:27 Mais la politique n'a pas de cœur.
00:52:30 Elle n'a que de la tête.
00:52:33 Elle n'a pas de cœur.
00:52:35 Elle n'a pas de tête.
00:52:37 Elle n'a pas de cœur.
00:52:39 Elle n'a pas de tête.
00:52:41 Elle n'a pas de cœur.
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01:03:37 Elle n'a pas de tête.
01:03:39 Elle n'a pas de tête.
01:03:41 Elle n'a pas de tête.
01:03:43 Elle n'a pas de tête.
01:03:45 Elle n'a pas de tête.
01:03:47 Elle n'a pas de tête.
01:03:49 Elle n'a pas de tête.
01:03:51 Elle n'a pas de tête.
01:03:53 Elle n'a pas de tête.
01:03:55 Elle n'a pas de tête.
01:03:57 Elle n'a pas de tête.
01:03:59 Elle n'a pas de tête.
01:04:01 Elle n'a pas de tête.
01:04:03 Elle n'a pas de tête.
01:04:05 Elle n'a pas de tête.
01:04:07 Elle n'a pas de tête.
01:04:09 Elle n'a pas de tête.
01:04:11 Elle n'a pas de tête.
01:04:13 Elle n'a pas de tête.
01:04:16 Il sait que la nouvelle grève de la monarchie sur la France n'arrive pas à prendre.
01:04:22 Il se dit qu'il a une opportunité.
01:04:24 Il est aussi poussé par le besoin.
01:04:26 Il a entendu dire que les Anglais n'avaient pas l'intention de le laisser longtemps à l'île d'Elbe.
01:04:32 Le roi de France, Louis XVIII, ne lui paye pas sa pension.
01:04:35 Il a des besoins d'argent.
01:04:37 Il tente une aventure un peu désespérée.
01:04:40 Il prépare probablement, après les premières semaines de son installation, son retour.
01:04:45 Il attend le moment favorable.
01:04:47 Il sait par ailleurs aussi qu'il est menacé.
01:04:49 Il sait aussi qu'on ne le laissera pas toujours si près du continent, si près de l'Europe.
01:04:54 Donc, il se prépare à un retour.
01:04:56 Il n'en parle pas d'ailleurs à son entourage.
01:04:58 Il va prendre encore cette décision folle et solitaire de revenir.
01:05:02 Le 26 février 1815, dix mois après son arrivée, Napoléon s'évade en pleine nuit.
01:05:09 Il quitte l'île d'Elbe avec un millier de soldats fidèles.
01:05:13 Cette expédition est a priori totalement folle parce qu'il lui faut traverser la Méditerranée,
01:05:20 trois jours de mer au milieu de la flotte anglaise, au milieu de la flotte royaliste française,
01:05:24 débarquer, aller mille hommes, alors que la mer royale en compte 150 000.
01:05:28 Il a une chance inouïe lors de ces trois jours en mer.
01:05:31 À plusieurs reprises, il croise des navires qui auraient pu le couler par le fond.
01:05:35 Ça ne se passe pas.
01:05:38 Alors qu'on l'attendait en Italie, il crée la surprise en débarquant en France, à Golfe-Gevant.
01:05:44 Traversant les montagnes, il entame aussitôt le retour vers Paris sous les acclamations.
01:05:49 Des groupes de paysans se joignent à ses soldats à mesure qu'il avance.
01:05:54 Aucun coup de feu, aucune résistance.
01:05:57 Évidemment dans ce retour, il pense à un retour de chance.
01:06:03 Il pense que ce qui est arrivé avant n'était qu'un accident et que ça continue.
01:06:08 Le soir du 6 mars 1815, il arrive au village de Chor.
01:06:14 Si le destin lui est favorable, le lendemain, il entrera dans Grenoble.
01:06:19 [Musique]
01:06:43 [Toc toc toc]
01:06:44 [Musique]
01:07:07 Il n'a dormi que quelques heures, comme à son habitude.
01:07:13 Il sait que la journée s'annonce décisive.
01:07:15 Depuis l'évasion de l'île d'Elbe, le destin lui a été favorable.
01:07:21 Mais rien n'est gagné.
01:07:23 [Musique]
01:07:34 L'avant-garde lui envoie les dernières nouvelles.
