Le même jour que la COP28 à Dubaï, une contre-Cop débute à la base sous-marine de Bordeaux. Elle est organisée par le collectif Scientifiques en rébellion. Un de ses membres, Jérôme Santolini, directeur de recherche en biochimie était ce jeudi l'invité de France Bleu Gironde.
00:00 - La COP démarre aujourd'hui, la COP 28, la conférence des Nations Unies sur le climat à Dubaï, aux Émirats Arabes Unis.
00:05 Et une AlterCOP, une réunion organisée à Bordeaux par les scientifiques en rébellion.
00:09 Nous recevons ce matin un des organisateurs, Jérôme Santolini, directeur de recherche en biochimie.
00:14 - Bonjour Jérôme Santolini. - Bonjour.
00:16 - Parlez-nous de cette contre-COP, cette AlterCOP qui débute aujourd'hui à Bordeaux, qu'est-ce que c'est ?
00:20 - Eh bien c'est un signal qu'on essaie de lancer par rapport à l'autre COP qui aura lieu à Dubaï
00:27 et qui vise une fois de plus à alerter sur l'urgence climatique et l'inaction politique manifeste,
00:35 en particulier lors de ces grands messes internationales qui sont un échec successif depuis maintenant 27 ans.
00:44 - Ça ne marche pas les COP ? Il n'y a pas de décision concrète ? Il n'y a pas d'application ?
00:48 - Non et il ne peut pas vraiment y en avoir, dans la mesure où aucune avancée significative n'a été faite,
00:54 ça c'est manifeste et ce n'est pas nous qui le disons, vous aviez parlé du secrétaire général de l'ONU juste avant,
01:00 mais en fait ça ne peut pas marcher parce que la question des énergies fossiles,
01:07 la question de la réduction de l'utilisation des énergies fossiles est mise sous le tapis
01:11 et on comprend encore plus lorsque ça se passe à Dubaï, aux Émirats Arabes Unis,
01:15 et que c'est présidé par le sultan Al-Jaber qui est le président de la plus grosse entreprise d'hydrocarbures des Émirats.
01:22 Donc il n'y a rien pour diminuer l'émission de gaz à effet de serre,
01:27 il n'y a rien pour diminuer notre dépendance aux énergies fossiles et donc ça ne peut pas marcher.
01:33 - Alors quelle alternative proposent les scientifiques en rébellion dont vous êtes membre ?
01:37 - Notre objectif est scientifique d'une certaine manière, nous sommes des scientifiques
01:42 et donc nous essayons d'abord de comprendre ce qui se passe, de poser un diagnostic,
01:47 d'identifier des problèmes et de voir comment collectivement, démocratiquement, on peut y apporter des réponses.
01:53 Et c'est tout l'objet de ces quatre jours qui vont se dérouler à la base sous-marine
01:57 où nous ferons une première journée dédiée, donc c'est ce soir,
02:01 une première journée dédiée au COP avec les principaux observateurs, je dirais,
02:07 de la gouvernance climatique et de sa faillite, que ce soit Ami Daran qui est historienne des sciences,
02:12 Fabrice Nicolino qui vient de faire paraître son ouvrage "Le grand sabotage climatique",
02:17 Wolfgang Kramer qui est un auteur du GIEC et plusieurs journalistes.
02:21 - Les experts du climat. - Exactement.
02:24 Donc ça c'est sur la première journée, la deuxième journée nous essaierons de la consacrer à notre dépendance aux énergies fossiles,
02:32 pourquoi nous n'arrivons pas à nous libérer de cette addiction, avec là aussi une série de tables rondes,
02:36 mais surtout une forme un petit peu originale qui est un "serious game" comme on dit,
02:42 qui est un procès fictif où nous allons essayer de déconstruire la responsabilité d'une certaine manière
02:47 des grandes entreprises, des grandes multinationales des énergies fossiles,
02:50 mais aussi d'une certaine manière l'ensemble du système qui fait que nous soyons toujours drogués de pétrole.
02:57 Samedi, j'en termine avec ça, samedi c'est important parce que c'est vraiment une journée qui est en prise avec le territoire
03:05 et qui va essayer de montrer que cette COP28 en fait c'est pas juste une grande messe internationale
03:11 où vont se passer des négociations pour savoir combien de PPM, de CO2 dans l'atmosphère, combien d'émissions de GES,
03:17 mais qu'en fait le réchauffement climatique c'est quelque chose qui nous impacte directement, concrètement,
03:23 qui est une problématique locale et que les gens subissent quotidiennement dans leur vie.
03:28 Et donc on aura quatre tables rondes sur quatre thématiques, l'eau, l'énergie, le transport et l'alimentation,
03:34 avec des scientifiques, des associations pour bien faire le lien entre réchauffement climatique et la vie des Girondins.
