00:00 Bonjour Isabelle Fourreau. Comme d'habitude il y a énormément de choses, énormément de chiffres dans cette étude que vous publiez. Avant toute chose peut-être
00:06 définir, redéfinir ce terme de mal logement. Qu'est ce que ça veut dire en 2023 être mal logé ?
00:12 Oui alors il y a des formes très différentes effectivement de mal logement.
00:16 La forme la plus extrême c'est le fait de ne pas avoir de logement, d'être dépourvu de logement.
00:20 Donc soit à la rue soit en hébergement. Il y a aussi les personnes qui sont en hébergement
00:24 contraints chez des tiers qui est un phénomène qui s'aggrave. Et puis après on prend aussi en compte les conditions de logement
00:30 notamment lorsque le logement est très vétuste ou qu'on est en situation de suroccupation aggravée.
00:37 Alors ça c'est le mal logement et puis on y ajoute aussi les personnes qui sont fragilisées par rapport aux conditions de logement notamment parce que
00:43 les dépenses
00:45 consacrées soit au loyer soit aux charges sont incompatibles avec les ressources de déménage.
00:49 Oui finalement on est mal logé parce qu'on est soi-même dans une situation de précarité parfois
00:54 menacé aussi d'expulsion. Est-ce que cette situation s'aggrave avec l'inflation ? Vous avez cité
01:00 les loyers, on sait que les loyers ont augmenté avec la crise du logement. Vous citez les dépenses d'énergie, les factures ont augmenté là aussi avec
01:06 la hausse des coûts de l'énergie. Est-ce que cette situation du mal logement a tendance à s'aggraver dans notre région ?
01:10 Oui en tout cas on a des indicateurs qui sont à peu près tous au rouge à l'échelle nationale mais aussi dans la région des Hauts-de-France.
01:16 Et s'agissant des expulsions plus spécifiquement on a constaté déjà en 2022 un pic des expulsions
01:23 dans quelques territoires particulièrement dans le département du Nord
01:27 mais qui anticipe presque les effets de l'inflation et ce qu'on craint c'est que cette augmentation des expulsions
01:34 s'aggrave dans les années à venir du fait effectivement de l'envolée des prix.
01:38 Effectivement pour ces expulsions pour donner les chiffres que vous publiez
01:41 11 150 ménages pour être très précis ont été assignés au tribunal donc c'est
01:46 le milieu entre guillemets de la procédure d'expulsion et pour 2000 ménages c'est une expulsion qui est allée à son terme c'est à dire avec
01:52 intervention des forces de l'ordre.
01:55 Comment on fait pour éviter d'en arriver là ? Pour éviter d'arriver à expulser avec des
02:00 policiers, des gendarmes qui arrivent chez les gens pour les expulser de chez eux
02:03 sachant que ça existe aussi des gens qui ne peuvent plus payer leur loyer parce qu'ils n'ont pas forcément les moyens. Comment on fait pour
02:07 éviter ce genre de situation ?
02:09 Alors le premier élément c'est quand même de peser sur les causes structurelles
02:13 du coût du logement. Nous il nous semble vraiment incontournable de pouvoir réguler plus le marché. Il y a eu un encadrement des loyers à Lille
02:20 mais qui mériterait probablement d'être un peu plus
02:23 encadrant et puis peut-être un dispositif à étendre aussi sur d'autres territoires.
02:28 C'est aussi produire plus de logements sociaux et du logement social à faible coût parce qu'aujourd'hui même en logement social
02:34 les loyers peuvent être trop chers pour les ménages les plus modestes
02:37 et puis un rôle des APL aussi qui est très important et on a une série de coupes successives
02:42 la dernière hier.
02:44 Et puis après pour les personnes qui de manière conjoncturelle sont fragilisées effectivement par rapport au coût du logement
02:51 comparativement à leurs ressources, il y a toute une série de dispositifs d'aide ponctuelle ou d'accompagnement des personnes y compris sur le volet juridique
02:58 qui permettent effectivement d'éviter l'expulsion.
03:01 Et des associations aussi qui interviennent pour aider justement tous ceux qui sont menacés d'expulsion.