01:07:39 Les troupes de Louis XVIII l'attendent à quelques kilomètres de là.
01:07:43 Ils ont pour mission d'arrêter le retour de Napoléon vers Paris.
01:07:47 [Musique]
01:08:01 C'est sur les bords du lac de Laffrey que Napoléon va mettre une fois encore sa vie dans les mains du destin.
01:08:06 C'est ici que l'armée royale attend les partisans de l'empereur déçu.
01:08:10 Pour la première fois depuis son retour en France, l'affrontement semble inévitable.
01:08:16 Il avait choisi ce qui deviendra la route de Napoléon, la route des Alpes,
01:08:21 parce que comme il n'avait pas beaucoup d'hommes, les chemins étaient étroits.
01:08:24 Et s'il y avait une bataille, on ne pouvait pas aligner beaucoup d'hommes face à lui.
01:08:28 Mais quand il arrive dans la plaine de Laffrey, elle est large,
01:08:31 donc face à lui il y a des régiments royalistes en nombre.
01:08:33 Ils sont quatre à cinq fois plus nombreux que lui, militairement il ne peut pas passer.
01:08:37 Et avant tout, cet homme est un joueur.
01:08:39 C'est-à-dire que tant qu'il y a une carte à jouer, il la joue.
01:08:43 Il sait qu'à chaque fois qu'il mise, il est au bord du précipice, que tout peut s'écrouler.
01:08:50 Mais comme il a cette confiance en lui extraordinaire, il y va quand même.
01:08:55 [Musique]
01:08:58 Les armées sont à présent face à face.
01:09:00 Napoléon fait déployer le drapeau bleu-blanc-rouge et jouer la marseillaise.
01:09:05 Et puis il s'avance seul vers les troupes ennemies.
01:09:09 Face à lui, les baïonnettes sont pointées, les fusils prêts à faire feu.
01:09:15 [Musique]
01:09:18 Cette fois, il va défier la mort, les yeux dans les yeux.
01:09:22 [Musique]
01:09:25 La scène, telle qu'on la raconte habituellement, alors on l'a un petit peu arrangée,
01:09:29 mais la scène a vraiment eu lieu, puisque on possède un témoignage
01:09:34 qui n'est pas un témoignage de l'entourage de Napoléon,
01:09:36 personne qui était là, qui a aperçu tout ça, et qui a écrit ce qu'il a vu à un de ses camarades.
01:09:41 [Musique]
01:09:43 Lettre du citoyen Joannis, habitant de Romand.
01:09:47 L'empereur s'avance seul. Puis il crie aux soldats,
01:09:50 "Comment mes amis, vous ne reconnaissez plus votre camarade ?
01:09:54 Votre empereur, qui vous a si souvent menés à la victoire,
01:09:57 il les exhorte à crier "Vive l'empereur" et à le suivre."
01:10:00 Un silence général fut tout ce qu'il obtint.
01:10:03 [Musique]
01:10:05 Alors ouvrant sa redingote et découvrant sa poitrine,
01:10:08 "Eh bien, puisque vous ne me reconnaissez plus, tirez sur moi."
01:10:12 [Musique]
01:10:20 C'est vrai que c'est à la fois un coup de poker, et en fait, quelque part,
01:10:24 il pense que de toute manière, personne n'aura le courage de tirer.
01:10:28 Parce que pour le soldat, pour le soldat de base,
01:10:31 comme pour l'officier jusque dans les grades les plus élevés,
01:10:36 il y a une relation de confiance, d'admiration.
01:10:40 Napoléon est une sorte de dieu de la guerre.
01:10:43 On pense que quand il est à la tête de l'armée, tout fonctionne,
01:10:46 et on ne peut aller qu'à la victoire.
01:10:48 Probablement, il sent qu'ils ne vont pas oser tirer.
01:10:51 C'est-à-dire qu'il les impressionne tellement,
01:10:54 il a tellement rempli leur vie pendant 15 ans, qu'ils ne feront pas feu sur lui.
01:10:58 Mais en même temps, il prend un risque inconsidéré,
01:11:01 parce qu'on n'est jamais à l'abri d'un tir d'un soldat.