03:40 Justement des thèmes éminemment locaux, vous l'avez souligné, on va écouter justement une Girondine qui est inquiète,
03:46 elle aussi, face au changement climatique.
03:48 Je vis de Bordeaux, je me fais de Farah. Tout dernièrement j'ai lu un article concernant la dérive d'un iceberg.
03:53 Donc moi je me dis, ça va être quoi au fait la suite ?
03:58 Est-ce qu'il y aura un niveau d'eau des océans qui va augmenter ?
04:01 S'il y aura des inondations plus que ça ?
04:04 La sécheresse aussi ça préoccupe. Je me dis comment va-t-on évoluer par rapport à tout ça ?
04:08 Cette contre-coupe elle ne se passe pas à Paris, dans une grande capitale mondiale, mais à Bordeaux,
04:12 parce que les conséquences du changement climatique on les perçoit chez nous très concrètement, Jérôme Santolini.
04:17 Oui c'est exactement ça. Nous avons voulu faire vraiment une conférence des partis, et pas une conférence des pétroliers.
04:24 Une conférence qui s'adresse aussi aux populations, parce que c'est elles qui seront les premières concernées,
04:29 et en particulier en Nouvelle-Aquitaine et en Gironde, où on a très bien vu ces dernières années
04:35 ce que cette problématique du dérèglement climatique et des crises écologiques en règle générale veut dire.
04:41 Et c'est quand même quelque chose d'assez étrange qu'on s'apprête à autoriser l'exploitation de 8 nouveaux ferrages pétroliers
04:49 à l'endroit même où la forêt des Landes a brûlé, c'est-à-dire à La Teste, juste à côté d'ici.
04:54 Donc il y a quelque chose qui nous concerne tous, et on ne peut pas laisser les clés du camion,
05:03 en tout cas les clés de notre avenir, à des dispositifs et des institutions qui ont failli depuis 30 ans.
05:11 C'est-à-dire que quand ça ne marche pas, il faut faire autrement. Et c'est exactement ce qu'on va essayer de faire à la base sous-marine.
05:16 Et les principaux risques qui sont chez nous, en Nouvelle-Aquitaine, en Gironde plus précisément, vous l'évoquiez, il y a ces incendies notamment ?
05:22 Oui, en règle générale, on va observer dans l'ensemble du monde, mais en particulier sur le sud de la France,
05:32 une augmentation du nombre de canicules avec des températures de plus en plus extrêmes.
05:36 On le voit déjà, je veux dire, en fait il n'y a pas besoin de se dire "qu'est-ce qui va se passer", c'est déjà en train d'arriver.
05:41 Des inondations, des incendies, des canicules, des sécheresses, l'effondrement total des systèmes agricoles,
05:49 ça c'est quelque chose que je pense que les gens ne perçoivent pas, mais on ne va plus pouvoir faire de l'agriculture comme avant.
05:54 Et d'une certaine manière, tous nos systèmes agricoles, énergétiques, vont être menacés d'effondrement,
06:03 et ça présage le pire pour les générations à venir.
06:07 Alors cette AlterCop, elle s'ouvre un jour où des scientifiques en rébellion sont également convoqués devant la justice
06:12 pour avoir parlé du changement climatique, c'est toujours un sujet tabou, c'est ça que ça veut dire ?
06:17 Oui, c'est un sujet en tout cas qui n'a pas fait son chemin dans les différentes institutions françaises,
06:23 qu'elles soient politiques, judiciaires, médiatiques, ça bouge d'une certaine manière.
06:28 La loi, la justice n'est pas à la hauteur des enjeux non plus,
06:34 puisque des scientifiques vont être jugés aujourd'hui au tribunal correctionnel de Paris
06:39 pour avoir fait leur métier d'une certaine manière,
06:41 qu'il y ait des petites conférences sur le réchauffement climatique,
06:45 sur des conférences de 15 minutes sur le réchauffement climatique,
06:48 sur l'effondrement de la biodiversité, dans un lieu de science, c'était au Muséum National d'Histoire Naturelle.
06:52 C'est illégal, c'est illégal, on sera jugé pour ça.
06:56 La question aujourd'hui c'est, c'est quoi véritablement être un éco-terroriste,
07:00 c'est quoi être un criminel climatique ?
07:02 On sait très bien qui sont les criminels climatiques,
07:04 et ce ne sont clairement pas les scientifiques qui sont jugés aujourd'hui.
07:07 Merci beaucoup Jérôme Santolini d'être venu ce matin sur France Bleu,
07:11 Jérôme, nous parler de cette contre-cope qui s'ouvre à Bordeaux.
07:13 Je rappelle que vous êtes directeur de recherche en biochimie et membre donc de Scientifiques en Rébellion.