03:06 On va revenir dans un instant sur les APL peut-être
03:09 dernier élément parce que parmi les chiffres que vous mettez en avant il y a aussi les HLM, le nombre de demandes pour un logement social
03:14 a augmenté de 16% dans la région en cinq ans. Il y a clairement plus de demandes aujourd'hui que d'attributions.
03:20 Le gouvernement a promis de mettre des moyens de construire des HLM, ça tarde à venir ces constructions. Il n'y a pas assez de logements sociaux aujourd'hui ?
03:26 Oui il n'y a pas assez de logements sociaux. On construit vraiment
03:29 insuffisamment comparativement aux besoins
03:32 et les annonces ne sont pas très
03:35 réjouissantes en réalité sur le sujet. Il y a eu des annonces plutôt sur le volet de la rénovation mais sur l'accompagnement des organismes pour produire
03:41 on attend un peu des
03:44 dispositions. D'autant plus que les taux d'intérêt sont très hauts,
03:47 que les organismes HLM sont très fragilisés, qu'il y a de moins en moins de ressources foncières. Donc il y a besoin d'un accompagnement fort pour pouvoir
03:53 produire plus de logements sociaux.
03:55 France Bleu Nord il est 7h49, nous sommes en direct avec Isabelle Fourreau,
03:57 directrice de la fondation ABBière dans les Hauts-de-France.
04:00 Isabelle Fourreau, le projet de loi immigration a été adopté hier soir par le Parlement
04:03 et vous l'avez cité parmi les choses qu'il y a dans ce texte
04:07 concernant le logement, les APL, les aides personnalisées aux logements pour en bénéficier si jamais cette loi encore une fois est promulguée, les étrangers
04:14 désormais devront justifier qu'ils travaillent, c'est-à-dire
04:17 attendre et travailler trois mois quoi, grosso modo, pour prouver qu'on travaille pendant trois mois pour
04:22 bénéficier des APL ou alors attendre cinq ans pour ceux qui ne travaillent pas.
04:26 Qu'est-ce que vous en pensez ? Vous avez dit il faut justement agir sur les APL.
04:29 C'est terrible, très honnêtement c'est à la fois très triste et terrible.
04:33 Alors à la fois sur le plan symbolique parce que très concrètement ça veut dire qu'on a une notion de préférence nationale qui entre en ligne
04:39 de compte dans la distribution des prestations sociales
04:42 et puis ça va avoir des conséquences extrêmement concrètes
04:45 pour des milliers de personnes qui déjà se battent pour s'en sortir, qui sont parmi les plus vulnérables et pour lesquelles on va venir
04:52 réduire les droits et engendrer des vraies difficultés pour s'en sortir, pour se loger.
04:57 Donc c'est vraiment une nouvelle qui est extrêmement extrêmement inquiétante.
05:01 Est-ce que les APL pour qu'on se rende compte, pour quelqu'un qui arrive en France, ça représente combien sur un loyer ?
05:06 Je sais pas si vous avez un ordre de grandeur en tête ?
05:08 C'est très variable, ça dépend du niveau de loyer, ça dépend des ressources des personnes, mais ça peut aller jusqu'à 90% du loyer.
05:15 Donc c'est vraiment un élément très structurant pour pouvoir accéder au logement.
05:20 Cette préférence nationale effectivement, elle est revendiquée par le Rassemblement National.
05:25 Marine Le Pen dit que voilà ce projet de loi immigration est une victoire idéologique
05:30 de son parti. Ça vous a triste, comme vous avez dit c'est terrible
05:34 que cette logique puisse s'appliquer au logement justement ?
05:39 Oui, on a envie effectivement à catégoriser
05:42 des personnes et à faire varier les droits en fonction de leur situation.
05:47 Pour nous c'est encore une attaque un peu plus forte sur la solidarité nationale, qui doit théoriquement
05:53 guider toute l'action de tout à chacun et en premier lieu de l'État.
05:59 Isabelle Fourreau, présidente de la Fondation Abbé Pierre dans les Hauts-de-France,
06:03 présidente régionale de cette fondation. On retrouve
06:06 tous les chiffres que vous dévoilez sur l'état du mal logement sur le site de la fondation. On les mettra aussi dans la matinée
06:12 sur francebleu.fr. Merci beaucoup.
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