00:00 Alors on le sait, le trafic de drogue, c'est un petit peu comme une hydre finalement, on a toujours des têtes qui poussent.
00:04 Est-ce que vous avez peur que le trafic se déplace dans certains quartiers ?
00:07 Est-ce que votre vigilance est du coup accrue sur les quartiers voisins ?
00:10 Il y a toujours ce risque, mais finalement on n'a jamais renoncé.
00:15 C'est-à-dire depuis que je suis ici, on s'est toujours attaqué au trafic, au deal de rue, notamment de manière résolue.
00:21 C'est-à-dire qu'effectivement, on doit revenir.
00:25 Il y a beaucoup d'endroits où on doit repasser parce que, économiquement, c'est tellement juteux
00:31 qu'effectivement, les gens sont prêts à prendre des risques pour réimplanter immédiatement un réseau.
00:38 Mais il y a des quartiers où les réseaux ne se réimplantent pas de la même manière.
00:42 Souvenez-vous, quand le président de la République est venu,
00:44 le réseau qui avait été démantelé à cet endroit ne s'est pas remis à cet endroit.
00:49 Voilà, ça a été effectivement un réseau qui a été neutralisé.
00:54 Mais bien sûr que c'est un exercice perpétuel.
00:57 Alors peut-être moi là-dessus, généralement je n'ai pas peur.
00:59 Ce qui m'inquiète quand même à Montpellier depuis que je suis arrivé, c'est l'importance de ces trafics.
01:04 Il faut qu'on se dise les choses.
01:05 On a des quartiers où c'est un phénomène très développé.
01:09 On a des effets de bord, je pense en termes de blanchiment d'argent aussi sur une partie du centre-ville
01:15 avec un certain nombre de commerces contre lesquels nous luttons,
01:19 on les ferme hardamment, si vous voyez ce que je veux dire.
01:22 Donc c'est un vrai sujet.
01:23 Et puis les stupéfiants sont au cœur de toutes les logiques de délinquance, très clairement.
01:29 Moi je voudrais vous prendre une métaphore qui n'est pas très jolie.
01:31 Mais vous voyez, les stupéfiants c'est un petit peu comme les ordures ménagères
01:34 que M. le maire et ses services ramassent tous les matins.
01:38 On va faire pareil avec les points de deal.
01:39 On va les ramasser tous les matins et on va les contrôler
01:43 parce que sinon ça s'accumule et il y en a de plus en plus.
01:45 Alors peut-être que oui, effectivement ça va revenir.
01:48 Peut-être qu'on n'aura pas des succès partout.
01:51 Mais on va lutter contre de la manière la plus ardente que nous puissions le faire.
01:56 Parce qu'encore une fois, ces trafics de stupéfiants,
01:58 ils sont vraiment au cœur d'une délinquance qui peut être très grave.
02:02 Je rappelle quand même qu'on a parlé de coups de feu ici,
02:05 avec une personne qui a failli se prendre une balle alors qu'elle n'était pas visée.
02:08 C'est ça le sujet.
02:10 On parle de personnes qui habitent dans les quartiers
02:12 qui n'osent plus sortir de chez eux parce que les parties publiques du quartier,
02:17 même si ici c'est une copropriété, c'est un peu plus compliqué,
02:19 sont occupées nuit et jour par des personnes qui,
02:23 par la manière dont ils occupent le terrain,
02:26 vous empêchent d'aller dans tel ou tel commerce.
02:28 On a aussi des commerces qui se développent
02:31 et qui n'ont que l'image d'un commerce ou d'une épicerie de nuit.
02:36 En réalité c'est des commerces dans lesquels il y a des gaiters et on blanchit de l'argent.
02:39 Ça c'est juste pas possible.
02:41 Si on continue comme ça, ces quartiers vont se paupériser encore plus.
02:44 La mixité sociale qu'il y a dans ce type de quartier,
02:47 parce que c'est un quartier où il y a de la mixité sociale, va disparaître.
02:50 Et on aura de véritables ghettos astupéfiants.