01:11:04 Il suffit qu'un seul tir pour qu'il soit tué.
01:11:07 [Musique]
01:11:09 Un capitaine ordonne de faire feu.
01:11:11 [Musique]
01:11:16 Mais les fusils restent muets, et la situation bascule.
01:11:20 [Musique]
01:11:25 Pendant la harangue, des grenadiers s'étaient approchés.
01:11:28 Ils crièrent "Vive l'Empereur" et se mêlèrent à ses soldats.
01:11:31 Ils s'en suivit un enthousiasme général,
01:11:34 et ils marchèrent ensemble sur Grenoble.
01:11:36 [Musique]
01:11:45 "Ma bonne Louise, je t'ai écrit de Grenoble que je serai bientôt à Paris.
01:11:50 Les peuples courent en foule au devant de moi.
01:11:52 Des régiments andiers quittent tout pour venir me rejoindre."
01:11:56 [Musique]
01:11:58 Le retour est triomphal. Louis XVIII s'est enfui.
01:12:02 Napoléon arrive le 20 mars dans la capitale,
01:12:05 sans avoir fait verser une goutte de sang à ses troupes.
01:12:09 [Musique]
01:12:11 C'est magnifique jusqu'au moment où Napoléon est à Paris.
01:12:14 Une fois qu'il est à Paris, c'est là qu'il se rend compte
01:12:17 que la situation n'est pas aussi simple qu'il l'a pensé.
01:12:20 Il y a d'abord la menace extérieure.
01:12:23 Lorsque le Congrès de Vienne, où toutes les puissances européennes sont réunies,
01:12:26 apprend le retour de Napoléon,
01:12:29 la première chose qu'on fait, c'est qu'on le met hors la loi,
01:12:32 c'est-à-dire hors la loi de l'Europe,
01:12:34 et qu'on décide que les armées qui ont gagné l'année précédente
01:12:39 contre les armées napoléoniennes vont marcher sur la France.
01:12:42 Ce n'est pas une déclaration de guerre à la France, comme on fait à les alliés,
01:12:45 c'est aussi une première dans l'histoire, on va déclarer la guerre à un homme.
01:12:49 Les puissants alliés, dans leur traité du 25 mars,
01:12:52 déclarent la guerre à Napoléon Bonaparte, non pas à la France.
01:12:55 Ils déclarent la guerre à Napoléon Bonaparte pour le neutraliser
01:12:58 parce que c'est le perturbateur du repos du monde.
01:13:01 Et puis la deuxième chose dont il va se rendre compte,
01:13:03 c'est que l'exaltation de son retour lui a fait perdre de vue
01:13:07 que sur le plan politique, il n'a pas d'alliés au moment où il arrive à Paris.
01:13:11 Il se rend compte que sa situation est mauvaise à l'intérieur et à l'extérieur
01:13:15 et comme il l'a fait souvent par le passé,
01:13:18 il va essayer de reprendre la situation en main par une opération militaire.
01:13:23 L'empereur repart au combat avec une nouvelle armée.
01:13:29 Il fonce vers la Belgique où l'attend le gros des troupes de la coalition.
01:13:33 Il est vainqueur une dernière fois à Ligny.
01:13:39 Dans les plaines de Waterloo, il est à deux doigts de l'emporter.
01:13:43 Mais son étoile l'a abandonné.
01:13:48 Il est définitivement vaincu.
01:13:50 Napoléon abdique une seconde fois et rejoint le port de Rochefort.
01:13:58 Il pense un temps s'enfuir aux Etats-Unis,
01:14:00 mais il est barré par la marine anglaise.
01:14:03 Acculé, il finit par se rendre.
01:14:07 On l'envoie croupir à 7000 km de là, au milieu de l'Atlantique,
01:14:12 à l'île de Sainte-Hélène.
01:14:14 On n'a pas osé l'exécuter.
01:14:16 L'exécuter a comporté un risque,
01:14:21 c'était de faire renaître probablement un mouvement révolutionnaire en sa faveur,
01:14:24 d'en faire un martyr sur place.
01:14:26 Donc on préfère l'isoler, l'éloigner,
01:14:29 en se disant que finalement le temps froide son œuvre
01:14:31 et que les esprits oublieront le personnage.