02:53 Et je vais être plus clair avec vous,
02:55 encore que je ne l'ai dit tout à l'heure,
02:56 ces trafics sont alimentés, excusez-moi du terme,
02:59 par les petits bourgeois qui viennent du centre-ville
03:02 et qui viennent acheter de la drogue.
03:03 Et ça c'est juste pas possible.
03:05 Moi je voudrais juste dire à ces personnes-là qu'ils réfléchissent.
03:08 Au-delà de tout ce qu'ils peuvent penser sur les stupéfiants,
03:11 de l'aspect festif, de ce qu'ils veulent faire le soir chez eux,
03:14 c'est qu'ils alimentent cette économie-là.
03:16 Et qu'elle est très importante dans notre pays et ainsi même à Montpellier.
03:19 Et que le premier geste qu'on puisse faire,
03:21 c'est juste de ne pas acheter et de ne pas alimenter cette économie.
03:24 Moi je me suis baladé dans d'autres quartiers de Montpellier
03:26 avec la BAC à mon arrivée.
03:28 Quand je vois des files de voitures qui vont dans les quartiers
03:30 acheter des stupéfiants,
03:31 je me dis qu'il y a aussi une réponse citoyenne et morale
03:34 à faire sur ces sujets-là. Voilà.
03:36 De manière générale, on a un triptyque maintenant sur ces trafics,
03:39 c'est protoxyde d'azote, cigarettes et stupéfiants.
03:42 On a des trafics qui sont moins visibles,
03:45 sans doute, que le trafic de stupéfiants,
03:46 mais qui sont tout aussi lucratifs.
03:48 Le tabac, le protoxyde d'azote avec les dangers en termes de santé publique.
03:52 Et effectivement, comme on vous l'a dit,
03:55 ça gravite toujours autour des mêmes types de commerces.
03:58 Et on se rend compte qu'il y a des mouvements financiers
04:01 qui nous restent à investiguer davantage.
04:04 Mais ça démontre que c'est toute une économie parallèle
04:08 qui se développe sur ces produits contrebons.
04:13 Quand on prend 30 kilos de tabac dans un bar à chicha
04:18 du centre-ville de Montpellier,
04:19 et que le préfet d'ailleurs le ferme pendant 6 mois,
04:22 c'est le plus qu'on puisse faire,
04:24 ça montre bien que là aussi on a un sujet.
04:25 Non seulement les commerces qui sont ouverts ne sont pas là
04:28 pour vendre des pipes à fumer,
04:29 il ne faut pas croire qu'on arrive à vivre à la fin du mois
04:33 avec ce type de commerce, moi je ne crois pas.
04:35 Ils sont là pour d'autres choses,
04:36 et notamment pour faire de la contrebande de produits,
04:39 là en l'occurrence de tabac, qui se développent.
04:41 Donc on va là aussi continuer à lutter fortement contre cela,
04:47 parce que c'est le même réseau qui se déploie.
04:51 Au niveau de la spécificité,
04:52 qu'est-ce qui va différencier Clasnet
04:55 à ce qui a été lancé en juin dernier avec le préfet Mouton ?
05:00 Alors pour moi, je vais dire,
05:02 peu importe le flacon pourvu qu'on ait l'ivresse.
05:05 C'est-à-dire moi, tant que j'ai des...
05:06 Peu importe, j'ai le préfet tant qu'on a l'ivresse.
05:09 Moi, à partir du moment où j'ai des affaires judiciaires
05:13 qui peuvent se dérouler,
05:15 et puis avec la philosophie qu'on emploie actuellement,
05:17 c'est-à-dire des délinquants qui ont intégré dans leur parcours,
05:21 dans une certaine mesure, l'emprisonnement.
05:23 Ils n'ont pas intégré les saisies d'avoirs criminels.
05:25 Et c'est ce type de mesures, je crois que,
05:28 à partir du moment où on sanctionne les gens
05:30 sur des choses concrètes,
05:31 on parlait tout à l'heure de la saisie d'un appartement,
05:34 moi je m'adapte bien évidemment à ce contexte,
05:37 et l'action judiciaire toute seule ne peut rien.