01:14:35 Et on l'envoie très loin, dans l'Atlantique Sud,
01:14:38 dans une île qui est imprenable,
01:14:40 c'est un rocher dressé au milieu de l'océan,
01:14:43 avec en plus une flotte britannique
01:14:47 qui va graviter autour pendant toute la période de la captivité.
01:14:50 Autrement dit, sortir de Sainte-Hélène est impensable à ce moment-là.
01:14:55 [Musique]
01:14:59 [Musique]
01:15:02 [Musique]
01:15:13 [Musique]
01:15:25 [Musique]
01:15:28 J'aurais dû mourir à Waterloo, peut-être avant.
01:15:32 L'infortune, c'est que quand un homme cherche la mort,
01:15:35 il ne puisse la trouver.
01:15:38 On a été tués tout autour de moi,
01:15:41 mais je n'ai pu trouver le boulet.
01:15:44 La France est désormais bien loin, à plusieurs milliers de kilomètres.
01:15:49 Les premiers mois, il a pensé s'évader une nouvelle fois,
01:15:53 comme il l'avait fait à Elbe.
01:15:56 Il n'est plus le temps.
01:15:58 À 48 ans, il est rongé par un mal intérieur de plus en plus pressant,
01:16:02 ulcère ou cancer.
01:16:05 [Musique]
01:16:08 [Toux]
01:16:13 Il pense déjà à l'au-delà.
01:16:21 Quand je serai mort, tous mes braves viendront à ma rencontre.
01:16:25 Ils me parleront de ce que nous avons fait ensemble.
01:16:28 Ils reviendront tous fous d'enthousiasme et de gloire.
01:16:32 À partir du moment où Napoléon sait qu'il ne quittera pas Saint-Hélène,
01:16:38 il va commencer, beaucoup plus consciemment,
01:16:42 à travailler pour sa légende.
01:16:44 Il le dit à son entourage, il utilise des phrases aussi modestes
01:16:48 que "si le Christ n'était pas mort en croix, il ne serait pas Dieu".
01:16:52 Sous-entendu, il faut que je subisse mon martyr.
01:16:55 Et il est convaincu qu'il sait déjà
01:16:58 que la postérité va reconnaître ses mérites.
01:17:01 Il se met en scène sous une forme un peu différente
01:17:04 de ce dont il avait l'habitude.
01:17:07 La statue de marbre, cette fois-ci, est un petit peu fissurée
01:17:10 à quelques endroits et il joue de ces fissures.
01:17:13 Il se présente en martyr.
01:17:15 Il est à partir de l'Angleterre et de la tyrannie du gouverneur
01:17:18 envoyée sur une île déserte, terrible,
01:17:22 une île qui viendrait du diable.
01:17:25 On l'a mis au milieu d'un plateau sombre et obscur
01:17:28 où la pluie tombe en permanence et où on mange des rats.
01:17:31 En réalité, Saint-Hélène, évidemment, c'est terrible.
01:17:34 Il est loin de sa famille, de son fils, de ses amis, de son épouse.
01:17:38 Mais les conditions de vie à Saint-Hélène ne sont pas si terribles.
01:17:41 Je pense que Napoléon aggrave lui-même les conditions
01:17:44 de sa propre détention en s'emprisonnant dans sa propre prison,
01:17:47 c'est-à-dire en s'enfermant dans sa chambre
01:17:50 alors qu'il pourrait profiter de toute l'île.
01:17:53 À Saint-Hélène, le despote veut donc se muer en victime.
01:17:57 Mais pour que le scénario fonctionne, il lui faut un bourreau.
01:18:01 Ce sera le gouverneur anglais Hudson Low.
01:18:05 La grande chance de Napoléon, d'une certaine façon,
01:18:10 à Saint-Hélène, c'est d'avoir été en but
01:18:13 avec un gouverneur, Hudson Low,
01:18:16 qui sera le méchant face au martyr.
01:18:19 Les choses auraient pu se passer tout à fait différemment.
01:18:22 Incontestablement, Napoléon et son entourage
01:18:25 ont grossi le trait dans cette opposition
01:18:28 des méchants anglais au gentil Napoléon qui est persécuté.