05:40 C'est aussi pour ça qu'on est en synergie
05:44 sur ce type d'opération,
05:46 parce que l'un des acteurs, finalement,
05:49 le problème dépasse le simple domaine judiciaire,
05:53 c'est un problème social, c'est un problème économique,
05:55 c'est un problème politique.
05:58 On est obligé, à un moment donné, de réfléchir
06:01 et de se coordonner,
06:03 en restant bien évidemment chacun dans ses attributions,
06:06 mais on se met autour d'une table
06:08 et finalement on définit des objectifs,
06:10 il y a des objectifs judiciaires,
06:11 il y a des objectifs en termes de prévention situationnelle,
06:14 il y a des objectifs en termes de police administrative,
06:16 et finalement on coordonne tout ça.
06:18 Moi je voudrais lancer trois messages.
06:21 Le premier, c'est aux habitants de ce quartier.
06:23 J'ai été le témoin, parce que j'en ai rencontré quelques-uns
06:26 et j'ai lancé des cartes visites,
06:28 du fait que les langues se déliaient.
06:30 Nous avons besoin de leurs informations,
06:32 de leur parole claire, de leur résistance,
06:35 de leur sursaut pour assainir la situation.
06:39 Ils peuvent parler en confiance à la police nationale,
06:41 à M. le procureur de la République,
06:44 donner des informations et nous aider à lutter contre ces trafics.
06:47 C'est très important.
06:48 Lorsque je suis venu l'autre jour,
06:49 j'ai vu des copropriétaires qui m'ont dit
06:52 "Nous sommes prêts à nous faire justice nous-mêmes".
06:54 Je leur ai dit "Non,
06:56 c'est pas comme ça que ça doit se passer en République,
06:58 d'abord c'est dangereux pour vous-même,
07:00 il y a d'autres solutions qui est de travailler avec nous".
07:02 Donc je lance un appel aux habitants du quartier
07:05 d'avoir confiance dans leur police nationale,
07:08 dans leur justice et de nous donner des informations.
07:11 Deuxièmement, je voudrais dire des choses
07:13 très simples aux trafiquants,
07:16 à ceux qui tiennent les points de deal,
07:19 trafiquants qui généralement ne sont pas dans ces quartiers,
07:22 se prélassent à l'étranger ou dans les centres-villes
07:26 ou dans d'autres départements
07:27 et qui emploient des personnes pour tenir les points de deal,
07:31 c'est que nous allons continuer en réalité.
07:34 Et que sans relâche,
07:35 nous allons continuer à démanteler ces points de deal,
07:38 même si ça revient tous les jours.
07:40 Je pourrais utiliser une métaphore imagée pour le dire,
07:43 chaque jour nous allons intervenir pour démanteler ces points de deal.
07:48 Et puis le dernier message que je veux passer,
07:50 c'est aux usagers.
07:52 On croit assez bêtement quand on vient dans ce type de quartier
07:55 que c'est les habitants de la tour qui viennent acheter les stupéfiants.
07:59 Monsieur le procureur, vous parlez de 10 000 euros de somme d'argent,
08:02 ça doit être à peu près la recette d'une journée,
08:04 c'est ce qu'on estime.
08:06 Je voudrais lancer un message aux usagers,
08:09 à ceux qui peut-être sont dans des classes sociales plus aisées,
08:12 qui habitent dans les centres-villes,
08:14 qu'eux aussi on va les verbaliser avec des AFD.
08:16 Il y en a eu 28.
08:17 On a dû multiplier par deux, madame la DDSP,
08:19 en un an le nombre d'AFD stupéfiants.
08:22 Je leur dis très simplement qu'en venant acheter leur dose de cannabis,
08:26 ils gangrènent notre société
08:27 en faisant en sorte que ces trafiquants s'y installent.
08:30 Et donc je leur demande d'arrêter de le faire
08:31 parce que sinon ils vont être verbalisés.
08:33 Voilà ce que je voulais vous dire ce soir.
08:35 En vous remerciant et vous avez compris
08:37 que ce n'est pas la dernière fois qu'on se voit sur ce type d'opération.
08:39 *musique*
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