01:18:33 En réalité, Hudson Low aurait peut-être été tout à fait capable
01:18:36 de s'entendre avec Napoléon, mais Napoléon n'avait pas envie
01:18:39 d'avoir un geôlier compatissant ou clément.
01:18:42 Napoléon voulait un geôlier qui soit impitoyable,
01:18:45 qui s'en prenne à lui, qui restreigne ses libertés
01:18:48 parce qu'il tient à poser en martyr face à la postérité.
01:18:51 Donc on peut dire en un sens, oui, que c'est Napoléon
01:18:54 qui a créé Hudson Low. Napoléon est beaucoup plus brillant
01:18:57 que Hudson Low et il est vrai qu'il le manipule.
01:19:00 Napoléon provoque le gouverneur.
01:19:05 On lui demande de se montrer, il se cache.
01:19:08 Plus il est brimé, plus il est satisfait,
01:19:11 conscient que son image est en train de changer.
01:19:14 Le martyr me dépouille de ma peau de tyran.
01:19:19 Ça permet d'effacer tout un peu de son histoire,
01:19:24 tout ce qui avait été mis en avant par la légende noire
01:19:27 de Napoléon dès 1814, l'ogre qui a fait dévorer
01:19:30 des milliers ou des centaines de milliers de conscrits
01:19:33 pendant les campagnes militaires, le tyran, l'étranger,
01:19:37 il y a toute une série d'arguments qui se sont dressés
01:19:40 contre Napoléon. Ces arguments sont progressivement
01:19:43 effacés par l'image du martyr, le prisonnier sur son rocher.
01:19:47 C'est un artiste de son destin.
01:19:50 Il a pressenti qu'en devenant une victime,
01:19:54 on le verrait d'une façon différente.
01:19:57 Il y va complètement inverser son image.
01:20:00 Au lieu d'être l'homme despotique, vraiment intransigeant,
01:20:04 eh bien, subitement, il va être un vaincu,
01:20:09 et ça va créer cette formidable image
01:20:14 d'une forme de, on pourrait dire, de Christ,
01:20:18 de Christ de l'époque moderne.
01:20:21 À partir de mars 1821, son état se dégrade.
01:20:30 Cette fois, ce n'est plus la postérité qu'il doit préparer,
01:20:34 mais la mort elle-même.
01:20:36 Elle doit être à la hauteur de l'événement.
01:20:39 Napoléon a une agonie qui est très longue,
01:20:50 très lente et sans doute très douloureuse.
01:20:53 Il n'en finit pas de mourir, et cela va lui permettre
01:20:57 de mettre en scène sa mort.
01:21:00 Il va le faire de façon très consciente.
01:21:03 Malgré ses souffrances, il réussit à mettre en scène
01:21:06 une mort qui est une mort de souverain.
01:21:09 Au soir de sa vie, Napoléon a pleinement conscience
01:21:12 qu'il joue sa dernière bataille, sa dernière bataille de l'image.
01:21:16 Ça, il le sait parfaitement.
01:21:18 Et un des moyens de faire une ultime déclaration au monde,
01:21:22 c'est de faire un testament.
01:21:25 Il va mêler à la fois l'homme, Bonaparte,
01:21:29 puisqu'il y a des lègues particuliers,
01:21:32 des dons matériels à des proches,
01:21:34 mais également le monarque, l'homme d'État.
01:21:37 Et c'est en ça que le testament demeure
01:21:42 une grande déclaration et une façon de se poser pour l'éternité.
01:21:48 Je meurs dans la religion apostolique et romaine,
01:21:53 dans le sein de laquelle je suis né il y a plus de 50 ans.
01:21:58 Napoléon, qui semblait ne croire à rien d'autre que le destin,
01:22:06 paraît soudain touché par la foi.
01:22:09 À quelques jours de sa mort, il demande même à se confesser.
01:22:22 Il va effectivement se confesser.
01:22:24 Et s'il se confesse, je pense que ce n'est pas du tout
01:22:27 parce qu'il est revenu à la foi catholique.
01:22:30 Sans doute pas.
01:22:32 Il le fait parce qu'un souverain qui a été couronné à Notre-Dame
01:22:36 par le pape, il doit mourir en chrétien
01:22:40 pour vraiment pleinement accomplir son destin de souverain
01:22:43 et pour rappeler que c'est sa dynastie maintenant qui est sacrée.
01:22:46 Il va organiser en effet la cérémonie de son futur enterrement.
01:22:51 Il va prévoir aussi l'organisation des premiers temps
01:22:53 avec l'organisation d'une chapelle ardente.
01:22:56 On dit des messes avant même sa mort pour prier en faveur de Napoléon.
01:23:01 Bref, il y a toute une série de gestes qui montrent que Napoléon,
01:23:05 même au moment de sa mort, est resté extrêmement méticuleux
01:23:08 et extrêmement attentif aussi à l'image qu'il va donner.
01:23:13 La chapelle ardente, c'est l'image du souverain chrétien
01:23:17 qui doit aussi être diffusée à travers le monde.
01:23:22 Le 5 mai à 5h49 de l'après-midi,
01:23:43 la mort qu'il a tant de fois défiée triomphe enfin de Napoléon.
01:23:48 À moins que ce ne soit l'inverse.
01:23:51 Car l'histoire de Napoléon ne s'arrête pas avec sa disparition.
01:24:00 Comme il l'avait espérée, elle prend une dimension inédite.
01:24:05 L'annonce de sa mort à Paris ne provoque pas d'énormes remous.
01:24:11 Il y a quelques petites manifestations, mais pas une émotion collective.
01:24:15 Et puis, il va y avoir la phase d'émergence, de développement
01:24:19 et de submersion de tout de la légende dorée
01:24:22 qui donne un empereur libéral, un empereur qui est pour l'égalité.
01:24:26 Bref, comme on le lui a fait dire, le messie de la Révolution.
01:24:29 Il est intéressant de voir qu'une partie des populations
01:24:32 ne croient pas à sa mort, comme s'il était immortel.
01:24:35 Comme si finalement, il avait accédé au rang de demi-dieu.
01:24:39 On aperçoit le personnage de Napoléon ici ou là.
01:24:43 Un Napoléon ressuscité, ce qui est là aussi significatif
01:24:47 de la trace qu'il a laissée.
01:24:50 L'image de Napoléon christique, comme dans la célèbre gravure
01:24:57 d'Horace Vernet qui montre Napoléon sortant de son tombeau en gloire,
01:25:01 auréolée d'une véritable lumière qui est christique,
01:25:05 cette image-là, elle n'est pas un blasphème.
01:25:08 Elle est simplement un calque et une image de l'attachement
01:25:12 de soldats qui n'avaient pas la religion mais qui avaient l'empereur.
01:25:15 Je désire que mes cendres reposent sur les bords de la Seine,
01:25:29 au milieu de ce peuple français que j'ai tant aimé.
01:25:34 Vingt ans après sa mort, comme il l'espérait,
01:25:43 son corps est rapatrié de Sainte-Hélène à Paris.
01:25:47 Un imposant tombeau est aménagé aux Invalides.
01:25:51 C'est un événement national.
01:25:54 L'homme qui croyait dans son destin est devenu une légende.
01:26:00 Sa mort est incontestablement sa plus grande victoire
01:26:04 parce qu'il manquait à son épopée une dimension littéraire.
01:26:07 Il y a eu la dimension picturale avec des artistes de génie
01:26:10 mais il manquait encore les mots.
01:26:13 Sa mort, son exil est ô combien romantique.
01:26:16 C'est le géant qui est enchaîné à son rocher,
01:26:19 qui disparaît dans la pénombre du soir sur cette île lointaine.
01:26:22 On ne peut pas imaginer mort plus romantique.
01:26:25 Cette génération d'écrivains romantiques,
01:26:28 Victor Hugo, Balzac, Vigny, etc.,
01:26:32 vont magnifier cette épopée, la rendre, l'inscrire dans les mots
01:26:36 et ajouter cette touche littéraire qui manquait.
01:26:39 Jusqu'à Chateaubriand, l'un de ses ennemis déclarés,
01:26:42 qui va écrire des mots magnifiques sur sa disparition.
01:26:47 Il aura cette phrase vivante,
01:26:51 "Il a manqué le monde, mort, il le possède."
01:26:54 Chateaubriand a tout dit.
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